‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 96 sur 331 · LIVRE m, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IV

talion de dégoût, si ordinaire et si dangereuse dans des fonctions laborieuses, si nous ne venons pas prendre de nouvelles forces aux pieds de Jésus-Christ, si nous n'avons pas la consolation de venir lui confier nos peines et nos dégoûts , comme au premier pasteur dont nous occupons la place ? C'est là que nous nous confondrons devant lui de compter pour quelque chose les peines légères de nos fonctions, en nous comparant à nos saints prédécesseurs qui livrèrent leur âme pour sa doctrine ; c'est là que nous rougirons d'êlre tentés de poser les armes avant d'avoir commencé le combat, et d'êlre rebutés et découragés par des travaux si légers , tandis que ces saints ministres défiaient les tribulations, les angoisses, la faim, la nudité, les persécutions, les feux, les gibets et toute la fureur des tyrans, de les séparer de la charité de Jésus -Christ : c'est de là que nous sortirons toujours avec un nouveau zèle pour le salut des peuples; c'est au sortir de là , que ce qui nous paraissait pénible nous deviendra doux et léger , et que les contradictions inséparables de nos fonctions , seront pour nous la preuve la plus consolante de notre vocation au saint ministère, ^on, désabusons-nous : sans la prière nous sentons à chaque moment tout ce que nos fonctions ont de rebutant et de triste; nous traînons un joug qui nous accable; nous portons avec répugnance le poids du jour et de la chaleur : avec la prière tout s'adoucit , le joug ne pèse plus , nos travaux augmentent, et les peines et les dégoûts s'évanouissent. Vous vous plaignez quelquefois de l'accablement où vous jettent la multitude et la difficulté de vos fonctions, et de l'impuissance où vous êles d'y fournir : adressez-vous souvent à celui qui change en force notre faiblesse; soyez fidèles à la prière, ces difficultés disparaîtront, ces montagnes s'aplaniront, vous vous trouverez un nouvel homme, et vous ne vous plaindrez plus que de n'avoir pas assez à travailler et à souffrir pour Jésus-Christ.

Mais si la prière seule peut nous adoucir les peines et les dégoûts de nos fonctions , elle seule peut aussi en prévenir les dangers. Car, quand il n'y aurait de dangereux pour nous que la dissipation inévitable dans les fonctions extéri;'ures , toujours est- il que la nrière seule peut nous en préserver. Il n'est que trop vrai , en effet, que l'homme intérieur s'adaibUt et s'éteint insensiblement , au miheu des mouvemens et de l'action continuelle qu'exigent nos fonctions. On perd pour soi-même , en se livrant sans cesse aux besoins d'autrui ; on y perd cette vie secrète et cachée de la foi , qui est l'àme et toute la

force de la piété ; on s'accoutume à être tout au dehors , et jamais dans son propre cœur ; on approche de l'autel avec un esprit dissipé et partagé par mille imaoes étrangères et tumultueuses qui l'occupent : ce silence des sens et de l'imagination, si nécessaire pour nous rappeler toute la sainteté de la victime que nous offrons , et toute notre indignité secrète , on ne le connaît plus. Ainsi , en travaillant toujours pour les autres , et jamais pour soi , les forces de Tâme s'usent; nous devenons des hommes tout extérieurs, on se fait à cette vie d'agitation ; on n'est plus capable d'être un instant avec soi ; on cherche même des occasions et de pieux prétextes de se dissiper et de se produire ; on ne peut plus se passer des hommes; on s'ennuie avec Dieu seul. Or cet état , qui n'oftre d'abord rien que de louable aux yeux des hommes , a ses dangers devant Dieu ; nous nous épuisons sans jamais aller réparer nos forces aux pieds de Jésus-Christ ; toutes nos sollicitudes se bornent au dehors , et nous ne nous rappelons jamais à nous-mêmes ; nous a{;issons extérieurement pour Dieu , mais nous n'agissons pas en secret avec lui ; nous courons , mais nous courons tout seuls. Le Seigneur, que nous n'avons pas appelé à noire secours ;, nous laisse à nos propres faiblesses ; et d'ordinaire, l'humeur, la vivacité , le tempérament, la vanité, l'inquiétude, entrent plus dans nos fonctions que l'amour du devoir et la charité pour nos frères. Il n'est que la fnléliiéà la prière qui puisse nous gaianlir de ces écueils, et, sans nous détourner de nos fonctions, nou.s y faire porter cet esprit de piété et de recueillement qui les règle , qui les sanciiHe , qui les modère, et qui, au sortir de là et de ces dissipations exiérieures, fjit que nous sommes encore plus en état de nous recueillir devant Dieu.

Mais la dissipation n'est que le moindre danger de nos fonctions. Que de dangers infiniment plus à craindre dans la seule fonction du tribunal ! Hélas ! si la prière ne nous y conduit et ne nous y soutient, comment des hommes faibles pourront-ils s'y soutenir eux-mêmes ? Je ne dis pas comment y porteront-ils les lumières nécessaires pour discerner la lèpre de la lèpre ; la fermeté pour être au dessus des égards humains , ne pas sacrifier la règle à des complaisances basses, et faire plus d'attention au rang des pécheurs qu'à la qualité de leurs crimes ; la prudence , pour ne dire que ce qui convient , etc.? Mais je vous dis, comment un confesseur, s'il n'est pas un homme intérieur et accoutumé dans la prière à connaître ses propres besoins et approfondir les plaies secrètes de son àme ; comment connaîtra-

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