LIVRE H, CHAPITRE XL
vons lui refuser les hommages qui sont dus à une dignité si sublime, et ne pas placer en elle toute notre confiance. Voyons donc qnels sont plus en particulier, pour les ministres de l'autel, les motifs qui doivent porter à avoir pour elle une tendre dévotion ; voyons, en second lieu, quels sont les caractères, et quelle doit être la pratique d'une dévotion si précieuse et si solide.
I. La maternité divine en Marie et les saintes liaisons qu'ont les prêtres avec elle comme mère de Dieu , leurs fonctions comme préâ très , et le rapport de ces fonctions avec loffice de Marie comme mère de Dieu, l'amour tendre que Jésus-Christ eut pour sa mère et le titre de reine des apôtres dont elle est décorée; enfin les faveurs signalées que le clergé a reçues dans tous les temps par la médiation de Marie , jointes à l'exemple de tous les saints de notre état qui l'ont honorée; voilà les motifs principaux qui doivent engagerions les ecclésiastiques et tous les prêtres à avoir une dévotion tendre pour celte reine et cette protectrice puissante de tout le clergé.
Je dis d'abord le titre de mère de Dieu dont elle est honorée. La maternité divine, étant en IMarie le principe de toutes ses grandeurs, est en même temps le fondement solide de tous les honneurs qui doivent lui être rendus par les ministres de son Fils. Comme mère de Dieu, Marie a la fécondité nécessaire pour le fait e naître spirituellement dans les âmes; les prêtres, obligés par état de le produire dans ces mêmes âmes, doivent donc se tenir étroitement unis avec elle, afin de participer à la vertu de Dieu le Père qui la rend féconde, et d'être en état par là de remplir avec fruit les fonctions sublimes dont ils sont chargés pour la sanctification des peuples. Aussi une heureuse expérience a montré dans tous les temps que le ministère des prêtres solidement dévots à Marie produit les fruits les plus abondans dans le champ du père de famille ^ tandis qu'on a vu stériles et sans fruits les travaux les plus assidus de bien d'autres, qui ne manquaient ni de talens ni de zèle, mais qui n'avaient pas la même dévotion envers la mère de Dieu. La laison qu'en donne saint Epiphane , c'est qu'il y a dans Mario , comme mère de Dieu , une vertu toute céleste et je ne sais quels charmes divins pour attirer les âmes à Dieu (1). Charmes pleins d'attraits, qui ne sont autre chose en elle que la divinité du Fils adorable qu'elle a donné au monde , ajoute le même père; charmes puissans, par lesquels les prêtres ga-
(1) Esca spiritualis bami. {De laudilus beat. Deiparœ.)
gneront comme nécessairement bien des âmes à Dieu, tandis qu'ils seront unis à Marie par une dévotion tendre et solide (1).
V<iilà ce qni a cnj^agé tant de saints prêtres à se mettre sous la protection de la mère de Dieu , et à implorer son secours dans Texercice de leurs fonctions. Convaincus que , sans une dévotion tendre à Marie , ils travailleraient en vain à la sanctification des fidèles , en leur apprenant à connaître et à adorer Jésus-Christ, ils s'appliquèrent à leur apprendre à aimer et à honorer sa sainte mère ; partout où ils pubUaient les grandeurs du Fils, ils se faisaient un devoir et un mérite d'exalter et de célébrer les bontés de la mère. Persuadés que Marie a été Tiiistrument enicace de la réconciliationtde l'univers coupable, selon l'expression de saint Epiphane (2), ils ont cru que ce serait surtout par son moyen et par son intercession qu'ils réussiraient à réconcilier les pécheurs avec Dieu. En effet, quels succès pourrait se promettre de ses fonctions un ministre de TEvangile qui n'aurait nulle dévotion à Marie ? Comment persuadera-l-il qu'il aime le Fils et qu'on doit l'aimer, s'il ne rend aucun honneur à la mère et s'il ne voit qu'à regret les hommages qui lui sont rendus par la piété des fidèles?
Les saintes liaisons qu'a Marie , comme mère de Dieu , avec les trois personnes de la samte Trinité , et que les prêtres ministres de son Fils partagent avec elle , ne sont pas pour eux un motif moins saut de leur tendre dévouement pour elle. Point d'union plus étroite que celle qu'a Marie avec la Divinité , dit saint Thomas (3). Union étroite , intime afhnité de Marie avec Dieu , dont le terme est un homme-Dieu, qui , sans être tout de Dieu ni tout de Marie, dit saint Bernard, est néanmoins tous les deux , et le Fils unique de l'un et de l'autre (4). Mais union étroite , affinité intime avec les trois personnes de l'adorable Trinité , qni se trouve dans les prêtres de la loi nouvelle avec quelque proportion , pour coopérer avec le Tout- Puissant au grand ouvrage de la rédemption des hommes. En effet, comme le Père éternel avait associé Marie à sa divine paternité , en formant en elle dans le temps celui qu'il avait engendré dans son
(1) In te , si quhleiu hamus, cUvinitas. {llid.)
(2) Opliina loliiis orbis rccoiiciliatrix elhcacissima. {Dq laudihus Deiparœ.)
\ (3) Suininain liabet ciiiii Deo sffu\ii&iç,m. j^Secundâsecundœ quœst. 103. art. 4. ah. 2.)
(4) Nec toliis (le Deo , nec totiis de virgine , nec duo filii , sed iinus utiiusque rUius. {Ihin, j3. in Ecumj. INIissus.)
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propre sein avant tons les temps, ainsi il communique aux prêtres, en vertu de leur ordination , la puissance de produire ce même Dieu réellement sur l'autel par les paroles de la consécration, et de le faire naître spirituellement dans le cœur des fidèles , par la prédication de la divine parole et par l'administration des sacremens. Si 3Iarie offrit son Fils dans sa présentation au temple , si elle l'immola à la justice du Père éternel sur le Calvaire, les prêlres de la loi nouvelle l'offrent et l'immolent tous les jours d'une manière non sanglante sur nos autels pour le salut de tous les hommes. Enfin, comme l'esprit saint s'est associé Marie dans la plus divine de ses opérations, qui est Tincarnation du Yerbe , pour donner un rédempteur aux hommes, selon ces paroles de l'ange : Ze Saint-Esjirit viendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre (1). Ainsi les prêtres sont associés à ce divin Esprit , pour continuer et perpétuer sur la terre les effets du mystères de l'incarnation dans autant de chrétiens qu'il y en a qui sont régénérés dans l'eau ou sanctifiés par la vertu des autres sacremens.
Or, ces liaisons si étroites des prêtres avec Marie , cette société merveilleuse de fonctions qui leur sont communes avec la mère du souverain prêtre , doivent les porter à avoir pour elle une vénération particulière et une dévotion pleine de tendresse. Nous aimons comme naturellement ceux en qui nous reconnaissons quelques traits de ressemblance avec nous. Nos hommages et noire respect pour eux croissent à proportion que nous les voyons plus élevés en mérites et en gloire ; jusqu'où ne doivent donc pas aller notre dévouement et notre dévotion pour celle qui , étant choisie de Dieu pour être la mère de son Fils unique , est établie par là médiatrice de notre salut et la co-rédemptrice des hommes ? Pardonnez , Vierge sainte , s'écriait sur cela saint Augustin; pardonnez à mon impuissante faiblesse; je m'épuise en vain à chercher des termes pour vous louer dignement ; tout ce que mon esprit me suggère de plus relevé et de plus sublime est toujours infiniment au dessous de ce que vous êtes et de ce que vous méritez, parce que, portant en vous celui qui ne peut être renfermé dans l'univers , vous avez su donner des bornes à cette immensité que la vaste étendue des cieux ne peut contenir (2). Qu'elle
f {\) Spiritus sanctus superveniet in te, et virtus Altissimi obumbrabit tibi. (iwc, c. 4. V. 35.) ^
(2) Quibus te landibus efferam nescio, quia^quem cœli capere non poleiant , tuo greniio contuUsti. {.Sçrm, 2. dç Amxmtiat.)
vive donc à jamais dans nos cœurs la digne mère du souverain prêtre, que notre dévouement pour elle éclate par les plus vifs transports ! Dans les honneurs que nous rendrons à la plus sainte des mères, ne crai{}nons d'autres excès que celui de ne pas honorer assez celle que le Sauveur ne crut pas pouvoir trop honorer, et qui mérita toute sa tendresse.
Ce divin Sauveur aima sa mère jusqu'à la préserver de la moindre tache du péché ; il Faima jusqu'à enrichir son âme des plus excellens dons de la {jrûce dès le premier moment de sa conception immaculée. De là encore les hommages pleins de soumission qu'il rendit à la plus sainte des mères , en voulant vivre sous ses lois pendant plus de trente ans. La voit-il plongée dans une mer d'amertume au pied de sa croix , il oublie ses propres dpuleurs pour apporter quelque adoucissement aux souffrances de cette mère désolée , en substituant en sa place le plus chéri de ses disciples. Enfin , il place Marie dans le ciel au dessus de tous les chœurs des esprits célestes. Après tout ce que Jésus-Christ a fait pour honorer sa mère', pourrions-nous craindre de nous tromper en l'honorant? Un prêtre obligé par état de suivre Jésus-Christ et se conformer à ses exemples , pourrait-il ne pas entrer dans les sentimens de vénération et d'amour que Jésus eut toujours pour sa mère? ou plutôt, aimable Sauveur, qu'il est consolant pour nous , vos ministres , en allant à vous , de pouvoir nous assurer que nous y allons sur les pas de celui qui est le modèle achevé de tous les prêtres et la règle invariable de toute la perfection ecclésiastique !
Mais un motif plus pressant qui doit engager tous les ouvriers évangéliques à avoir une tendre dévotion pour Marie , c'est le titre de reine des apôtres que l'Eglise lui donne : Regina apostolomm (1). Connaissant plus parfaitement les grandeurs du Verbe anéanti dans son sein, qu'elle eut le bonheur d'adorer la première dans la chrèche, on ne peut douter qu'elle n'ait en un zèle extrême de le faire connaître et aimer du monde \ zèle héroïque et plus qu'apostolique , qui , lui faisant oublier tous les intérêts humains et fouler aux pieds les sentimens et la tendresse d'une mère , la porta à sacrifier elle-même son propre fils pour le salut des hommes. Sa charité pour nous, réglée sur celle de Jésus, la fit consentir à voir expirer entre les bras de la croix un fils qui était Dieu , qu'elle aimait uniquement et infiniment
(1) Litan, Beat. Mar. f'inj.