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CHAPITRE XXXIV

De l'intempérance considérée dans les prêlres et dans les autres ecclésiastiques.

(1) Il faut que l'évêque soit sans reproche...." qu'il soit sobre et nullement sujet au vin , disait le grand apôlre à Timolhée en le formant au sacré ministère (2).'

De ces paroles saintes, il est aisé de conclure combien doit être éloigné des excès de l'intempérance et du vin celui qui aspire au sacerdoce ou qui se trouve déjà élevé à cette dignité sublime ; ce qui étonne , c'est que saint Paul se soit cru obligé de donner des avis là-dessus à ceux qnil destinait à être les princes du peuple et les ministres de la religion ; quelque chose de plus surprenant encore , c'est qu'on puisse soupçonner seulement d'un vice si odieux et si flétrissant ceux qui, placés au dessus du reste des fidèles, sont obligés par état d'être pour tous des modèles de sobriété comme de toutes les autres vertus. Disons-le cependant , à la honte du clergé, tout flélrissant qu'est ce vice maudit, il a trouvé le moyen de s'insinuer jusque dans le sanctuaire ; il règne avec empire dans les divers degrés de la hiérarchie ecclésiastique ; il a su gagner jusqu'au cœur des oints du Seigneur, sans que ni la dignité (jui les élève, ni le caractère dont ils sont honorés , ni les fondions saintes dont ils sont chargés , ni l'exemple qu'ils doivent aux peuples , ni les châii-

(!) .Sevoy.

(2) Opoitet ergo episcopuin irrepiehensibilem esse sobiium... non viuo-

lentum. (1 ad Tim. c. 3. r. 2 et 3.)

mens dont ils sont menacés, puissent les arrêter ou les faire changer. Employons anjourd'liui tout ce que nous avons de zèle , pour bannir du sanctuaire, s'il est possible, un péché qui déshonore le clergé , qui dégrade le sacré ministère , et qui précipite dans les derniers malheurs les ministres des autels qui s'y abandonnent.

I. Rien de plus odieux ni de plus révoltant que de voir des prêtres de Jésus-Christ , des hommes établis par lui les juges des peuples et leurs médiateurs auprès de Dieu ; que de les voir, dis-je , dominés par une passion aussi basse et aussi honteuse qu'est l'intempérance, par une passion si contraire tout ensemble à Thonneur du clergé et à l'édilication des peuples, à la dignité de la religion et à toutes les fonctions du sacré ministère : tel et plus odieux encore est le vice de l'intempérance dans un prêtre. Point de poché qui le rende plus méprisable aux peuples , qui ait une opposition plus marquée avec les fonctions saintes; ajouterai-je , point de péché cependant plus commun dans le clergé que celui de l'intempérance.

Pour comprendre jusqu'à quel point l'intempérance dégrade le prêtre, il n'y a qu'à se rappeler le rang sublime où il se trouve élevé; séparé du monde profane et placé par sa dignité au dessus des princes de la terre , il doit se regarder et il est en effet le ministre du Tout-Puissant, son ambassadeur auprès des hommes, l'envoyé de Jésus-Christ , le dépositaire de toute sa puissance et le dispensateur de ses grâces (1). Image vivante du souverain pontife de la loi nouvelle , qu'il représente à l'autel , dans la chaire de vérité et dans ses piincipales fonctions, le prêtre porte gravés dans son âme , sur son front et dans toute sa personne , les traits augustes de la divinité (2). Mais vient-il à s'oublier, en s'abandonnant aux excès de la crapule et du vin , ces traits lumineux et divins sont effacés ; sou âme , portion précieuse de la divinité , est dépouillée des titres glorieux dont elle était décorée ; de spirituelle qu'elle était, elle se trouve, pour ainsi dire, dans un moment, changée et métarmorphosée dans une âme tout animale et toute sensuelle (3). Abruti par sa

(4) Sic nos exislimet homo nt niinistios Chiisli et dispensatoies mystcrioriim 3)ei. (1 ad Cor. c. 4. t\ 4.)

'2) Pro Cliristo ergo legnlione fungiiiuir, tnnquàm Deo exhortante per nos. (2 ad Cor. c 5. v. 20.)

(3) Homo cùin in honore essel, non intellexit, compavatns est jiiaienlis insipienl}bus, et siiiùlis factus est iilis. {Psal. 48.)

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