‹ Devoirs et périls biologiques [microform]Chapitre 47 sur 135 · Trouhles des idées relifjieuses. — Je n'admets pas · texte numérisé non relu

Trouhles des idées relifjieuses. — Je n'admets pas

avec Sergi, que la religion soit a une manifestation /?«/Aologique de la fonction de protection ». Mais, comme tous les autn^s actes psyclii(iues, les idées religieuses peuvent être

If point de départ ou la forme de certains troubles que

î^eglas énumere ainsi : folie du doute, superstition, démonopathie sous des formes diverses, manie du jeune, niulila-

lions, suicide, boniicide, exagération maladive des pratiques religieuses, amuleltes, illuminisme, visionnaires, prophètes

cl fondateurs de religions extravagantes.

On peut grouper les principaux de ces troubles sous les deux chefs suivants : a^ exagération maladive dé l'idée

religieuse : extase, mysticisme, superstitions, jiratiques

rituelles allant jusqu'à l'automutilation ou même au suicide ou à l'homicide (sacritices humains); ù) perversion de l'idée

religieuse : déiiionomanie ou démonopathie, démonolatrie, lliéomanie, délires religieux et blasphématoires, obsessions

et impulsions sacrilèges... Tout ceci appartient bien à la pathologie de l'idée religieuse persistante : il faut avoir encore une idée religieuse, troublée mais existante, pour

mieux aimer voler une bostie consacrée que le vase précieux (|ui la contient ; l'incrédule vrai et comj^let n'a aucune tendance au blasplu'me et au sacrilt'ge.

3. Au "groupe des troubles du psychisme individuel causés par la collectivité appartiennent les troubles présen-

hîs par les individus vivant en collectivilé el puisanl dans cette Nie eolleclive la caustî plus partieulirre de leur déve-

loppeineut ou de leur t'oruie.

Je ne crois p;is (^fjnoi t|u*on €»n ait dil) <|ne la \'ie on

soeiélé. en colIcM'tiviié. en gi'oupe (vie polili(pie. année. vi(» relii;ieuse) |)uisse suffire à délerininer dt's liouhles psy-

ehicjues vrais et periuauenls en dehors el sans le eoueours

des causes on! inaires <le rali«'nation inenlale.

Pour la vie polUitiue, « tel individu, dit Esquii'ol. (pu» les passions révolutionnaires rendiivnl aliéiu'', le fui deveiui il y a deux siècles par crainle des sorciers el du diable » ou

actut/llenient le devien<liait par l'hypnotisme, le elicinin «le

1er OU le léléplione. — Daus \ armee^ on a décrit une « psychose spéciale des recrues ». Mais, d'après Wurlzen. « très docunienlé sur la (|ueslion, il faut chercher la vérilai)le

cause des psychoses <les jeunes solilîits «lans Icm's antécédenls héi'é'dilao'es : le service nulihure, avec h's ennuis <|ui

raccoinpa<;nenL n'est après tout (pi'une cause occasionnelh^ analogue à eenl autres. » — K)\\\\w\ à l'iidluence éliolngiuue

<les i<h''<*s relîf/ieitseSy je cite Anjj^laih' : « h' nivslicisine superstitieux lut. au moyen «*«g<s la soui'ce dé'pid/'inies de

psychopalhie (léinoniaiiue. Mais les relij^ions en ««énéral ne .sont pas des causes réelles de maladies nienlales. On a

accusé les prétlications de l>oideverser les esprits, «le faire naîti'e des scrupules et des vocations maladixes. En réalih'.

les oralenrs reli<>ieux les plus persuasifs n'alarinenl (pie les

coiisritMKTs di'hilt's li iif diri^ienl \rrs le cloîliv i^l iii

séc|uestration volontaire nue les caractères fail>les. I^a foi relig-ieuse, sous toutes ses formes, est. d'ailleurs, il faul hien

le reconnaître, une cause de traïupiillilé morale. Elle con-

îsole des morts douloureuses par l'espoir d'une réunion

future: elle donne r'assiuauce dune vie meilleure, aidant ainsi à supporter les soufl'rances morales et matérielles. »

AUX DEVOIRS INTERINDIVIDUELS 231

En somme, l'hérédité, l'alcoolisme et la syphilis font plus de fous que les collectivités.

Quant à linlluence de la coHeclivilé sur la forme des

délires, réalisés d'aujre pari el pour d'autres causes, elle revient à peu près aux troubles, déjà indiqués, des idées politiques el sociales. Les typ(S pliysiolooi(IUeS, énUIlléréS

ci-dessus, peuvent devenir des types morbides, parmi les-

tiuels les suivants : a) le mé-aloniane avec délire ambitieux, conducteur des peuples, faiseur de constitutions, réformateur, fondateur de religions LaroqueS ; devieut SOU-

vent l'instrument des foules criminelles ; U) le timide,

phobique des foules et- des collecli viles quelconques, mélanroli(iue, misonéiste..., le psychasttiénique présentant ce que Pierre Janet appeUe ries aioulies SOCialeS.

i. A ce paragraphe de linlluence des collectivités sur le

dr-wloppemenl des psychoses, il taut rattacher les faits, dai Heurs indisculabli's. (jue l'on décrit sous le nom de contagion mentale. Ces faits sont plus rares qu OU ne le

rrolt et ne le dit (rénéralenient : il ne sufTit pas de vivre

avec les fous pour devenir ibu. témoin le vigoureux psychisme de nos confrères aliénistes. Mais les sujets à pré- ./isfjosition psijchopathique sont « exposés à accepter comme

véridiques les interprétai ioiis fausses ([u'on formule autour

d'eux. Plusieurs formes de délire peuvent ainsi se communiipier » ; spécialement le délire de persécution. « Car, dit Arnaud, c'est celui tjui présente le plus de vraisemblance et

de lo-ique, celui qui heurte le moins les idées reçues. »

La^i^^stion devient beaucoup plus importante si on ne la limite pas à la contagion mentale et si on l'étend à la co/?-

faf/ion psychique; très étudiée dans ces derniers temps sous

celle forme plus générale, la contagion constitue alors UO processus heaucoup plus étendu que ne le disent les aliénisles. Dans les foules, dans les collectivités, il y a contagion psycliique : V imitation automatique est fréquente chez

L enfants, les débiles... et appartient au même groupe.

Il faut donc apporter ici la distinction, qui domine touf mon enseignement, des deux psvchismeset ne pas confondre

la contag^ion jysychique et la conlaji^ion mentale.

Georges Dumas a repris très complètement cette question

et exposé l'opinion des divers auteurs ; il réserve le mot « contagion nieiitale » à la contagion des h'oubles nerveux

et mentaux. On peut accepter cette définition à condition de réserver à côté, sous le nom de « contagion psychique ».

rimitation auloniati(|ue et suggestive.

Il faut aussi, avec Georges Dumas, séparer la contaj^ion

mentale des épidémies mentales et des folies collectives et grégaires.

3. L'état psychique producteur de l'inobservation des devoirs

interindividuels.

Comme nous l'avons fait plus haut (page HO) pour k

suici(lt\ il f(iut îm'Yomdijscpsijiiiofofji^^^^ lioniiiiesiiiii

ne remplissent pas, comme ils le devraient, leurs devoirs interindividuels, déterminer Tétat psychi(|ue producteur des

attentats contre la vie d'autrui. Au point de vue ou nous

nous plaçons constimiment dans ce livre, ce paragraphe

est plus important que tous les autres; il est absolument capital.

Dans le paragraphe précédent, nous avons dit ce (pie sont

les fonctions sociales normales, rétuulières, les tempéra-

ments (jui leur correspondent et la patlioloi^ie de ces fonctions. C'est là vraiment la partie documentaire et essentielle

de la question ; le paragraphe actuel n'en sera que le corollaire et la déduction.

Pas plus que pour le /Suicide, nous ne voulons aboutir à cette conclusion, que tous ceux qui attentent à la vie de

leurs prochains sont des malades irresponsables. Je crois

que la Biologie humaine conduit scientifi(iuemenià des conclusions tout autres ; nous aUcns voir que tous les criminels

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ne sont pas des criminels nés, condamnés au crime par une disposition congénitalement défectueuse de leur constitution.

Mais il ne faudrait pas pour cela nier que raliénation men-

lale peut se manifester par des attentats contre la vie (l'autrui.

L'état psychique producteur de l'inobservation des devoirs interindividuels se présente sous trois formes ou plutôt à

liois degrés dilïerents : sous forme de /bfe avec irresponsabilité du sujet, sous forme de demi folie avec responsahilité atténuée j sous forme de tempérament avec responsabilité entière du sujet.

Quoique les deux dernières formes soient les seules qui

intéressent vraimeni el direcitunent le moraliste et le socio-

lOiTUe (la première étant uniquement du domaine des médecins aliénistes), l'étude sommaire de la première forme n'est pas inutile dans un livre comm<' celui-ci, parce quVlle

éclaire et permet de mieux comprendre les deux autres

[ormes (|iii en sonl comme l'iiiu'miation et la réduction.

A. Folie antialtruiste avec irresponsabilité. — J'ai dit

iléjà, à propos du suicide (page IH), ce qu'est Timpulsion (les aliénés : avec les mêmes caractères se présente Ximpul-

sioîi aux violences sur les autres et à l'hôm^icide.

Au degré le plus grave et le plus maladif, le sujet n'a ni ( onscience ni souvenir de Tacte. Les caractères de l'attentat

sont alors los suivants : « explosion inslantanee, rapidité

automatique, violence extrême, exécution sur des personnes inofîensives ou inconnues, emploi d'instruments ou de

FHoyens de mort quelconques, nudtiplicité itmtile des coups,

nombre excessif des victimes, invectives el acliarnement

<onlre les cadavres... ». Ces attentats se produisent surtout «tans Tépilepsie ou dans Talcoolisme aigu, sans motif ou

sous l'influence d'hallucinations terrifiantes et impératives

OU do souvenirs rappelés par Taccès.

C'est le type d'impulsion à riiomicide que Régis appelle

type moteur, parce que la nianifestalion inolrice est la

seule visible, quoique le piit'noniène soit essenliellcinenl mental.

Dans le deuxiriiio lype dil psychofnoteur% l'iinpulsioii rst

ohéie sans lutte; mais il y a habituellement une cause ou un semblant de cause; le sujet a conscience et garde souvenir de l'action à un degré plus ou moins grand; la rapidité et ta sauvant'i-ie dans l'exécution sont moindres qur

<lans le lype piéceiliMil. On rencontre ces impulsions (( dans les états y\ excitation r/rave, où elles relèvent des

tendances deslruelives el panloelaslicjues (jui y sont si inarqut'es (manie aigur' ; périodes maniaques de la folie en'-

<*ulaire. «b' la paralysie générale; colère épileptique), ainsi ([ue dans les état.s hallucinatoires intenses, entraînant à des actes automatiiiues de défense, de représailles et de ven-

g-eance (<loliit's liystériques, délires aleoolitjues, surtout à forme jalouse) el cbez les d('(jenl'pès ».

Enlin, il y a le [y\)v psychique, qui est celui de Tobsessioil iuipulsive. qui se présente chez; les aliénés, mais appartient, plus «MU'ore, à la deuiifoli*' pour laquelle nous le retrou\erons.

L'impulsion à l'homicide s'observe, rarement dans la

mrlancolie. tifqiiiMiimtMit chez les pcrsécutvs, qui, « après

avoir fait «le vains efforts pour obtenir justice el avoir épuisé, pour ainsi dire, toutes les juridictions, songent à se

faire justice à eux-mêmes » et deviennent persécuteurs

(Lasègue). C'est dans les psychoses systématisées que

l'tiomicide est le plus fréquent : di'liranls mysliques, qui innnolent, en bolocauste, même leurs enfaids ; persécutés, ballu-

cinés ou raisonnants (interim'tateurs). Le délire de reven-

(lioation peut conduire à riioinieide sous toutes ses formes :

persécutés, ambitieux, inventeurs, processifs, erotiques, jaloux, mystiques, politiques (parmi lesquels, au premier

rang*, régicides).

(( Ces malades, dit Régis, les pires de tous sans contre-

AUX DEVOIRS INTERINDIVIDUELS 23"

dit, sont ceux qu il est le plus difficile de faire accepter

comme tels par les magistrats et par le public en raison de leur lucidité. »

\J impulsion au vol (kleptotnanie) nappartienl à Talié-

naiion mentale que sous sa forme grave, inconsciente et amnésique : « les sujets volenl sans, pour ainsi dire, savoir ce qu'ils font, sans s'en rendre compte, obéissant simpleiiicnl à un désir éveillé subitement en eux. Ce sont là les

vols, généralement plus ou moins inconscients, stupides, amnésiques, et ne pouvant par suite prêter à la contestation, des déi»énérés inférieurs, des déments séniles ovi para- Ivtitjues, des épileptiques ».

Au même groupe appartient Y impulsion à F incendie {jujromaîiie).

D'après Baker, de 18Gi à 1886. « il est entré à l'asile de

Broadmour 103 indi\ i<lus qui avaient commis des incendies... La proportion des aliénés Incendiaires vis-a-vis de

Tensemble des aliénés criminels élait de 6,2 pour 100 w. I^Ji tète des maladies déterminant ce syndrome, il faut

nonmier l'épilepsie, puis l'imljécillité congénitale, la mélancolie et la démence. « Certains aliénés réitèrent leurs

incendies, souvent de façon pres(|ue périodique. Il s'agit

(ilors, h n'en pas douter, dit Régis, de dégénérés ou d'épi-

N'pliques. »

B. Demifolie anti-altruiste avec responsabilité atténuée. - Les impulsions dont je viens de parler peuvent se pré-

sr'nter aussi, non plus chez des aliénés, mais chez des demilous (déséquilibrés, dégénérés supérieurs, semi-aliénés), soit

<i titre d'épisodes psycbosiqucs aigus au cours de la maladie

chronique, soi! coinnio manifestalion directe de la psyclio-

iM'vrose chronique.

Dans ce dernier cas, qui est vraiment l'objet du présent

|>aragrapbe, Timpulsion (élément morbide) ne fait pas tout;

y a une raison à l'acte, seulement disproportionnée avec

ses conséquences, dont Tétat ^— maladie psychonex rosique

— du sujet détermine et amplifie l'importance. Ainsi, le sujet tuera ou incendiera pour se venger d'un individu,

dont il a rëellennent à se plaindre, mais dont il exagère singulièrement les torts et auquel il n'a pas régulièrement le

droit de nuire de celte manière. Ces sujets-là ne sont pas excusés par la maladie au même degré que les aliénés du

paragraphe préc«''deTit ; ils ne sont pas irresponsables ; leuiresponsabilité est atténuée.

Ces impulsions ont les caractères assignés aux impulsions dites psychiques ; « l'obsession lioniieide naît souvent

à la suite d'un choc moral brusque, d'un assassinat célèbre, de la vue (l'une exécution (Ladauie)... l'obsession impui

sive présente une inlinilé de nuances et de degrés et comprend, depuis le simple phobique hanté parla peurpuremeni

platoniqut* de se livrer à un attentat contre un des siens, jusqu'à l'impulsif proprement dit, qui, véritablement poussé,

sent ses forces de résistance l'abandon ner peu à peu et en

arrive, vaincu, à l'exéculion ». Ladanie a notamment insish'

sur les obsessions théoriques ^ qui n'aboutissent pas à l'acte bomicide ; on comprend qu'un motif futile ou de nrédiocre

importance suffise alors à faire exécuter Ta! tentât par ces

sujets.

La kleptomanie appartient encore plus frécjuemment à

ce groupe de=*demifous anti-altruistes : vol à l'étalage ou vol dans les grands magasins. « Tel le substratum pathologique est Je beaucoup moins apparent et, (juant à Tacte,

il est loin de se distinguer toujours nettement du vol proprement tlit. 11 est même des cas de transition dans lesquels le diagnostic est, pour ainsi dire, impossible, Félémenl

(morbide ne s'alliant qu'en proportion secondaire àrélémenl délictueux. »

Dans ces impulsions conscientes au vol, tous les auteurs (de Lasègue et Lunier à Lacassagne et Dubuisson) on! noté « le Vole éminemment fascmateur sur tous les sujets.

AUX DEVOIRS INTERINDIVIDUELS

particulièrement sur les sujets nerveux et de volonté débile, des grands magasins, tels qu'ils existent aujourd'hui » ; lous ces « petits drames devenus des faits divers » commencent « par des tentations et des convoitises repous-

sées et, après des défaillances progressives, aboutissent jjnalemenl à des capitulations plus ou moins fréquenmient renouvelées ».

« Legrand du Saulle distinguait, parmi les vols dans les grands magasins, des actes délictueux, demipatliologiques

et pathologiques. » C'est t)ien notre tli vision en sujets rcsponsableSj demiresponsables (à responsabilité atténuée)

et irresponsables.

Régis rappelle, avec Lunier, « que limpulsioii au vol

s'observe dans toutes les airections et déviations mentales favorables i\ l'impulsivité, en raison d'une faiblesse ou d'une

«limiilution de la résistance volitionnelle et que l'on peut la rencontrer jusque cbez des individus très intelligents, supérieurs même, mais sans doute quelque peu déséquilibrés,

liiez qui die coiislilue une sorte de munie ou plutôt de tic.

<hi a en effet cité plusieurs bommes célèbres, qui, sous rinUuence de ce que l'on appelait eupbémiquement leur

distraction, dérobaient régulièrement des objets d'art, des couverts d'argent, que leurs domestiques étaient cbargés,

après, de rapporter ».

L'analyse médicolégale de ces cas est extrêmement délicate et difficile. Car, pour cbaque sujet, « il est nécessaire

(le constatiT ilans quelles condilions d'obsession, d'irré-

sistibilité, de lutte, de conscience, comme aussi de préméditation, de prévoyance, d'babileté, «l'utilité, il a été accom-

pH. Il faut aussi savoir, et ce sont là dans Fespèce deux points importants, quelle est la nature de l'objet volé et à

(luel usage il est destiné ».

Parmi les kleptomanes, il faut faire une place aux collectionneurs OU mieux collectionnistes, soit qu'ils collectionnent toute espèce d'objets (polykleplocollectionnisme de

Min^azziiii). soit tju'ils liinilenl leur inaiiio à des objets d'un ordre déterminé (inonokleptocollectionnistes).

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