CORRÉLATIFS AUX DEVOIRS INDIVIDUELS
hygiénique, sont graves à tous les âges, depuis la naissance jusqu'à la mort.
L'enfant de l'homme n'est pas construit de manière a vivre, abandonné à lui-même dès sa naissance, comme le [ielit de certains animaux : il a besoin de soins incessants et tout particuliers dès sa venue au monde (nous verrons
même dans les chapitres de l'hérédité et de la famille que la puériculture doit commencer avant la naissance et avant \i{ procréation). L'inobservation de Thygiène du nouveau-né augmente, dans des proportions lamentables, la mortalité
infantile (dont je reparlerai) et, pour les survivants, prépare des générations malingres, rachitiques, dégénérées, qui traînent une existence douloureuse et inutile. Si Tenfant a échappé aux dangers du mauvais nouris-
sage, de l'alimentation précoce, de la dentition mal surveillée, il reste exposé à des maladies et à des infirmités diverses, si ses parents n'observent pas les lois de l'hygiène, (|uand il grandit, commence à marcher, à parler... L'inobservation des règles de Thygiène, à l'âge scolaire et lorsqu'il faut régler l'éducation physique et intellectuelle, expose encore l'enfant aux plus grands périls ; j'ai déjà parlé du
surmenage intellectuel et dit sa rareté à Técole ; mais le
surmenage physique est un danger réel, dont' il faut garder nos enfants : l'exagération ou la mauvaise direction des sports, du gymnase et des exercices physiques peuvent
devenir des pratiques aussi périlleuses que Tinsuffisance de
cette éducation pbysique.
Chez l'enfant et à tout âge, grave est encore l'inobservation des règles de l'hygiène pour l'air, l'alimentation, le
vêtement, Thahitation.
On sait les dangers du taudis, de l'air confiné, de I absence de lumière suffisante, de l'alimentation malsaine ou insuffisante... Le rachitisme, la tuberculose et bien
d'autres maladies sont la conséquence trop fréquente de cet
oubli des lois de l'hygiène individuelle.
Il ne faut pas, des progrès contemporains de la microbiologie et de la parasitologie, conclure que le microbe est
tout dans Tétiologie et la genèse des maladies. Tout le monde reconnaît le rôle très important que joue le terrain: l'organisme (nous Tavons dit) se défend contre la maladie,
contre l'invasion et révolution du microbe. Or, l'hygiène
est Tart de développer et d'accroître cette défense de Toriranisnie, cette fonction antixenique. Donc, l'inobservation des lois et règles de Thygiène diminue la protection de
Torganisme, le livre sans défense à l'agent pathogène et par
conséquent entraîne le développement des maladies.
Ainsi, la négligence des soins de propreté (dont j'ai parlé plus haut) de la peau, de la bouche ou du nez permettra
l'invasion de maladies infectieuses que l'on aurait évitées
facilement ; une mauvaise hygiène alimentaire développera des auto-intoxications, parfois dangereuses, le plus souvent fort longues ; la non-iiltration d'une eau potable fera
contracter la fièvre typhoïde; la non-surveillance hygiénique d'un appareil de chauffage empoisonnera plusieurs personnes ; la non-vaccination jennérienne d'un sujet peut le faire mourir de variole...
Tous ces exemples — surtout les derniers — montrent que ces périls, dus à l'inobservation des règles de l'hygiène, sont non seulement individuels mais aussi collectifs et sociaux.
Un homme, qui diminue, par sa faute, sa résistance aux maladies transmissibles et contagieuses, expose non seulement lui-même, mais ses semblables, à l'éclosion, à la propagation et au développement d'une maladie qui peut
devenir mortelle. Une faute d^hygiène individuelle peut entraîner une épidémie et déterminer la mort d'un grand nombre de personnes.
C'est ainsi que, comme l'a dit Georges Brouardel, la malpropreté d'un individu peut engendrer chez lui « des accidents variés et graves » et « peut rendre aussi cet individu
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dangereux pour la collectivité par Tentretien et la transmission des agents pathogènes. L'homme doit donc être propre,j
pour lui et pour ses semblables ; c'est là une vérité que
doivent répandre tous ceux qui ont souci d'hygiène sociale. »
Les gens malpropres et en général tous ceux qui n'observent
pas OU observent mal les lois de Thygiène sont un danger
social, non seulement par les maladies qu'ils peuvent transmettre à leurs semblables mais par le déchet qu'ils font subir à la société dans leur propre personne. L'homme, qui ne
remplit pas ses devoirs hygiéniques, diminue sa propre valeur
et, par là-même, frustre la société qui a droit à la mise en valeur physiologique et normale de chaque individu.
Ceci s'applique encore plus à ceux qui n'observent pas
régulièrement les lois de l'hygiène psychique : pour remplir
la mission qu'il doit remplir, chaque homme ne doit pas seulement vivre pour lui ; il doit accroître et perfectionner sa vie de manière à contribuer à l'accroissement et au perfectionnement de la vie de l'humanité, au progrès de la société tout entière.
C'est ce qui fait dire très justement à Macaigne : « le but de l'hygiène n'est pas seulement la conservation de l'être,
c'est aussi son perfectionnement... Applicables à toutes les
fonctions, tant psychiques que physiques, applicables à tous les moments de la vie, les règles (que fixe Thygiène) conduisent, comme but ultime, vers le perfectionnement
de l'individu et l'augmentation de son utilité envers la société ».
Tout homme, qui ne remplit pas correctement son devoir de travail, crée un péril pour lui-même en s'amoindris-
sant, en diminuant son rendement social et sa valeur sociale et par suite un péril pour la société qu'il alfaiblil par làmême.
J'ai dit que le surmenage intellectuel, rare dans Tenfance, est au contraire fréquemment observé à Yàge des examens et des concours. Dans beaucoup de cas, on voit, à ce moment.
sombrer des intelligences, jusque-là très brillantes, par suite de l'inobservation des règles de l'hygiène psychique : c'est le
polytectinicien ou le docteur en droit qui est trappe d*incapacité très longue, parfois pour toute sa vie, quand il ne tombe pas dans la démence précoce. Quel déchet pour la société, qui est ainsi privée de quelques-uns de ses éléments
les plus distingués et les plus utiles.
Plus important encore — parce que plus répandu — est le péril que 'créent les paresseux, ceux qui ne remplissent
pas leur devoir de travail : ils n'apportent pas au progrès
de riiunianité la contribution qu'ils lui doivent et ils se diminuent eux-mêmes, se rendant souvent incapables de reprendre le travail quand plus tard ils en comprennent
la nécessité, pour eux et pour les autres. La qualité des
individus dont la société est ainsi privée par la paresse est certainement inférieure à celle des individus que le surmenage annihile; mais leur quantité est tellement plus
grande que ce péril est aussi redoutable que l'autre pour
la société.