I. Le devoir social de la préparation individuelle d
rhérédité s'impose d'abord et surtout pour diriger la conduite de tous les hommes.
Quand un homme s'alcoolise, fume de l'opium, s'enivrravec Féther, est la victime volontaire de ces intoxications
euphoristiques dont j'ai longuement parlé plus haut et dont j'ai montré les désastreux effets sur la descendance; quand
im homme s'expose volontairement à contracter Favarie ou
quelqu'une de ces maladies qui nous viennent des hommes. — ou des femmes — que l'on peut éviter et que les anciens opposaient à celles inévitables qui nous viennent des dieux ;
quand un homme se conduit mal, oublie toute morale et roule, tête baissée, vertigineusement, dans Tinconduite, l'amoralité et le crime... il ne commet pas seulement un attentat contre sa propre personne, contre sa propre vie (ce que, nous l'avons dit, il n'a déjà pas le droit de faire); il
prépare une hérédité lamentable de dégénérés, de fous, de déséquilibrés, de criminels... Il prend toute la responsabilité de tous les attentats contre la société qui seront commis par ses enfants et ses petits-enfants, pendant plusieurs générations, jusqu'à ce que-, par un dernier sursaut de la fonction de défense de l'espèce, la nature interrompe brutalement par la stérilité la série de ces générations lamentables.
L'homme ne doit pas compte de sa vie, seulement vis-à-vis
de lui-même; le suicide vrai ou partiel n'est pas seulement
un crime contre Tindividu, mais contre la société; et le suicide partiel, la diminution de la vie, qui laisse Tindividii procréer mais transmettre une vie faussée et malade, constitue un crime contre la postérité et l'humanité future tout entière.
IL Un second groupe de moyçns de préparation de l'hérédité est la surveillance médicale du mariage^ dont il est
aussi ridicule de nier que d'exagérer l'importance et qui est
absolument négligée dans nos mœurs actuelles.
Quand un père veut marier sa fille, il s'entoure d'une
série de renseignements, d'ailleurs utiles, sur son futur
cendre : le notaire, les amis, les patrons sont consultés, on se préoccupe de la famille, des relations, de la fortune, de la profession, deFavenir... Mais on ne s'occupe aucunement (ou qu'accessoirement) de la santé du tiancé, de la santé de ses parents, de l'avenir des enfants du jeune ménage. — Le côté médical de Fenquéte qui précède le mariage est (complètement négligé.
Les pères de famille les plus scrupuleux et les plus intel-
hgents font quelques essais timides, demandent à la personne, qui fait le mariage, s'il n'y a pas, dans la famille, quelque grosse tare publiquement connue ; les plus hardis demandent des renseignements confidentiels au médecin du jeune homme, qui est lié par le secret professionnel et ne <lit rien.
Certes, je le reconnais, cette enquête est fort difficile,
dans Fétat actuel de notre organisation sociale. Mais elle serait encore possible dans bien des cas» où on la croit irréalisable, si tout le monde en comprenait bien l'importance
et la nécessité et si on s'y prenait autrement.
Quoiqu'on ait pu en rêver, il est impossible d'agir comme au conseil de revision ou de demander une police d'assurances. Il ne me paraît y avoir qu'un moyen, qui n'est
certes pas parfait, mais qui semble le moins défectueux : c'est que les deux familles provoquent une conférence de leurs deux médecins, en les déliant du secret professionnel, l'un vis-à-vis de l'autre, et en s'engageant à accepter et à
exécuter leur sentence, sans leur demander et sans connaître les motifs de ce jugement. Les familles ignoreraient ainsi la tache qui empêche ce mariage. Car il s'agit toujours d'un
cas particulier : à cause des hérédités convergentes bilatérales, un jeune homme et une jeune fille peuvent voir leur mariage interdit, alors que chacun d'eux pourra se marier, avec l'autorisation médicale, avec un autre conjoint dont
rhérédité, faisant du croisement, diminuera les risques au
lieu de les aggraver.
Cette enquête médicale (la plus discrète et en même temps la plus complète) suppose d'abord évidemment Thonnêteté
de tous. Hors de cette condition, rien n est possible. Voilà
pourquoi, tout en proclamant la nécessite' de renquête biologique et médicale, il faut ajouter que cette enquête ne doit être ni la seule ni la première. Dans les projets de
mariage Tenquête morale doit tout précéder. Avant de savoir
si le futur gendre est bien portant et si sa famille n'a point de tares morbides, il faut s'assurer que ce futur gendre est un honnête homme et que sa famille ne présente pas de tares
morales. Une fois ce point acquis, Tenquêfe médicale sera
facile.
Cette enquête se terminerait par un jugement des deux
médecins qui pourraient se prononcer d'une des quatre manières suivantes (en dehors de l'autorisation pure et simple): 1° interdire absolument le mariage; 2° T ajourner «me die'; 3" le déconseiller, en donnant les arguments à Tappui de cette manière de voir, sans Tinterdire absolument; 4** le
permettre en en montrant les dangers possibles et en demandant pour la vie ultérieure du jeune ménage, des précautions et une surveillance médicale tout à fait particulières.
Ce jugement s'imposerait aux familles par sa seule force morale sans obligation légale (qui ne donnerait pas les
résultats désirés et serait, en fait, irréalisable).