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LIVRE II, CHAPITRE XL

plus qu'elle-même. Faisant au pied de la croix l'ofiice de prêtre par un courage qui n'eut jamais d'exemple , el^e offrit le sang qui coulait des veines de ce fils adorable pour laver toutes les iniquités de la terre , entrant dans les sentimens d'un fils qui s'est donné luimême pour la rédetnption de tons les liommes (1). Aucun dont elle ne veuille le salut , mais elle a un zèle encore plus ardent, ce semble, pour la conversion des pécheurs ; elle prie pour eux et par devoir, parce qu'ils sont tous le prix du sang précieux de son fils, et par reconnaissance , parce que , si les pécheurs lui sont redevables de leur avoir donné un Sauveur, elle est en quelque manière redevable aux pécheurs de la dignité de mère de Dieu. S'il n'y eût point eu de pécheurs , dit saint Augustin, Dieu ne se fût point incarné ; si Dieu ne se fût point incarné , Marie n'eût point été sa mère.

Voilà les raisons solides qui ont déterminé tous les hommes apostoliques à invoquer Marie dans l'exercice du plus critique des ministères. Pénétrés pour elle des sentimens d'une vénération profonde et d'une tendre piété, partout où ils plantèrent l'étendard de la croix, ils exposèrent et firent honorer l'image de Marie ; partout où ils firent connaître la puissance et les miséricordes du fils , ils publièrent les grandeurs et la tendresse du cœur de la mère. Successeurs de leur puissance, nous nous faisons gloire de marcher sur leurs traces; mais sommes-nous héritiers de leur esprit et de leur zèle pour étendre le culte de Marie et procurer sa gloire!' Que faisons-nous pour inspirer aux personnes que nous conduisons dans les voies du salut, les sentimens de respect et de vénération qui sont dus à la plus sainte des créatures ? Ah ! gardons-nous de ressembler à ces prétendus réformateurs , qui, sous prétexte qu'il ne faut adorer que Dieu, s'emportent contre les justes éloges que les pères de tous les siècles ont donnés à sa très-sainte mère; qui, ne pouvant souffrir qu'on la loue ou qu'on la respecte , s'élèvent avec aigreur et avec une sorte de fureur contre les honneurs qui lui sont si justement rendus dans tout l'univers, et qu'elle a droit d'attendre plus particulièrement du clergé , pour les grandes faveurs qu'il en a reçues dans tous les temps !

Une des plus signalées , c'est le titre précieux d'enfant de Marie que le Sauveur expirant donna au disciple bien-aimé , et en sa personne à tous les hommes apostoliques représentés alors par saint

(1) 1 ad Tim. c. 2. v. 6.

Jean. Après avoir pourvu aux besoins de la plus tendre comme de la plus aimée des mères, après lui avoir donné le plus chéri et le plus privilégié de ses disciples, pour partager avec elle ses douleurs et ses consolations : Mulier, ecce films tuus (1) ; il laisse Marie pour mère à ce disciple bien-aimé , et en sa personne à tous les autres ministres de son Eglise, pour les soutenir et les consoler dans les difl'érentes épreuves où doit être mis leur zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes : Ecce mater tua (2). C'est une conséquence de ces paroles : Marie accepta saint Jean pour son fils en la place de Jésus , et nous adopta pour ses enfans dans la personne de ce fidèle apôtre: £t ex illâ hord accepit eani discipulus in sua (3). Heureuse adoption d'où découlent sur tous les ministres de TEglise les plus abondantes bénédictions ! En montant au ciel , pourquoi Jésus n'y appelle-t-il pas Marie, sa mère? Que fera-t-elle après l'ascension de son fils, séparée de l'unique objet de sa tendresse ? Le mystère de notre rédemption , où elle avait eu tant de part , est heureusement consommé ) pourquoi la laisser encore dans cette vallée de larmes où elle ne fait plus que languir, dans l'attente de se voir réunie à son Fils ? Pourquoi la priver plus long temps de la récompense si justement due à tant d'humiliations et de souffrances , à tant de mérites et de vertus?

A-h ! reconnaissons ici les secrets de la sublime sagesse de Dieu et les décrets d'une Providence également attentive sur les besoins de son Eglise , et pleine de tendresse pour ceux qu'il en a établis les pasteurs. La terre , dès qu'elle ne possède plus le Sauveur n'est plus pour Marie qu'un lieu de bannissement; mais sa présence est encore nécessaire au monde, il faut qu'elle y reste au moins quelque temps pour les besoins de l'Eglise naissante , dans ces temps orageux où elle est battue des plus affreuses tempêtes et en butte aux persécutions des Juifs et des gentils, des tyrans et des princes idolâtres qui veulent l'étouffer dans son berceau? 11 fallait surtout que la mère de Dieu demeurât au milieu des apôtres de son fils , pour les consoler de la perte de leur bon maître , pour les éclairer dans leurs doutes , pour les soutenir dans les contradictions , pour les affermir dans les périls du plus critique des ministères , pour les animer dans les com-

(1) Joan. c. dl). V. 26.

(2) Ibid. V. 27.

(3) Joan. c. 19, v, 27. j

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