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Tabac et tabagisme

On sera peut-être étonné de voir figurer le tabac à coté du

hachisch, de l'opium et de Téther, dans cette liste de poisons, ciéateurs de graves périls, individuels et sociaux. Je ne prélends pas en effet que le tabac doive être mis, au point de

vue nocif, sur le pied des autres poisons. Mais on ne peut

pas nier que le tabac soit un poison que l'on prend pour les sensations agréables qu'il procure (eupboristique), que l'on prend volontairement et habituellement et qui est en même

temps nuisible à l'organisme.

Celte nocivité dii tabac varie d'ailleurs suivant les individus et suivant un élément personnel un peu spécial. L étal psychique antérieur est ici bien moins important

(lue pour les autres poisons; il influe surtout sur la continuation de l'usage du tabac alors que les effets nuisibles en ont été constatés par le médecin et par le sujet lui-même. L'état qui influe le plus sur la nocivité du tabac

est l'état antérieur de la nutrition et de la circulation : arthrilisme, alcoolisme...

Il ne faut donc pas permettre à un fumeur à qui Ton défend le tabac de répondre en invoquant l'exemple d'autres personnes qui fument sans inconvénient de plus grandes quantités. Un sujet, dont l'appareil antitoxique est insuffisant, '

sera empoisonné par des doses de tabac, qui passeront inaperçues chez bien d'autres.

186 INTOXICATIONS VOLONTAIRES EUPHORISTIQUES

Uusage du tabac, dit Roger, a envahi toutes les nations civilisées;. chaque année, en en use plus de deux milliards

de kilogrammes; en France, seulement, la consommation annuelle dépasse 30 millions de kilogrammes. La fumée du

taLac est complexe; elle contient plus de dix milligrammes

d'acide prussique par 100 grammes de tabac; un cenlimèlre

cube et demi d'oxyde de carbone par 10 grammes de tabac en combustion lente ; faible quantité de nicotine (diaprés Gy, les accidents seraient identiques avec le tabac

ordinaire et avec le tabac dénicotinisé). Dans les cas de

combustion complète, il se produit de la collidine (assez, toxique pour qu'un vingtième de goutte tue une grenouille). « La combustion lente donne naissance à des

bases pyridiques, qui représentent les véritables poisons

de la fumée de tabac. »

La toxicité de la nicotine joue donc un faible rôle dans le tabac fumé; cependant elle n'est pas à négliger; car elle

est très grande en soi : sa toxicité, dit Wuriz, ne le cède qu'à celle de la conicine (alcaloïde de la ciguc) et de Taciilc prussique: deux gouttes sur la langue d'un cbien le tuenl

en moins d'une minute. La dose mortelle de nicotine pur»'

serait de 20 à 21 milli*iframmes par kilogramme d'animal. La teneur des tabacs en nicotinr varie de 1/2 à ko pour 100. « Très généralement, on voit, pour les tabacs

indigènes, le taux de nicotine diminuer notablement quand

on passe des meilleures qualités aux moins bonnes. C csl que les qualités supérieures comprennent d'ordinaire les feuilles les plus développées et les plus mûres. Pour

les tabacs exotiques, ce fait ne s'observe» pas régulièrement. On remarquera enfin que les tabacs d'Orient n'ont pas cette pauvreté en nicotine qu'on leur prête assez communément. »

Le tabagisme aigu ne nous intéresse pas ici ; il se produit

quand il y a, accidentellementou criminellement, ingestion de tabac par Testomac ou Tintestin.

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