‹ Devoirs et périls biologiques [microform]Chapitre 40 sur 135 · Le devoir biologique, interindividuel, de respect et · texte numérisé non relu

Le devoir biologique, interindividuel, de respect et

d'amour de la vie des autres.

Dans les cinq cliapitres, qui forment la deuxième partie,

j'ai rappelé que le premier devoir biologique, précis, strict

cl obligatoire, qui s'impose àThomme est le devoir de respect et d'amour de sa propre vie. Ce devoir s'impose à tout homme et par conséquent tout homme a le droit de remplir ce devoir.

Car, je l'ai dit plus haut (page 41) avec Leclère, « le devoir est le droit du bien à être accompli par un être pouvant raccomplîr. . . Ce droit est la racine même de Pidée du devoir,

lequel nest que le droit du bien sur nous». L'idée d'un devoir particulier, comme le devoir individuel, entraîne donc non seulement l'idée du droit qu'a ce devoir d'être accompli, mais encore et par là même l'idée du droit de

l' individu à accomplir ce devoir. C'est là une idée-loi de la conduite humaine que l'on ne peut pas contester.

On cite souvent la définition de Leibniz : « le droit est

un pouvoir moral », que le R. P. Vincent Maumus complète Grasset. — Devoirs et périls biol. l3

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ainsi : « le droit est la faculté morale légitime, inviolable el

immuable, de développer toute son activité c'est-à-dirr d'agir, de posséder el d'exiger » ; et qu'on peut exprimer en moins de mots : « le JroU est la faculté morale de faire

son devoir yi.

Développant cette notion du droit, Malaperl ajoute : « c'est un pouvoir, c'est-à-dire une force, qui se manifesta sous un ilouble aspect : pouvoir d'action, puisque 1 idée qui'

e/esl pour moi un droit est une des causes les plus puissantes

qui me pousse à accomplir certains actes, à poursuivre certaines lins ; pouvoir d'arrêt, puisque la reconnaissance d'un droit chez autrui sera une cause capable de limiter mon

activité, ma liberté, de me retenir d'agir, toutes les fois que mon action violerait ce droit... Le droit, c'est donc l'inviolabilité morale de la personne humaine, c'est le caractère

sacré de la personne qui fait qu'elle ne peut, selon la formub'

de Kant, être traitée comme un simple moyen en vue de la satisfaction des désirs d'un autie individu. Ce serait offenser la dignité de la nature humaine que de contraindre une personne à renoncer à ses fins propres pour servir à

celles d'une autre. L'idée de droit implique donc manifes tement Tidée à' nm^ limitation réciproque des libertés c'està-dire d'une relation morale entre deux personnes, telle que

chacune se reconnaissant soi-rnome et reconnaissant Pautre

comme un agent raisonnabbs elles s'engagent réciproque

à se traiter comme tels et s'interdisent toute action qui pourrait porter atteinte chez l'autre aux attributs essentiels

de la nature humaine. »

C'est ainsi que les devoirs intcrindividuels découlent toul naturellement, logiquement et nécessairement des devoirs individuels : les autres hommes ayant, comme moi, le devoir

de conserver et d'accroître leur vie, ont par là même le droit de remplir ce devoir et de n'être pas gênés par leurs voisins

et par moi dans Taccomplissement de ce devoir ; d'où, poui* moi et pour mes voisins, le devoir de respecter la vie — et

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l'évolution régulière de la vie — de tous les autres hommes. Je dis intentionnellement : tous les autres hommes. Car. comme dit encore Malapert, ce droit revêt, au regard de la conscience morale, un caractère très remarquable d'universalité : « toute 'personne, tout être humain, indépen- 4lammenl de toute condition de naissance, de situation, de nationalité, de race, possède ce caractère d'inviolabilité

inorale, le droit fondamental d'être considéré comme objet 4te devoir. »

Mais cette universalité même du devoir interindividuel lait naître immédiatement une remarque : la vie de chacun

est une vie humaine avec les caractères que nous lui avons i-econnus c'est-à-dire que chaque individu doit non seulement

conserver sa vie et la défendre contre les agents nocifs extérieurs, mais encore remplir sa mission naturelle et contribuer au progrès de riiuinanité entière.

Seulement si ce devoir est le même pour tous et s^ini-

pose [à tous, tous n'ont [pas les mêmes aptitudes et les mêmes facultés pour remplir ces devoirs. Égaux devant

le devoir, les individus sont inégaux devant l'acte à ac- «•omplir pour remplir ce devoir : ils sont inégaux comme

importance et comme forme de la contribution qu ils

doivent apporter.

Cette inégalité entre les diverses aptitudes individuelles nécessite, pour la bonne marche du progrès social, la collaboration et Tentr'aide mutuelles de tous les hommes. Dès

lors, chacun doit, non seulement respecter et ne pas diminuer la vie de ses semblables, mais encore aider ses semblables à vivre le mieux et le plus complètement possible

et à remplir sa mission naturelle dans le progrès continu

(le rhuiTianité. Il fiitit que chacun collabore avec ses sembla-

bles, qu'il les assiste et, pour cela, qu'il les aime et s'intéresse à leur progrès comme au sien propre.

En d'autres termes, le devoir, interindividuel, de chaque

individu vis-à-vis des autres hommes, est à la fois un devoir

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de respect et un devoir d'amour pour leur vie et leurs

progrès.

Tout cela montre qu'il n'y a ni opposition ni contradiction

entre la morale individuelle et la morale sociale, tout au

moins en ce qui concerne les devoirs individuels et les devoirs

interindividuels, puisque ces derniers découlent directement et simplement des premiers. Il peut certainement surgir des conflits entre ces deux catégories de devoirs et

des difficultés, dans certains cas, de hiérarchiser les diverses obligations et de savoir celle à laquelle on doit obéir. Nous

reviendrons sur ce point. Mais dans ce qui précède il y a. au moins, une solution proposée au « problème grave » qui

s'est posé aux moralistes de toutes les époques : « de savoir lequel, du devoir personnel ou du devoir social, au sens le

plus large, est théoriquement réductible à l'autre et, pratiquement, repose sur lui et en découle ».

Malapert expose très bien, d'abord historiquement, les

deux doctrines antithétiques qui résolvent ce problème.

L'antiquité fournit d'abord un exemple typique de la subordination absolue de l'individu à la société. Dans la Cifê

antique (étudiée par Fuslel de Coulanges), le suprême devoir, Tunique devoir pour l'homme est, comme le proclamait

Socrate, la soumission absolue à la loi, seule souveraine de la cité ; le citoyen est conduit à se faire un des ressorts de

la machine, une des cellules de l'organisme ; sa vertu propre

est de collaborer à la prospérité de Télat, à sa richesse, à

sa puissance, à sa gloire ; la moralité individuelle se subordonne entièrement au devoir social, s'y absorbe, devient un simple moyen en vue de cette fin.

À l'extrême opposé de cette conception, Malapert place

l'idéal moral du moyen âge, qu'il personnifie dans l'individualisme chrétien et contre lequel réagit la philosophie du xvni* siècle aboutissant de nouveau à cette conclusion : la

vie lnléri(»ure n'esl rien, la vie sociale est tout. Il montre

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ensuite Kant revenant à Tidéal chrétien, tandis que les sociologues contemporains se rattachent aux philosophes du XVlir siècle et disent : « la moralité de l'individu se mesure

à son utilité sociale ; seules, les vertus, qui profitent à la i'ollectivité, sont estimables et méritent le nom de vertus;

de même que la conscience sociale enveloppe et absorbe la conscience individuelle. TaCtivité sociale doit se subordonner l'activité personn<'lb' ; le devoir pour chacun consiste essentiellement i^w une adaptation plus exacte et plus totale aux nécessités de la vie sociale, qui d(n ient ainsi le type sur

le(|uel doit se modeler hi vie individuelle, la lin à laquelle

«Ile doit se suspendre, dont elle tire toute sa valeur... » On voit comment le problème s'est posé devant Tesprit

bumain à toutes les époques et comment il se pose encore aujourd'hui à tous ceux qui veulent y réfléchir ; on voit

en même temps toutes les difficultés que sa solution soulève et comporte. Les deux solutions radicales, extrêmes A opposées, de Tabsorption totale de Tindividu par la collectivité OU du mépris absolu de la collectivité par rindi-

vidu ne peuvent pas être soutenues : « il ne saurait être question pour personne aujourd'hui de sacrifier radicalement à l'autre Tune de ces deux sphères de la moralité, de

conseiller à rhonime de se faire le déserteur de l'homme

moral ou le déserteur de l'ordre social ». On voit facilement « à quel point l'une ou l'autre hypothèse aboutirait à une irréalisable, absurde et crintinelle mutilation

de riiomine et de la vie )).

Mais il faut voir aussi que, comme dit encore Malapert, « la solution du problème ne saurait être cherchée dans une sorte de compromis s'efForçant de faire à chacun de ces deux

principes sa part, faisant prédominer lun jusqu'à une

certaine limite par delà laquelle l'autre reprendrait son autorité, se référant tantôt à celui ci tantôt à celuiTlà pour résoudre les conflits apparents, calmer nos réelles et parfois

poignantes hesifalions. Il faut, à ce que je erois, prendre

DEVOIRS BIOLOGIQUES INTERINDIVIDUELS

un parti décisif, subordonner résolument l'un à l'autre et déclarer que l'un de ces deux devoirs se fonde théoriquement et pratiquement sur 1 autre; j entends par là que Tun doit

èlre le type qu'il convient spéculativement de déterminer

tout d'abord afin de concevoir l'autre d'après lui, (jue pratiquement aussi l'un est la base nécessaire de la réalisation du second, le ^ vrai foyer d'activité morale d'où celui-ci

rayonne. )) El Malapert, eonelut en répondant à cette double

uueslion : « le devoir social n'est et ne peut être qu'untî

extension du devoir individuel ; mais j'ajoute : il en est et en doit être une extension nécessaire ».

Ma conclusion est tout à lait analogue : le devoir interiudividuel de respect et d'amour d(^ la vie de nos semblables

dérive du devoir individuel de respect et d'amour de notre propre vie, base de la Biologie bumaine ; il en est l'exten-

sion naturelle, logique et nécessaire ; les deux devoirs sont également obligatoires pour la volonté bumaine. C'est ce

que j'exprime syntliétiquement par cette formule : en Biolo- (jie humaine, il faut donner la même force cV idée-loi obli-

ijatoire à la forme individuelle et à la forme interlndwi' duelle du devoir de respect et d'amour de fa vie humaine,

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