LIVRE V, CHAPITRE XVIH
Le goût , qui est un sens tout grossier et tout terrestre , doit être mortifié avec grand soin : la mortification s'en peut réduire aussi à quatre choses . 1^ se retrancher tout ce qui n'est pas nécessaire à la subsistance , soit pour la quantité ;, soit pour la qualité , et dos choses surtout qui flattent davantage l'uppélit ; 2û en prenant le pur nécessaire , n'avoir point pour fin le plaisir de manger, ni même de contenter la faim présente , mais se proposer quelque fin plus noble , comme de soutenir ses forces pour être plus en état de servir le Seigneur, etc.; 3-^ ne point manger avec avidité, ou avec une indécence qui rende encore plus méprisable cette action déjà si basse , ni hors le temps du repas ; 4° ne se point plaindre qu'il manque quelque chose, ou que les viandes sont mal accommodées : plaintes indignes, qui ne devraient jamais sortir de la bouche d'un homme raisonnable.
• Il est facile de régler sur ce plan la mortification des autres sens, dont je ne parle point pour ne me pas étendre inutilement. Mais ce qu'il importe de vous dire , c'est de recommander et d'accréditer de tout votre pouvoir et de tout votre zèle cette mortification : elle est peut-être la plus nécessaire^ vu qu'elle est la source de toutes les autres : comme l'usage des sens est continuel , le progrès qu'on fait dans la vertu est continuel , si on ne cesse point de les mortifier. D'ailleurs le retranchement de ces satisfactions du corps dispose l'âme à recevoir de Dieu les consolations de l'esprit, et raccoutuine à la mortification intérieure.