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Préparation de l'hérédité

Legendre commence son article sur l'hérédité par ce lîiot de Jérémie : « les pères ont mangé d^s raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées » ; et il le termine par

ces vers de Jean Lahor (docteur Cazalis) :

Pour que vos actions ne soient vaines ni folles

Craignez déjà les yeux futurs de vos enfants.

Rien ne peut mieux encadrer une étude sur V hérédité et

indiquer plus iovlmimi h fait mystérieux de Thérédité avec

son douhle caractère de fatalité et de modification possible par la volonté de riiomme, avec ses éléments de nécessité

^\ àe contingence ; ce dernier élément justifiant l'étude de la question par le nu'decin, puisque les lois n'en sont pas méluctahles et qu'il y a une thérapeutique et une prophylaxie de l'hérédité.

L'étude de l'hérédité est l'étude d'un fait, dont le mystère est toujours impénétrable, comme au temps de Montaigne (|ui la rangeait parmi les « estrangetés si incompréhensibles qu'elles surpassent toute la difficulté des miracles ». Malgré

toutes les études faites et tous les progrès réalisés depuis

le xvi* siècle, le mystère de Thérédité ne s'est pas éclairci. Ce qui caractérise le progrès réalisé parles travaux contemporains, c'est que tout le mystère de riiérédité réside maintenant dans une seule cellule, résultat de la coalescence du pronuclens mâle et du pronuclens femelle; mais il existe toujours aussi profond.

L'hérédité se divise en physiologique et pathologique.

L'hérédité physiologique est la transmission de la consti-

tution anatornique et chimique, des aptitudes fonctionnelles de tous genres, du plan de structure des organes de Tindividu, de Tespèce, de la race... On en distingue (|uatre types.

l^riierédité individuelle: transmission des caractères et qualités propres à l'individu, acquises par lui.

2° rhérédité de famille à laquelle se rattache la consanguinité {fidiVii^iî^ ^'^ P^*'^ ^^ ^^ 1^ mère entre eux) qui superpose et aggrave les lares de la famille.

3° rhérédité ancestrale {atavisme) : retour, reversion vers la forme d'un aïeul plus ou moins éloigné ; réapparition d'un caractère d'ascendant, resté latent pendant une ou

plusieurs générations. — Au même groupe on rattache l'hérédité de race.

4® rhérédité des caractères acquis par V espèce ; ceci ne t'ait pas partie de la Biologie humaine, pas plus que de toutes

les biologies étudiant des espèces fixées.

L'hérédité pathologique comipitmd deux groupes de faits : la transmission d'une maladie ou d'un état pathologique et la transmission d'un terrain plus ou moins disposé à

une maladie.

A. La transmission d'une maladie ou d'un état pathologique comprend trois groupes de faits : y

1° la transmission de V agent pathogène lui-même (microbe, poison): mode de contagion. Exemple: syphilis. 2" la transmission, après un empoisonnement des parents

(alcool, plomb), non du poison lui-même, mais d'une 7/ia/a-

die dystrophique générale. A ce groupe appartiennent les

désastreuses descendances d'alcoolique.

3° la transmission (homœomorphe ou hétéromorphe) d'une

malformation (Jérato logique^ : sexdigitisme, nanisme, gigantisme, surdi-mutité, albinisme, bec de lièvre...

B. La transmission d'un terrain comprend aussi trois groupes de faits.

1" transmission d'un terrain prédisposé (bactéricole) à

une maladie donnée: tuberculose par exemple.

DE LA FAMILLE HUMAINE 3ii

2" transmission d'un terrain immunisé {bactéricide)'. immunités de famille, de race...

3" transmission delà cause de localisation A^% maladies^

sur tel ou tel organe : hérédité (rorgane. Telles sont les hérédités artérielle, rénale, pulmonaire... ners^euse (famille névropathique, psychopathique).

On voit par ce qui précède combien est étendu et imporlant le rôle de l'hérédité dans la vie de chaque individu; mais on voit aussi que la préparation, par chacun, de cette hérédité apparaît comme un des dévoilas biologiques les plus Impérieux et les plus graves.

Certes il y a dans l'hérédité de chacun de nous un élément inéluctable sur lequel nous ne pouvons rien ; mais le rôle

de cet élément apparaît de plus en plus minime et réduit; notre influence croît tous les jours sur rhérédité que nous Iransmettons.

Il ne dépend que des pères de ne pas manger de raisins verts s'ils ne veulent pas que leurs enfants aient les dents agacées. Ils doivent craindre, dans tous leurs actes, les yeux

futurs de leurs enfants. —Les morts gouvernent les vivants,

a dit Auguste Comte. C'est vrai. Mais, avant d'être les morts, les hommes ont été des vivants, dont la vie dirigeait déjà l'orientation et la destinée des enfants.

Chaque génération a la responsabilité de la génération

qui la suit. Les trois premiers quarts du xvni* siècle ne

sont-ils pas les vrais responsables du quatrième quart, comme les hommes de 1789 et de 1793 sont responsables de la réaction qui a suivi ? Il en est des individus comme

des peuples : les parents sont responsables d'une grande partie de l'hérédité qu'ils transmettent à leurs enfants ; pour préparer et corriger cette hérédité, ils ont à leur disposition de nombreux moyens, que Ton peut étudier à trois moments différents et successifs : avant le mariage, au moment de la conclusion du mariage, après la naissance des enfants.

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