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Autres conceptions du mariage : conceptions anciennes

préscientifiques.

J’ai dit que l’idée-loi biologique de famille, comme toutes les idées-lois de la Biologie humaine, sont aussi anciennes que l’homme dans leur principe, mais variables dans leurs applications. Comme principe, elles sont antérieures à toute science qui se contente d’en constater l’existence quand elle commence à se constituer; mais comme application, elles sont variables, se précisent et se perfectionnent au fur et à mesure que la Biologie humaine fait elle-même des progrès.

Il en est naturellement de même pour la notion biologique du mariage : le principe en est, aussi ancien que B existence même de l’homme, mais l’application change et progresse avec les changements et les progrès de la Biologie-humaine. La notion biologique exposée plus haut de la monogamie durable est l’expression de la Biologie humaine actuelle; mais elle n’est pas aussi ancienne que l’homme; elle ne date guère que de la civilisation chrétienne ; on doit donc penser qu’il y a eu, avant cette notion scientilique actuelle du mariage, à’ autres conceptions , préscientifiques ou moins scientifiques , dont il faut dire un mot, ne fût-ce que pour en montrer l inférioté au point de vue social.

DU MARIAGE

J'énumérerai ces conceptions anciennes du mariage d'après le livre de Malapert.

11 y a d'abord une forme d'union sexuelle que l'on a supposée être, à l'origine, répandue dans l'humanité, mais dont 1 existence n a jamais ete démontrée i c est la promis- ( mte pi imitwe qui aurait rattache la famille humaine aux sociétés animales et qui est appuyée plutôt sur les données de la biologie générale que sur celles de la Biologie humaine.

Ce n est là sur 1 origine de la société conjugale qu'« une hypothèse célèbre », soutenue par différents sociologues (Mac Lennan, Lubbock, Bacholen), « mais qui semble devoir être abandonnée ». Dans cette hypothèse, « à l'origine de 1 humanité aurait régné une complète liberté dans les relations sexuelles, chaque femme appartenant à 1 homme qui s'en serait pour un instant rendu le maître, fl est tout, a fait invraisemblable que cet hétaïrisme universel ait pu dominer. Aucune preuve sérieuse n'a pu être donnée en faveur de la promiscuité originelle » (Starke, Westermarck) ; « en fait, on ne 1 a nulle part constatée. De plus, ainsi que 1 observe Spencer, même là où les lois et les croyances morales ou religieuses n empêcheraient pas la variabilité incessante des unions temporaires, les préférences individuelles, 1 amour de la possession et de la domination conduiraient naturellement à rendre les liaisons au moins relativement permanentes ».

En tous cas, il n'est pas nécessaire d insister pour montrer le caractère non-biologique et antiscientifîque qu'aurait cette forme, du mariage ou plutôt cette négation du mariage.

Voisin de la promiscuité^ mais cependant essentiellement différent est le mariage par groupes, qui est un mariage peu perfectionné encore mais enfin qui est un mariage ; c'est le clan patronymique, décrit notamment par Howit et Sison : « les hommes et les femmes appartenant à un même clan ne peuvent se marier entre eux; dès lors, si une tribu

se compose de deux clans, tous les hommes d un clan sont de droit maris de toutes les femmes de l’autre, et réciproquement ; certaines règles d’ailleurs limitent ce droit virtuel et donnent aux unions un caractère plus individuel et plus stable. Dans ce mariage par groupes, l’exogamie est une règle absolue pour le clan, tandis que l’endogamie l’est pour la tribu (c’est-à-dire que deux individus du même clan ne peuvent contracter mariage et qu’au contraire un individu d’une tribu ne peut se marier qu’avec quelqu’un de la même tribu). Dans le mariage par groupes, la filiation s’établit naturellement par la mère : c’est le matriarcat. »

A ce type du mariage par groupes on peut rattacher (quoique assez différente) la polyandrie, mariage « dans lequel une lemme possède plusieurs maris, généralement des frères. Le levirat (mariage obligatoire avec la veuve du frère défunt), très répandu dans l’Inde, peut être justement considéré comme une survivance de la polyandrie » — survivance assez lointaine, puisque, ici, la polyandrie est successive ; ce qui est tout à fait différent de la polyandrie simultanée ou vraie et revient par conséquent, en fait et en principe, à la monoandrie.

Enfin il y a la polygynie, beaucoup plus fréquente et encore actuellement plus répandue que les formes précédentes : on peut même dire, je crois, que c’est la seule forme ancienne de société conjugale qui existe encore actuellement.

« Le mariage individuel se trouve alors lié à une nouvelle forme de filiation, le patriarcat. 11 est permis de supposer.

ajoute Malapert, que le patriarcat a pris naissance dans la coutume de se procurer des femmes parle rapt et qu’il s’esl

définitivement organisé quand, au mariage par capture, s’est substitué le mariage par achat. Dans la famille patriarcale, qui est très souvent polygame, le chef de famille possède une autorité absolue, un pouvoir discrétionnaire sur la femme et sur les enfants. »

DU MARIAGE

On voit comment, à travers ces diverses formes, se développe l'idée biologique vraie du mariage qui aboutit à la monogamie durable. On voit facilement pourquoi.

Le but biologique du mariage est la fondation d’une famille et par conséquent la procréation des enfants et leur éducation jusqu’à l’âge ou ils deviennent eux-mêmes des

hommes; le but de la famille et par conséquent du mariage (qui en est l’acte initial et fondamental) est donc de maintenir et de continuer l’espèce humaine c’est-à-dire de faire, non des enfants, mais des hommes.

Or, pour cette mission, difficile et longue (la formation des hommes), il n’y a pas trop de la collaboration, et de la collaboration prolongée, de l’homme et de la femme; et. pour que cette collaboration soit vraiment utile et féconde pour le progrès de l'humanité, il faut que, pour le meme

groupe familial d'enfants, le même homme (le père) collabore toujours et longtemps avec la même femme (la mère) : et ainsi la monogamie durable apparaît comme la forme nécessaire du mariage biologique.

La polyandrie et la polygynie sont aussi préjudiciables, l une et l'autre, à cette œuvre d’éducation des enfants et de formation des hommes qui est l'objet de la famille humaine

et le but du mariage humain.

On comprend d’ailleurs que ces idées ne se soient précisées dans l’esprit de l'homme qu'à une époque relativement récente, quand les saines notions de Biologie humaine se sont développées et précisées. A ce point de vue, il n'est que juste de noter le rôle immense qu’a joué la civilisation chrétienne.

C'est par le christianisme notammentque la femme a été de plus en plus considérée comme l’égale et la collaboratrice de l'homme; on a vu que, pour être différent de celui de l’homme, son rôle pour la formation des hommes futurs est aussi important que celui de l'homme. Celte notion conduit à la monogamie et à la liberté égale de l'homme el de la

femme pour Je choix de son con joint1 ; ce que Malapert appelle

la monogamie libre

Dans toutes les formes anciennes que nous avons appelées préscientifiques, la femme est un instrument conquis. Pris ou acheté, jamais consulté; de ce servage de la femme les dernières survivances sont la polygamie et aussi l'obliga-

tion de se tuer à la mort de son mari ou d'épouser son beaufrère.

« Ce n'est que peu à peu, dit Malapert, grâce surtout au chi istiamsme, que la situation morale de la femme a été relevée et qu’une part de plus en plus large a été faite dans le mariage au choix personnel et à la libre volonté des contractants. Enfin, le mouvement rationaliste et égalitaire, qui. à travers les temps modernes, a abouti à la Révolution française, conduit à la notion d'une libre convention entre personnes également indépendantes et ayant même dignité et mêmes droits. C'est là la monogamie libre dans laquelle, nous voyons la forme idéale de la société conjugale, bien que notre système de législation en soit, sur bien des points.

fort éloigné. »

Ci ( idéal n est d ailleurs pas réalisé, non seulement par les lois, mais par les mœurs : « le mariage, là même où ont dispaiu et le maiiage par capture et le mariage par achat, est considéré — et cette manière de voir subsiste encore dans une large mesure aujourd'hui — comme l'affaire des familles qu'il va unir plutôt que comme celle des deux individus, comme un lien entre familles plutôt que comme un lien personnel : le mariage de l’un des membres de la famille a pour condition nécessaire le consentement de son chef et la volonté de celui-ci peut même être contraignante ».

Cela prouve qu il ne suffit pas d'inscrire la monogamie libre dans le Code pour voir le mariage réaliser le type biologique complet; il faut autre chose: il faut, toujours au

i . Article 140. - Il n’y a pas de mariage lorsqu’il n’y a pas de consente-

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nom de la Biologie humaine, insister sur le but du mariage qui est, non le bonheur et Fintérêt des conjoints, des individus, mais le développement et Fintérêt de la famille, des enfants. Or, si le principe de la monogamie librement acceptée est très généralement reconnu aujourd'hui, le but familial du mariage est encore discuté, de divers côtés, par un grand nombre d'esprits distingués qui ne veulent voir dans le mariage que le but individualiste.

3. Autres conceptions du mariage : conception individualiste.

Indissolubilité et divorce.

La conception du mariage, basée sur la Biologie humaine, exposée plus haut, se résume dans cette proposition : le but du mariage est la fondation de la famille c’est-à-dire la procréation et l’éducation des enfants, la formation des hommes de l’avenir.

Cette dqctrine biologique est absolument opposée à la doctrine individualiste , qui veut, dans la conception et l’organisation du mariage, considérer uniquement Fintérêt et la liberté de l’individu.

Cette doctrine individualiste du mariage a été particulièrement développée et appliquée par les disciples de Jean- Jacques Rousseau et les gouvernants de là fin du xvme siècle.

« Voyez, par exemple, dit Mgr Deploige, la loi du 20 septembre 1792, qui introduit le divorce dans le Code

français. Considérant, dit le préambule de la loi, combien

il importe de faire jouir les Français de la faculté du divorce, qui résulte de la liberté individuelle dont un engagement indissoluble serait la perte... » et la loi votée admit le divorce : «... 2° par consentement mutuel; 3° par la volonté d’un seul des époux, pour cause d’incompatibilité d’humeur ». On ne se préoccupe nullement de la fondation de la famille et de la formation des enfants; on ne pense qu’à la liberté sacrée de l’individu, de chacun des

conjoints. « C'est un appel, non déguisé, au contrat social: l'homme est né libre, avait écrit Rousseau ; renoncer à sa liberté, ce serait renoncer à sa qualité d'homme ».

Et alors on partira « de cette donnée initiale qui transforme en droit naturel, essentiel et inaliénable, une aspiration à la mode ; on s'appuiera sur cette conception à priori de l'individu et I on en déduira les règles qui régiront, non pas la conduite individuelle, mais l'organisation de la société domestique. De savoir si la structure de la famille n'est pas déterminée avant tout par sa fonction et par les besoins auxquels elle répond, on n'aura cure : la liberté, a dit le

prophète, est le plus grand bien de tous, celui qui doit être la fin de tout système de législation ».

Il est facile de montrer l'erreur fondamentale, au point de vue scientifique et biologique, de cette conception individualiste du mariage.

Certes la Biologie humaine ne méconnaît pas et proclame la liberté de 1 homme ; elle en lait même un des caractères spécifiques de 1 homme et par suite une des raisons principales de son existence (à elle, Biologie humaine) comme science indépendante ; mais en même temps la Biologie humaine montre les limites de cette liberté de l'individu, qui sont les devoirs de l'individu lui-même et les droits des autres hommes et de l'espèce. La volonté libre de l'homme est obligée de se soumettre aux idées-lois que la Biologie humaine révèle en lui et de remplir les devoirs qui lui sont

ainsi imposés et formulés.

De plus, l'homme, toujours par sa définition scientifique (positive et expérimentale), n'est pas un individu à vie isolée et solitaire; c'est un être vivant sociable; il doit donc remplir ses devoirs non seulement vis-à-vis de lui-même mais vis-à-vis des autres hommes, vis-à-vis de l'espèce et vis-à-vis de la forme sociale, qui est vraiment humaine, la famille.

Donc, dans l’organisation biologique et scientifique de la lamille et du mariage, il ne faut pas seulement regarder la

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f 1,berte ln<lividuelle. et l'intérêt de l’individu; il faut voir le droit ..au devoir, la liberté et l’intérêt de tous les autres individus c’est-à-dire de l’espèce humaine! L'intérêt de 1 espece humaine (la très grande majorité des sociologues le reconnaît aujourd’hui) l'intérêt de l’espèce humaine veut <|ue le but, l'idée directrice et la base d’organisation du mariage soient, non l’intérêt individuel et égoïste des conjoints, mais la fondation de la famille (telle que la Biologie humaine la définit) c’est-à-dire la procréation et l’éducation des enfants, la formation complète des hommes de l’avenir.

La doctrine individualiste du mariage conduit tout naturellement et logiquement à la doctrine, qui voudrait faire du mariage « une association de hasard, assimilée à un contrat de louage, celui que nous signons avec un fournisseur ' ou un domestique, y compris la faculté d'essai!» C’est la doctrine de V union libre qui est vraiment l’opposé de la doctrine biologique du mariage. On peut vraiment dire que c est la négation du mariage.

Durkheim pense même que, pour mériter le nom de mariage, non seulement l’union doit être stable et durable, mais encore il faut que cette stabilité soit établie, réglée et oiganisee par la loi. Il distingue ainsi «deux sortes de sociétés sexuelles: l’union libre, durable ou non, et le mariage légal et régulier. La première est un simple état de fait que la loi ne reconnaît ni ne sanctionne. L autre crée, entre les paihVs qui la tonnent, des obligations juridiques auxquelles sonl attachées des sanctions organisées. Durkheim -réserve aux unions réglementées le nom de mariage. Ce qui, d après hu, concerne le sociologue, ce sont les causes du mariage.

Il s’agit de savoir non pas d'où vient que les sexes, dans n° Ira espèce, cohabitent plus ou moins longtemps; mais comment il se fait que, pour la première fois, leur cohabitation, au lieu d être libre, se trouve soumise à des règles impératives, dont la société ambiante (clan, tribu, etc.) in-

(îkasslt. — Devoirs et périls biol. 22

terdit la violation. C'est seulement quand les relations

sexuelles prennent cette forme, qu'elles deviennent une institution so'ciale et, partant qu'elles intéressent le sociologue». Ceci permet de comprendre le sens dans lequel Durkheim admet l’hypothèse de la promiscuité pour les unions sexuelles chez les primitifs: « promiscuité signifie pour lui qu'au début aucune restriction juridique n'était apportée aux combinaisons sexuelles; il n'y avait point de réglementation matrimoniale ».

Sans revenir sur cette question des formes historiquement primitives du mariage, on peut bien admettre, avec Durkheim, que la réglementation juridique du mariage a été relativement tardive dans l'histoire de l'humanité ; la réglementation religieuse avait certainement précédé. Mais ce que je veux répéter c'est que, tout à fait initialement, l'homme a toujours eu inscrite en lui l'idée-loi de la finalité biologique de la conservation et de la propagation de l'espèce humaine par la famille et par le mariage : cette idée-loi était évidemment plus ou moins obscure au début ; l'homme en a pris de plus en plus conscience au fur et cà mesure qu'il se développait, progressait et se connaissait mieux. C'est ainsi que la monogamie durable n’a été qu’une formule tardive. Mais, antérieurement, dès son existence comme homme, la loi (plus ou moins méconnue ou ignorée, mais existante) la loi biologique naturelle existait, définissant le mariage « l'acte fondateur delà famille » et par conséquent condamnant la doctrine individualiste du mariage et la doctrine de l'union, libre comme anti^cientifiques et antisociales.

ha conception du mariage, que nous avons adoptée d'après les données de la Biologie humaine, diffère naturellement des conceptions du mariage fondées sur la biologie générale.

Ainsi Le Dantec applique toujours une méthode dont le » Irait caractéristique» est de' se «refuser à considérer,

DU MARIAGE

romme ayant joué un rôle dans la genèse des sociétés,

lout caractère, existant sans contredit chez les animaux'"

actuels, mais susceptible d'avoir été acquis progressivement

SOUS 1 influence même de la vie sociale ». Dès lors, l’idée de

famille et l’idée de mariage ne sont plus que le résultat de

1 accumulation des habitudes, modifiées par l’hypocrisie

qui est la « clef de voûte » de l’édifice social basé sur 1 égoïsme.

« D’abord le mâle a été attiré vers la femelle par un appétit M xut l et, si cet appétit sexuel a été réciproque, et surtout s il a été durable comme cela a lieu dans l’espèce humaine qui n’a pas une période annuelle de rut, mais qui fornique en toute saison, une première association a été réalisée cuire le male et la femelle». Puis s’ajoute « la lutte pour les femelles... La concurrence résultant de la convoitise sexuelle est la plus terrible des concurrences. Lorsqu’il s agit de la possession d’une femme, tous les raisonnements tous les intérêts disparaissent; il n’y a plus d’alliance qui benne; les concurrents deviennent des ennemis mortels, même s'ils étaient frères ou associés ». Ce n’est plus l’invasion exagérée de l’amour que nous avons ici, c’est la , guerre a la base de la famille comme à la base de la société.

« Dans l’espèce humaine, les différents peuples ont tiré de cette constatation évidente, des tendances diverses et des réglementations différentes. », D’autre part, « s’est introduite dans la société une série de choses illogiques, contre lesquelles la raison protesterait vainement. La femme en effet est un individu comme l’homme ; elle a, comme lui. des sentiments et de la raison; elle fait partie de la société au même titre. Chez nous, peuples de l’occident, elle choisit librement l’homme qu’elle veut honorer de ses faveurs : et c est là une cause de troubles incurables... (car) toute idée le justice et de mérite disparait évidemment, du moment qu’une femme choisit elle-même son élu... L’amour, dit Carmen, n’a jamais connu de loi, et cependant on a, dans

toutes les sociétés, cherché à réglementer 1 amour; mais cette réglementation serait reconnue avoir été, partout et toujours, absolument illusoire si, une fois de plus, 1 hypocrisie n'était venue sauver la face des choses et n avait permis à la tradition de faire naître, petit à petit, dans la mentalité des hommes, le sentiment de devoirs métaphysiques qui n ont jamais été réellement obéis. Le mariage, association née d’une attraction sexuelle momentanée, est devenu une association d’intérêts, quand il a fallu nourrir les enfants et les défendre contre l'ennemi commun... Les abeilles ouvrières n'ont aucune difficulté à faire leur devoir, parce qu elles n'ont pas d autres désirs et que, en pai ticulier , étant stériles, elles ne peuvent pas songer à fonder de famille concurrente; le fait qu'elles n ont pas d appétit sexuel est une cause bien plus importante du bon ordre de leur société. Nous ne pouvons pas espérer, à ce point de vue, devenir jamais aussi heureux que les mouches à miel! Je ne m'étendrai pas ici sur la complication progressive qui est résultée, pour les hommes, du mélange du sentiment sexuel avec les autres notions métaphysiques et sur le fait que l'attraction sexuelle a pu ainsi être détournée de son objet primitif au point de n’être presque plus reconnaissable... » f

Si on sépare la Biologie humaine de la biologie générale,

ou raisonne tout autrement: le sentiment sexuel, chez l’homme, fait partie de toute la fonction génératrice qui est beaucoup plus complexe que chez les autres animaux et comprend la fondation de la lamille par le maiiage avec la formation définitive des hommes comme objectif. Cette idée-loi complète de la famille humaine , est aussi naturelle que l'attirance sexuelle elle-même; on ne peut pas distinguer l'une de l'autre au point de vue de 1 origine; f une et l'autre notions font partie de l’essence même de l'homme. D'autre part, la Biologie humaine montre aussi la différence absolue qu'il y a entre la femme et l'abeilty : la

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pi ennuie a une \ o I on te libre et autonome que la seconde n a pas j la première a seule des devoirs obligatoires et du méiite à les remplir... ü ne faut donc pas séparer, chez 1 homme, l'attraction sexuelle momentanée et les devoirs métaphysiques créés ultérieurement par les habitudes et par l’hypocrisie.

Tout entière, la conception biologique du mariage (monogamie libre et durable), plus ou moins consciente et plus ou moins appliquée, appartient seule à la nature humaine elle-même et lui a toujours appartenu depuis que I homme existe.

Je ne pense pas avoir besoin d insister pour montrer que cette formule de « monogamie libre » ne veut pas dire du tout (( union libre » mais seulement mariage librement consenti; ce qui n'empêche pas l'organisation légale de cette monogamie.

Ceci est bien admis de toutes les sociétés contemporaines : « le mariage, dit Malapert, est devenu une institution de plus en plus rigoureusement destinée à former une association a la lois juridique et morale entre deux personnes de sexes différents ».

Cette organisation juridique du mariage rencontre naturellement certaines questions difficiles et complexes comme celle de X indissolubilité du mariage, dont je dois dire un mot.

Fout d abord, dit Malapert, — et cette distinction est en ellet capitale, — (c tout d abord, il convient de ne pas confondre le point de vue moral et le point de vue légal, ou, si Ton veut, la détermination de l’idéal et la constatation du lail ». La distinction est en effet très juste, mais plutôt dans les premiers termes que dans les seconds : la loi ne doit pas se confondre avec le fait et s’opposer à l'idéal et au moral; la loi c'est le réel, c'est le désirable, c'est ce qui doit être fait; et ce qui doit être fait peut être moral et se rapprocher

de l’idéal. Ceci est surtout vrai avec la doctrine de ce livre c'est-à-dire si on confond le moral avec le biologique et le scientifique. Pourquoi la loi ne s'efforcerait-elle pas, le plus possible, d'organiser et de faire appliquer, pour toutes les questions sociales, la solution scientifique, biologique et par suite morale et idéale?

Or, sur le terrain moral, la question de l'indissolubilité du mariage est assez facile à résoudre.

« Moralement, dit le professeur du lycée Louis le Grand, la société conjugale doit se vouloir, pour ainsi dire, indissoluble. Un amour qui ne croit pas à sa durée, qui ne se veut pas en quelque sorte éternel, n'est pas un amour véritable, sincère et sérieux : c'est pour la vie qu'on s'engage, c'est la vie tout entière que réclame le devoir d'éducation des enfants; à mille points de vue, tout particulièrement au point de vue des enfants, la dissolution du mariage est un mal. »

Comme, au point de vue de la Biologie humaine, le vrai et seul but du nàariage est le devoir d'éducation des enfants et de formation des hommes futurs, la conclusion s’impose : au point de vue biologique comme au point de vue moral, la dissolution du mariage est un mal et le mariage doit être proclamé scientifiquement : une monogamie librement consentie et indissoluble.

C'est ce que Liard exprime très bien aussi dans le dialogue suivant :

« Le Grand-père. — ... Voyez-vous, mes enfants, le mariage est une association de deux êtres qui s'aiment, pour supporter en commun les charges de la vie et en partager les joies. Quand on s'est donné l'un à l'autre, dans le mariage, il faut se tenir mutuellement parole.

« Paul. — Alors, une fois qu'on est marié, on ne se sépare plus.

« Le Grand-père. — Si, quelquefois ; mais ceux qui se séparent sont de mauvais époux. Ils faut aussi qu’ils n'aiment

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p.is leurs enfants ; car élever des enfants, ce n’est pas l’affaire d’un jour... »

Voila la solution biologique, scientifique et morale delà question que la loi doit consacrer, formuler et organiser: car la loi doit, avant tout, être scientifique et morale. — Mais ceci ne résout pas définitivement la totalité délit question : la nature humaine est ainsi faite (avec sa volonté libre) qu’elle ne suit pas toujours les préceptes de la morale et de la Biologie humaine ; la loi écrite ne doit-elle pas prévoir ces cas exceptionnels et prendre la défense du conjoint reste moral quand il se trouve malheureusement associé à un antimoral indigne?

Je mets d abord hors de discussion la séparation , qui est admise par tout le monde, même par l'Église catholique (pour laquelle le mariage est un sacrement indissoluble) et que la loi civile doit reconnaître et reconnaît. Cette rupture de la société conjugale peut devenir nécessaire dans bien des cas : « l’indignité d'un des époux, sa brutalité, son infidélité peuvent faire de la vie commune un supplice véritable pour 1 autre; une famille ou 1 hostilité des parents se manifeste de mille manières est-elle un milieu sain pour les entants? La rupture est préférable à cet état de guerre, sourde ou déclarée, sournoise ou violente ».

Tout le monde est, de cet avis : il y a des cas où la séparation de corps et de biens s'impose; la loi écrite doit prévoir ces cas et les réglementer. La question discutée esf celle du divorce cest-à-dire de l'autorisation donnée aux epoux de se remarier, de fonder une nouvelle famille. On sait que l'Église catholique n'admet pas le divorce et ne reconnaît que l’annulation dans quelques cas limités. Mais je ne dois traiter la question ici qu'au point de vue biolopique, en restant sur le domaine scientifique.

« On ne voit pas, dit Malapert, pour quelle raison la loi ne reconnaîtrait pas ce droit et ne prononcerait pas, selon des formes juridiques déterminées, la rupture d'un contrat

qu’elle a sanctionné par un acte civil et juridique ». — La phrase, qui dépasse peut-être la pensée de l'auteur, me paraît inexacte si on veut la prendre au pied de la lettre : il y a bien, en effet, quelque raison de ne pas considérer le mariage comme un contrat ordinaire que la loi consacre ou délie au gré des contractants; je ne pense pas que Malapert accepte, comme la Convention, le divorce par consentement mu tuel des époux ou par la volonté de F un d’eux : ceci serait cependant permis si là loi considérait le mariage comme un contrat quelconque.

Il y a bien une association voulue par les deux contractants dans le mariage, mais dans un but particulier qui est la fondation d’une famille, la procréation et l’éducation des enfants, la formation des hommes futurs. Tant que ce but n’est pas atteint, les contractants ne peuvent pas se séparer, sous prétexte de leur bonheur personnel, abandonner cette famille qu ils ont promis de fonder et d’élever et aller en fonder une autre dont l'avenir sera aussi précaire et non moins compromis.

« L interdiction du mariage des divorcés, continue Malapert, est incapable de protéger la moralité; ce sera un obstacle pour les consciences délicates, mais les autres ne seront pas embarrassées pour si peu ; et le concubinage, l’hétaïrisme remplaceront le mariage légal; ce qui, manifestement, ne constitue pas un avantage. »

Je ne sais pas si l'interdiction du nouveau mariage arrêtera beaucoup moins ces consciences peu délicates et augmentera. beaucoup le concubinage ou l’hétaïrisme. En tous cas, ce qu’il faut regarder dans ces discussions ce n’est pas tant I intérêt, même moral, des époux que l'intérêt, matériel et moral, des enfants et de la famille à créer et à surveiller. Tout est là.

«Aussi bien, dit enfin Malapert, la fréquence des divorces dépend-elle beaucoup moins des lois que des mœurs et il n’y a pas à craindre que des lois trop libérales sur le divorce

DU MARIAGE

affaiblissent le respect du mariage, là où le niveau moral est élevé ». Certainement, la permission légale du divorce facile ne fera pas dissoudre les familles dans lesquelles « le niveau moral est élevé » ; mais elle* pourra faciliter, aider, multiplier les dissolutions de familles à niveau moral moins élevé, faible. Certes, les mœurs mauvaises ont un effet social pire que les lois mauvaises; mais on ne peut pas dire que les lois n’influent pas sur les mœurs, surtout à une époque où on ne peut parler guère aux hommes qu au nom de la loi et de la science et quand la loi doit, ou est censée, exprimer les conceptions même de la science.

De cette critique de l'argumentation de Malapert il ne faudrait pas conclure que je n’admets pas quelques cas dans lesquels la loi écrite peut autoriser le divorce. Après avoir posé le principe de 1 indissolubilité du mariage, la foi peut prévoir et bien spécifier les cas dans lesquels 1 indignité reconnue et précoce d’un conjoint compromet gravement, non le bonheur de l’autre conjoint, mais 1 avenir de la famille qu ils doivent fonder. L’avenir de la famille et des enfants peut exiger la séparation des deux époux; et, s'il n’y a pas d’enfant et si le conjoint resté digne est encore capable de fonder une famille avec un ■autre époux, la loi peut autoriser le second mariage de cet époux divorcé.

En d’autres termes, si j’admets que le divorce soit inscrit dans la loi civile (sans jamais être obligatoire pour ceux à qui leur conscience religieuse l’interdit), je crois pouvoir dire, au nom de la Biologie humaine, que les conditions requises pour autoriser une demande en divorce doivenl être sévères, difficiles, el surtout que les décisions à prendre en pareille matière doivent toujours être inspirées par la considération, non de l’intérêt et du bonheur des époux, mais de l'intérêt et de l’avenir de la nouvelle ' famille, des enfants et des hommes futurs.

LES DEVOIRS

De tout ce qui précède il va être facile de déduire les devoirs réciproques qui unissent entre eux les divers membres de la famille.

Je ferai d abord remarquer que ces devoirs sont essentiels ef indépendants; je ne les rattache pas aux devoirs interindividuels simples qui sont communs à tous les hommes, ni aux devoirs autoindividuels. J’en fais un groupe autonome : la conception biologique de la famille entraîne, par elle-même, des devoirs réciproques entre les divers membres de cette famille.

Leclere semble etre d un avis different .* « c'est une grande maladresse, poui le moins, dit— il s que de fonder les devoirs de famille sur le mystérieux concept de la parenté; on espère les rendre ainsi plus sacrés; erreur, on leur donne une base mineuse. lin effet, ce concept, fondement apparent de la notion naturelle et de la notion éthique de la famille, est des plus confus; il ne renferme qu'une idée claire, mais non distincte, celle de génération. Mais la génération n'est qu un fait et dont on ne voit pas quelles conclusions sociales et morales se pourraient déduire. »

Ce t te ciitique ne peut pas s appliquer à la notion de famille, telle que la comprend et l'expose la Biologie humaine : cette notion est certainement mystérieuse, mais elle n'est pas confuse et obscure et elle ne se limite pas du tout a la génération. Elle comprend au contraire essentiel¬

lement I éducation des enfants et là formation des hommesfuturs. Je ne crois donc pas qu’il y ait même de la maladresse à donner cette base aux devoirs familiaux.

D'ailleurs la divergence avec Leclère est plus dans les mots que dans les idées. Il donne comme bonne méthode de In ci les dioits et les devoirs familiaux « delà considération de ce qui précède, accompagne ou suit la génération » ; c'est

précisément ce que nous faisons avec la conception biologique de la famille, puisque nous la prenons à la préparation de l’hérédité et la conduisons jusqu'à l'homme fait et émancipé et même plus loin (par les devoirs envers les parents).

En fait, Leclère aboutit naturellement aux mêmes devoirs familiaux que nous et que tout le monde; seulement il les déduit de la morale individuelle et de la morale interindividuelle générale, tandis que nous en faisons un groupe autonome et indépendant

Je vais rapidement passer en revue les devoirs entre parents, les devoirs entre parents et enfants elles devoirs entre la famille, l'État et la société.

A. Devoirs entre parents fondateurs d’une famille. — Les

devoirs réciproques entre 'parents fondateurs dune famille se résument dans V amour . dont je ne veux pas faire le but et 1 objet du mariage, maïs que je considère comme le devoir essentiel et primordial des époux. Non inscrit dans le Code, l'amour comprend les autres devoirs inscrits en toutes lettres dans la loi : fidélité, secours, assistance.

Je reviendrai dans un chapitre ultérieur (xvii) sur la physiopathologie de l'amour. Ici je me contente de dire que, si l'amour remplace tous les autres devoirs entre parents, c'est à la condition expresse qu'on prendra ce mot dans son sens général et vrai; c'est-à-dire qu'il ne signifie pas seulement attirance sexuelle mais affection vraie et complète de « cœur » et de « tête », de « moelle » et de « cerveau ».

Comparant la monogamie à la polygamie, Malapert dit : « dans cette dernière, l'appétit sexuel, mobile et, variable, l'emporte de beaucoup sur l'élément idéal de l'amour; celuici n'est plus guère qu'un rut animal; de là résulte bimpossibité d'une union psychique complète, embrassant la personne tout entière, s’adressant au caractère, à l'espril e( au cœur, l'impossibilité aussi d'un respect mutuel corn

LES DEVOIRS

plet. Dans la polygamie, dit Kant, la personne qui se donne ne reçoit qu’une partie de celui auquel elle appartient et se transforme ainsi en simple chose. » Dans le mariage vrai, au sens biologique du mot, chacun doit se donner en entier à l'autre, donner et recevoir la personnalité entière, physique et psychique, de l’autre.

C'est dans ce sens qu'on peut dire que le devoir d’amour mutuel résume tous les devoirs entre parents fondateurs d’une famille.

Comme je le disais plus haut, l’amour ainsi compris comprend les autres devoirs inscrits dans la loi et notamment d’abord la fidélité réciproque. Car, comme dit encore Malapert, « la fidélité est une obligation aussi grave, aussi impérieuse pour l’homme que pour la femme et rien peutêtre ne montre mieux la survivance des antiques opinions sur l'inégalité de condition de la femme et de l'homme que la façon dont on juge leur infidélité ». L’homme et la femme sont égaux devant le devoir d'amour : chacun a droit à l'amour de l'autre.

Cette égalité des droits moraux implique-t-elle l'égalité des droits civils, et même des droits politiques, de 1 homme et de la femme? La question est évidemment plus complexe. Voici pourquoi.

Chacun des époux a le même droit d avoir sa liberté, non entravee, mais aidée par son conjoint, pour 1 accomplissement de sa fonction propre dans la fondation de la famille. Or, cette fonction est très différente, en fait, chez l'un et chez 1 autre : les fonctions du père et de la mère se complètent mais ne peuvent pas se remplacer l'une l'autre. On comprend dès lors, sans contre-sens scientifique, que, au point de vue social et politique, le rôle de l'homme soit différent de celui de la femme et que par conséquent les droits et les devoirs sociaux et politiques de l'homme ne soient pas les mêmes que ceux de la femme.

Voila pour le principe. En fait, il faut réagir contre l'exa-

gérât ion dans les deux sens opposés : d’un côté contre ceux qui veulent donner toute l'autorité et tous les droits au mari', de l'autre contre ceux qui voudraient ouvrir aux femmes l'accès des bureaux d'élection politique et des parlements. Le passage suivant de Malapert me paraît très bien mettre la question au point.

« Ce principe que, dans la famille, l'autorité des deux éqoux doit être égale, que leurs rôles ont même importance, que la femme adroit à une instruction qui la -place au même niveau intellectuel que son mari et la rende capable de mener à bien l'œuvre capitale de l'éducation des enfants, ne conduit pas néanmoins à méconnaître l'utilité d'une différenciation de fonctions. La femme est destinée par la nature à supporter le fardeau de la propagation de l'espèce; les fatigues de la gestation, de l'enfantement, de l'allaitement font qu’il ne saurait lui rester pour des travaux pénibles la même somme d'énergie qu'à l'homme... SI y a un intérêt social de premier ordre à ce que l'activité économique de la femme ne soit pas un obstacle à l'accomplissement de ses devoirs de mère et d'organisatrice delà vie intérieure. Les soins du ménage sont aussi importants pour la prospérité commune, aussi utiles économiquement, aussi pénibles que le travail proprement productif. Celui-ci est légitime, d'ailleurs, dans la mesure où il ne contraint pas la femme à abandonner le foyer, à sortir du cercle de la vie familiale. SI est donc juste que sur l'homme repose, pour la plus grande part, le soin d’assurer à la famille les revenus qui la font vivre; il est juste aussi que la loi intervienne pour limiter le travail économique de la femme, dans la mesure où celle-ci a besoin d'être protégée». Sur l'indépendance et les droits de la femme, « si un progrès considérable a été accompli dans presque tous les pays civilisés, et en ce qui concerne les mœurs et en ce qui concerne les lois, il faut reconnaître qu'il reste beaucoup à faire pour ce qui touche à la condition de la femme

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mariée. L’autorité maritale n’est certes plus ce qu’elle était à Rome ou dans notre ancien droit; et pourtant la plupart des femmes, passant de la tutelle du père sous celle du mari, sont légalement d’éternelles mineures. De récentes dispositions législatives heureuses, garantissant à la femme mariée la disposition de son salaire, demandent à être complétées à bien des égards pour faire cesser cette subordination légale de la femme, inscrite dans le Code civil (« la femme doit obéissance à son mari ») et qui ne s’explique

que fpar des survivances historiques et ce fait que la loi a été faite par l’homme. »

B. Devoirs entre parents et enfants. — Un des principaux effets du progrès de la civilisation lié au progrès de la Biologie humaine a été de développer la notion des devoirs des parents, tandis qu antérieurement on avait surtout parlé de leurs droits vis-à-vis de leurs enfants; le progrès a amené le relèvement de l’enfant comme nous avons vu qu’il avait amené le relèvement de la femme.

« Ce n est pas seulement chez les peuples sauvages, c’est en Grèce, c’est à Rome que nous voyons l'enfant livré sans reserve à 1 autorité des parents. Les enfants doivent travailler comme des esclaves, ils sont une propriété, une chose; ils appartiennent corps et âme au père qui peut les vendre, les tuer, qui a sur eux un droit de vie et de mort et n a à rendre compte à personne de l’usage qu’il fait de cette puissance souveraine. » A cette époque, « la sainteté du gioupe familial, limité ou non à la véritable famille, paraît telle que son chef jouit en paix de droits exorbitants; ne represente-t-il pas le plus sacré, l’unique lien qui puisse reunir des hommes? A lui la toute-puissance dans son cercle! Due la femme lui soit aussi soumise que l’enfant! Que tous ses parents plient devant lui! Son égoïsme profitera de sa dignité d’être- symbole; à ses yeux, la famille ce sera lui, au lond; son intérêt sera sacré sans restriction puisqu’il est

entendu que tous les intérêts ambiants se résument dans le sien. En s'exagérant, en s'hypertrophiant, la famille, faite pour réaliser de la solidarité, en vient à en favoriser surtout l’égoïsme. »

Ce livre tout entier s'efforce de démontrer que la Biologie humaine, en se précisant et en se développant, combat victorieusement cette doctrine qui veut baser la famille sur 1 égoïsme du père et ne parle à chacun que de ses droits. Le pei e, comme les autres hommes, n a de droit (jue de faire son devoir ; ce qu'il faut qu'il connaisse bien, ce sont donc ses devoirs vis-à-vis de ses enfants; il n'a à demander et à exiger que l'autorité nécessaire pour remplir ces devoirs.

Il est facile de rappeler, d'après tout ce que j'ai dit et 1 épeté précédemment, quels sont ces devoirs des parents visà-vis de leurs enfants : ils doivent préparer leur vie ultérieure en se comportant bien avant le mariage, en évitant les excès et les maladies evitables, en entourant le mariage des précautions nécessaires, en comprenant Je mariage comme il est défini par la morale... Après la naissance, les paients doivent a leurs enfants tous les soins physiques, depuis 1 allaitement maternel jusqu'à l'entraînement sportif de l’âge scolaire, ils leur doivent l'éducation morale par l'exemple et par l'enseignement, ils leur doivent l'instruction par eux-mêmes ou parles professeurs qu’ils choisissent (c est ainsi qu'il faut comprendre l'instruction obligatoire :

J instruction des enfants est un devoir obligatoire pour les parents).

Je ne dirai pas, avec les mêmes mots que Leclère : « le don de la vie peut être considéré, si d'autres bienfaits ne s'y joignent, comme le plus dangereux et le plus funeste des dons, et non seulement comme le plus incomplet. L'éducation sous ses diverses formes doit donc être envisagée comme une sorte de réelle réparation ». Au fond, l'idée est juste : le don de la vie à un nouvel être est un bienfait pour cet enfant, mais à la condition qu’on lui donnera la vie dans

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les conditions complètes de son espèce, la vie humaine instrument de progrès pour l'individu et pour la- société. Ne

donner que la vie à un enfant et ne pas l’élever ensuite ou, ce qui est pire, F élever mal constitue pour les parents un véritable crime, que la plus élémentaire morale condamne absolument, même dans les cas où la loi ne l’atteint pas. L’éducation complète des enfants n’est peut-être pas une réparation de leur procréation mais c’est le complément nécessaire de la génération.

A ces devoirs des parents vis-à-vis de leurs enfants correspondent nécessairement des devoirs, aussi stricts et aussi obligatoires, des enfants vis-à-vis de leurs parents: les enfants doivent à leurs parents amour, respect et aide morale et matérielle. Les devoirs s’imposent aux enfants pendant toute leur vie, même à l’époque, par conséquent où les parents ne peuvent plus rien pour eux et ont besoin eux-mêmes exclusivement de secours: «tes père et mère honoreras afin de vivre longuement))...

Personne ne discute l’existence de ces devoirs filiaux. On

en discute seulement l’origine et le mode de formation, et beaucoup d’auteurs admettent qu’à l’origine de ces devoirs, comme à l’origine de tous les autres, il y a toujours l’intérêt et l’égoïsme.

Lu individu adulte, dit Le Dantec, n aurait plus aucune

raison d’intérêt pour honorer son père, puisque le père n’est désormais, par rapport à lui, ni le plus fort, ni le plus savant; et l’habitude d’obéir, contractée dans le jeune âge. ne suffirait vraisemblablement plus dans l’âge mûr, quand il y

aurait conflit d’intérêt entre le père et le fils. Mais le fils doit • «

devenir père et devenir vieux; or, il sait que l’exemple de son attitude personnelle vis-à-vis de son père sera un facteur important de l’éducation de son fils et ce n’est pas en tant que fils qu’il continue d’honorer son père, mais en tant que père et futur vieillard, parce qu’il a intérêt à respecter une convention dont il est appelé lui-même à profiter plus tard. )>

FAMILIAUX RÉCIPROQUES v Q-o

v OOo

Un sait (sans que j'aie besoin d'y revenir) combien cette conception des devoirs familiaux, basée sur la biologie générale et sur l'évolution, diffère de la conception (défendue t ans ce b\re) basée sur la Biologie humaine (science de I espèce humaine fixée). D’ailleurs la divergence entre les i eux croies n’existe que sur la question’ d’origine de ces devoirs. L’accord se retrouve quand on étudie ces devoirs dans l’espèce humaine, telle qu’elle existe actuellement.

L'habitude, d’après Le Dantec, combinée avec l’intérêt, fait, accepter la convention par un grand nombre de générations successives, la loi biologique de la fixation des caractères se manifeste et l’ancien aspect conventionnel finit par disparaître. « Cela fait partie de nous définitivement... nous trouvons, dans le respect que nous accordons aux vieillards, la satisfaction du devoir accompli et cette satisfaction est désormais tout à fait désintéressée. Souvent même l’obéissance a nos parents est pour nous extrêmement pénible et désavantageuse; et nous sommes cependant forcés de nous } résigner, sous peine d’être mécontent de nous. »

On voiUju’en laissant de côté la question d’origine tout le monde est d’accord pour admettre, comme obligatoires et désintéressés, les devoirs de respect, d’amour et d’aide

des enfants vis-à-vis de leurs parents, même aux dépens de leur intérêt individuel.

Je ne crois pas devoir insister sur les devoirs des enfants vis-à-vis de leurs parents, autres que les fondateurs de la famille : ascendants, frères et sœurs, etc.

C. Devoirs entre la famille, l'État et la société. — J’ai J déjà abordé la question des rapports delà famille avec l’État j et avec la société, en parlant du rôle respectif de la famille Cl de l’État dans l’instruction et l’éducation des enfants et Cm parlant de la liberté de l’enseignement. Pour dire un | mot ici de la question générale de principe, j’ajouterai que

Grasset. — Devoirs et périls biol. 23

ce qui complique la question et la rend en apparence inso- j lubie c’est, l’ habitude qu’on a prise de parler des droits de la famille et des droits de l’État sur l’enfant alors qu’il s’agit de devoirs soit de l’État soit de la famille vis-à-vis de l’enfant. Sur le terrain des devoirs à remplir la lutte est beaucoup

moins à craindre.

La famille a le devoir d’élever et d instruire les enfants. Comme elle ne peut pas le faire en entier toute seule, l’État a le devoir d’aider la famille dans l’accomplissement de cette tâche, de lui faciliter cette mission, difficile et onéreuse : le devoir de l’État est complémentaire du devoir de la famille ; les deux devoirs ne peuvent pas se contre-carrer et s’opposer puisqu’ils ont un objectif commun : la formation de l’enfant

et de l’homme.

Voilà pour les cas normaux ou la famille est digne de sa mission, quand elle fait toutce qu’elle peut et quand elle n’est limitée dans l’étendue de son action que par l’insuffisance de ses ressources. Mais toutes les lois que la famille a. demérité, est indigne de la haute mission qui est sa raison d’être, il va de soi que le rôle de l’État apparaît tout autie . il doit, dans ces cas, remplacer la famille et faire aux enfants ce qu une la mille normale aurait fait.

Vis-à-vis de la société , je signale seulement les dangers que pourrait avoir Y esprit de famille poussé trop loin: il ne faut pas que les devoirs familiaux tassent, à aucun moment, oublier les devoirs sociaux.

S. Sa

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ir

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