AUX DEVOIRS INTERINDIY1DUELS
souvent un principe de servitude que de libération. Elle favorise l’esprit moutonnier et l’intelligence vulpine au détriment de F intelligence vraiment humaine, elle engendre et conserve les mensonges de groupe et perpétue les fausses élites : elle anéantit le plus souvent la vraie force sous refïbrt des médiocrités bien embrigadées, comme les Lilliputiens enchaînaient Gulliver sous la multitude de leurs minuscules liens... Concluons qu’il convient défaire les plus grandes réserves sur la solidarité comme principe social. »
Ce réquisitoire ne s’applique d’ailleurs, on le comprend, qu’à la solidarité mal comprise et confondue avec la grégarisation. Plus loin, Palante le proclame nettement quand, parlant de la synergie sociale de Mazel, il dit : « il faut se garder de confondre cette synergie, cette solidarité indépendante, active et libre, essentiellement respectueuse de l’individu, avec cette solidarité grégaire, passive et moutonnière — essentiellement tyrannique et oppressive des individualités, — qui constitue l’âme, mobile et instable, des foules et plus encore la mentalité rabougrie et encroûtée de nos corps constitués et de nos administrations » .
« Par suite, si un régime social de l’avenir, qu’il s’appelle socialisme ou autrement, veut fonder une élite, qu’il jette par-dessus bord la notion de classe et même celle d’élite collective ; mais qu’il cultive, qu’il intensifie le sentiment de l’individualité et de la valeur individuelle. Qu’il fasse des hommes qui sachent être eux-mêmes. Qu’il prenne pour devise l’aphorisme de Nietzehe : vous ne devez pas seulement vous élargir, vous devez surtout vous grandir. Et nous ajouterons : vous ne devez point vous grégariser, mais au contraire vous individualiser » .
Une société humaine, en s’organisant, doit en effet faire 0 des hommes « qui sachent être eux-mêmes » c’est-à-dire des ! ( hommes tels que les définit et les conçoit la Biologie humaine, m des hommes de devoir et non des hommes d’égoïsme. Car
PÉRILS CORRÉLATIFS
tout notre chapitre précédent peut se résumer dans ce mot: sus à l'égoïsme qui ne peut être qu'un élément de mort pour la société qui voudrait le prendre pour base. Et ce que j'ai dit de l’égoïsme individuel s’applique absolument à l'égoïsme collectif, qui n’est qu'un égoïsme individuel, élargi à quelques-uns et dévenu par là même plus fort et plus dangereux.
C'est toujours l'influence néfaste de la biologie générale, qui inspire, fait naître et domine les doctrines de société humaine basée sur la lutte, l’intérêt disputé, l'égoïsme et la conception des associations fondées pour nuire le plus confortablement possible, aux autres hommes. Les idées-lois de la Biologie humaine sont tout autres ; ce sont des idées-lois decoopération et de collaboration pour l'obtention du progrès général ; ces devoirs interindividuels n'impliquent nullement l'humiliation, l’abaissement ou l'asservissement de l'individu, partant au contraire des devoirs auto-individuels, les développant et les généralisant.
La Biologie humaine est basée sur l’idée de liberté et de responsabilité de l'individu ; elle ne peut donc pas être ouvrière de tyrannie quelconque, pas plus d'une collectivité que d’un autre individu...
La Biologie humaine précise ainsi, très scientifiquement, la différence absolue qu’il y a entre l'esprit gréga ire et l'esprit social : l’esprit grégaire implique un troupeau mené et un berger meneur ; l'esprit social veut dire respect et amour de chacun pour sa propre vie et pour la vie de ses semblables, Ln Biologie humaine, il n'y a ni morale des maîtres ni morale des esclaves; il y a la morale de tous les hommes.
Tous les hommes ont leur rôle dans la marche générale de
l'humanité vers le progrès indéfini. Ce rôle diffère suivant les hommes dont les aptitudes et les facultés diffèrent aussi; ce qui fait qu’aucun homme ne se suffit à lui-même pour remplir sa mission dans ce monde : chacun a besoin de F aide des autres et doit son aide aux autres ; les devoirs interindivi¬
duels sont aussi oblig a toir es que les devoirs autoindividuels .
AUX DEVOIRS INTERINDIVIDUELS
Le mot solidarité, très généralement accepté aujourd'hui, ne peut être retenu que si on le définit comme nous le faisons dans ce livre. Ce même mot avec une fausse conception de sa nature et une définition qui en ferait un synonyme
d'égoïsme collectif ou de grégarité constituerait au contraire
un péril grave pour la société et pour les individus qui la composent.