‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 58 sur 331 · LIVRE II, CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXXIX

s'instruire des règles et des obligations de son état? Non sans doute et souvent la multitude est plus nuisible que profitable. La bonne méthode en fait d'étude est d'avoir peu de livres, mais qui soient bons et qu'on ne se lasse point de lire; je redoute bien plus, dit trèssensément quelqu'un , un homme qui n'a qu'un livre et qui le possède bien, que celui qui, voltigeant perpétuellement sur un tas immense de volumes, les lit superficiellement et sans retenir presque rien : Timeo homineniîinius lihri.

Quant à ceux qui se persuadent en savoir assez pour n'avoir plus besoin d'étude , que faire de mieux que de gémir sur une si pitoyable illusion, qui suppose bien de l'orgueil, de la présomption et même de l'ignorance. Les plus éclairés sont ceux en qui Ton trouve plus de modestie , de défiance de leurs lumières et d'avidité pour apprendre. Aussi conviennent-ils de bonne foi qu'après avoir pâli et blanchi sur les livres, ce qu'ils savent mieux après les trente et quarante années d'études, c'est qu'ils ne savent rien. A quelque degré de science que le prêtre soit parvenu, il ne doit donc pas s'en tenir là; mais il doit aspirer toujours à un plus haut degré et se persuader que, quoi qu'il sache, il lui en reste toujours bien davantage à apprendre. D'ailleurs, il faut à un homme de notre état une occupation convenable; eh! quelle occupation plus honnête et plus digne de lui que l'étude?

Nous terminons tout ceci par quelques courtes réflexions sur le soin des affaires temporelles, qui regardent personnellement le prêtre; il peut, non s'y livrer, mais s'y prêter autant que le permet le soin de sa principale affaire, qui est celle de son siilut; il le doit même quand les biens et les revenus qu'il possède sont dépendans de quelque bénéfice dont il est pourvu , parce que ces biens sont le patrimoine des pauvres, auxquels il en est comptable, après ce qui est nécessaire pour une honnête subsistance. J'ai dit les affaires temporelles qui regardent personnellement le prêtre; Car pour les autres affaires étrangères , à l'administration desquelles il se trouve quelquefois d'indignes prêtres qui ne rougissent point de s'asservir, il n'en est point de plus incompatible avec les fonctions du sacerdoce : elles détournent le prêtre de la prière, de l'étude, de la prédication de la parole de Dieu et de Tinstruciion. Disons plus, il n'est point d'assujétissement et de servitude plus honteuse pour des personnes de notre état. Est-il rien en effet de plus bas, de plus servile et de plus capable d'avilir dans les prêtres l'auguste dignité dont ils

sont revêtus , que de voir les hommes de Dieu devenir les hommes du monde; les dispensateurs des mystères du ciel, devenir les admirateurs, les ageiis des grands de la terre; les ministres de Jésus- Christ, se faire les ministres des passions humaines, et enfin ceux qui sont en quelque sorte les arbitres du salut des hommes, s'eniremeitre des intéréis temporels des enfans du siècle? Non , dit le grand apôlre; dès qu'on s'est engajjé dans la milice de Dieu, on ne doit plus s'ingérer dans les affaires du siècle , pour plaire à celui à qu* on a comme vendu ses soins (J). Aussi les saints canons imposent-ils les plus grièves peines, non seulement aux prêtres, mais aux clercs mêmes qui viendraient à violer ce commandement de raJDÔtre (2) , disent les pères d'un concile de Mayence, célébré au neuvième siècle. Ceux du concile d'Aix-la-Chapelle veulent qu'on punisse par les peines les plus rigoureuses les prêtres qui rendent leur sacerdoce méprisable par un indi;jne trafic et par l'administration des affaires temporelles (3). C'est en employant ainsi notre temps que nous pourrons nous flatier que nos jours seront, selon l'expression du roi prophète, des jours pleins, où l'on ne pourra apercevoir le moindre \ide(4).

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