Alcool, alcoolomanie et alcoolisme
A. Définitions. L’alcool aliment, médicament et poison. —
L alcoolomanie est la toxicomanie ou dipsomanie appliquée à l’alcool ; X alcoolisme est l’empoisonnement chronique par l’alcool c’est-à-dire l’ensemble des symptômes qui manifestent l’intoxication par l’ingestion répétée et habituelle de 1 alcool. Quant au mot alcool lui-même, il s’applique non seulement à l’alcool éthylique proprement dit et à quelques alcools dits supérieurs par les chimistes, mais à toutes les boissons spiri— tueuses, contenant de l’alcool sous une forme quelconque, que ce soient des boissons fermentées comme le vin, la bière et le cidre, titrant de 15 à 16 pour 100 et au-dessous ou des boissons distillées, titrant de 30 à 60 pour 1 00 d alcool, comme les eaux-de-vie et liqueurs, cognac, rhum, etc. ; boissons auxquelles on peut ajouter des essences (amers, apéritifs. . . absinthe. . .).
A la notion d ’ alcool-poison, base et point de départ de tout ce chapitre, on oppose souvent la notion d alcoolaliment et f X alcool-médicament , dont certaines personnes intéressées voudraient faire le point de départ d une apologie de l’alcool, que 1 on répandrait pour égarer l’opinion contre les campagnes antialcooliques. Historique-
ALCOOL, ALCOOLOMANIE, ALCOOLISME
ment, on voit, de temps en temps, les périodes d'éloge de l’alcool-aliment et tonique alterner en quelque sorte avec les périodes de dénigrement de F alcool-poison.
« Regardé d’abord comme un poison, l’alcool, dit Lancereaux, ne tarda pas à être considéré comme une panacée universelle et se répandit ainsi peu à peu en Europe; il lut distribué très tôt aux ouvriers employés dans les mines de Hongrie et servit comme sorte de cordial aux soldats anglais qui faisaient la guerre dans les Pays-Bas. En France, Louis XII accorda, dès l'année 1514, à la communauté des vinaigriers, l’autorisation de distiller les eaux-de-vie et, en 1678, leur vente, au lieu d’être réservée comme autrefois aux pharmaciens, se faisait publiquement dans les rues. » Puis, ce sont les fâcheux effets du poison qui frappent de divers côtés, qui motivent des mesures légales ou administratives... De nouveau, aux États-Unis, la croyance que les boissons spiritueuses « sont utiles à l’homme en santé se répandit après la révolution américaine ; car, pendant cette grande lutte, une ration de spiritueux ayant été attribuée journellement aux soldats pour les aidera supporter les fatigues de la guerre, un certain nombre d’entre eux contractèrent ainsi la funeste passion de l’alcool, dont ils^ portèrent le goût dans la société ». L’étude médicale de l’alcoolisme (MagnusHuss 1856) se développe alors de plus en plus et la campagne antialcoolique s’accentue partout contre le péril croissant créé par ce poison.
Récemment, une nouvelle période d’éloge de l’alcool a été ouverte par un article de Duclaux et exploitée par ceux dont l’intérêt se confond avec celui de l’alcool : l’alcool est un aliment, a-t-on dit avec autorité; c’est à tort qu’on a voulu détacher de lui l’opinion publique ; on a eu tort de le combattre; « nous devons lui faire nos excuses pour la façon dont nous l’avons traité jusqu’ici ». Il faut créer des ligues pour la propagande des boissons alcooliques. 11 ne faut plus traiter de «marchands de poison » lacorpo-
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ration des mastroquets, tout aussi respectable et aussi utile
a 1 humanité que celle des bouchers et des boulangers; sans quoi, la justice pourrait s'émouvoir, les liquoristes et commerçants en alcool pourraient nous poursuivre pour diffamation, comme Je syndicat des marchands de vin a poursuivi le Préfet de police pour le tort qu’il lui causait par la publication d une affiche antialcoolique.
On s est dès lors demandé si, comme le suppose Octave Mirbeau dans une amusante fantaisie, le marchand de vin doit désormais remplacer le pharmacien comme exécuteur des consultations médicales.
A toutes ces questions, qui ne sont difficiles qu'en appa- 1 en ce et embrouillées qu a plaisir, on peut répondre d'un seul mot: oui, 1 alcool est un aliment; oui, l'alcool est un médicament ; mais cela n empêche pas que l'alcool est aussi un poison, et un poison des plus dangereux.
De leurs célèbres expériences citées dans le mémoire de Duclaux, Atwater et Benedict concluent : « dans le régime alimentaire de trois hommes valides, on a pu, sans inconvénient, remplacer du beurre, des légumes, ou autres aliments analogues par de l’alcool sous forme de vin ou d'eaude-vie. Ces remplacements et ces alternances ne dépendent pas de létal de repos ou de travail ni d aucune circonstance relative au consommateur. Tout est commandé par le coefficient isodynamique de l'aliment, qui reste physiologiquement le même, si la substitution se fait en tenant compte de ces coefficients et, quand on supprime le vm dans un repas, il faut, le remplacer par quelque chose. » La dose d alcool employée dans ces essais na jamais dépassé , par individu , un litre de vin léger par jour. La conclusion rigoureuse est que l’alcool à cette dose et sous cette forme est un aliment utile.
G est ce que Longet proclamait déjà dans sa Physiologie , quand, s appuyant sur les observations de Liebig, il disait quel alcool occupe « un rang distingué » parmi les aliments