Conclusions de la deuxième partie
Ce n'est pas par la nature du poison employé que se caractérisent les intoxications dont fjc ^viens de parler et dont la diffusion croissante constitue un pt'ril «çrave pour
l'individu et pour la société. Avec ces mêmes substances, avec l'opium, l'étlier ou le tabac, on peut s'empoisonner ou être empoisonné accidentellement ou criminellement.
et alors cela ne rentre pas du tout dans le cadre des cas étudiés ici.
Pour appartenir à notre sujel, les intoxications doivent tTabord être volontaires et habituelles (par consécjuent chroniques) ; il faut, aussi et surtout, que le but de l'ingestion du toxique soit, non le désir de destruction ou de diminution de notre vie, mais le désir de supprim(»r une douleur physique ou morale, de substituer, à une existence peu
agréable ou insuffisamment ht^ureuse, une période plus ou moins .longue de plaisir, de bien-être ou d'oubli; il faut que
le but tle l'intoxication volontaire et habituelle soit l'euphorie que procure l'ingestion de ces poisons. La vraie carar-
tf'ristique de ces intoxications est leur finalité euphoris tique.
Cette recherche de l'euphorie artificielle persiste alors
iuèrne que certains sig:nes personnollement perçus et surtotil
les observations et les défenses formulées par les médecins font comprendre au sujet que la rançon de cette euphorie passagère est une déchéance grave et progressive de Torga
nisme qui peut aller jusqu'à la inorl. A lorijzine de toutes
ces habitudes dangereuses de poison, il y a toujours un état d'âme caractérisé par la faiblesse du caractère et la débilité de la volonté rationnelle, qui poussent l'individu à mal classer et mal hiérarchiser les mobiles et motifs de ses actes et
f'incitent à rechercher une satisfaction immédiate, superticielle et courte, plutôt que d'éviter des souffrances prolon-
GONCLUSIONS
'rées amoindrissantes, dégradantes et pouvant conduire à la mort.
Cet état d'esprit toxicomane peut se présenter à des degrés différents depuis Taliénation mentale (folie toxicomane) (jui enlève toute responsabilité au sujet, en passant par la demifolie toxicomane, qui atténue la responsabilité de la
victime, jusqu'au tempérament toxicomane, qui est le cas le plus fréquent et le plus intéressant au point de vue social parce qu'il laisse au sujet toute sa responsabilité vis-à-vis
<le lui-même et de la société.
Ce tempérament toxicomane est la condition nécessaire,
non seulement de l'entrée du sujet dans cette voie funeste de rintOXication, mais eticore et surtout de sa persévérance dans
ces pratiques lamentables. L'usage de ces poisons entraîne en effet Tappétence plus grande de les reprendre et d'en augmenter la dose en même temps que la souffrance du sevrage et (l(^ la privation. L'or^^anisme, psychiquement débile, obéit à
ces suggestions et devient de plus en plus toxicomane. La toxicomanie est donc à la fois cause et conséquence de l'in-
toxication ; le poison accroît l'appétence au lieu d'entraîner la satiété et V) dégoût; le sujet est de plus en plus enserré
dans ce cercle vicieux qui le conduit à la déchéance totale et à la mort.
Cette analyse psychologique et pathogéniciue, développée
dans toute cette partie, rapproche les intoxications euphoris-
tiques du suicide. Ce n'est pas dans le but d'attenter à sa vie, de la diminuer ou de la détruire que Ton prend le poison.
Mais l'état d'esprit qui conduit au suicide est le même qui
conduit aux intoxications euphoristiques ; dans l'un et
Tautre cas, c'est la débilité de la saine raison et de la volonté normale, c'est Xouhh du devoir de respect et d*amour de sa propre vie et du devoir de participation personnelle
au progrès indéfini de l'humanité] c est (lès lors l'assujettissement à l'impression actuelle, au découragement momentané ou au désir d'un plaisir passager, en même temps
que le mépris des dangers que ces actes créeront pour la
société toute entière et pour 1 individu lui-même. ht^ périls très sérieux, individuels et sociaux, que crée
la diffusion croissante des suicides et des intoxications euphoristiques sont donc bien, en dernière analyse, dus à Tinob-
servatlon Jes devoirs hiologiques de l inaiviau vis-a-ms
de sa propre vie.
Tout cela fait prévoir que le remède à apporter à ce mal. pour prévenir et conjurer ces périls, est, avant tout, Ven-
seignement de la morale et le renforcement des caractères: le jour où tous les hommes connaîtront bien leurs devoirs biologiques vis-à-vis d'eux-mêmes et auront la force d'àme nécessaire pour accomplir ces devoirs malgré Ijes
t'nnuis, les peines et les douleurs que Paccompllssement de
ce devoir peut entraîner, il n y aura plus ni suicides ni
intoxications volontaires et habituelles dans un but exclusivement euphoristique.