‹ Devoirs et périls biologiquesChapitre 23 sur 105 · ETHER · texte numérisé non relu

ETHER

seul n'entraîne pas habituellement la déchéance physique et psychique, qui menace et atteint si souvent les alcooliques et les opiomanes. Mais il ne faudrait pas en conclure que l'éthérisme n'est pas un péril individuel et social, considérable et croissant.

« Le nombre des buveurs d’éther, dit Chassevant, augmente chaque année : ils se recrutent dans la classe pauvre en Écosse, en Irlande et en Prusse; dans les autres pays, en-France notamment, ce sont les gens riches, surtout les lemmes, qui satisfont cette passion. L augmentation de l éthéromanie, en Irlande et en Prusse, reconnaît une cause économique. Les malheureux demandent à l'éther une ivresse à bon marché que leurs maigres ressources ne leur permettent pas d’obtenir avec l'alcool. Colin, qui a jeté le cri d'alarme, constate que la consommation de l'éther ne cesse de croître dans la population rurale de la Prusse; car un litre d alcool coûte 1 fr. 50, tandis qu'un litre d'éther ne coûte qu'un franc. »

En France, les causes de la diffusion de l’éthéromanie sont tout autres. Ce n'est pas par économie que l'on s' éthérisé; c'est par snobisme, par tempérament psychonévrosique, pour fuir, un moment, les ennuis et les devoirs de la vie et pour se procurer des satisfactions et des jouissances superficielles et courtes. Cette malheureuse habitude s'est beaucoup développée dans ces derniers temps parmi nos jeunes gens intelligents et cultivés, parmi nos étudiants, avec (le plus souvent) la complicité et à l instigation des demimondaines.

Si les dangers de déchéance organique et de dégénérescence psychique sont moindres avec l'éther qu'avec l'alcool ou avec l'opium, le péril de psychasthénie et, de débilitation mentale progressives [n’en existe pas moins. On a moins de motifs en général pour s'éthériser au début que pour se morphiniser ; aussi le fait indique-t-il un défaut plus accentué de résistance morale, un état de débilité psychique plus

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grande, un tempérament toxicomane plus accentué. Et

alors le besoin de récidive et d'aggravation, quoique moins marqué qu'avec les autres poisons, s'impose tout, aussi énergiquement à la volonté du malheureux qui a commencé.

Pour se procurer de l'éther on dépense tout l'argent qu'on a et parfois celui qu'on n'a pas, on en arrive aux indélicatesses, au vol, au crime, à la désertion (j'en ai vu des exemples). Si, malgré tous ces moyens, on n'arrive pas au but désiré ou si on répugne à ces moyens, on peut aboutir au suicide. Que de fois on a trouvé de malheureux jeunes gens morts dans leur lit, le flacon d'éther ouvert à côté d'eux, sans qu'on sache parfois si la mort a été accidentelle ou volontaire, mais la mort étant toujours la conséquence de la pernicieuse habitude prise.

Les accidents directement produits par l'éther peuvent d'ailleurs être singulièrement aggravés par 1 association, très fréquente, d'autres poisons euphoristiques. Avant ou après l'éthéromanie, les sujets ont souvent été victimes d'une autre forme de dipsomanie (morphine, cocaïne...).

On consomme l'éther, soit en inhalation, soit en boisson; au bout d'un certain temps, on associe le plus souvent les deux modes d'ingestion.

Ce que l'on recherche d'abord et habituellement, c'est l'ivresse particulière que donne l'éther, ivresse analogue à celle du chloroforme et que S'on peut appeler ivresse des anesthésiques .

L'action anesthésique de l'éther diffère de celle du chloroforme « en ce que l'apparition de l'anesthésie est moins rapide et sa durée moindre ». Au développement de cette anesthésie on distingue trois périodes : « 1° une excitation, due, soit à l'action de l'éther sur les voies respiratoires, soit à une impression sur les éléments nerveux; 2° une période de diminution de la sensibilité, sans que les mouvements réflexes soient nécessairement anéantis; 3° une période de

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