LIVRE V, CHAPITRE XUF
ce corps de péché, à celle masse de corruplion , sans se soucier des besoins de l'âme.
Ces fautes ne se trouveront peut-être pas toujours ni à la fois, ni au même degré, mais elles se trouveront sûrement en partie dans toutes ces femmes qui se font une idée de la vie clirélienne à leur façon , et qui croient qu'on peut associer le monde à l'Evangile. En quoi néanmoins elles sont plus coupables , c'est de fréquenter les sacremens de l'Eglise dans de si mauvaises dispositions; c'est de se présenter au tribunal do la pénitence avec tout l'éclat des reines assises sur le trône, et non comme des pécheresses contrites et humiliées sous des habits simples et modestes ; c'est de venir à ce sacré tribunal après avoir passé la veille aux amusemens accoutumés, avec le dessin d"y retourner le même jour, et de se croire assez préparées pour avoir part au pain des anges. Hé quoi ! recevoir chez nous Jésus Christ le roi de gloire , est-ce une cérémonie mondaine et fastueuse? jN'est-ce pas l'action la plus respectueuse et la plus sainte que nous puissions faire sur la terre?
Au reste , ces fautes , si considérables en général , le deviennent infiniment plus en pariiculier pour une mère de famille. Figuronsnous chaque famille comme une espèce de petite république , où ^i chaque uiembre était dans Tordre , le corps y serait aussi. Or c'est à la mère de régler, pour parler ainsi , les citoyens de cette petite république et leurs devoirs; c'est-à-dire les eiifans^les domestiques, et mille choses à quoi le père , occupé ailleurs , ne peut pas toujours apporter ses soins. Si une mère ne cherche donc qu'à se répandre au dehors , si elle n'a d'autre occupation que de se parer, si elle destine au sommeil tout le temps qui lui reste du jeu, des visites, des spectacles, etc., quel mal n'en arrive-l-il point pour ceux sur qui elle est obligé de veiller ? Les enfans en reçoivent un double piéjudice, dont Tun est d'apprendre le mal qu'ils doivent ignorer, et l'autre de n'apprendre pas le bien qu'ils doivent savoir. Heureuse la famille instruite de bonne heure à ne penser point aux vanités du siècle , par l'éloignement que la mère en marque dans sa conduite ! Instruction eiricace pour un âge qui n'est guère susceptible que de celle-là, mais instruction , hélas! aussi rare quelle est nécessaire.
A peine une jeune fille commence-t-elle à faire quelque usage de sa raison, que la mère de son côté commence à la Ibrmer aux manières insensées des femmes mondaines. C'est elle (jui veut présider à la parure de §a fille, qui en arrange tout l'atiiraii, qui en recom-
mence cent fois Télalage bizarre, qui se fâche et qui gronde si Ton paraît aisé à contenier sur ce point, ou plutôt si Ton s'ennuie d'un manège qui dure des heures entières. Quelle leçon pour un enfant! Au heu d'étouffer l'envie de plaire, que le sexe apporte en naissant, une mère est la première à fortifier celte passion sous le beau prétexte qu'on ne s'établit point sans cela avec avantage. D'ailleurs le penchant de la nature tourne assez fesprit et le cœur des enfans à Timitation des parens : leur raison encore faible et enveloppée no leur découvre rien à quoi ils puissent plus se conformer. Ainsi on ne saurait exprimer quel tort fait à leur salut le mauvais exemple de leur mère, qu'ils voient plus souvent et qu'ils observent davantage , parce que communément ils l'aiment plus, et qu'ils en sont plus aimés. Cependant la plupart des mères vivent aux yeux d'une jeune famille comme s'il n'y avait autre chose à faire en ce monde qu'à chercher tout ce qui flatte les sens, et ne prennent pas garde qu'eu se perdant elles-mêmes, elles perdent aussi des enfans qui conservent toute leur vie les tristes impressions d'un tel exemple.
A ce scandale renfermé dans le domestique , on ajoute un autre mal beaucoup plus grand. Il semble qu'on veuille en quelque sorte hâter la perte éternelle des enfans : on les conduit à la mort ces âmes innocentes; on les conduit aux spectacles, à des assemblées encore plus dangereuses , ainsi qu'à des diverlissemens qui n'ont rien que d'honnête. Mais la bizarrerie du siècle est étonnante sur ce sujet ; car qu'une mère entende un ministre de l'Evangile invectiver avec force contre la dissolution des mœurs , elle accusera le prédicateur d'apprendre le crime à ceux qui ne le connaissent point , et après cela elle mène sans scrupule des enfans à la comédie, que saint Chrysostônie appelle un rendez-vous diaboHque , et TerluUien un temple consacré au démon.
C'est de cette sorte qu'on apprend le mal aux enfans par le mauvais exemple ; premier tort qu'on leur lait. Le second est de ne leur apprendre pas le bien. Ce manquement paraît léger au prix de lautre; mais il s'en faut bien qu'il le soit aux yeux de Dieu : c'est manquer à la fin principale du mariage, qui est de sanctifier les fruits d'une union dont le Seigneur a fait un sacrement. Or le soin d'élever les enfans dans le bien, surtout quand ils sont encore irès-jeunes, regarde beaucoup plus la mère que le père ; et une femme moadaine qui se p'aît partout ailleurs que chez soi , peut-elle prendre ce soiu ? ]Non, elle en charge des domesliques , dit-elle, des personnes sûres