HUMAINE
1. La moiale et la sociologie ne peuvent trouver leur base scientifique Bi dans la physicochimie ni dans la biologie. — 2. Seule, la Biologie humaine peut être le fondement des sciences morales et sociales. Ce qu’est la Biologie humaine. — 3. Premier et deuxième caractères spécifiques de l’homme: supériorité psychique et progrès psychique indéfini. — 4. Troisième caractère : la volonté humaine.
1 . La morale et la sociologie ne peuvent trouver leur base scientifique ni dans la physicochimie ni dans la biologie.
Les deux mots devoirs et biologiques , inscrits en tête de ce volume, apparaissent contradictoires. L un est normatif, veut dire obligation morale, exprime ce qui doit être , ce que Thomme doit faire ; 1 autre est scientifique , indique ce qui est et n implique aucune obligation morale. L'un correspond au bien, l'autre au vrai.
Comment passer de l'un à l'autre et concilier l'un avec 1 autre dans une locution unique: devoirs biologiques ?
On m a reproché d'avoir fait cette association étrange dans une conférence sur les lois biologiques de la famille et de la société humaines: un paragraphe expose les devoirs biologiques de l'homme c'est-à-dire les devoirs dictés à 1 homme par la biologie et un autre expose l'impuissance de la biologie à faire exécuter et à rendre obligatoires les lois qu'elle édicte. Qu’est-ce donc qu'un devoir qui n'est pas obligatoire? Comment la biologie peut-elle édicter des
devoirs, alors qu'elle ne peut pas les rendre obligatoires?
Au fond, c'est là une des faces du grand problème que
se pose constamment notre époque sans arriver à le résoudre : comment peut-on donner une base et un point de départ scientifiques aux sciences morales et sociales ? Comment peut-on les rattacher à une science déjà existante et constituée ?
La majorité des auteurs s'efforce de rattacher la morale et la sociologie à la biologie ou science des êtres vivants : et comme, pour beaucoup, les doctrines monistes paraissent démontrées, on voudrait rattacher les sciences morales et sociales à la science des corps bruts ou inanimés, à la physicochimie.
Cette manière séduisante de simplifier les choses et de considérer les sciences morales et sociales comme un chapitre de la biologie ou même de la physicochimie, fait naître de graves objections et aboutit, en définitive, à la négation de la morale et de la sociologie.
Cette assimilation conduit en effet logiquement à la négation des idées de bien, de mérite, de responsabilité, qui sont la base même de la morale. « Dès l’instant, dit Albert Bayet, qu'on admet, dans le monde social, l'existence de lois, en tous points semblables à celles qui régissent la chute d'une pierre, il est aussi puéril de rendre un individu, quel qu'il soit, responsable de ses actes, que de blâmer l’arbre chétif ou de féliciter l'arbre vigoureux. Toute tentative en vue d'atténuer la rigueur de cette conséquence est foncièrement antiscientifique... Xerxès, faisant frapper l'océan, nous fait sourire ; car nous savons les mouvements des eaux soumis à des lois connaissables. Serons-nous moins risibles un jour, nous qui frappons le criminel sans songer que des lois analogues soulèvent la tempête et suscitent les crimes? Notre geste apparaîtra-t-il moins ridicule et moins vain? » Donc, en définitive, conclut-il, « ne rédigeons pas un code de devoirs ; la science ne connaît ni devoirs ni responsabilités » — c'est-à-dire supprimons la morale.
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L inféodation de la sociologie à la biologie et à la physicochimie a, de même, des effets déplorables: on est obligé? avec ces idées, de rapprocher la société humaine, non seulement des sociétés animales, mais des associations en général, du monde inanimé comme du monde vivant. Novicow ne manque pas en effet de faire remarquer que l'association se retrouve dans l'univers entier, à tous les degrés de l'échelle, depuis les atomes de la vie inorganique jusqu'aux sociétés beaucoup plus complexes des animaux (famille, troupeau, bande) ; « on ne peut fixer aucune limite à l'association » .
Dès lors, il faut naturellement appliquer à la société humaine la loi générale qui régit toutes ces associations, la loi de la lutte et de la bataille. Entre toutes ces associations,
« la lutte est un phénomène universel. Elle s'opère entre les atomes et les molécules d'un corps, entre les corps célestes, entre les cellules d'un organisme et entre les diffé-' rents membres d'une société... La lutte est tour à tour chimique, astronomique, biologique et sociale ». Elle devient la base de la sociologie.
Dans le même ordre d'idées, Le Dantec montre que « 1 égoïsme est la seule base de toute société » : pour le biologiste, dit-il, l'exposé des droits de l'homme revient à dire à un groupe d individus : vous êtes plus forts que ceux qui vous oppriment ; unissez-vous et vous les opprimerez à votre tour jusqu'à ce que la désunion se mette parmi vous ». Les familles humaines, les clans, les nations ne sont basés que sur « le respect réciproque d'égales capacités de nuire ». Les sentiments de fraternité ne sont nés chez l'homme que par la guerre et expriment uniquement l'union contre l'ennemi commun...
C est la doctrine d Ernest Haeckel et de son traducteur Vacher de Lapouge, de Jean Weber, de Bismark (la force fait le droit), de Nietzsche, Hobbes, Spinoza (la^force, c’est, la source du droit).
Je n'ai pas besoin d'insister pour montrer que vouloir édifier une sociologie sur ces principes, c'est la ruiner d'avance, la supprimer, en décréter l’inexistence.
Loin de résoudre les problèmes sociaux que la sociologie doit étudier, cette doctrine de la lutte universelle les aigrit et les aggrave. L'application de ces idées en sociologie serait, comme l'a dit Bouglé, la constitution, de plus en plus accentuée par l’hérédité, de castes plus fortes, s'arrogeant le « repas du lion ». Ce serait l'aggravation incurable du conflit et de la lutte perpétuels entre l'individu et la société.
« Il y a là, dit Palante, une antinomie analogue à celle que Schopenhauer a découverte entre l'individu et l'espèce. L'individu est sacrifié à la société comme il est sacrifié à l'espèce. » Une société, organisée et dirigée d’après les mêmes principes que les sociétés animales, ne pourrait pas vivre.
Au lieu d'aider l'humanité à éteindre les luttes de classes, à organiser la société en progrès continu vers un but idéal, cette sociologie hâterait la mort de la société, en la ramenant en deçà des premières époques de son existence, en supprimant tous les progrès réalisés et lentement accumulés depuis l'apparition de l'homme sur la terre et en rendant à l'homme son rang, physiquement inférieur, dans l'échélle animale.
De tout cela il ressort nettement qu'il est impossible de donner la biologie (et encore plus la physicochimie) comme hase et point de départ aux sciences morales et sociales. Faut-il en conclure qu'on doit renoncer à l'entreprise et qu'il n'est pas possible de donner une base et un point de départ scientifiques à la morale et à la sociologie?
2. Seule, la Biologie humaine peut être le fondement des sciences morales et sociales. Ce qu’est la Biologie humaine.
La grande raison, pour laquelle il est impossible de donner
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la biologie (et à plus forte raison la physicochimie) pour base et point de départ aux sciences morales et sociales, est que la physicochimie est la science de ce qui est commun à 1 univers tout entier et la biologie est la science de ce qui est commun à tous les êtres vivants. Ni l’une ni l'autre ne tiennent compte de ce qui appartient en propre à l'homme, de ce qui est spécifique de 1 espèce humaine.
Le problème social et le problème moral ne peuvent être posés que par une science qui prend pour point de départ 1 idée de solidarité qui doit unir tous les hommes, l'idée d aide mutuelle, de collaboration, de coopération, qui est l’opposé du principe biologique de la lutte : les hommes ne sont pas nés pour combattre les uns contre les autres ; ils sont nés pour s'aider les uns les autres et collaborer ensemble au progrès incessant et indéfini de l'espèce.
Ce volume tout entier sera le développement de cette idée, classiquement et unanimement acceptée aujourd'hui.
La morale et la sociologie sont donc des sciences propres à Y homme et ne peuvent pas prendre pour point de départ
des considérations communes à tous les êtres vivants (encore moins des considérations communes à l'univers tout entier). Bouglé a énergiquement montré ce caractère humain que doivent avoir les sciences morales et par conséquent la sociologie.
« Qu'ils soient des hommes, dit-il, en effet, animaux singuliers, non pas seulement par leur complexité, mais par leur conscience, voilà le fait décisif, qui explique pourquoi la différenciation devait produire dans le monde social des effets tout autres que dans le monde organique et pourquoi les catégories qui conviennent à celui-ci ne sauraient se transporter fidèlement à celui-là... Parce qu'ils sont des hommes, c'est-à-dire des êtres critiques, les éléments du corps social sont capables de raisonner sur le sort qui leur est fait par la différenciation et de travailler à limiter ou à. rectifier ses effets s’ils les jugent injustes, Les cellules.
coopèrent aveuglément et se laissent, sans crier, asservir dans Forgane; mais les hommes sont capables de réfléchir . sur leur coopération même, de comparer ce qu'ils donnent avec ce qu'ils reçoivent... Nous ne pouvons finalement oublier, comme le voudrait la sociologie biologique, que nos sociétés sont faites d'hommes; et que ce seul caractère, comme il change les conditions, est capable de modifier les lins et les conséquences de la lutte pour la vie. Et d'abord ce n'est pas seulement pour survivre animalement et, si l'on ose dire, bêtement, que les hommes font effort, mais pour bien vivre... Ce sont en un mot des organismes capables d'idéal et cet idéal pourra intervenir jusque dans la concurrence naturelle. »
De tout cela il résulte que la plupart des objections faites à l'inféodation des sciences morales et sociales à la biologie disparaîtraient s'il était question, non de biologie générale (science de tous les êtres vivants), mais de Biologie humaine (science de l'homme).
Seule en effet, la Biologie humaine tient compte du psy chisme humain, qui joue un rôle de tout premier ordre en morale et en sociologie, qui a des caractères tout à fait dis- ' tincts de ceux du psychisme des animaux, même le plus élevés et le plus voisins de l’homme; psychisme humain, dont la biologie générale ne peut pas s'occuper, puisqu'elle a pour but la recherche de ce qu'il y a de commun à tous les êtres vivants sans exception « l'étude des caractères et des phénomènes vitaux, indépendamment des différences spécifiques et individuelles ».
Pour donner une hase vraiment scientifique aux sciences morales et sociales il s'agit donc d'établir l’existence d'une Biologie humaine c'est-à-dire d'une science, qui, comme j'ai essayé de l’établir ailleurs, doit être aussi essentiellement distinguée de la biologie animale que celle-ci l'est de la biologie végétale.
L objet à? la Biologie humaine est Y homme, espèce fixée
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depuis un très grand nombre de siècles, on doit donc distinguer cette science de Y anthropologie et la confondre au contraire avec la médecine , qui est la science de l'homme bien portant et malade (comme l'envisageait Barthez) ou physiopathologie .
Comme toute science, la Biologie humaine emploie exclusivement la méthode positive et expérimentale (objective et subjective). Ceci indique que la Biologie humaine ne comprend pas toutes nos connaissances sur l'homme; elle comprend uniquement celles de ces connaissances qui nous sont révélées par la méthode scientifique.
Pour établir ses droits à l'existence indépendante comme science distincte, la Biologie humaine doit s'appuyer beaucoup plus sur l'étude des fonctions ou physiologie que sur
l'étude des formes ou morphologie {anatomie').
Il est facile de remarquer que la sériation continue des êtres vivants, qui fait rapprocher l'homme des autres êtres vivants jusqu à 1 amibe et au microbe végétal, est entièrement basée sur les caractères morphologiques. Les analogies, qui rapprochent l'homme des autres animaux, ont été vues, étudiées et soulignées à l'époque ou l'on faisait des
découvertes en morphologie et anatomie comparées.
! Aujourd'hui, quand on fait l'étude comparée des fonctions, i on arrive à des résultats absolument différents.
; Cela posé, l'homme est d'abord bien distinct et différent | ^es corps bruts ou inanimés. Ce caractère est commun à i l'homme et à tous les êtres vivants; il appartient donc à la biologie générale comme à la Biologie humaine. Mais il se | présente, chez l'homme, dans des conditions toutes particulières, qui méritent d'être soulignées en tête d'une Biologie humaine.
Chez l'homme comme chez tous les animaux supérieurs, la fonction antixénique ou de défense ou de constance biologique est dirigée par le système nerveux et par toutes les parties de cet appareil, y compris l'appareil psychique, que
nous verrons présenter chez l'homme des caractères tout à fait spéciaux : tous les appareils nerveux sont psychiques pour une part, les appareils splanchniques comme les appareils sensitivomoteurs ou sensoriels.
Dans cette finalité biologique, dirigée par le système nerveux avec ses neurones psychiques, nous trouvons déjà une réponse aux auteurs, que nous avons vus nier 1 idée de responsabilité, de mérite et de démérite... sous la raison que les lois sont, en tous points, semblables pour l'homme et pour la pierre. — Ces lois sont au contraire absolument différentes pour l'homme et pour les végétaux et les corps bruts: notre geste frappant un criminel ne peut plus être considéré comme aussi ridicule que le geste de Xerxès faisant frapper l’océan, parce que le psychisme humain est influencé par les coups, tandis que l'océan, n'ayant pas deneurones psychiques, reste indifférent à ce traitement; la responsabilité n’appartient pas à la pierre qui tombe ou à l'arbre chétif, tandis qu'elle peut appartenir à l'homme, puisque le caillou et le végétal n'ont pas, et l'homme a, des neurones psychiques, dont 1 activité intervient dans les actes.
Je passe aux caractères propres à l'homme , qui n'appartiennent pas aux autres êtres vivants, même le plus proches de l'homme.
3. Premier et deuxième caractères spécifiques de l’homme : supériorité psychique et progrès psychique indéfini.
Le premier caractère vraiment spécifique de l'homme est sa supériorité intellectuelle. Ce fait est bien établi par la maîtrise que l'homme a prise du monde, vivant et inerte, malgré son infériorité évidente à tous les autres points de vue: il apprivoise, domine, utilise pour son service, son alimentation ou son bien-être, des animaux, dont la force physique écraserait aisément plusieurs hommes réunis, si
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cette force physique était dirigée par une force psychique égale à celle de l'homme.
Certes, je ne nie pas — et il serait puéril de nier — le psychisme des animaux; mais il serait encore plus ridicule et faux de nier leur notoire infériorité intellectuelle par rapport à l'homme. Personne ne peut sérieusement contester et ne conteste qu ils sont inférieurs à l’homme comme force intellectuelle et spontanéité psychique ; leur automatisme psychique est aussi fort, souvent plus fort, que celui de l'homme; mais leur psychisme supérieur est, par cela même, infiniment moins développé.
Cette supériorité psychique est un élément essentiel, constitutif, de l'homme; on ne conçoit pas l'homme sans cette supériorité psychique. Ce n'est pas là un caractère plus ou moins anciennement acquis et ajouté à la nature humaine.
Comme dans toutes les espèces fixées , les organes de l'homme ne changent pas, ne se perfectionnent pas. On ne ■ peut pas dire que notre œil voie plus loin ou que notre S oreille entende mieux que l'œil et l'oreille de nos ancêtres, il y a dix mille ans. Notre appareil psychique lui-même ne f paraît pas s'être perfectionné; rien ne prouve une supério- \ rité acquise de notre cerveau sur le cerveau de l'homme î des cavernes.
Rémy de Gourmont a très bien montré ce fait (ou cette loi) de constance intellectuelle à travers les générations et les siècles successifs: « au lendemain de sa constitution, la race blanche était capable de génie, absolument dans les mêmes proportions que de nos jours; et la moyenne intellectuelle d’une tribu de l’àge de la pierre devait être sensiblement égale à la moyenne intellectuelle d’un village français d’aujourd'hui. »
Après avoir donné de nombreuses preuves de cette proposition, — depuis la découverte du feu, qui est « le fait de génie le mieux caractérisé dont l’humanité puisse se
vanter » et n'appartenant qu'à elle, jusqu à une série de gestes, qui « équivalent aux plus beaux mouvements de pensée d'un Lavoisier ou d'un Pasteur » — Rémy de Gourmont, ajoute : « l’homme n'a pas été nécessairement à l'origine l'homme intelligent; son intelligence ôtée, l'homme blanc d'aujourd'hui n'en serait ni plus ni moins homme, au point de vue biologique ». Ceci me paraît en contradiction avec tout l'article de Rémy de Gourmont sur la loi de constance intellectuelle, qui s'applique réellement à l'homme depuis qu'il est homme, c'est-à-dire depuis qu'il existe.
Au point de vue biologique, l'homme sans son intelligence n'est plus l'homme, vrai et complet. Le fou, qui n a plus son intelligence, même le somnambule, qui, momentanément privé de son psychisme supérieur, volontaire et conscient, est réduit à son automatisme psychique, ne sont pas des hommes complets et normaux au sens biologique du mot.
La supériorité du psychisme est — et a toujours été une caractéristique essentielle de rhomme et de l'espèce humaine.
Le deuxième caractère biologique propre à l'homme est la faculté de proyrès psychique indéfini. Ce progrès, domi: nateur et continu, chez l'homme et dans l'espèce humaine, est indiscutable et ne doit pas être opposé à la loi de constance intellectuelle, dont je viens de parler. Ce progrès consiste essentiellement dans la faculté qu'a le psychisme de l'homme d' accumuler et d'utiliser les découvertes et les acquisitions psychiques des générations et des siècles antérieurs.
Cette faculté n'existe pas chez les animaux, même les plus élevés. La ruche des abeilles et l'organisation sociale des fourmis sont remarquables à bien des points de vue, mais ne marquent aucun progrès, aucun changement, dans un sens quelconque, depuis les plus anciennes descriptions.
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Le contact avec la vie humaine a pu développer et perfectionner, chez quelques animaux, un certain nombre de réflexes de défense : les chiens se font moins souvent écraser qu'au début de la circulation des automobiles ou des tramways. Mais il est impossible de prouver un progrès vrai, réel, acquis, dans la vie des animaujx: le poisson a nagé de tout temps et ne nage pas mieux qu'autrefois, de même que l'oiseau a volé de tout temps et ne vole pas mieux qu'autrefois.
Nativement bien inférieur au poisson et à l'oiseau à ces points de vue, l'homme a conquis cette faculté de se mouvoir librement dans l'eau et dans l'air, en découvrant le sous-marin et l’aéroplane ; de même que, grâce au microscope et au téléphone, il voit des dimensions et entend à des distances inaccessibles à ses sens naturels. Ne fût-ce que dans l'art de mieux et, plus vite tuer ses semblables, le progrès de l'humanité n’apparaît-il pas douloureusement et tragiquement indéniable et écrasant !
C'est bien là un caractère spécifique de l'humanité: seul, l'homme est capable d'un progrès intellectuel indéfini, grâce à l'accumulation des acquisitions successives de l'humanité antérieure. Chaque génération humaine apparaît, dès sa naissance, hissée sur les épaules du géant que forment toutes les générations passées et dont la taille s'accroît constamment. Le point de départ de chaque génération est ainsi plus élevé que celui de la génération précédente; et alors le même effort progressif conduit chaque génération beaucoup plus haut que la précédente.
Si les expériences de Galvani et de Volta n' avaient pas été faites et surtout si leurs successeurs n'avaient pas eu, pour point de départ de leurs propres travaux, les faits acquis par Galvani et par Volta, nous n'aurions aujourd’hui ni le télégraphe ni la lumière électrique...
Ce progrès psychique indéfini s’étend, par ses applications, à toutes les formes de la vie humaine: bien-être,
longévité, défense contre la maladie... Et ainsi tous les membres de la société humaine profitent de ce progrès et tous en sont, ou doivent en être, les artisans et les auteurs. Ce sera là le point de départ de plusieurs des devoirs biologiques dont je parlerai plus loin.