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LES GRANDS DEVOIRS BIOLOGIQUES ET LES PÉRILS BIOLOGIQUES COBRÉLATIFS

i. Les idées-lois de la conduite humaine: idées-lois de bien obligatoire, de devoir et de droit; idées-lois de finalité biologique humaine. — 2. Le devoir biologique : l'élément fixe et l’élément variable de la morale biologique; l’élément humain de la sociologie biologique. — 3. Les sanctions des devoirs biologiques; périls biologiques corrélatifs à l’inobservation de ces devoirs. — 4. Classification des devoirs biologiques et des périls corrélatifs ; les conflits et la hiérarchisation des devoirs biologiques sont des questions scientifiques.

l.Les idées-lois de la conduite humaine: idées-lois de bien obligatoire, de devoir et de droit ; idées-lois de finalité biologique humaine.

Les sciences morales et sociales sont, à proprement parler, les sciences de la conduite humaine ; ces derniers mots s’appliquant à l’homme, tel que le connaît et Fétudie la Biologie humaine, c’est-à-dire l’homme sociable, vivant en .société.

Pour donner à ces sciences une base positive complète et un point de départ suffisant, la Biologie humaine doit connaître et utiliser tout d’abord les idées-lois de la conduite humaine. Pour nommer el classer ces idées-lois, il suffit de se rappeler et d’appliquer les principes développés dans le chapitre précédent sur les idées-lois en général et de diviser les idées-lois de la conduite humaine en deux groupes: idées-lois universelles, antérieures et, supérieures à l’expérience, simplement constatées par la Biologie humaine au fond de la conscience de tous les hommes; et idées-lois géné-

raies, établies et démontrées par la Biologie humaine, variant et progressant avec cette science — tandis que celles du premier groupe sont fixes et en quelque sorte éternelles (ou tout au moins aussi vieilles que l’homme lui-même et devant vivre autant que lui).

I. Idées-lois fixes de la conduite humaine , toujours semblables à elles-mêmes , chez tous les hommes, en tous temps et en tous lieux , antérieures à la Biologie humaine, qui en constate F existence sans en discuter F origine : ces idées-lois son! chez tous les hommes depuis que l’homme existe, font partie de la caractéristique spécifique de f espèce humaine, font partie de cette nature humaine universelle, dont j’ai parlé plus haut (page 20).

A f universalité des principes fondamentaux de la morale (et, par suite, de la sociologie) on objecte souvent les variations successives, quelquefois très profondes, qu’ont présentées les sciences morales et sociales aux différentes époques et chez les différents peuples; et on a beau jeu à développer cet argument en examinant « les jugements et les sentiments moraux d’un homme non civilisé ou appartenant à une civilisation autre que celle de notre société: d un Fuégien. d’un Grec de 1 époque homérique, d’un Hindou, d'un Chinois. » C est f argumentation de Lévy Brühl contre ce qu’il appelle le second postulat des morales théoriques et qui! formule ainsi : «le contenu de la consscience morale forme un ensemble harmonieux et orsra-

nique... La conscience morale de l’homme posséderait une unité organique, une sorte de finalité interne, comparable à Relie des êtres vivants; le^ commandements qu’elle édicte soutiendraient entre eux des rapports logiquement irréprochables et cette unité harmonique de la conscience morale correspondrai! à l’unité systématique de la morale théorique... Tout ce qui apparaît comme moralement obligatoire revêt, ipso facto, le même caractère sacré et semble, par

conséquent, avoir la même origine, faire partie <1 un meme ensemble. »

Lévy Brulil s’efforce de réfuter ce postulat : « ici encore, dit-il (faisant allusion à so,n argumentation contre le premier postulat), il faut substituer, à ia considération abstraite de l'homme en général, 1 analyse positive et précise de l’homme donné dans la réalité vivante d’une société actuelle ou disparue. Aussitôt ses obligations morales, comme ses croyances, ses sentiments, ses représentations laissent voir une complexité extraordinaire ; et rien n’assure plus, a priori, que cette complexité recouvre un ordre logique, ni qu’elle puisse se ramener à quelques principes directeurs... En dépit du sentiment uniforme qui s’attache à tout le contenu de la conscience, elle est, pour F analyse sociologique, une sorte de conglomérat, ou du moins une stratification irrégulière de pratiques, de prescriptions, d’observances, dont l’âge et la provenance diffèrent extrêmement... Le second postulat n’est donc pas mieux fondé que le premier. » Pour que les impératifs puissent être élevés à la dignité de loi morale, il faudrait « qu ils puissent se présenter comme ayant une valeur universelle, pour tous les temps et pour tous les lieux. »

La Biologie humaine répond à ces diverses objections. D’abord elle établit, comme je l’ai montré plus haut, 1 unité delà nature humaine; et ensuite, au fond de cette nature humaine, identique à elle-même dans tous les temps et dans tous les lieux, elle constate l’existence de certaines idées-lois qui régissent la conduite humaine partout et toujours, depuis que l'homme existe.

Certainement, d’une époque à l autre ou d un peuple à l’autre, il y a de très grandes variations sur 1 objet du devoir, sur la détermination de ce qui est bien, de ce que nous sommes obligés de faire ou de ne pas faire... Mais il y a une chose universelle, commune à tous les hommes de toutes les époques et de tous les lieux : c est l idée même du

bien et du juste , de X obligation qui s'impose à tous les hommes, du devoir qu’ils ont tous de faire le bien et le juste et de ne pas faire le mal et l'injuste.

Tl faut, dit Lévy Brühl, que les impératifs, pour devenir loi morale, « puissent se présenter comme ayant une valeur universelle, pour tous les temps' et pour tous les lieux. Il faut donc, d’une part, que leur rapport avec la nature humaine prise en général soit évident, de façon que l’obligation énoncée s’impose à tous les hommes qui existent ou qui existeront jamais (premier postulat). D’autre part, il faut que la loi morale avec toutes ses conséquences — ou, si l’on aime mieux, l’ensemble des lois morales — se présente comme un système organique dont aucune partie ne dépend de circonstances locales et accidentelles, c’est-à-dire qu’on ne puisse pas montrer la genèse historique et les alluvions successives des obligations, souvent incompatibles, entre elles (second postulat). »

Avec la Biologie humaine, nous comprenons (pour répondre à ce raisonnement de Lévy Brühl) l’unité de la nature humaine, les idées-lois de bien, de devoir et d’obligation, qui ont une valeur universelle et la série des alluvions successivement apportées par les progrès continus de la Biologie

humaine elle-même.

Donc, au milieu des variations incessantes de la morale pratique, il y a une idée qui ne varie pas, parce que c’est une caractéristique de l’espèce humaine tout entière, c’est l’idée que certaines choses sont permises, certaines ordonnées, certaines défendues, c’est l’idée-loi de la valeur morale des actes. Cette idée s’impose à notre volonté libre par sa seule force propre, sans idée corrélative de sanction nécessaire, de récompense pour le bien et de punition pour le mal, en dehors de toute intervention de la loi écrite, de l’hygiène ou de la science.

Nous portons en nous ridée de la justice et la notion devoir , dit Jules Simon. SI faut renoncer à trouver la

formule du devoir ailleurs que dans la raison elle-même, fl faut obéir au devoir parce qu'il est le devoir. »

C'est la doctrine développée par Kant: pour lui, dit Malapert, « la morale ne peut se fonder sur de pures données empiriques. De même que la connaissance scientifique n'est possible que grâce à la présence, dans notre esprit, de formes ou de lois pures a priori, de la raison théorique qui s'imposent a la matière empirique, de même la possibilité d'une science morale implique quelque donnée pure à priori de la raison pratique... De même que Kant part de ce fait que la science existe, de même il part de ce fait que la moralité existe, qu'il y a des jugements moraux dont l'autorité n a pas plus besoin d'être établie que celle de l'expérience scientifique, qui doivent donc contenir en eux-mêmes le principe de leur autorité propre. Dès lors, la même analyse, qui nous permet de retrouver, dans l'expérience scientifique, les éléments purs qui en sont la condition nécessaire, nous permettra aussi de dégager, d ’ isoler, dans le jugement moral, l'élément pur d'où résulte la faculté même de porter de tels jugements, qui rend possibles la vérité morale en général, la légalité rationnelle de la moralité... L'impératif catégorique est celui qui nous représente l’action comme bonne en elle-même, comme devant être le principe d'une volonté conforme à la raison; cet impératif est un ordre de la moralité. Seul, l’impératif catégorique lie inconditionnellement la volonté; seul, il est absolument nécessaire seul, il est proprement une loi. »

En finissant ce paragraphe, il faut montrer comment à ces idées-lois de bien obligatoire se rattache l'idée de droit .

Pour Leclère, la morale, comme la logique, n'existe que si elle possède un fondement rationnel : c'est l'idée-loi du bien, de l'obligation et du devoir, qui n'est pas une «pure immanence », mais vraiment une idée-force. L'auteur admet aussi l'idée du droit spontanément attribuée au bien par la

conscience ; « le devoir, dit-il, est le droit du bien à être accompli par un être pouvant F accomplir... il y a devoir, il y a aussitôt devoir, quand 1 idée de ce droit du bien est mise en regard de 1 idée d un être comme l'homme. Ce droit, sans lequel le devoir est inintelligible, mais qui est antérieur au devoir et lié essentiellement au bien (qu il distingue aussi du devoir et caractérise comme antérieur logiquement au devoir), ce droit est la racine même de l’idée du devoir, lequel n’est que le droit du bien sur nous. »

La notion même du bien obligatoire et du devoir chez tous les hommes entraîne, non seulement l'idée du droit du bien à être accompli mais F idée clu droit de F individu à accomplir son devoir.

C’est ainsi que 1 idée-loi de droit se lie, comme racine et comme conséquence, aux autres idées-lois lixes et universelles, de la conduite humaine : idées-lois de bien, à' obligation morale et de devoir.

II. Idées-lois variables de la conduite humaine, acquises et démontrées par la Biologie humaine , changeant et progressant avec cette science : ce sont des idées-lois, que la science, positive et expérimentale, de l'homme découvre et précise de plus >en plus, qui par conséquent ne s'imposent aux hommes sous leur forme définitive qu au fur et à mesure du développement de nos connaissances scientifiques.

L idée-loi fondamentale de ce groupe est 1 idée-loi de la finalité biologique jj: c'est une loi biologique générale (s'appliquant à tous les êtres vivants) que chaque individu doit maintenir, conserver, défendre et accroître sa vie propre et la vie de F espèce. Cette loi générale s’applique à l’homme comme à tous les autres animaux et végétaux.

Seulement, à l’homme, cette loi s’adresse dans des conditions particulières qui lui sont propres: d abord elle se présente à la volonté autonome et libre de l'homme, non comme une chose inéluctable et mathématiquement néces-

saire, mais comme un devoir obligeant, moralement sa raison ; en second lieu, l’espèce humaine ayant des caractères absolument spécifiques (la distinguant des autres espèces, même les plus voisines), cette loi biologique apparaît, chez l homme, avec des caractères tout autres que chez les autres êtres vivants.

Pour établir les devoirs biologiques de 1 homme et par suite pour fonder réellement une sociologie biologique, il ne faut donc pas nier, comme Durkheim, l’influence (et par conséquent écarter la recherche) des causes finales; il faut au contraire, avec Joufiroy, chercher et connaître la fin de la société, qui dépend de la fin de l’homme.

Cette fin de 1 homme se spécifie surtout (et se distingue surtout de la fin des autres êtres vivants) par la faculté de progrès indéfini, que nous avons énoncée plus haut (page 12) comme le deuxième caractère spécifique de l’homme.

L idée-loi de finalité biologique apparaît donc chez l’homme sous cette forme : l’homme doit conserver, défendre et accroître sa propre vie, physique et psychique, et la vie de l’espèce, c’est-à-dire qu’il doit, non seulement accroîtra sa vie et la transmettre, mais encore participer à ce mouvement, ascensionnel et continu, de progrès, qui est la loi même de l’humanité.

2. Le devoir biologique : l’élément fixe et l’élément variable de la morale biologique ; l’élément humain de la sociologie biologique.

1). après ce que je viens de dire, on voit que je n’admets pas, avec Durkheim, que le sociologue puisse, comme Descartes, débuter par le doute méthodique, écarter systématiquemeirPtoutes les « prénotions » et s’interdire l’emploi de concepts « tonnés en dehors de la science ». Les idéeslois, dont je viens de montrer J existence positive et scientifique, sont (au moins celles du premier groupe) des pré-

notions fondées en dehors de la science mais decouvertes au fond delà conscience humaine par l observation scientifique .

(( H faut dire d’où la morale tire sa force obligatoire et au nom de qui elle commande. » Durkheim et Le\ y Brühl pensent que cette force vient de la société : « nos obligations nous sont imposées par la pression sociale... La société est une autorité morale, qui, en se communiquant a certains préceptes de conduite, qui lui tiennent particulièrement au cœur, leur confère un caractère obligatoire ». La société et par suite la sociologie ne peuvent conférer ce caractère obligatoire que si elles partent d’abord des idées-lois fondamentales dont j’ai parlé dans le précédent paragraphe.

C’est de l’ensemble et de la combinaison des deux ordres d idées-lois de la conduite humaine que ressort la notion du devoir biologique .

La seconde idée-loi (de finalité biologique) apparaît à la raison et à la volonté de l’homme comme la principale application de la première idée-loi c’est-à-dire comme une chose bonne , que chaque individu a le devoir et 1 obligation morale de réaliser le plus complètement possible. De la résulte le devoir , obligatoire pour V individu, , d'obéir aux lois biologiques (de la Biologie humaine) et spécialement a la loi de finalité biologique humaine pour la conservation , la défense et V accroissement de la vie de l'homme et de l’espèce humaine.

Ainsi sont constituées 'scientifiquement les deux parties de la morale et par suite de la sociologie: la partie normative, antérieure et supérieure à la science, mais constatée expérimentalement par la science chez chacun de nous, et la partie pratique , qui est directement l’objet de la Biologie humaine, qui on procède, qui en suit et utilise tous les progrès. Ainsi sont établis 1 élément fixe et \ élément variable de la morale et de la sociologie et par suite tombent la plupart des objections formulées par divers auteurs contre la tendance contemporaine à donner

une base scientifique (biologique) aux sciences morales et sociales.

J’ai déjà montré (pages 20 et 38) comment ces notions, déduites de la Biologie humaine, permettent de maintenir les deux postulats que Lévy Brühl combat sur F unité de la nature humaine et la fixité du contenu de la conscience morale.

Avec ces mêmes notions on peut également répondre à certaines objections présentées par Albert Bayet. « L'art moral, dit cet auteur, ne pourrait exister là où, sous des formes quelconques, I idée de bien n’existerait pas. La science ne peut nous donner une idée de bien scientifique. » Et, développant cette dernière proposition, il ajoute: « l’existence de l’art moral n’implique pas F existence de l’idée d’obligation ; nous ne pouvons déterminer ce qui doit être par ce qui sera ; impossibilité de transformer les lois positives en lois morales. L'utilitarisme n’est pas plus scientifique qu'une autre doctrine ».

A cela je réponds : la Biologie humaine ne détermine par elle-même que ce qui est et non ce qui doit être ; elle établit ainsi la science des mœurs. Mais, de plus, elle découvre, dans ce qui est au fond de la conscience humaine, l'idée de bien obligatoire. Et ainsi se constitue, sur cette base biologique, la morale complète (science et art) que l’on peut donc appeler morale biologique. Il en est de même de la sociologie biologique.

Palan te distingue d'abord soigneusemen t la sociologie de la métaphysique sociale, qui comprend notamment la question de lin : « l’évolution des sociétés humaines a-t-elle un but et quel est ce but?... Faut-il admettre un progrès, au sens métaphysique et finaliste du mot ou bien l'évolution n'est-elle qu'un perpétuel recommencement sans raison et sans but?... Autant de problèmes qui relèvent plutôt delà métaphysique sociale que de. la sociologie. » Mais il ajoute plus loin : « nous n'entendons pas dire par là que

nous

éliminions toute téléologie de révolution sociale. L’homme agit toujours vers des buts plus ou moins nettement aperçus. La représentation de ces buts dans la pensée des hommes est un fait aussi réel qu'un autre et il est impossible de ne pas en tenir compte. Dans ce sens tout relatif nous croyons que la téléologie joue un rôle en sociologie. Quand nous rejetons la considération de la finalité, nous voulons dire que, selon nous, il est impossible de fixer un but absolu — bien ou perfection — vers lequel tendrait l'humanité... » Ce que j’ai dit des deux groupes d'idées-lois de la conduite humaine indique la mesure dans laquelle je peux m’associer à ces idées de Palante.

Mais le même auteur écarte ensuite « la conception biologique du monde social » il condamne, en sociologie, « la méthode dite biologique (Sehæfïle, Spencer, Worms), qui a eu un moment — vite disparu — défaveur ». Plus loin, il examine la doctrine de Giddings, qui prend, comme principe générateur en sociologie « la ..conscience d’espèce». Entend-on par là, dit Palante, « la conscience d’espèce proprement dite, c’est-à-dire la conscience de ce qu’il y a de commun à toute l’humanité, ce principe est trop général et trop vague pour pouvoir expliquer la formation de tel groupement particulier ou celle de telles formes sociales particulières. » L’idée d’espèce humaine et de nature humaine unique, définie et précisée par la Biologie humaine, cesse d’être générale et vague et peut très bien fournir a la sociologie le point de départ scientifique que l’on recherche.

Enfin, dans 1 historique, Palante distingue et oppose la phase psychologique et la phase naturaliste (biologique) de la sociologie, de même qu’il distingue et oppose la méthode psychologique et la méthode biologique... Avec les idées exposées u i d apres les données de la Biologie humaine, les deux points de vue, biologique et psychologique, se confondent absolument et n’en font plus qu’un : la partie

positive et expérimentale de la psychologie n'étant qu’un chapitre de la Biologie humaine...

En somme, la notion du devoir biologique, telle qu’elle est donnée par la Biologie humaine, répond aux objections formulées contre la doctrine qui veut donner la biologie ! comme hase scientifique aux sciences morales et sociales :

1 elle fonde la morale biologique en lui fournissant à la fois son élément fixe et son élément variable et elle fonde la sociologie en lui donnant son élément humain.

3. Les sanctions des devoirs biologiques; périls biologiques corrélatifs à l’inobservation de ces devoirs.

L idée de lois et de devoirs appelle l’idée de sanction . « Tout fait moral, dit Durkheim, consiste dans une règle de conduite sanctionnée. »

Cela ne veut pas dire que la connaissance et 1 espérance ou la crainte de la sanction constituent l'essence de l’obligation; mais 1 idée de sanction complète tout naturellement l’idée de devoir obligatoire. Cette question des rapports de l'idée d’obligation avec l’idée de peine ou de récompense mérite de nous arrêter un instant et d'être précisée, une fois pour toutes.

Les lois biologiques, par elles-mêmes, n'obligent que su/j pœna, c’est-à-dire quelles n'entraînent l'obéissance que par

la crainte de la peine ou l’espoir de la récompense quand

elles sont réduites à elles-mêmes. C'est ainsi qu elles se présentent chez les animaux.

Tous les êtres vivants obéissent aux lois biologiques par instinct ancestral; les animaux supérieurs (doués d'un certain degré de psychisme) sont influencés, en plus, par l'espérance ou la peur de la sanction : ils ne sont pas indifférents au morceau de sucre et au fouet.

Chez l’homme, ces deux ordres de mobiles agissent : comme tous les êtres vivants, il défend instinctivement sa vie; comme tous les animaux à psychisme, il comprend la punition qu’il évite et la récompense qu’il ambitionne. Mais il a, en plus, un troisième mobile d'un ordre tout spécial, humain : c’est 1 idée de bien qui 1 oblige en dehors de toute idée de sanction d’un ordre quelconque.

Voilà un nouveau point, très important, sur lequel la Biologie humaine diffère absolument des autres biologies et sur lequel on errerait complètement si on raisonnait pour l'homme comme pour les autres êtres vivants.

Quelle forme cette idée de sanction peut-elle donc prendre et prend-elle en fait, quand il s’agit de lois et de devoirs biologiques chez l’homme? Nous distinguerons ces sanctions en trois groupes : sanctions morales , sanctions légales et sanctions biologiques .

1° Il y a d’abord une première sanction intime dans l’état d’esprit, qui suit l’accomplissement d’une action non indifférente moralement : satisfaction si l’action est bonne et juste; malaise, regret et remords si elle est mauvaise et injuste. — La science constate cela au fond de la conscience par l'observation objective et subjective des hommes.

Et, je le répète, ce n’est pas la constatation répétée de ce sentiment, un grand nombre de fois, dans l’esprit humain, qui entraîne la notion d’obligation morale et de devoir. En se répétant, ce sentiment peut révéler à l’homme, dans une certaine mesure, ce qui est bien et ce qui est mal; mais il ne peut pas donner et faire naître l’idée-loi de bien obligatoire, qui est antérieure à foule action et à toute expérience personnelles.

Donc* quand on pose la question : quel rôle joue la considération du remords ou de la satisfaction intime dans le déterminisme de l’acte moral? on peut répondre : cette considération est un mobile puissant qui s’ajoute aux autres pour faipe choisir par l’homme l’acte bon; mais cette considéra-

tion n est pas, pour lliomme, le fondement même de l’obli¬

gation morale.

En somme cette première sanction des devoirs biologie ques ou sanction morale rentre dans le deuxième groupe de sanctions deMalapert : sanctions qui sont « des conséquences, des effets uormnax, plus ou moins nécessaires, de la conduite piorale » et qui ne sont que secondairement « des moyens destinés à obtenir l’obéissance ». De telles sanctions « doivent résulter exclusivement de la bonne ou de la mauvaise conduite, de la seule moralité ou immoralité de l’agent ». Malapert ajoute : « la vertu porte sa récompense ellemême, dans la satisfaction de la conscience, dans le sentiment de sa propre supériorité, dans la joie intime et sereine du devoir accompli; le vice traîne à sa suite les douleurs '

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de I humiliation, les angoisses du remords. Et les dernières

sanctions sont bien proprement morales, puisqu’elles dérivent, immédiatement et uniquement, du mérite et du démérite de l’agent.. »

■ Ces sanctions moralès appartiennent bien aux devoirs biologiques comme aux autres. Quand on a aidé son prochain à remplir sa mission dans le monde, quand on a soimême joué son rôle dans le progrès indéfini de l'humanité, quand on a rempli ses devoirs biologiques, en dehors de toute récompense sociale, on éprouve une satisfaction int ime, réelle, de devoir accompli; tandis que, quand on a amoindri, compromis ou rapetissé sa propre vie, ou quand on a aidé insuffisamment son prochain ou qu’on a nui à la société, et au progrès de la vie sociale, même en dehors de toute punition légale ou de toute autre sanction biologique, on éprouve une peine réelle, un regret, un remords indiscutables— même si l’acte factieux a entraîné quelque bien matériel immédiat pour son auteur.

2° Il y a ensuite les sanctions légales.

Pour toute une série de devoirs biologiques, la loi écrite peut punir ceux qui ne les remplissent pas et récompenser

(tsasset. — Devoirs et périls biol.

50 devoirs riologiques

ceux qui les remplissent. Telles sont les lois biologiques sur le respect dû à la vie et aux biens de nos semblables, sui

la santé publique, la prophylaxie des maladies contagieuses,

l'assistance aux malades (même inutiles ou dangereux)...

« Ce sont les peines fixées par les lois et qui punissent les délits et les crimes d’amendes, de F emprisonnement, de la mort même, et aussi les récompenses (décorations, pensions...) que la société accorde à ceux qui ont rempli consciencieusement et courageusement leur devoir. Ce sont aussi l’estime, la considération, la sympathie ou, au contraire, le mépris, le déshonneur, qui s’attachent à 1 homme de bien

ou au malhonnête homme. »

Ces sanctions légales diffèrent des sanctions moi aies en plusieurs points, particulièrement en ceci que, d origine humaine et sociale, les premières sont variables d’une époque à l’autre, d’un lieu à un autre, d’une législation à une autre; tandis que les sanctions morales sont éternelles et universelles, s’imposent à l’homme de tous les temps et de tous les lieux.

De là résulte que les sanctions morales ont — ou tout au moins doivent avoir — une autorité et une influence beaucoup plus considérables que les sanctions légales, et en cas de conflit, ce sont les premières qui doivent remporter chea un homme raisonnable, honnête et bien équilibré.

Sans doute, la loi est obligatoire pour tout bon citoyen mais cette loi, écrite par l'homme, changeant avec les boni mes. est forcément inférieure, comme obligation, a la loi morale, qui est une idée-loi fondamentale de l'espèce hui maine tout entière, depuis quelle existe. La loi écrite /Les obliqaloire que tant quelle n’est pas en contradiction ave' fa foi morale . La considération de la sanction légale/ es un mobile puissant, qui doit s'incliner devant la considéra lion de la sanction morale, en cas de conflit.

d° Il y a une série d'autres devoirs biologiques que la h ne peut pas imposer et dont elle ne peut pas punir l'inol

serval ion. Telles sont les lois biologiques de la préparation de Fin *rédité, la bonne éducation des enfants, l’altruisme, F amour du prochain, la solidarité sociale... Dans ces cas, les sanctions légales sont inexistantes ou insignifiantes et par suite inopérantes.

Sommes-nous réduits alors aux seules sanctions morales? Non. Il y a encore des sanctions biologiques , constituées par les périls biologiques auxquels Finot^ervation de ces devoirs expose la société et 1 individu. Ces périls doivent être présentés à la raison de 1 homme (raison qui dirige sa volonté) comme la rançon ou la punition sociale de l'inobservation des devoirs biologiques. Ces .périls biologiques corrélatifs à chacun des devoirs biologiques sont des sanctions utilitaires , sanctions qui portent sur X intérêt de l’individu et de la société.

« Les peuples ont la richesse, la culture et les institutions ({u ils méritent, c'est-à-dire qu ils savent se donner en accumulant les efforts des générations, en mettant à profit la loi de la solidarité... il y a un mérite social dont les sanctions sont la prospérité économique, la culture intellectuelle, la sécurité intérieure et F expansion dans le monde. Il y a de même, et plus visiblement, un démérite social dont les sanctions sont la misère économique, la dégénérescence de la race, la criminalité, l’instabilité politique et l'affaiblissement sous toutes ses formes ».

Par ces sanctions sociales ou collectives, l’individu est atteint aussi, mais indirectement et en quelque sorte secondairement. Dans le même groupe de sanctions biologiques. il y en a certaines plus directement et exclusivement individuelles : « la bonne ou la mauvaise conduite Ont des effets heureux ou fâcheux sur 1 organisme lui-même ; la tempérance, la régularité de la vie assurent la santé, de même (pie les excès, l’ivrognerie, la débauche engendrent la maladie, épuisent le corps, abrègent l’existence... »

Il ne faut évidemment rien exagérer. ïl serait ridicule de

vouloir imposer les devoirs biologiques à l'homme, uniquement en lui promettant la santé et le bonheur s'il les remplit, bien, la maladie et le malheur s'il s'en acquitte mal. Mais il serait fâcheux — surtout en un temps ou les arguments scientifiques sont les plus généralement acceptés — que l'homme ne connut pas très bien et de près les périls biologiques qui menacent les individus et la société quand ils ne remplissent pas convenablement les devoirs biologiques correspondants.

Ceci démontre l'importance sociale qu'a l'étude, un peu précise, des devoirs et périls biologiques, étude à laquelle eet consacré ce volume.

4. Classification des devoirs biologiques et des périls corrélatifs ; les conflits et la hiérarchisation des devoirs biologiques sont des questions scientifiques.

Les devoirs biologiques sont naturellement basés sur la

connaissance des lois de la vie de l'homme et des grands

buts de cette vie. La finalité biologique de l'homme peut être, à ce" point de vue, envisagée sous un triple aspect : vie de l'individu, vie de la société, vie de l’espèce.

L'homme doit entretenir, défendre et accroître sa vie dans ce triple but : il doit entretenir, défendre et accroître sa propre vie; il doit entretenir, défendre et accroître la vie sociale ; il [doit [entretenir, défendre et accroître la vie de

l'espèce.

A chacun de, ces points de vue, la vie de l’homme doit être toujours envisagée entière, c’est-à-dire à la fois physique et psychique ; car, sans son psychisme, l'homme n’existe pas en tant qu homme : l'homme est homme uniquement avec et par son psychisme.

D’après ces principes, on peut classer les devoirs biologiques et les périls corrélatifs à l’inobservation de chacun d’eux en quatre grands groupes : 1. devoirs de l'individu vis-

à-vis de sa propre vie; 2. devoirs de d’individu vis-à-vis des autres individus; 3. devoirs de l’individu vis-à-vis de l’espèce (famille humaine) ; l. devoirs des individus eu société.

Il va sans dire que je parle exclusivement des devoirs biologiques et n ai pas la prétention d’épuiser la liste des devoirs de l’homme: il y a notamment, en outre, les devoirs envers Dieu, qui n appartiennent pas à la Biologie humaine, science positive et expérimentale.

Premier groupe : devoirs de V individu vis-à-vis de sa t propre vie (morale individuelle, J. -—Le premier devoir biologique qui s impose a 1 attention est le respect et l’amour que chaque individu doit avoir pour sa propre vie; j’entends : de sa vie complète, psychisme compris, c’est-à-dire le respect et 1 amour de son progrès psychique en même temps que de son dév eloppement physique, la compréhension du rôle actif de chacun dans le développement général de l’espèce et le progrès de l’humanité, la nécessité du travail individuel...

Les périls corrélatifs à l’inobservation de ces premiers devoirs sont nombreux et graves. Je citerai : la paresse et 1 insouciance, le mépris de l’hygiène (physique et morale), le suicide, les intoxications volontaires (alcool, opium, éther, cocaïne). . .

Deuxième groupe : devoirs de V individu vis-à-vis des autres individus ( morale inter individuelle) . — Le deuxième devoir biologique est, pour chaque individu, le respect et l’amour de la vie des autres individus : l’altruisme, la solidarité, la coopération, le secours à ses semblables (pour les aider à i emplir, eux aussi, leurs devoirs individuels)...

Les pénis correspondant a 1 inobservation de ce deuxième devoir comprennent: le mépris de la vie du prochain,

1 homicide, tous les attentats contre la vie, les biens et les droits des autres hommes...

Troisième groupe : devoirs de. V individu vis-à-vis de r espèce (morale familiale). — Le troisième groupe de devoirs biologiques comprend : le respect et l’amour de la

DEVOIRS BIOLOGIQUES vie (le la famille (préparation de l'hérédité, mariage, éduca-

tion des enfants)...

Les périls correspondant à l’inobservation de ces devins comprennent : la viciation de 1 hérédité, la fausse conception du mariage, la faible natalité, la mortalité infantile, la dépopulation, la mauvaise éducation des enfants, la destruction

delà famille... ... . , ,

Quatrième groupe: devoirs des individus en société

(morale sociale, civique et internationale). — Le quatrième groupe de devoirs biologiques comprend : l’assistance sociale aux bien portants et aux malades (même inutiles ou dange-, roux) ; la défense vis-à-vis des criminels, des asociaux et des antisociaux ; l’assistance et la défense vis-à-vis des criminels malades ; les devoirs envers la patrie.

Les périls correspondant àl inobservation de ces devins comprennent : le mépris et l’abandon de 1 hygiène et de la santé publiques, les mauvaises législations contre les criminels malades (irresponsables ou à responsabilité atténuée) qui ne protègent pas la société et n’assistent pas le malade nocif et insociable, l’antipatriotisme, la négation de la morale internationale et la substitution de la force au droit...

Le titre de ce quatrième groupe de devoirs biologiques prouve — ce qui est d’ailleurs évident — que, quand on parle de devoirs et de droits, on ne peut viser que les devoirs et les droits des individus, même quand il s’agit des devoirs et des droits de la société vis-à-vis des individus qui la composent. L’activité vraie réside, toujours et exclusivement, dans l’individu ; quand on parle de lame des foules ou des collectivités, quand on parle de la société comme d’une personne ayant son unité biologique, on s’exprime ainsi par pure métaphore, du moins en Biologie humaine.

Avant de passera l’étude détaillée de ces divers devoirs biologiques et des périls biologiques corrélatifs, j indique

une dernière question qui pourrait être le point de départ de quelques difficultés.

Il peut, dans certains cas, y avoir conflit entre divers devoirs biologiques, l'homme peut se trouver embarrassé pour choisir le devoir qu'il doit remplir de préférence. Sur quelle base peut-on aider l'homme dans ces délibérations? Comment peut-on hiérarchiser les divers devoirs biologiques ?

« Il se produit, dit Lévy Brühl, à toutes les époques et constamment, des conflits de devoirs, des questions de conscience difficiles, douloureuses, parfois même tragiques et insolubles... (ces conllits) proviennent — et c'est ce qui en fait souvent le caractère aigu — de contradictions inhérentes à la conscience elle-même, pressée, déchirée par des obligations contraires les unes aux autres, qui y coexistent et qui s'y combattent. »

J'ai déjà indiqué plus haut (page 50) que les sanctions peuvent, dans un certain nombre de cas, servir de critères pour résoudre des conflits entre les devoirs : les sanctions morales ont une valeur supérieure, à ce point de vue, aux sanctions légales et aux sanctions biologiques.

Quand les devoirs, entre lesquels le conflit surgit et qu'il faut hiérarchiser, sont tous biologiques, la Biologie humaine intervient et facilite la solution du problème. On peut dire que, dans la doctrine adoptée et exposée dans ce livre, ces conflits se comprennent très bien ou du moins on en comprend l'existence. Je n ai naturellement pas la prétention ridicule de prévenir ou de résoudre tous ces conflits par les lois de la Biologie humaine. Mais, grâce à cette doctrine, je fais de ces conflits — ce qui me paraît un progrès — des questions scientifiques, que l'on étudie et que l'on s'efïorce de résoudre scientifiquement.

Ces heurts et ces conflits ne se présentent pas en elle! sur les idées-lois, supérieures à la Biologie humaine; ils portent sur les applications de ces idées-lois, c est-à-dire

sur la partie scientifique de la morale et de la sociologie. Dès lors, tous les progrès faits dans ce domaine scientifique des sciences morales et sociales, tous les progrès faits en Biologie humaine faciliteront la solution de ces conflits.

Une doctrine n'est pas stérile quand, sans pouvoir supprimer les difficultés naturelles et inévitables, elle donne une méthode scientifique, positive et expérimentale, pour les résoudre mieux, plus facilement et plus rapidement, dans F avenir.

Un grand exemple, sur lequel on peut mettre à F épreuve l'exactitude de cette manière de voir (et sur lequel d’ailleurs nous serons obligés de revenir) est fourni par le conflit, si fréquent et si angoissant dans beaucoup de cas, entre l'intérêt individuel et 1 intérêt social.

Dans un travail déjà indiqué, Georges Bolm cite une thèse, présentée à la Sorbonne, dans laquelle Palante dénonce énergiquement le conflit et la lutte perpétuels entre Findividu et la société : « en fait, dit-il, les heurts de l'individu et de la société sont incessants. Sans doute, la société dure, mais il en est d’elle comme d'une machine grinçante qui marche par à-coups et au prix de heurts incessants. La durée de la société n'empêche pas ce fait, non moins incontestable : la résistance de Findividu à la contrainte sociale; sa révolte, ouverte ou sourde, contre la compression qu'il subit... »

La solution de ce conflit est une question de science ; non de science biologique générale, qui conduirait, comme je Fai montré plus haut (page 5), à l'égoïsme universel et à F aggravation de la lutte sociale; mais de Biologie humaine, qui aidera puissamment à résoudre la question, en montrant qu'une des lois biologiques humaines le plus importantes est la loi de la solidarité, de la coopération, de l’aide mutuelle et de l'amour de ses semblables.

C'est la science qui résoud aussi la question des rapports du malade contagieux avec la société, en donnant une formule, qui, tout en tenant grand compte de la liberté indi-

viduelle, garantit la société contre l'invasion et la propagation des maladies infectieuses et épidémiques. La question de la criminalité, de la responsabilité, des devoirs de défense delà société vis-à-vis des insociables en meme temps que d assistance \is-a-vis des malades de 1 esprit, pervers et dangereux... rentre dans le même groupe, très considérable, des questions, aussi difficiles que graves, dont la Biologie humaine s'occupe et cherche la solution .

On voit que, comme je le disais au début de ce paragraphe, la doctrine développée dans ce livre n'a la prétention ni de prévenir ni de résoudre tous les conflits de la morale et de la sociologie ; mais elle en fait des questions scientifiques et, ainsi, non seulement elle fournit le moyen de résoudre ou de prévenir certains de ces conflits, mais encore elle permet d espérer que les progrès incessants de la Biologie humaine faciliteront de plus en plus la prophylaxie et la thérapeutique de ces conflits.

En résumé, et pour conclure toute cette première partie, on x oit combien il est facile, sur la doctrine proposé© de la Biologie humaine étayée par les idées-lois de la conduite humaine, d édifier toute une morale et toute une sociologie pratiques constituant tout un code de la vie individuelle et sociale. Ce qui permet de dire, en définitive : toutes les sciences morales et sociales, ayant et voulant garder le caractère scientifique , sont basées sur la connaissance des lois, devoirs et périls biologiques, tels que les définit et les caractérisé la Biologie humaine', ou: la Biologie humaine, — qui doit être aussi essentiellement distinguée de la biologie animale que celle-ci l’est de la biologie végétale, — donne aux sciences morales et sociales une base et un point de départ, que la biologie générale (comme toute autre science positive et expérimentale) est incapable de leur donner.

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