‹ Devoirs et périls biologiquesChapitre 28 sur 105 · Hachisch et hachischisme · texte numérisé non relu

Hachisch et hachischisme

« Un besoin naturel à l'homme, dit Roger, l a poussé de (oui temps à avoir [recours à des agents nervins. Homère vantait le nepenthes qui dissipait la tristesse et la mélancolie. Au xm® siècle, on commença à faire usage, en Asie, d une nouvelle drogue, le hachisch, qui est préparé avec le chanvre indien et est employé aujourd'hui par 200 à 300 millions d'hommes, répartis en Afrique, du Maroc au Cap de Bonne- Espérance, en Perse, dans l'Inde et la Turquie. »

Le hachischisme a été décrit par tes littérateurs comme

HACHISH

Baudelaire, Théophile Gautier, Meunier, etc. et étudié aussi par les médecins, depuis Moreau de Tours jusqu’à Lange et à la thèse d’Hesnard (1912) élève de Regis.

Les sommités et les feuilles du Cannabis indica (variété du Cannabis sativa) sont absorbées, soit par les voies respiratoires, en fumant, au moyen du nargileh, les feuilles préalablement séchées ( bancj ), — soit par les voies digestives, en ingérant certaines préparations, incorporées à des pâtisseries ou à des boissons.

Voici, d’après Roubinovitch, les préparations le plus fréquemment employées : 1 . sommités et feuilles bouillies dans de l’eau et du beurre (extrait gras simple); 2. même bouillon, additionné de diverses matières aromatiques et quelquefois de cantharides, extrait gras aromatique ayant l'aspect d’une pommade ou d’un onguent ( dawamesc ) ; 3. résine extraite de la plante à l’aide d’alcool ou d’éther, remarquable par son odeur particulièrement âcre ( hachis chine ou cannabine, avec laquelle on fait des pilules) ; i. teinture alcoolique de la plante, remarquable par son activité et son goût extrêmement désagréable; 3. huile volatile résultant de la distillation de cannabis ( cannabène de Personne), préparation très active, ayant l’odeur du chanvre et une couleur ambrée. « En Europe, on se sert surtout des trois dernières préparations, les deux premières sont employées dans l'Orient. »

On voit nettement le mode d’action du hachisch, dit encore Roubinovitch, quand on inspire, pendant quelques secondes, l'huile volatile ou cannabène : agitation rapidement frémissante, besoin impérieux de marcher, de remuer les bras, les jambes, tout le corps; puis lassitude extrême générale; abattement avec impression d’un commencement de syncope. Habituellement, on prend des pilules de cannabine.

Voici, toujours d’après le même auteur, le tableau de l’ivresse produite par cette substance. Si la dose ne dépasse pas 1 5 à 20 centigrammes : sorie d'excilation cérébrale singu-

INTOXICATIONS VOLONTAIRES EUPHORISTIOüES

lière; les idées affluent avec abondance et en désordre, qu il est difficile d’associer: les souvenirs s'embrouillent sans amnésie; augmentation de l’appétit et exaltation des fonctions génitales; puis grande lassitude. — Si la dose de cannabine atteint 30 à 40 centigrammes, l'excitation du début est beaucoup plus courte et l’effet dépressif plus rapides et plus profond; sommeil lourd, parfois accompagné d’anesthésie générale. — Au delà de 40 centigrammes, l’ivresse devient délirante : délire variable selon les individus; agitation motrice plus ou mois intense, hallucinations, surtout visuelles, quelquefois auditives; idées obsédantes; troubles de la mémoire avec grand désordre dans les souvenirs; impossibilité d’apprécier le temps et la distance.

Roubinovitch résume ensuite une remarquable autoobservation de Lange : une dizaine de minutes après 1 absorption de 30 centigrammes de cannabine, sentiment de bien-être, de forces physiques augmentées; mais association des mouvements difficile, impossible si le mouvement est complexe; de même pour l’association des idées, l'attention; plus grande facilité au contraire de la perception passive des phénomènes extérieurs. Puis la pensée active s'affaiblit progressivement; survient comme une perte de connaissance. La conscience revient avec une fausse appréciation (allongement) de la durée de l'inconscience. A un moment, il perd la notion du monde réel ; véritables hallucinations se succédant rapidement : figures géométriques diverses, très brillantes, analogues aux phosphènes. Céphalalgie très vive, palpitations, malaise général avec sensation de ruisseaux de feu coulant le long de la colonne vertébrale, illusion de se sentir soulevé et transporté très loin avec impuissance complète à réagir; enfin sentiment de tristesse infinie. Anéantissement total et lourd sommeil d’un quart d’heure. Réveil subit, instantané, avec retour presque immédiat à l'état normal. Le lendemain. Lange avait encore quelque difficulté à se livrer à un travail intellectuel, sa mémoire

Page 1