I.iVïîE M, CnAPITRE XXXlIÎ
la pénitence et dire que, pour satisfaire à la justice de Dieu, irsuffit de ne le p!us offenser, ce serait renouveler une erreur condamnée par le concile de Trente , et que saint Grégoire pape avait auparavant solidement réfutée. Une peisonne en cessant d'écrire n'efface pas ce» qu'elle a déjà tracé sur le papier, et un débiteur ne paie pas ses anciennes dettes en n'en contractant point de nouvelles, de même, dit ce {jrand docteur , nous ne satisfaisons pas à Dieu en ne continuant pas de l'offenser. Il exige de plus que, nous étant éloignés de lui par la douceur et l'attrait des plaisirs , nous retournions à lui par l'amertume des larmes et des j.émissemons : il vent que ceux qui sont tombés dans le péché eu se laissant aller à des choses défendues, se privent ensuite de celles qui sont permises, et que leur cœur^ qui s'est livré à de fausses joies, soit resserré par une tristesse salutaire (1). Il faut, dit Saint Cyprien, que notre pénitence soit proportionnée à nos péchés (2). Nous devons, selon Tertullien , prendre la place de la justice de Dieu, en imiter la sévérité, et nous imposer, avec quelque proportion, les chàlimens dont il nous punirait lui-même (3). Il n'y a pas à délibérer dans le choix que nous devons faire de nous mortifier en cette vie ou de souffrir en l'autre. Avec quelque rigueur que nous nous traitions , elle n'égalera jamais celle avec laquelle Dieu nous punirait si nous mourions sans expier nos péchés par la pénitence.
Ce qui doit encore nous engager à la faire , c'est qu'elle est un moyen des plus efficacr-s pour nous maintenir dans la grâce et dans la vertu. Quelque parfaits que nous puissions être , nous avons ua certain penchant qui nous porte au mal , et notre faiblesse nous expose sans cesse aux dangers de succomber aux tentations de l'esprit infernal. Nous avons tout à craindre de notre corps, il faut l'affaiblit si nous voulons le vaincre : si nous le flattons, il nous perdra : les ménagemens que nous aurons pour. lui le mettront en état de se soulever contre nous ; il faut le conduire comme un esclave auquel on n'accorde rien dont il puisse se prévaloir; avoir pour lui de l'indulgence , c'est lui fournir des armes qu'il tournera contre nous poui* nous donner la mort (4). Les Saints en étaient vivement convaincus ; c'est ce qui leur a fait pratiquer les austérités accablantes dont le
(1) s, Grey. past. p. 3. adm, 23.
(2^ Quàin magna deliquimus tàin gianditer defleamus , pœnitenlia criminc niinor non sit.
(3) Pœnitenlia in peccatorem pronuntinns pro Dei indignalione fungiîiir.
(4) Si secundùm carnem vixerilis, niorieniini.
snul récit fait frémir notre délicatesse. La plupart d'entre eux étaient innocens ; cependant ils vivaient dans la pénitence'; nous sommes si coupables! pourcpioi ne la ferions-nous pas ? Le ciel devait-il leur coûter plus cher qu'à nous ? Si on peut le {jagner en se livrant au plaisir, qu'ils étaient imprudens de se mortifier comme ils ont fait ! Servaient-ils un autre maître ? Attendaicmt-ils d'autres récompenses? îs'avons-nons pas les mêmes motifs de faire pénitence? Celle qu'on exijje de nous n'a rien qui suit au dessus de nos forces. Accepter avec une soumission parfaite les peines et les disj^ràces que Dieu nous envoie, accomplir avec exactitude les jeûnes et les abstinences que l'Eîjlise nous impose , refuser à notre sensualité des douceurs et des satisfactions dont tant d'aulres se passent , captiver notre ima.jjination , recueillir notre esprit, renoncer à notre propre volonté, mortifier nos sens , châtier notre corps , voilà la pénitence que Dieu demande de nous; quel prétexte avons-nous pour nous en dispenser? Si nous ne la faisons pas, notre perte est assurée^ l'arrêt est prononcé , Dieu est peut-être sur le point de l'exécuter, nous pouvons encore en éviter la sévérité , il faut nous précaulionner et la prévenir en nous punissant nous-mêmes (1). Jésus- Christ ne dit pas que nous serions moins heureux et moins distingués dans le ciel, mais que l'enfer sera notre partage ; il s'agit d'une perte éternelle , nous en sommes tous menacés , il n'y a qu'une vie mortifiée et pénitente qui puisse nous en préserver. Dieu annonce maintenant ses volontés aux hoinnies^ illeur ordonne à tous de faire pénitence , parce qu'il a fixé un jour où il doit juger l'univers entier , dit saint Paul aux Actes des Apôtres (2). Pesons bien toutes ces paroles : Z>e«s, c'est un Dieu qui nous prévient; hélas! S'il nous avait attendu, où en serions-nous? Nous Tavons tant de fois offensé , il a droit de nous punir; avant d'éclater, il nous avertit pour nous faire éviter les traits de sa colère. ISunc. C'est maintenant que sa grâce nous parle peut-être pour la dernière fois maintenant que les motifs les plus puissans doivent nous engager à n-jus réconcilier avec lui. Annuntiat hontinihus. II ne s'adresse point aux anges qui lui ont été toujours fidèles et qui sont dans Iheurcuse impuissance de roffenser, ce n'est pas non plus aux réprouvés, pour lesiiuc'Is il n'y a plus de miséricorde ; il parle aux hommes qu'il veut sanctifier et sauver. Ut omnes. Il n'en excepte aucun, justes etpé-
(1) Nisi pœnilenliniii Iialjnei'Uis,omncs siiiiilitcr i)eiibilis. (Luc. d3. ï-crs. 3.)
(2) Deus mine aiinmUiat honiiiiihus lit omnes ubiqnc iiœnilenliam agant , eo fjiiod statuit ilicMi in (lun juilic.'itm'iis est orlieni in .T^nitate. ('■'(/. il. x^crs, 30.)