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importants et leur étude est d'autant plus nécessaire qu'on les trouve cliez des malades qui vivent dans la société (hors des asiles) et, sont dangereux pour cette société. J'y reviendrai dans la cinquième Partie.
Mairet et Euzière divisent leur étude sur les invalides moraux en trois parties : a ) invalidité morale * b) inversion morale; c) instabilité morale. En pratique médico-légale, il faut surtout distinguer les insociables (insubordonnés, déserteurs) et les antisociaux (sacrilèges, régicides, anarchistes) avec les trois degrés d'intensité' successive (tempéraments, demifolie, folie) sur lesquels je reviendrai à la fin de ce paragraphe.
2. Troubles des idées religieuses . — Je n'admets pas, avec Sergi, que la religion soit « une manifestation pathologique de la fonction de protection ». Mais, comme tous les autres actes psychiques, les idées religieuses peuvent être le point de départ ou la forme de certains troubles que Seglas énumère ainsi : folie du doute, superstition, démonopathie sous des formes diverses, manie du jeune, mutilations, suicide, homicide, exagération maladive des pratiques religieuses, amulettes, illuminisme, visionnaires, prophètes et fondateurs de religions extravagantes.
On peut grouper les principaux de ces troubles sous les deux chefs suivants : ci) exagération maladive de l'idée religieuse . extase,» mysticisme, superstitions, pratiques rituelles allant jusqu à l'automutilation ou même au suicide ou à 1 homicide (sacrifices humains); b ) perversion de 1 idée religieuse : demonomanie ou démonopathie, démon olatrie. théomanie, délires religieux et blasphématoires, obsessions et impulsions sacrilèges... Tout ceci appartient bien à la pathologie de l’idée religieuse persistante : il faut avoir encore une idée religieuse, troublée mais existante, pour mieux aimei voler une hostie consacrée que le vase précieux qui la contient; I incrédule vrai et complet n'a aucune tendance au blasphème et au sacrilège. s 4
PÉRILS CORRÉLATIFS
3. Au groupe des troubles du psychisme individuel causés par la collectivité appartiennent les troubles présentés par les individus vivant en collectivité et puisant dans cette vie collective la cause plus particulière de leur développement ou de leur forme.
Je ne crois pas (quoi qu'on en ait dit) que la vie en société, en collectivité, en groupe (vie politique, armée, vie religieuse) puisse suffire à déterminer des troubles psychiques vrais et permanents en dehors et sans le concours des causes ordinaires de l’aliénation mentale.
Pour la vie politique , « tel individu, dit Esquirol, que les passions révolutionnaires rendirent aliéné, le fut devenu il y a deux siècles par crainte des sorciers et du diable » ou actuellement le deviendrait par l'hypnotisme, le chemin de fer ou le téléphone. — Dans Y armée, on a décrit une « psychose spéciale des recrues ». Mais, d’après Wurtzen, « très documenté sur la question, il faut chercher la véritable cause des psychoses des jeunes soldats dans leurs antécédents héréditaires; le service militaire, avec les ennuis qui raccompagnent, n’est après tout qu’une cause occasionnelle analogue à cent autres. » — Quant à l’influence étiologique des idées religieuses , je cite Anglade : « le mysticisme superstitieux fut, au moyen âge, la source d’épidémies de psychopathie démoniaque. Mais les religions en général ne sont pas des causes réelles de maladies mentales. On a accusé les prédications de bouleverser les esprits, de faire naître des scrupules et des vocations maladives. En réalité, les orateurs religieux les plus persuasifs n’alarment que les consciences débiles et ne dirigent vers le cloître et la séquestration volontaire que les caractères faibles. La foi religieuse, sous toutes ses formes, est d'ailleurs, il faut bien le reconnaître, une cause de tranquillité morale. Elle console des morts douloureuses par l'espoir d'une réunion future; elle donne l'assurance d'une vie meilleure, aidant ainsi à supporter les souffrances morales et matérielles. »
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Kn somme, 1 hérédité, F alcoolisme et la syphilis font plus he tous que les collectivités.
Quant à l'influence de la collectivité sur la forme des délires, réalises d autre part et pour d'autres causes, elle revient à peu près aux troubles, déjà indiqués, des idées politiques et sociales. Les types physiologiques, énumérés ci-dessus, peuvent devenir des types morbides, parmi lesquels les suivants : ci) le mégalomane avec délire ambitieux, conducteur des peuples, faiseur de constitutions, réiormateur, fondateur de religions baroques ; devient souvent ! instrument des foules criminelles ; b) le timide, phobique des foules et des collectivités quelconques, mélancolique, misonéiste..., le psychasthénique présentant ce que Pierre Janet appelle des aboulies sociales.
i. A ce paragraphe de l'influence des collectivités sur le développement des psychoses, il faut rattacher les faits, d'ailleurs indiscutables, que l'on décrit sous le nom de contagion mentale. Ces laits sont plus rares qu'on ne le croit et ne le dit généralement : il ne suffit pas de vivre avec les fous pour devenir iou, témoin le vigoureux psychisme de nos confrères aliénistes. Mais les sujets à prédisposition psychopathique sont « exposés à accepter comme véridiques les interprétations fausses qu'on formule autour vi eux. Plusieurs formes de délire, peuvent ainsi se communiquer » ; spécialement le délire de persécution. « Car, dit Arnaud, c est celui qui présente le plus de vraisemblance et de logique, celui qui heurte le moins les idées reçues. »
La question devient beaucoup plus importante si on ne la limite pas à la contagion mentale et si on l’étend à la contagion psychique ; très étudiée dans ces derniers temps sous -celle forme plus générale, la contagion constitue alors un processus beaucoup plus étendu que ne le disent les aliénistes. Dans les foules, dans les collectivités, il y a contagion psychique : Y imitation automatique est fréquente chez les enfants, les débiles... et appartient au même groupe.
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Il faut donc apporter ici la distinction, qui domine tout mon enseignement, des deux psychismes et ne pas confondre la contagion psychique et la contagion mentale.
Georges Dumas a repris très complètement cette question et exposé l’opinion des divers auteurs ; il réserve le mot « contagion mentale » à la contagion des troubles nerveux et mentaux. On peut accepter cette définition à condition de réserver à côté, sous le nom de « contagion psychique », limitation automatique et suggestive.
Il faut aussi, avec Georges Dumas, séparer la contagion mentale des épidémies mentales et des folies collectives et grégaires.
3. L’état psychique producteur de l’inobservation des devoirs
interindividuels.
Comme nous l'avons fait plus haut (page 1 1 0) pour le suicide, il faut faire Y analyse psychologique des hommes qui ne remplissent pas, comme ils le devraient, leurs devoirs interindividuels, déterminer Tétât psychique producteur des attentats contre la vie d’autrui. Au point de vue oh nous nous plaçons constamment dans ce livre, ce paragraphe est plus important que tous les autres; il est absolument capital.
Dans le paragraphe précédent, nous avons dit ce que sont les fonctions sociales normales, régulières, les tempéraments qui leur correspondent et la pathologie de ces fonctions. C’est là vraiment la partie documentaire et essentielle de la question ; le paragraphe actuel n’en sera que le corollaire et la déduction.
Pas plus que pour le suicide, nous ne voulons aboutir à cette conclusion, que tous ceux qui attentent à la vie de leurs prochains sont des malades irresponsables. Je crois que la Biologie humaine conduit scientifiquement à des conclusions tout autres; nous allons voir que tous les criminels
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ne sont pas des criminels nés, condamnés au crime par une disposition congénitalement défectueuse de leur constitution. Mais il ne faudrait pas pour cela nier que F aliénation mentale peut se manifester par des attentats contre la vie d’autrui.
L’état psychique producteur de l’inobservation des devoirs interindividuels se présente sous trois formes ou plutôt à trois degrés différents : sous forme de folie avec irresponsabilité du sujet, sous forme de demifolie avec responsabilité atténuée, sous forme de tempérament avec responsabilité entière du sujet.
Quoique les deux dernières formes soient les seules qui intéressent vraimen t et directement le moraliste et le sociologue (la première étant uniquement du domaine des médecins aliénistes), l’étude sommaire delà première forme n’est pas inutile dans un livre comme celui-ci, parce qu’elle éclaire et permet de mieux comprendre les deux autres formes qui en sont connue F atténuation et la réduction.
A. Folie antialtruiste avec irresponsabilité. — J’ai dit déjà, à propos du suicide (page 111), ce qu’est l’impulsion des aliénés : avec les mêmes caractères se présente X impulsion aux violences sur les autres et à l’homicide.
Au degré le plus grave et le plus maladif, le sujet n'a ni conscience ni souvenir de l’acte. Les caractères de l’attentat sont alors les suivants : « explosion instantanée, rapidité automatique, violence extrême, exécution sur des personnes inoffensives ou inconnues, emploi d’instruments ou de moyens de mort quelconques, multiplicité inutile des coups, nombre excessif des victimes, invectives et acharnement contre les cadavres... ». Ces attentats se produisent surtout dans 1 épilepsie ou dans l’alcoolisme aigu, sans motif ou sous l'influence d’hallucinations terrifiantes et impératives ou de souvenirs rappelés par l’accès.
C’est le type d’impulsion à f homicide que Régis appelle
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type moteur , parce que la manifestation motrice est la .seule visible, quoique te phénomène soit essentiellement mental.
Dans le deuxième type dit psychomoteur, 1 impulsion est obéie sans lutte; mais il y a habituellement une cause ou un semblant de cause; le sujet a conscience et garde souvenir de b action à un degré plus ou moins grand; la rapidité et la sauvagerie dans F exécution sont moindres que dans le type précédent. On rencontre ces impulsions « dans les états d excitation grave , ou elles relèvent des tendances destructives et pantoclastiques qui y sont si marquées (manie aiguë ; périodes maniaques de la folie circulaire, de la paralysie générale; colère épileptique), ainsi que dans les états hallucinatoires intenses, entraînant à des actes automatiques de défense, de représailles et de vengeance (délires hystériques, délires alcooliques, surtout à forme jalouse) et chez les dégénérés ».
Enfin, il y a le type psychique , qui est celui de l'obsession impulsive, qui se présente chez les aliénés, mais appartient., plus encore, à la demi folie pour laquelle nous le retrouverons.
L impulsion à 1 homicide s observe, rarement dans la mélancolie, fréquemment chez les persécutés, qui, « après avoir fait de vains efforts pour obtenir justice et avoir (‘puise, pour ainsi dire, toutes les juridictions, songent à se fai^e justice à eux-mêmes » et deviennent persécuteurs (Lasègue). G est dans les psychoses systématisées que I homicide est le plus fréquent : délirants mystiques, qui immolent, en holocauste, même leurs enfants ; persécutés, hallucinés ou raisonnants (interprétateurs). Le délire de revendication peut conduire à I homicide sous toutes ses formes : persécutés, ambitieux, inventeurs, processifs, érotiques, jaloux, mystiques, politiques (parmi lesquels, au premier rang, régicides).
« Ces malades, dit Régis, les pires de tous sans contre-
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dit, sont ceux qu’il est le plus difficile de faire accepter comme tels par les magistrats et par le public en raison de leur lucidité. »
L ’ impulsion au vol (kleptomanie) n'appartient à l’aliénation mentale que sous sa forme grave, inconsciente et amnésique : « les sujets volent sans, pour ainsi dire, savoir ce qu'ils font, sans s'en rendre compte, obéissant simplement à un désir éveillé subitement en eux. Ce sont là les vols, généralement plus ou moins inconscients, stupides, amnésiques, et ne pouvant par suite prêter à la contestation, des dégénérés inférieurs, des déments séniles ou paralytiques, des épileptiques ».
Au même groupe appartient Y impulsion à V incendie (pyromanie) .
D’après Baker, de 1864 à 1886, « il est entré à 1 asile de Broadmour 103 individus qui avaient commis des incendies... La proportion des aliénés incendiaires vis-à-vis de F ensemble des aliénés criminels était de 6,2 pour 100 ». En tête des maladies déterminant ce syndrome, il faut
nommer 1 épilepsie, puis l’imbécillité congénitale, la mélancolie et la démence. « Certains aliénés réitèrent leurs incendies, souvent de façon presque périodique. IL s'agit alors, à n’en pas douter, dit Régis, de dégénérés ou d'épileptiques. »
B. Demifolie anti-altruiste avec responsabilité atténuée.
Les impulsions dont je viens de parler peuvent se présenter aussi, non plus chez des aliénés^ mais chez des demifous (déséquilibrés, dégénérés supérieurs, semi-aliénés), soit à titre d'épisodes psychosiques aigus au cours de la maladie chronique, soit comme manifestation directe de la psychonévrose chronique.
Dans ce dernier cas, qui est vraiment l’objet du présent paragraphe, l'impulsion (élément morbide) ne fait pas tout; il y a une raison à l'acte, seulement disproportionnée avec
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ses conséquences, dont l’état — maladie psychonévrosique — du sujet détermine et amplifie l’importance. Ainsi, le sujet tuera ou incendiera pour se venger d’un individu, dont il a réellement à se plaindre, mais dont il exagère singulièrement les torts et auquel il n’a pas régulièrement le droit de nuire de cette manière. Ces sujets-là ne sont pas excusés par la maladie au même degré que les aliénés du paragraphe précédent; ils ne sont pas irresponsables; leur responsabilité est atténuée.
Ces impulsions ont les caractères assignés aux impulsions dites psychiques : « l’obsession homicide naît souvent a la suite d’un choc moral brusque, d’un assassinat célèbre, de la vue d’une exécution (Ladarne)... l’obsession impulsive présente une infinité de nuances et de degrés et comprend, depuis le simple phobique hanté parla peur purement platonique de se livrer à un attentat contre un des siens, jusqu’à 1 impulsif proprement dit, qui, véritablement poussé, sent ses forces de résistance l’abandonner peu à peu et en
arrive, vaincu, à 1 execution ». Ladarne a notamment insisté sur les obsessions théoriques, qui n’aboutissent pas à l’acte homicide; on comprend qu’un motif futile ou de médiocre importance suffise alors à faire exécuter l’attentat par ces. sujets.
La kleptomanie appartient encore plus fréquemment à ce groupe de^demifous anti-altruistes : vol à l’étalage ou vol dans les grands magasins. « Ici le substratum pathologique est de beaucoup moins apparent et, quant à l’acte, il est loin de se distinguer toujours nettement du vol proprement dit. Il est même des cas de transition dans lesquels le diagnostic est, pour ainsi dire, impossible, l’élément morbide ne s’alliant qu’en proportion secondaire à l’élément délictueux. »
Dans ces impulsions conscientes au vol, (de Lasègue et Lunier à Lacassagne et noté « le rôle éminemment fascinateur su i
tous les auteurs Dubuisson) onl ' fous les sujets.
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particulièrement sur les sujets nerveux et de volonté débile, des grands magasins, tels qu'ils existent aujourd’hui » ; tous ces « petits drames devenus des faits divers » commencent « par des tentations et des convoitises repoussées et, après des défaillances progressives, aboutissent finalement à des capitulations plus ou moins fréquemment renouvelées ».
« Legrand du Saulle distinguait, parmi les vols dans les grands magasins, des actes délictueux, demipathologiques et pathologiques. » C’est bien notre division en sujets responsables, demiresponsables (à responsabilité atténuée) et irresponsables.
Régis rappelle, avec Lunier, « que l'impulsion au vol s’observe dans toutes les affections et déviations mentales favorables à l’impulsivité, en raison d’une faiblesse ou d’une diminution de la résistance volitionnelle et que l’on peut la rencontrer jusque chez des individus très intelligents, supérieurs même, mais sans doute quelque peu déséquilibrés, chez qui elle constitue une sorte de manie ou plutôt de tic. On a en effet cité plusieurs hommes célèbres, qui, sous l’influence de ce que l’on appelait euphémiquement leur distraction, dérobaient régulièrement des objets d’art, des couverts d’argent, que leurs domestiques étaient chargés, après, de rapporter ».
L’analyse médicolégale de ces cas est extrêmement délira le et difficile. Car, pour chaque sujet, « il est nécessaire de constater dans quelles conditions d’obsession, d’irrésistibilité, de lutte, de conscience, comme aussi de préméditation, de prévoyance, d'habileté, d’utilité, il a été accompli. Il faut aussi savoir, et ce sont là dans l’espèce deux points importants, quelle est la nature de l'objet volé et à quel usage il est destiné ».
Parmi les kleptomanes, il faut faire une place aux collectionneurs ou mieux collectionnistes , soit qu'ils collectionnent toute espèce d'objets (polykleptocqllectionnisme de
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Mingazzini), soit qu’ils limitent leur manie à des objets d un ordre déterminé (inonokleptocollectionnistes).
C. Tempéraments anti-altruistes avec responsabilité. Les criminels et les anti-altruistes ne sont pas tous des malades.
— De ce que je viens de dire des anti-altruistes aliénés ou demilous il ne faudrait pas conclure que tous les criminels et tous les anti-altruistes sont irresponsables ou ont une responsabilité atténuée.
Depuis les travaux de Lombroso et de son école on connaît bien les criminels nés c est-à-dire les dégénérés (plutôt demifous que tous) chez lesquels le crime est une manifestation de la dégénérescence comme les autres stigmatesphysiques ou psychiques de la maladie. Ce groupe existe et Lombroso a rendu un grand service en le caractérisant. Mais il serait antiscientifique de dire que la chose est générale et que la responsabilité de tous les criminels et de tous les anti-altruistes est abolie ou diminuée.
D abord ce serait une erreur « de penser qu'il existe une iolie spéciale ayant pour symptôme la tendance au crime c’est-à-dire une psychose criminelle pure... Il est possible, il est probable meme que certains caractères de dégénérescence se retrouvent plus fréquemment dans une variété morbide déterminée, rapprochant entré eux ses divers membres et que l’exagération delà grande envergure, l’asvmétrie du visage, la saillie des pommettes et des arcades sourcilières, la grosseur de la mandibule, la présence de la fossette sous-occipitale et de l’appendice lemurien. pour ne citer que ceux-là, s’observent surtout chez les dégénéréscriminels. Mais ce n’est pas une raison pour voir dans la dégénérescence des criminels un vice tératologique spécial ^relevant d’une cause à part, telle, par exemple, que le retour à l’état sauvage ancestral... Le criminel né n'est qu'un dégénéré instinctif, comme l’aliéné persécuteur est le dégénéré intellectuel et raisonnant » (Régis).
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Donc, cl abord le crime à’ aliéné n’est pas F expression d'une forme spéciale et distincte d'aliénation mentale. En second lieu, le crime et F anti-altruisme ne sont pas toujours des manifestations d’une forme quelconque d'aliénation mentale ou de semi-aliénation. Il n'en est pas moins intéressant — il n’est même que plus intéressant — d’analyser 1 état psychique des sujets, qui commettent des attentats contie leurs semblables. On ne peut espérer conjurer le péril croissant que ces attentats constituent pour les individus et pour la société qu en connaissant et signalant bien haut l’état psychique cause de ce péril.
Tout homme a, comme je Fai dit, inscrite formellement au fond de sa conscience, la notion des devoirs interindividuels obligatoires ; plus ou moins nettement et consciemment il sait qu’il doit respecter, aimer et aider la vie des autres. L éducation, 1 instruction, la connaissance des lois dévelbppent en lui celte notion qui résume F objectif altruiste de la vie individuelle.
En même temps, dans les details de la vie quotidienne, les tentations et les désirs sont fréquents de ne pas obéir à cette loi morale sociale : souvent 1 intérêt personnel immédiat semble exiger l’irrespect de la vie du voisin; ce Voisin peut avoir paru gêner votre propre développement, il apparaît comme un obstacle qu’il faut supprimer ou amoindrir pour faire réussir votre propre carrière; le voisin peut vous avoir fait quelque tort, causé quelque déplaisir : on a le désir de le punir, de se venger de lui... On peut éprouver pour le prochain une véritable haine, qui pousse à le frapper, à le blesser, à le tuer.
Si on a une volonté bien trempée, solidement soutenue par la notion complète des devoirs interindividuels, on résiste à ces tentations, on se garde de voler son prochain, même s’il est plus riche que vous et si sa fortune est de nature à bien améliorer votre situation; on se garde de le tuer, même s’il vous gêne dans votre carrière, même s’il
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vous a porté préjudice, si son succès dans le monde apparaît injuste et exagéré.
Voilà ce que fait T homme à psychisme écl airé, bien instruitj sachant hiérarchiser sainement les motifs et les mobiles de ses actes, voyant les choses de loin, se préoccupant plutôt de son avenir personnel éloigné et de l’avenir social que de son plaisir immédiat et de sa satisfaction actuelle.
Mais si, pour des raisons diverses (hérédité, éducation, instruction, exemples à côté), la volonté de l’homme est débile et mal éclairée; si elle hiérarchise mal les mobiles et les motifs des actes, si elle est primesautière et se laisse influencer par l’impression et le désir du moment, l’homme oubliera les préceptes de la morale interindividuelle et commettra un attentat contre la vie ou contre la propriété de son prochain.
Voilà donc ce qui caractérise l’état psychique producteur de l’inobservation des devoirs interindividuels : débilité psychique — de la raison et de la volonté; suggestibilité facile par les mauvais exemples, les fâcheux conseils, les tentations malsaines ; invalidité du sens moral et du sens social..., ce caractère psychique pouvant d’ailleurs se présenter avec deux types différents de réaction vis-à-vis de la loi civile et de ses sanctions : l’un se préoccupant, dans ses attentats contre les autres hommes, de côtoyer le Code, d’éviter le gendarme et la prison; l’autre s’insurgeant plus ou moins ouvertement contre la société légale et cherchant à réaliser et à vivre sa vie aux dépens des autres comme à l’âge des cavernes.
En somme, l’état psychique anti-altruiste et antisocial revient à l’état psychique égoïste ; on voit en quoi il se rapproche et en quoi il diffère de l’état psychique qui inspire le suicide.
Ces deux états psychiques se rapprochent en ce qu’ils sont, l’un et l’autre, à courte vue, cherchent le plaisir immédiat ou fuient la douleur prochaine et oublient l’obligation
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morale des devoirs individuels et interindividuels. — Ils diffèrent en ce que l’homicide sacrifie tout à sa propre A ie tandis que le suicide sacrifie sa propre vie au plaisir immé-
( ,at de cé(Ier à ,a tentation du moment. — L’un et l'autre sont des immoraux, l’homicide au point de vue social, le suicide au point de vue personnel.
On peut rattacher cet état psychique, producteur de 1 inobservation des devoirs interindividuels, aux tempéraments sociaux et collectifs (page 226).
Le premier tempérament social ne peut être mauvais, au point de vue qui nous occupe, que par son exagération quand, à force de s’occuper de la société, on en arrive à la regenter et à asservir ses semblables; ce tempérament se confond avec le premier type collectif. Ce premier type d état psychique anti-altruiste est le type tyran, despote ;
1 ’udiyidu régente et gouverne ses semblables, au lieu de les aider : état psychique dominateur. — Le deuxième type d’état psychique anti-altruiste (indifférents aux questions sociales et grégaires) comprend les sujets qui se soustraient a leurs devoirs interindividuels par mollesse, lâcheté : ils se laissent mener et, si le berger rencontré ne les conduit pas dans la bonne voie d'altruisme social, ils négligent leurs semblables, ne les aident pas. Ils n’attentent pa°s, à proprement parler, à la vie dés voisins, mais ils leur nuisent, négativement en quelque sorte, en ne collaborant pas avec eux, comme ils le devraient, au progrès général de l'humanité; état psychique abstentionniste. — Enfin le troisième type d’état psychique anti-altruiste est l'état psychique agressif ou violent.: avec plus ou moins de forcent d'audace ou d’astuce, le sujet, égoïste et égocenlriste, sacrifie toul à lui-même et attente aux biens ou à la vie des autres, dès qu’il pense que c'est son propre intérêt... C’est l’antialtruiste et antisocial, arriviste et criminel.
Grasset. — Devoirs et périls biol.
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