NO I ION BIOLOGIQUE DU MARIAGE. — LES DEVOIRS FAMILIAUX RÉCIPROQUES
1. Notion biologique (conception familiale) du mariage. - 2. Autres conceptions du mariage : conceptions anciennes ^scientifiques. -
hUitT s concePtlODS du mariage : conception individualiste ; indissolub hte et divorce. — 4. Les devoirs familiaux réciproques : entre parents fondateurs de la famille, entre parents et enfants; entre la famille^ l’État
1 Notion biologigue (conception familiale) du mariage.
La notion biologique du mariage découle tout naturellement de ce que je viens de dire, dans le précédent chapitre, sur la notion biologique de la famille. Car le mariage, au sens biologique du mot, n a qu’un objectif et une raison d être : c’est la fondation d'une famille telle que nous Aenons de la définir. La notion biologique du mariage se confond a\ ee la conception familiale du mariage.
La famille je crois 1 avoir montré — est bien la forme scientifique de la société humaine j les lois biologiques (de la Biologie humaine) veulent que l’homme vive en famille. L individu ne remplit tous ses devoirs d’homme que s’il remplit, non seulement ses devoirs individuels et ses de Aons mtei îndi \ îduels, mais aussi ses devoirs familiaux.
Dans sa préface à Un Divorce , Paul Bourget proclame, avec Bonald, Balzac, Auguste Comte, « que l’unité sociale est la famille et non I individu »; « la société se compose de familles et non d’individus» ; ce n’est pas là une opinion, c est un fait y j ajouterai : c est un fait biologique .
La vie normale de l’homme « suppose qu’il n’est isolé ni
dans le passé, ni dans le présent, ni dans F avenir, puisqu'il est issu de parents, qu’à l’âge adulte il est lui-même poussé à se chercher une compagne et que ses enfants devenus des hommes l’entoureront quand il sera vieux. C'est un fait que ces liens de tils à parents et de parents à enfants ne sont pas créés par une convention. Aucune loi ne les décrète. C’est la nature qui les veut. »
Voilà bien l’enseignement scientifique et positif de la science de l’homme, de la science de la nature humaine, de la Biologie humaine.
C est ce fait naturel et biologique que le mariage doit assurer et organiser.
Le mariage est donc une institution destinée à fonder une
lamille, à assurer aux enfants « une maison paternelle au vrai sens du mot », « la maison », comme dit Henry Bordeaux, à créer et à fixer un foyer...
Le but sientilique et biologique du mariage n’est donc pas 1 intérêt individuel et le bonheur particulier et isolé des conjoints; par suite, ce n’est pas la considération de leur bonheur ou de leur malheur qui doit influer sur la durée et 1 indissolubilité du mariage et sur les différents détails de 1 organisation du mariage, dont je reparlerai dans le cours de ce chapitre.
Le seul objectif du mariage biologique est la formation et l’éducation des enfants; c’est leur intérêt seul et parsuite, par leur intermédiaire, l'intérêt de l’espèce humaine dans son évolution, son progrès et son avenir, que.biologiquement on doit avoir en vue quand on veut discuter les conditions et la réglementation du mariage.
C’est ce que le Code civil indique expressément, jm tête des « Obligations qui naissent du mariage », quand il dit (article 203) : « les époux contractent ensemble, par le fait seul du mariage, 1 obligation de nourrir, entretenir et élever
leurs enfants ».
Voilà l’article qu’il
faudrait inscrire en lettres d’or dans
DU MARIAGE
toutes les mairies el qu’il faudrait lire et commenter à chaque mariage, à la suite de l’article 212 (régulièrement et légalement lu par l’officier de l’état civil) « les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance » ; alors même que, suivant le désir d'un illustre littérateur, on ajouterait X amour à cette liste des droits et devoirs respectifs des époux.
Dans la notion biologique du mariage, F amour mutuel dos époux est certainement un élément important; mais ce n'est qu’un moyen qui rend plus facile et plus agréable le chemin par lequel on atteint le vrai but du mariage. De même, l’appétit rend facile et agréable notre alimentation quotidienne; mais il serait ridicule de penser que le but de notre fonction digestive est de satisfaire cet appétit.
Au point de vue biologique , le mariage ita quun but et une raison d’être, c’est la fondation' de la famille avec tous les devoirs que comporte la conception biologique de la famille humaine c’est-à-dire les devoirs de formation physique et intellectuelle et V éducation des enfants.
Les auteurs qui contestent le caractère naturel de ces liens familiaux qui sont la base de la société humaine et le but du mariage méconnaissent les enseignements de la Biologie humaine.
Auguste Comte a dénoncé les « esprits sophistiques » qui « croient pouvoir transformer au gré de leurs vaines prétentions les principales relations sociales et regardent comme factices et arbitraires les liens fondamentaux de la famille humaine ». En même temps, il a signalé « Futilité scientifique d’une comparaison sociologique de l’homme aux autres animaux », pour la découverte des « lois les plus élémentaires de la solidarité fondamentale » ; on reconnaîtra bien Futilité de cette comparaison, quand les études sociales seront enfin dirigées par l’esprit positif.
C’est une idée très. saine de rattacher à la biologie l’étude des liens familiaux, mais à la condition absolue de se
rappeler qu'il s'agit dé l'homme et non des animaux, qu'il faut donc s'adresser à la Biologie humaine et non à la biologie générale ; ce qui est bien différent et bien important.
Ceci a été compris par les auteurs qui ont suivi les conseils d'Auguste Comte : tout en étudiant les sociétés des animaux inférieurs, ils n'en induisaient des applications aux sociétés humaines qu'en tenant compte des différences qui séparent l'homme des autres animaux.
Ainsi, Westermarck « proclame que, si nous voulons trouver 1 origine du mariage, nous ne devons pas nous i enfermer dans les limites de notre espèce, mais prendre également en considération les animaux inférieurs ». Seulement it montre qu'il y a, à ce point de vue, de grandes différences entre les invertébrés, les classes inférieures des r vertébrés (le soin des parents pour leur postérité est à peu près inconnu, les rapports des sexes sont éphémères), les oiseaux, les mammifères (la mère seule est préoccupée du bien-être des jeunes, le père n'en a cure)... et il conclut : « nous pouvons poser en principe que la durée de l'union des sexes est déterminée par le devoir des parents ; c'est pour l'avantage des jeunes que le mâle et la femelle continuent à vivre ensemble. Le mariage, c'est-à-dire l union durable, est une condition nécessaire clu maintien de la race humaine. Donc, chez les hommes primitifs, les sexes, selon toute probabilité, ne .se séparaient pas après la naissance de leur progéniture »
Mgr Deploige a bien montré que cette idée vraie et utile de rattacher à la biologie la conception du mariage n'a pas été découverte par Auguste Comte et qu'on la trouve nettement exprimée déjà dans l'œuvre de saint Thomas.
« Qu est-ce, demande-t-il, qui convient à 1 espèce humaine? Le mariage, c est-à-dire l'association viable du mari et de la femme, est-il préférable ou non à l’union libre? 11 ne suffit pas de répondre que la fornication constitue une offense faite à Dieu. Tl s'agit d'examiner quel régime est, dans la
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réalité, bon pour l'homme. Voyons donc quelle forme d’union est réclamée par les besoins de notre espèce. Et, pour le savoir, cherchons à découvrir la loi qui régit les relations sexuelles chez les animaux ».
En fait, cette etude revèle que, dans la série animale, « les unions présentent la plus grande variété; leur durée est très inégale... la forme aussi varie... le résumé de ces faits, ou la loi qui s en dégage, est que la durée et la forme de 1 union sexuelle sont commandées par les besoins de la progéniture, par les exigences de la perpétuation de 1 espèce. Il ne reste donc, pour connaître la loi du mariage, qu à examiner ce que réclame la formation d’un homme. Or, pour mettre un être humain en état de se suffire, il faut après les soins du premier âge, 1 instruire, l’éduquer, le discipliner, tâche de longue haleine, qui nécessite la collaboration du père et de la mère. La constitution du mariage humain se trouve dès lors déterminée : ce sera V union d'un seul avec une seule et pour toujours ».
C’est exactement la doctrine sur le mariage à laquelle conduit la Biologie humaine contemporaine.
C est cette même doctrine biologique que, dans sa Préface de Stéphanie , Paul Adam a éloquemment dressée contre la théorie individualiste (dont je parlerai plus loin) du mariage, dans laquelle tout est dominé par l’amour et l’intérêt des conjoints, tout est subordonné au bonheur égoïste des amoureux. L’avenir de la nation, dit-il, dépend de Ja solution donnée à ce problème.
« A lorce d exalter l’amour, l’omnipotence de l’amour, le tout est permis en amour , le triomphe de l’amour contre l’argent, nos littérateurs classiques et romantiques ont habitué les générations successives à mépriser ce qui s’oppose, dans les coutumes et dans les lois latines, à la désastreuse victoire de l’individu et de ses instincts sur les vieux principes de l’organisation nationale. »
En restant dans les limites de ma démonstration, je dirai
« la désastreuse victoire de l'individu et de ses instincts sur les vieux principes de l’organisation biologique » c'est-à-dire de l’organisation scientilique de toute société humaine et par conséquent de la famille qui en est le prototype et le modèle.
Gomme conclusion à ce paragra Phe, je peux dire que la notion biologique du mariage (conception familiale du mariage) se résume en ces deux mots : monogamie durable (réserve faite de la question d’indissolubilité sur laquelle je reviendrai).