Trouhles des idées relifjieuses. — Je n'admets pas
avec Sergi, que la religion soit a une manifestation /?«/Aologique de la fonction de protection ». Mais, comme tous les autn^s actes psyclii(iues, les idées religieuses peuvent être
If point de départ ou la forme de certains troubles que
î^eglas énumere ainsi : folie du doute, superstition, démonopathie sous des formes diverses, manie du jeune, niulila-
lions, suicide, boniicide, exagération maladive des pratiques religieuses, amuleltes, illuminisme, visionnaires, prophètes
cl fondateurs de religions extravagantes.
On peut grouper les principaux de ces troubles sous les deux chefs suivants : a^ exagération maladive dé l'idée
religieuse : extase, mysticisme, superstitions, jiratiques
rituelles allant jusqu'à l'automutilation ou même au suicide ou à l'homicide (sacritices humains); ù) perversion de l'idée
religieuse : déiiionomanie ou démonopathie, démonolatrie, lliéomanie, délires religieux et blasphématoires, obsessions
et impulsions sacrilèges... Tout ceci appartient bien à la pathologie de l'idée religieuse persistante : il faut avoir encore une idée religieuse, troublée mais existante, pour
mieux aimer voler une bostie consacrée que le vase précieux (|ui la contient ; l'incrédule vrai et comj^let n'a aucune tendance au blasplu'me et au sacrilt'ge.
3. Au "groupe des troubles du psychisme individuel causés par la collectivité appartiennent les troubles présen-
hîs par les individus vivant en collectivilé el puisanl dans cette Nie eolleclive la caustî plus partieulirre de leur déve-
loppeineut ou de leur t'oruie.
Je ne crois p;is (^fjnoi t|u*on €»n ait dil) <|ne la \'ie on
soeiélé. en colIcM'tiviié. en gi'oupe (vie polili(pie. année. vi(» relii;ieuse) |)uisse suffire à délerininer dt's liouhles psy-
ehicjues vrais et periuauenls en dehors el sans le eoueours
des causes on! inaires <le rali«'nation inenlale.
Pour la vie polUitiue, « tel individu, dit Esquii'ol. (pu» les passions révolutionnaires rendiivnl aliéiu'', le fui deveiui il y a deux siècles par crainle des sorciers el du diable » ou
actut/llenient le devien<liait par l'hypnotisme, le elicinin «le
1er OU le léléplione. — Daus \ armee^ on a décrit une « psychose spéciale des recrues ». Mais, d'après Wurlzen. « très docunienlé sur la (|ueslion, il faut chercher la vérilai)le
cause des psychoses <les jeunes solilîits «lans Icm's antécédenls héi'é'dilao'es : le service nulihure, avec h's ennuis <|ui
raccoinpa<;nenL n'est après tout (pi'une cause occasionnelh^ analogue à eenl autres. » — K)\\\\w\ à l'iidluence éliolngiuue
<les i<h''<*s relîf/ieitseSy je cite Anjj^laih' : « h' nivslicisine superstitieux lut. au moyen «*«g<s la soui'ce dé'pid/'inies de
psychopalhie (léinoniaiiue. Mais les relij^ions en ««énéral ne .sont pas des causes réelles de maladies nienlales. On a
accusé les prétlications de l>oideverser les esprits, «le faire naîti'e des scrupules et des vocations maladixes. En réalih'.
les oralenrs reli<>ieux les plus persuasifs n'alarinenl (pie les
coiisritMKTs di'hilt's li iif diri^ienl \rrs le cloîliv i^l iii
séc|uestration volontaire nue les caractères fail>les. I^a foi relig-ieuse, sous toutes ses formes, est. d'ailleurs, il faul hien
le reconnaître, une cause de traïupiillilé morale. Elle con-
îsole des morts douloureuses par l'espoir d'une réunion
future: elle donne r'assiuauce dune vie meilleure, aidant ainsi à supporter les soufl'rances morales et matérielles. »
AUX DEVOIRS INTERINDIVIDUELS 231
En somme, l'hérédité, l'alcoolisme et la syphilis font plus de fous que les collectivités.
Quant à linlluence de la coHeclivilé sur la forme des
délires, réalisés d'aujre pari el pour d'autres causes, elle revient à peu près aux troubles, déjà indiqués, des idées politiques el sociales. Les typ(S pliysiolooi(IUeS, énUIlléréS
ci-dessus, peuvent devenir des types morbides, parmi les-
tiuels les suivants : a) le mé-aloniane avec délire ambitieux, conducteur des peuples, faiseur de constitutions, réformateur, fondateur de religions LaroqueS ; devieut SOU-
vent l'instrument des foules criminelles ; U) le timide,
phobique des foules et- des collecli viles quelconques, mélanroli(iue, misonéiste..., le psychasttiénique présentant ce que Pierre Janet appeUe ries aioulies SOCialeS.
i. A ce paragraphe de linlluence des collectivités sur le
dr-wloppemenl des psychoses, il taut rattacher les faits, dai Heurs indisculabli's. (jue l'on décrit sous le nom de contagion mentale. Ces faits sont plus rares qu OU ne le
rrolt et ne le dit (rénéralenient : il ne sufTit pas de vivre
avec les fous pour devenir ibu. témoin le vigoureux psychisme de nos confrères aliénistes. Mais les sujets à pré- ./isfjosition psijchopathique sont « exposés à accepter comme
véridiques les interprétai ioiis fausses ([u'on formule autour
d'eux. Plusieurs formes de délire peuvent ainsi se communiipier » ; spécialement le délire de persécution. « Car, dit Arnaud, c'est celui tjui présente le plus de vraisemblance et
de lo-ique, celui qui heurte le moins les idées reçues. »
La^i^^stion devient beaucoup plus importante si on ne la limite pas à la contagion mentale et si on l'étend à la co/?-
faf/ion psychique; très étudiée dans ces derniers temps sous
celle forme plus générale, la contagion constitue alors UO processus heaucoup plus étendu que ne le disent les aliénisles. Dans les foules, dans les collectivités, il y a contagion psycliique : V imitation automatique est fréquente chez
L enfants, les débiles... et appartient au même groupe.
Il faut donc apporter ici la distinction, qui domine touf mon enseignement, des deux psvchismeset ne pas confondre
la contag^ion jysychique et la conlaji^ion mentale.
Georges Dumas a repris très complètement cette question
et exposé l'opinion des divers auteurs ; il réserve le mot « contagion nieiitale » à la contagion des h'oubles nerveux
et mentaux. On peut accepter cette définition à condition de réserver à côté, sous le nom de « contagion psychique ».
rimitation auloniati(|ue et suggestive.
Il faut aussi, avec Georges Dumas, séparer la contaj^ion
mentale des épidémies mentales et des folies collectives et grégaires.
3. L'état psychique producteur de l'inobservation des devoirs
interindividuels.
Comme nous l'avons fait plus haut (page HO) pour k
suici(lt\ il f(iut îm'Yomdijscpsijiiiofofji^^^^ lioniiiiesiiiii
ne remplissent pas, comme ils le devraient, leurs devoirs interindividuels, déterminer Tétat psychi(|ue producteur des
attentats contre la vie d'autrui. Au point de vue ou nous
nous plaçons constimiment dans ce livre, ce paragraphe
est plus important que tous les autres; il est absolument capital.
Dans le paragraphe précédent, nous avons dit ce (pie sont
les fonctions sociales normales, rétuulières, les tempéra-
ments (jui leur correspondent et la patlioloi^ie de ces fonctions. C'est là vraiment la partie documentaire et essentielle
de la question ; le paragraphe actuel n'en sera que le corollaire et la déduction.
Pas plus que pour le /Suicide, nous ne voulons aboutir à cette conclusion, que tous ceux qui attentent à la vie de
leurs prochains sont des malades irresponsables. Je crois
que la Biologie humaine conduit scientifi(iuemenià des conclusions tout autres ; nous aUcns voir que tous les criminels
AUX DEVOIRS INTERINDIVIDUELS 23^
ne sont pas des criminels nés, condamnés au crime par une disposition congénitalement défectueuse de leur constitution.
Mais il ne faudrait pas pour cela nier que raliénation men-
lale peut se manifester par des attentats contre la vie (l'autrui.
L'état psychique producteur de l'inobservation des devoirs interindividuels se présente sous trois formes ou plutôt à
liois degrés dilïerents : sous forme de /bfe avec irresponsabilité du sujet, sous forme de demi folie avec responsahilité atténuée j sous forme de tempérament avec responsabilité entière du sujet.
Quoique les deux dernières formes soient les seules qui
intéressent vraimeni el direcitunent le moraliste et le socio-
lOiTUe (la première étant uniquement du domaine des médecins aliénistes), l'étude sommaire de la première forme n'est pas inutile dans un livre comm<' celui-ci, parce quVlle
éclaire et permet de mieux comprendre les deux autres
[ormes (|iii en sonl comme l'iiiu'miation et la réduction.
A. Folie antialtruiste avec irresponsabilité. — J'ai dit
iléjà, à propos du suicide (page IH), ce qu'est Timpulsion (les aliénés : avec les mêmes caractères se présente Ximpul-
sioîi aux violences sur les autres et à l'hôm^icide.
Au degré le plus grave et le plus maladif, le sujet n'a ni ( onscience ni souvenir de Tacte. Les caractères de l'attentat
sont alors los suivants : « explosion inslantanee, rapidité
automatique, violence extrême, exécution sur des personnes inofîensives ou inconnues, emploi d'instruments ou de
FHoyens de mort quelconques, nudtiplicité itmtile des coups,
nombre excessif des victimes, invectives el acliarnement
<onlre les cadavres... ». Ces attentats se produisent surtout «tans Tépilepsie ou dans Talcoolisme aigu, sans motif ou
sous l'influence d'hallucinations terrifiantes et impératives
OU do souvenirs rappelés par Taccès.
C'est le type d'impulsion à riiomicide que Régis appelle
type moteur, parce que la nianifestalion inolrice est la
seule visible, quoique le piit'noniène soit essenliellcinenl mental.
Dans le deuxiriiio lype dil psychofnoteur% l'iinpulsioii rst
ohéie sans lutte; mais il y a habituellement une cause ou un semblant de cause; le sujet a conscience et garde souvenir de l'action à un degré plus ou moins grand; la rapidité et ta sauvant'i-ie dans l'exécution sont moindres qur
<lans le lype piéceiliMil. On rencontre ces impulsions (( dans les états y\ excitation r/rave, où elles relèvent des
tendances deslruelives el panloelaslicjues (jui y sont si inarqut'es (manie aigur' ; périodes maniaques de la folie en'-
<*ulaire. «b' la paralysie générale; colère épileptique), ainsi ([ue dans les état.s hallucinatoires intenses, entraînant à des actes automatiiiues de défense, de représailles et de ven-
g-eance (<loliit's liystériques, délires aleoolitjues, surtout à forme jalouse) el cbez les d('(jenl'pès ».
Enlin, il y a le [y\)v psychique, qui est celui de Tobsessioil iuipulsive. qui se présente chez; les aliénés, mais appartient, plus «MU'ore, à la deuiifoli*' pour laquelle nous le retrou\erons.
L'impulsion à l'homicide s'observe, rarement dans la
mrlancolie. tifqiiiMiimtMit chez les pcrsécutvs, qui, « après
avoir fait «le vains efforts pour obtenir justice el avoir épuisé, pour ainsi dire, toutes les juridictions, songent à se
faire justice à eux-mêmes » et deviennent persécuteurs
(Lasègue). C'est dans les psychoses systématisées que
l'tiomicide est le plus fréquent : di'liranls mysliques, qui innnolent, en bolocauste, même leurs enfaids ; persécutés, ballu-
cinés ou raisonnants (interim'tateurs). Le délire de reven-
(lioation peut conduire à riioinieide sous toutes ses formes :
persécutés, ambitieux, inventeurs, processifs, erotiques, jaloux, mystiques, politiques (parmi lesquels, au premier
rang*, régicides).
(( Ces malades, dit Régis, les pires de tous sans contre-
AUX DEVOIRS INTERINDIVIDUELS 23"
dit, sont ceux qu il est le plus difficile de faire accepter
comme tels par les magistrats et par le public en raison de leur lucidité. »
\J impulsion au vol (kleptotnanie) nappartienl à Talié-
naiion mentale que sous sa forme grave, inconsciente et amnésique : « les sujets volenl sans, pour ainsi dire, savoir ce qu'ils font, sans s'en rendre compte, obéissant simpleiiicnl à un désir éveillé subitement en eux. Ce sont là les
vols, généralement plus ou moins inconscients, stupides, amnésiques, et ne pouvant par suite prêter à la contestation, des déi»énérés inférieurs, des déments séniles ovi para- Ivtitjues, des épileptiques ».
Au même groupe appartient Y impulsion à F incendie {jujromaîiie).
D'après Baker, de 18Gi à 1886. « il est entré à l'asile de
Broadmour 103 indi\ i<lus qui avaient commis des incendies... La proportion des aliénés Incendiaires vis-a-vis de
Tensemble des aliénés criminels élait de 6,2 pour 100 w. I^Ji tète des maladies déterminant ce syndrome, il faut
nonmier l'épilepsie, puis l'imljécillité congénitale, la mélancolie et la démence. « Certains aliénés réitèrent leurs
incendies, souvent de façon pres(|ue périodique. Il s'agit
(ilors, h n'en pas douter, dit Régis, de dégénérés ou d'épi-
N'pliques. »
B. Demifolie anti-altruiste avec responsabilité atténuée. - Les impulsions dont je viens de parler peuvent se pré-
sr'nter aussi, non plus chez des aliénés, mais chez des demilous (déséquilibrés, dégénérés supérieurs, semi-aliénés), soit
<i titre d'épisodes psycbosiqucs aigus au cours de la maladie
chronique, soi! coinnio manifestalion directe de la psyclio-
iM'vrose chronique.
Dans ce dernier cas, qui est vraiment l'objet du présent
|>aragrapbe, Timpulsion (élément morbide) ne fait pas tout;
y a une raison à l'acte, seulement disproportionnée avec
ses conséquences, dont Tétat ^— maladie psychonex rosique
— du sujet détermine et amplifie l'importance. Ainsi, le sujet tuera ou incendiera pour se venger d'un individu,
dont il a rëellennent à se plaindre, mais dont il exagère singulièrement les torts et auquel il n'a pas régulièrement le
droit de nuire de celte manière. Ces sujets-là ne sont pas excusés par la maladie au même degré que les aliénés du
paragraphe préc«''deTit ; ils ne sont pas irresponsables ; leuiresponsabilité est atténuée.
Ces impulsions ont les caractères assignés aux impulsions dites psychiques ; « l'obsession lioniieide naît souvent
à la suite d'un choc moral brusque, d'un assassinat célèbre, de la vue (l'une exécution (Ladauie)... l'obsession impui
sive présente une inlinilé de nuances et de degrés et comprend, depuis le simple phobique hanté parla peurpuremeni
platoniqut* de se livrer à un attentat contre un des siens, jusqu'à l'impulsif proprement dit, qui, véritablement poussé,
sent ses forces de résistance l'abandon ner peu à peu et en
arrive, vaincu, à l'exéculion ». Ladanie a notamment insish'
sur les obsessions théoriques ^ qui n'aboutissent pas à l'acte bomicide ; on comprend qu'un motif futile ou de nrédiocre
importance suffise alors à faire exécuter Ta! tentât par ces
sujets.
La kleptomanie appartient encore plus frécjuemment à
ce groupe de=*demifous anti-altruistes : vol à l'étalage ou vol dans les grands magasins. « Tel le substratum pathologique est Je beaucoup moins apparent et, (juant à Tacte,
il est loin de se distinguer toujours nettement du vol proprement tlit. 11 est même des cas de transition dans lesquels le diagnostic est, pour ainsi dire, impossible, Félémenl
(morbide ne s'alliant qu'en proportion secondaire àrélémenl délictueux. »
Dans ces impulsions conscientes au vol, tous les auteurs (de Lasègue et Lunier à Lacassagne et Dubuisson) on! noté « le Vole éminemment fascmateur sur tous les sujets.
AUX DEVOIRS INTERINDIVIDUELS
particulièrement sur les sujets nerveux et de volonté débile, des grands magasins, tels qu'ils existent aujourd'hui » ; lous ces « petits drames devenus des faits divers » commencent « par des tentations et des convoitises repous-
sées et, après des défaillances progressives, aboutissent jjnalemenl à des capitulations plus ou moins fréquenmient renouvelées ».
« Legrand du Saulle distinguait, parmi les vols dans les grands magasins, des actes délictueux, demipatliologiques
et pathologiques. » C'est t)ien notre tli vision en sujets rcsponsableSj demiresponsables (à responsabilité atténuée)
et irresponsables.
Régis rappelle, avec Lunier, « que limpulsioii au vol
s'observe dans toutes les airections et déviations mentales favorables i\ l'impulsivité, en raison d'une faiblesse ou d'une
«limiilution de la résistance volitionnelle et que l'on peut la rencontrer jusque cbez des individus très intelligents, supérieurs même, mais sans doute quelque peu déséquilibrés,
liiez qui die coiislilue une sorte de munie ou plutôt de tic.
<hi a en effet cité plusieurs bommes célèbres, qui, sous rinUuence de ce que l'on appelait eupbémiquement leur
distraction, dérobaient régulièrement des objets d'art, des couverts d'argent, que leurs domestiques étaient cbargés,
après, de rapporter ».
L'analyse médicolégale de ces cas est extrêmement délicate et difficile. Car, pour cbaque sujet, « il est nécessaire
(le constatiT ilans quelles condilions d'obsession, d'irré-
sistibilité, de lutte, de conscience, comme aussi de préméditation, de prévoyance, d'babileté, «l'utilité, il a été accom-
pH. Il faut aussi savoir, et ce sont là dans Fespèce deux points importants, quelle est la nature de l'objet volé et à
(luel usage il est destiné ».
Parmi les kleptomanes, il faut faire une place aux collectionneurs OU mieux collectionnistes, soit qu'ils collectionnent toute espèce d'objets (polykleplocollectionnisme de
Min^azziiii). soit tju'ils liinilenl leur inaiiio à des objets d'un ordre déterminé (inonokleptocollectionnistes).