‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 97 sur 331 · LIVRE III, CnAPlTIlE IV. dSl · texte numérisé non relu

LIVRE III, CnAPlTIlE IV. dSl

t-il les besoins secrets des âmes qui* s'adressent à lui [' comment y appliqiiera-t-il les remèdes convenables et uniques ? comment fera-l-il conniiitre le pénitent à lui-même , lui qui ne se connaît pas ; et entrera-t-il dans (intérieur où est la source du mal , lui qui n'est jamais entré dans linlérieur de son propre cœur ? Et d'où croyez-vous que vienne Tinutilité de la plupart des confessions? d'où vient que le remède de la pénitence auirefois si rare , ne s'appliquait presque jamais inutilement à un pécheur ; et qu'aujourd liui , devenu plus commun et plus facile , il ne guérit presque plus de malades ? d'où vient qu'il s'opère si peu de véritables conversions aux pieds de nos tribunaux? C'est que la plupart des confesseurs , contens d'écouter les fautes de leurs péniiens, n'approfondissent pas les dispositions intimes de leur cœur ; ne leur prescrivent que des remèdes extérieurs qui ne vont pas à la source du mal ; ne s'appliquent point à rélurmer cet homme intérieur qui leur est inconnu; c'est, en un mot, que des confesseurs qui ne voient que la surface de la conscience , ne sauraient jamais former que des pénitens superficiels.

Je ne parle pas des autres dangers de ce ministère, où la prière seule peut faire toute notre sûreté. Hélas ! nous y sommes dépositaires des fragilités d'un sexe faible : les images funestes qui nous en restent souillent du moins l'imagination , si elles ne souillent pas le cœur : c'est une étincelle fatale qui reste en dedans de nous, et qui souvent est la source d'un grand incendie. L'usage de la prière seul peut dissiper et purifier ces fantômes , et éteindre ces étincelles dans leur naissance : de pieuses intentions ne suffisent pas même pour nous mettre à couvert des dangers de ce ministère. On est d'abord touché des faiblesses d'un sexe fragile ; mais il est à craindre qu'on ne le soit bientôt encore plus de sa confiance : on ne se prête d'abord qu'aux besoins, ensuite aux inutilités; on commence par le zè!e , et on finit souvent par l'attachement; on est entré ministre dans le tribunal, et on n'est plus qu'un homme quand on en sort. Mais ne poussons pas plus loin un sujet si triste à traiter. Le fruit essentiel que nous devons retirer de là , et qui nous regarde chacun en particulier, c'est que, si la prière ne nous soutient dans une fonciion si périlleuse ; si nous nous y présentons sans précauliun ; si nous nous exposons témérairement à des dangers d'autant plus à craindre que nous y sommes les seuls juges et les seuls témoins de nos chutes ; si ce sont des motifs de curiosité , d'affection humaine, de complaisance en la confiance qu'on a pour nous , qui nous y conduisent , le tribunal sacré

182 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.

OÙ nous devrions purifier les souillures d'autrui , ne sera plus pour nous que le lieu fatal où nous en contracterons tous les jours de nouvelles.

Enfin , et cette dernière réflexion n'est pas moins digne de notre attention : non seulement la prière nous est indispensable pour nous préserver des dangers de nos fonctions , mais encore pour nous en assurer le fruit et l'utilité ; ce n'est pas assez que nous n'y courions point de risque pour nous-mêmes , il faut de plus que nous y soyons utiles aux autres. Or, nous cultivons , nous arrosons ; mais Dieu seul donne l'accroissement : et comment pouvons-nous l'attendre , si nous ne sommes pas fidèles à le demander, et si nos prières ferventes et continuelles n'attirent sur nos fonctions ces bénédictions visibles qui les font fructifier ? Nous travaillons la plupart sans fruit et sans succès , parce que nous travaillons tout seuls ; et comme si le succès dépendait de nous seuls , nous l'attendons de nos talens, de nos soins , de nos lumières ; nous n'appelons pas à notre secours celui seul qui peut rendre nos soins utiles. Je le répète , le défaut de prière est la grande source du peu de fruit que la plupart des pasteurs font dans leurs paroisses , quoiqu'ils remplissent d'ailleurs exactement toutes les fonctions de ler.r ministère. Ils croient être quittes de tout quand ils ont rempli ces devoirs extérieurs ; mais, par le peu de fruit qui les accompagne , ils devraient sentir qu'il y a un vice secret qui les rend inutiles , et que , tandis que leurs prières n'intéresseront pas la bonté de Dieu au succès de leurs fonctions , qu'ils les commenceront sans s'être adressés à lui, afin qu'il prépare lui-même les cœurs de ceux qu'ils vont instruire , ils passeront les nuits et les jours , comme les apôtres , à jeter leurs filets et à ne rien prendre ; ils fourniront une carrière longue et pénible , cl ils mourront sans avoir rien fait , c'està-dire, sans avoir gagné une seule âme à Jésus-Christ.

Et de bonne foi, quel succès peut se promettre de ses instructions un pasteur peu accoutumé à la prière , à venir se remplir aux pieds de Jésus-Christ de l'amour des vérités qu'il doit annoncer, et de l'esprit d'onction qui les rend aimables, et y puiser ce zèle touchant, cette grâce , cette force à laquelle on ne résiste pas ? Quel succès peut se promettre à parler de Dieu , un pasteur qui ne parle presque jamais à Dieu? Quelle sécheresse dans ses discours I II annoncera des vérités ; mais elles ne sortiront que de sa bouche , et non de son cœur ; et ce ne seront pas celles que le Père lui aura révélées en secret : il instruira avec esprit ; mais ce sera l'esprit de l'homme , et non l'es-

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