‹ Devoirs et périls biologiquesChapitre 30 sur 105 · Tabac et tabagisme · texte numérisé non relu

Tabac et tabagisme

On sera peut-être étonné de voir figurer le tabac à côté du hachisch, de 1 opium et de F éther, dans cette liste de poisons, créateurs de graves périls, individuels et sociaux. Je ne prétends pas en effet que le tabac doive être mis, au point de vue nocif, sur le pied des autres poisons. Mais on ne peut pas nier que le tabac soit un poison que Fon prend pour les sensations agréables qu il procure (euphoristique), que l’on prend volontairement et habituellement et qui est en même temps nuisible à 1 organisme.

Cette nocivité du tabac varie d’ailleurs suivant les individus et suivant un élément personnel un peu spécial. L état psychique antérieur est ici bien moins important que pour les autres poisons; il influe surtout sur la continuation de Fusage du tabac alors que les effets nuisibles en ont été constatés par le médecin et par le sujet lui-même. L état qui influe le plus sur la nocivité du tabac est 1 état anterieur de la nutrition et de la circulation : arthritisme, alcoolisme. . .

11 ne faut donc pas permettre à un fumeur à qui Fon défend le tabac de répondre en invoquant l’exemple d'autres personnes qui fument sans inconvénient de plus grandes quantités. Un sujet, dont l’appareil antitoxique est insuffisant, sera empoisonné par des doses de tabac, qui passeront inaperçues chez bien d autres.

L’usage du tabac, dit Roger, a envahi toutes les nations civilisées; chaque année, en en use plus de deux milliards de kilogrammes; en France, seulement, la consommation annuelle dépasse 30 millions de kilogrammes. La fumée du tabac est complexe; elle contient plus de dix milligrammes d'acide prussique par 100 grammes de tabac; un centimètre cube et demi d'oxyde de carbone par 10 grammes de tabac en combustion lente; faible quantité de nicotine (d'après Gy, les accidents seraient identiques avec le tabac ordinaire et avec le tabac dénicotinisé). Dans les cas de combustion complète, il se produit de la collidine (assez toxique pour qu'un vingtième de goutte tue une grenouille). « La combustion lente donne naissance à des bases pyridiques, qui représentent les véritables poisons de la fumée de tabac. »

La toxicité de la nicotine joue donc un laibie rôle dans le tabac fumé; cependant elle n'est pas à négliger; car elle est très grande en soi : sa toxicité, dit Wurtz, ne le cède qu'à celle de la conicine (alcaloïde de la ciguë) et de l'acide prussique: deux gouttes sur la langue d'un chien le tuent en moins d’une minute. La dose mortelle de nicotine pure serait de 20 à 21 milligrammes par kilogramme d'animal. La teneur des tabacs en nicotine varie de 1/2 à i,o pour 100. « Très généralement, on voit, pour les tabacs indigènes, le taux de nicotine diminuer notablement quand on passe des meilleures qualités aux moins bonnes. C'est que les qualités supérieures comprennent d'ordinaire les feuilles les plus développées et les plus mûres. Pour les tabacs exotiques, ce fait ne s'observe pas régulièrement. On remarquera enfin que les tabacs d'Orient n'ont pas cette pauvreté en nicotine qu’on leur prête assez communément. »

Le tabagisme aigu ne nous intéresse pas ici; il se produit quand il y a, accidentellement ou criminellement, ingestion de tabac par l'estomac ou l’intestin.

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