La peur morbide porte spécialement ou exclusivement
sur un objet donné ou sur un groupe d'objets. On connaît la série des noms donnés à ces diverses phobies, plus ou moins étroitement localisées, depuis Tagoraphobie et la claustrophobie jusqu'à la sidérodromophohie ! Cette liste
menace de s'allonger indéfiniment tous les jours, tant que le grec n'aura pas entièrement disparu de la culture classique des médecins. Voilà le premier caractère de la peur
morbide : la localisation anormale, la spécialisation de la
peur à un objet particulier.
2. La peur morbide peut s'appliquer à plusieurs objets ; mais alors l'ordre des peurs n'est en rien parallèle à l'ordre
logique des impressions dangereuses. Même quand le ma-
lade a peur de tout (panophobie), l'émotion pour chaque objet n est pas proportionnelle à la valeur terrifiante de Tobjet. Le malade finit même par ne plus savoir de quoi il a peur; il a peur de tout et de rien; il a surtout peur d'avoir peur; il a l'obsession et la terreur de son phobisme. Yoilà le deuxième caractère de la peur morbide : défaut de proportionnalité et de parallélisme entre la peur et sa cause.
3. Tout dilTérents des effets de la peur physiologique, les effets de la peur morbide sont illogiques et contradictoires. Tandis que la peur physiologique fait fuir, éviter ou combattre l'objet dangereux, la peur morbide est angoissante et paralysante. Elle fait naître des actes inutiles (constrictioit
thoracique, sueurs...), puis des actes vraiment fâcheux et nuisibles, de nature à accroître le danger; elle fait flageoler les jambes, les contracture, les paralyse; en tous cas, elle immobilise le sujet, qui ne fuit plus le danger, ne le combat plus ou le fuit et le combat maladroitement, follement, maladivement. En sonnne (troisième caractère), réactions illogiques, non défensives.
4. En niéiiie temps enfin, il y a le plus souvent, dans la peur morbide, méconnaissance des dangers réels, vrais, à éviter; il y a diminution de la peur physiologique et utile.
En tous cas, le fait important à constater et à traiter chez
ces malades, ce n'est pas la phobie particulière d'une chose ou d'une autre, d'une place publique, d'un espace clos, d'une verticahté ou d'un aéroplane ; c est l'état du psychisme qui fausse la peur et qui, de cette émotion physiologique et
légitime, fait une émotion inorbifle. Le fait fondamental, essentiel, est donc toujours le phobisme ou trouble psychique paraphohique, forme de la psychonévrose émotionnelle.