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Les devoirs mutuels des nations : morale internationale

Le droit et la force.

Nous venons de voir dans les paragraphes précédents que l'idée de nation et de patrie n'est en contradiction ou en

antagonisme avec aucune des autres idées développées dans ce livre. Le nombre et les limites des nations peuvent changer; mais le principe de leur existence est constant, à

travers tous les âges : la division de rimmanité en nations est vraiment une idée-loi fondamentale de la Biologie humaine.

Dès lors, la même science doit régler les rapports mutuels de ces diverses unités politiques entre elles : les différentes nations ont des droits et des devoirs, les unes vis-à-vis des autres; en d'autres termes, comme il y a une morale interindividuelle et une morale sociale, il y a une morale internationale. Comme le dit très bien Malapert, « si, au sein de l'État, le respect de la personne humaine est le fondement

de toute justice et de tout droit, comment ne reconnaîtrait-on

pas qu'il est aussi le principe moral qui doit régir les relations d'hommes appartenant à des nations différentes et aussi les rapports des nations entre elles?... La morale internationale se présente sous un double aspect : morale inter-

nationale prwée, morale inlernalionale publique », les

peuples se regardant « mutuellement comme des personnes

morales ».

Sous le nom de droit international privé, on comprend les relations, non pas tant internationales proprement dites, de.nation à nation, que de nation à individus des autres

nations, notanmient, par exemple, Textension aux étrangers du droit privé tel qu il est défini dans chaque nation. « CVst ainsi quun Français qui connneten Allemagne, uu Allemand qui connnet en France, un crime ou un délit

sont jugés par les tribuiuiux selon les même règles que ceux-ci appliqueraient à leurs nationaux. Les droits relatifs aux contrats, à la propriété, sont, sans convention spéciale, garantis aux étrangers dans toutes les nations civilisées. » Il y a de même des conventions spéciales pour l'extradition d(^s malfaiteurs, traités de commerce, propriété littéraire, artistique, brevets d'invention... « Ainsi se développe de plus en plus le principe d'une organisation juridique comnmne, d'une réglementation juridique des conflits internationaux. »

En tète du paragraphe consacré au droit international public, Malapert fait la déclaration suivante : cette idée de réglementation juridique internationale « reste encore trop étroitement limitée aux relations privées. Les relations des États entre eux sont encore réglées par la force.

En fait, le canon reste, selon un mot célèbre, VultimO

ratio des peuples ; la guerre est le dernier recours des

nations ». 11 ne faut voir dans cette proposition, découragée et décourageante, que la déclaration d'un fait et non

d'une doctrine.

Dans le paragraphe suivant, je parlerai de la guerre et répéterai que, même à l'état de guerre, il y a une morale internationale, qui s'impose doctrinalement aux belligérants, alors même qu'ils ne la respectent pas pratiquement. De plus, la guerre est un état exceptionnel. Dans la vie ordi-

naire qui est la vie de paix, les diverses nations ont des

droits et des devoirs mutuels.

Ce que j'ai dit et développé, dans le chapitre ix, en tête des développements consacrés à la morale interindividuelle s'applique à la morale internationale. En somme, chaque nation doit le respect à la vie des autres nations. Pas plus

en morale internationale qu'en morale interindividuelle il ne faut dire que la force fait le droit. Qu'en fait la force l)rime le droit, c'est possible et malheureusement trop fréquent : mais les faits d'immoralité, même accunmlées, ne

changent rien à la doctrine morale.

Comme je l'ai dit ailleurs* le succès ne ftiit pas et ne remplace pas la moralité. On a vu desécliecs temporaires frapper mie nation qui est dans son droit et, après ces échecs, le droit n'était pas, pour cela, passé d'un côté à l'autre du front de bataille : la France de 1870 et la Belgique d'aujourd'hui, comme la Grèce d'autrefois, n'ont pas

eessé, par une défaite passagère et transitoire, d'avoir le <lroit de leur coté, d\Hie les champions du droit et de la justice.

J'ajouterai même — ce qui paraîtra peut-être paradoxal — que ces nations, à l'heure de leur défaite momentanée, n'ont pas cessé d'avoir la Force, d'avoir plus de force que leurs vainqueurs d'un jour. Après Sedan, comme après la prise d'Anvers, les Allemands n'ont pas plus de Force que les Français de 1870 et les Belges de 1914. •

Qu'est, en efïet, la Fçrce chez l'homme et dans l'espèce

humaine?

Voici un nouveau point pour lequel éclate souverainement la nécessité scientifique de distinguer essentiellement (comme nous l'avons fait dans tout ce livre) la Biologie humaine des autres biologies, de la biologie générale et de la physicochimie.

1. La science, le droit et la force. Le Correspondant, 25 octobre 1914, 1». 2io.

ifi

Si on donnait en effet, en Biologie humaine, au mot Force

le sens qu on lui donne pour les autres êtres vivants et pour l'univers tout entier, Thomme serait le plus faible de tous, et comme, dans Tunivers pris dans son ensemble, c est le plus fort qui règne et qui domine, on ne comprendrait pas

cette maîtrise que Thomme a prise du monde entier, qui est établie scientifiquement et que personne ne songe à contester.

, Cette supériorité indiscutée de Thomme sur la nature

prouve que Thoumie a la force par rapport à tout l'univers et que, par conséquent, la force de riiomme est faite d'autiv chose que de la puissance brutale et inintelligente du cyclone ou du tremblement de terre. Le taureau, Téléphant et le lion, comme le microbe, peuvent faire subir à Tbomme dts défaites passagères et individuelles; mais riiomme a partout.

vis-à-vis d'eux, la Force qui les maîtrise, les asservit et les

dirige toujours, en dernière analyse, pour le plus grand h'wu du progrès indéfini de l'iiumanité.

La force de l'homme est tout entière dans son intelligence, dans sa supériorité psychique; et celte supériorilé psychique est faite de tout ce qui est dans cette nature humaine, notaiii ment la faculté de progrès indéfini et Tidée-loi de moralilé

et de droit;* ce qui permet de dire que, si, en hiolociie rjêru-

rale, la force fait le droit ou plutôt remplace le droit,

en Biologie humaine au contraire, c'est le droit — ou. plus généralement, Vidée — qui fait la force.

C'est cette force vraie de rhoinme, qui, inspirée par le droit, peut se servir de la science pour propager et diffuser

les grandes idées de civilisation et de progrès, qui doiveni

toujours finir par triomplier, même dans ce monde.

Sans sortir de la Biologie humaine, c'est-à-dire de la

science positive et expérimentale, on peut donc dire que dans rhisloire de riiomme, le succès final et définitif sera toujours à celui quia la vraie force, c est-à-dire la force morale^ Vidée qui met la science au service du droit.

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