III. Après la consommation du mariage et même après la
naissance des enfants, il ne faut pas encore abandonner la
lutte contre les effets de Thérédité ; on peut encore en atténuer les effets fâcheux en surveillant tout spécialement les eniants aux diverses périodes de leur développement et en
imposant encore une hygiène particulière et parfois un traitement aux jeunes gens et aux adultes.
On comprendra facilement l'importance de ces principes en réfléchissant notamment à la surveillance médicale et à
l'hygiène qui sont nécessaires pour les enfants venus au
monde avec une hérédité nerveuse plus ou moins accentuée. L'allaitement, la dentition, le sevrage, les vers intestinaux doivent être surveillés d'une manière toute spéciale pour
éviter ou traiter les convulsions ; Tàge scolaire doit être
médicalement réglé pour éviter le surmenage, mesurer les
sports, le gymnase et les exercices du corps, éviter les névroses (tics, chorée) ; la puberté est une période que le
médecin doit encore diriger chez les héréditaires du système
nerveux... '
Il suffit qu'on sache et qu'on se rappelle que la prophylaxie et la thérapeutique d<î l'hérédité nécessitent l'intervention
du médecin avant le mariage, au moment du mariage et
après la naissance des enfants.
3, Formation physique et psychique des enfants.
Les devoirs biologiques de Thomme vis-à-vis de l'espèce ne sont pas épuisés par la procréation et la mise au monde
des enfants, alors même que l'hérédité a été soigneusement
préparée et surveillée : les enfants des hommes, une fois nés, ne se développent pas tout seuls et c'est ce qui les distingue
«les petits des animaux.
Ceci est déjà vrai au point de vue physique : l'homme
naît avec les connaissances nécessaires pour respirer et pour digérer. Mais, déjà pour marcher, il a besoin d'aide, <le leçon... Dans les premières années de son développement
physique, il ne peut pas se passer de ses parents. A ce point de vue, l'espèce humaine est biologiquement différente des espèces animales, dans lesquelles le père et la mère peuvent
disparaître, s'éloigner peu de temps après la naissance sans
nuire au développement régulier des enfants.
Je l'ai dit à propos de la correction des effets héréditaires, l'enfant a besoin d'être surveillé de très près, au point de vue physique, pendant la lactation, au sevrage, pendant la den-
rM
tilion, pendant toute la période de croissance, à Y âge scolaire, à la puberté... L'homme ne se forme régulièrement et
<*omplètenientjusqu'à 18 ou 20 ans que s'il est bien surveillé, dirigé, redressé... Il ne se développe normalement que si ses
parents remplissent vis-à-vis de lui leurs devoirs complets d'éducateurs physiques.
Mais bien plus impérieux encore et plus grave est le devoir pour les parents de présider à la formation psychique
des enfants.
C'est une loi biologique, bien prouvée, de l'espèce humaine, que j'ai développée plus haut coninie caractéristique essentielle de Thomme : tout homme doit contribuer, pour
sa part, dans sa sphère et dans la mesure de ses forces, au progrès indéfini de Thumanité; mais il ne peut remplir uti lement cette mission que s'il aborde, lui-même, la vie, bien armé de toutes les conquêtes psychiques des générations
antérieures. Or, il n'a pas toutes ces connaissances innées,
comme Tabeille ou la fourmi ont, ancestralement acquises, toutes les connaissances nécessaires pour construire leui'
ruche ou organiser leur fourmilière.
L'enfant a un besoin absolu de l'aide et de l'assistance de ses parents, non seulement pour acquérir ainsi les connaissances de l'humanité antérieure, mais même pour sa formation psychique personnelle tout entière.
Il a besoin de cet appui constant et de cette direction incessante, d'abord pour apprendre à parler, à écrire, à corn prendre ce qui l'entoure, à raisonner, pour apprendre \\
apprendre, pour meubler son esprit des connaissances nécessaires à sa vie ultérieure, pour bien connaître ces acquisitions intellectuelles des générations précédentes, qui con stituent le point de départ nécessaire de sa propre existence psychique.
Par les sens, qu'il a et dont il sait se servir dès sa nais
sance, Tenfant entre en communication avec le monde extérieur; il peut acquérir des connaissances, mais il n'a là
que l'instrument nécessaire. Il a absolument besoin de l'appui et de la direction d'autres hommes faits et expérimentés pour
utiliser psychiquemment ce que ses sens lui révèlent: il peut
voir et entendre tout seul ; mais il faut qu'on lui apprenne à regarder et à écouler, à comprendre ce qu'il voit et ce qu'il entend.
Des observations curieuses du docteur Moreau de Saintfiîtienne ont montré nettement qu un aveugle né, auquel, par une opération, on donne, à huit ans, la faculté de voir, ne
peut pas distinguer le monde extérieur, si on ne lui apprend
pas à le voir. « L'opération n'a qu'une valeur de préparation oculaire, réducation représente l'élément capital... Cette éducation doit se poursuivie pendant très longtemps avec une persévérance inlassable ».
Sans la direction de ses parents et des autres hommes, l'enfant serait condamné à revivre les âges primitifs de Thu-
inanité; il serait privé de toutes les conquêtes du progrès
accumulées parles siècles; il devrait, faible et désarmé^ recommencer la lutte contre la nature entière, puissamment coalisée contre lui.
L'enfant a droit à cette civilisation de ses ancêtres et à
son développement physique et psychique complet; corrélativement, les parents ont le demir de lui assurer l'un et l'autre.
D'où ce devoir biologique, — obligatoire au même titre
que les devoirs autoindividuels et les devoirs interindivi-
duels: après avoir assuré sa participation personnelle et aidé de son mieux la participation des autres individus à la vie psychique indéfiniment progressive de l'humanité, après
avoir, de son mieux, préparé son hérédité, Thomme doit
former, élever, instruire les hommes de l'avenir, les enfants, qui assureront la continuation et le progrès incessant de la
vie humaine.
On a rapproché ces devoirs vis-à-vis des enfants soit de
Tensemble des devoirs interindividuels de solidaritéj soit de la liberté de pensée.
Brunschwicg étudie l'homme devenu capable d'associer
à sa destinée individuelle la destinée de Thumanité : «pour
que notre volonté intérieure soit efficace, pour que notre rêve de perfection puisse être réalisé, il faut que nous ne soyons pas abandonnés à nos seules forces, que, dans notre volonté de progrès spirituel, nous ayons tous les hommes
pour collaborateurs, pour critiques, pour continuateurs. Dès
le jour de sa naissance, Tenfant apparaît comme le produit de rhumanité; il résume en lui le travail des générations par lequel l'organisme s'est constitué, affiné, transformé.
Puis, cet enfant reçoit par Tœuvre de Téducation tout le
trésor accumulé par la pensée des siècles; et cVst ainsi que
se forme en lui Taptitude à distinguer le vrai du faux, Fintelligence méthodique par laquelle se constitue l'œuvre de
la science ».
Et Malapert : « le problème de la liberté de penser se présente SOUS un autre aspect encore. Ce n'est pas assez, pour (|ue l'individu soit respecté dans sa pensée, (ju'aucune atteinte ne soit portée à son droit de penser librement et d'exprimer ce qu'il pense; il faut encore qu'il soit mis en état
de penser, que lui soit assurée l'instruction, ce que l'on pourrait appeler la sphère de propriété intellectuelle, le minimum de savoir, qui sont la condition même de l'accession
à la pensée libre ».
Je veux bien qu'on rapproche ce devoir pour les parents de surveiller et de diriger la formation psychique de leurs
enfants de certains autres devoirs biologiques comme le devoir de solidarité interindividuelle ou le devoir de respect de la liberté de pensée d'autrui. Tout se tient dans une
même science et. il est souvent profitable de montrer les rapports qu'ont entre elles les diverses lois d'une même
science ; mais c'est à condition de ne pas transformer ces
rapprochements en confusion et de ne pas diminuer
l'importance particulière des éléments distincts que Ton rapproche et compare.
Il faut donc bien souligner que, en Biologie humaine, a
côté des devoirs individuels (respect et amour de sa propre
vie) et des devoirs interindividuels (respect et amour de la vie des autres), il y a, sur le même pied, avec la même importance et le même degré d'obligation, les devoirs de respect et d'amour de la vie de l'espèce et, en tête de ces devoirs
familiaux, les devoirs de préparation de l'hérédité et de formation physique et psychique des enfants.
C'est sur ces notions, positives et scientifiques, qu'est l)asée la notion biologique de la famille humaine.
4. Notion biologique de la famille humaine ; étendue et limites
de ses devoirs et de ses droits.
On a beaucoup écrit et discuté sur l'histoire de la famille,
sur les variations et l'évolution de Tidée de famille. Romanciers, auteurs dramatiques, philosophes, sociologues ont apporté des documents et des appréciations variés. On a
môme signalé « la faillite de la famille dans le roman russe ».
Comme je Tai dit plus haut, à propos de l'origine et de
l'antiquité de la famille humaine, il est certain que ce qui change, ce qui évolue, ce qui est encore susceptible de nombreux perfectionnements, c'est V application de l'idée de famille, c'est Torganisation de la famille humaine dans les lois et dans les mœurs aux différentes époques et chez les différents peuples.
Il est évident, comme Tout dit Henri Coulon et René de
Chavagnes, que, dans la famille romaine par exemple, la femme, qui avait, à l'origine, très peu de liberté, en avait
déjà conquis beaucoup au temps de Giceron. De même, la femme liindoue, qui était mariée très jeune sans pouvoir
choisir son époux, sans être choisie par lui et dont la mort du mari même ne rompait pas les liens et l'asservissement.
la femme hindoue voit, paraît-il, poindre une vie familiale» plus conforme à nos idées européennes et modernes. En Angleterre, en France,... les lois régissant l'organisation et
la vie de la famille, les rapports mutuels des époux, des enfants avec leurs parents, sont Tobjetde modifications incessantes, qui expriment plus ou moins heureusement les préoccupations philosophiques de tous...
Mais, je le répète, tous ces changements, toute cette évolution ne portent que sur Tapplication de l'idée de famille,
que sur l'organisation de la famille humaine. A côté, il y a
une chose vraiment fondamentale qui ne change pas, dont
la connaissance, plus ou moins nette et précise, s'impose, plus ou moins logiquement, aux mœurs et aux lois, donl l'essence scientifique vraie ne peut pas changer : c'est la
conception même de la famille basée sur la Biologie humaine, la conception biologique de la famille.
Sur ce terrain de la science positive, sur le terrain biologique, il y a une idée très nette de la famille humaine, qui
se dégage logiquement de tout ce que je viens de dire dans
les paragraphes et chapitres précédents et que j'ai déjà exposée ailleurs.
Comme toutes les familles animales, la fannlle humaine a pour raison d'être et pour but la continuation et la perpétuité de l'espèce. Ceci dérive des caractères biologiques com
inuns à Thomme et aux animaux. Mais il faut aussi tenir
compte de la caractéristique biologique propre à rhomme. Dès lors, le but biologique de la famille n'est plus seulement de donner de nouveaux enfants à l'espèce humaine. La famille doit, non seulement faire naître des enfants,
mais les former, les élever, de manière à leur permettre de devenir eux-mêmes des hommes dans toute Tacception du mot, participant à leur tour, activement et personnellement, au progrès psychique de Thumanité.
Les parents doivent à leurs enfants : d'abord une hérédité aussi saine que possible, puis des soins physiques prolongés.
enfin et surtout l'orientation et la direction de leur formation psychique, leur éducation dans la force complète du mot.
Car il ne faut pas seulement donner à Tenfant de Thomme la connaissance, aussi complète que possible, des acquisilions intellectuelles faites par les générations antérieures;
il faut, aussi et surtout, donnera l'enfant la plus haute cul-
lure possible, cette culture, qui, comme le disait Boutroux, « en dépit de tous les changements survenus dans nos sociétés et, en particulier, en dépit des progrès inouïs de la
science, demeure la condition de tous les progrès et le but suprême où doivent tendre nos efforts» ; cette culture hu-
'niaine, qui, « pour être bien conduite », « doit être à la fois scientifique et littéraire c'est-à-dire, -n somme, universelle».
Ceci nous conduit à la question, <liffîcile et controversée, «le l'étendue et des limites des devoirs et des droits de lu famille pour l'éducation et rinstruction des enfants, —
n à la question, connexe et brûlante, de la liberté de l'enseignement.
Je ne dis certes pas que la fimiille doive donner, elle seule, toute Tinslruction aux enfants. Mais elle doit choisir
SCS collaborateurs, ses professeurs; elle ne doit pas déléi;uer ses pouvoirs à ces dangereux « anges gardiens », que I auteur des « demi-vierges» a dépeints et stigmatisés — déjà a\'aiit la guerre. La famille doit orienter et conduire cette culture, dont elle est responsable biologiqueiiienl visà-vis de l'espèce humaine.
Pour cette formation et cette éducation de l'enfant, la iamille a, seule, tous les droits et tous les devoirs.
Certes l'État, — que tant de gens voudraient aujourd'hui substituer à la famille dans cette mission — l'Étal doit aider, de son mieux, la famille dans cette tache laborieuse et difficile. Mais il ne peut remplacer la famille que dans les cas exceptionnels, oîi celle-ci est impuissante ou indigne.
Dès lors, la liberté de l'enseignement à tous les degrés
Grassf.t. — Devoirs ot périls biol.
la femme hindoue voit, paraît-il, poindre une vie familialt» plus conforme à nos idées européennes et modernes. En Angleterre, en France,... les lois régissant l'organisation e( la vie de la famille, les rapports mutuels des époux, des enfants avec leurs parents, sont Tobjet de modifications incessantes, qui expriment plus ou moins heureusement les
préoccupations philosophiques de tous...
Mais, je le répète, tous ces changements, toute cette évo
lution ne portent que sur Tapplication de l'idée de famille, que sur l'organisation de la famille humaine. A côté, il y a une chose vraiment fondamentale qui ne change pas, doni la connaissance, plus ou moins nette et précise, s'impose,
plus ou moins logiquement, aux mœurs et aux lois, donI
l'essence scientifique vraie ne peut pas changer : c'est Ki conception même de la famille basée sur h Biologie humaine, la conception biologique de la famille.
Sur ce terrain de la science positive, sur le terrain biologique, il y a une idée très nette de la famille humaine, qui se dégage logiquement de tout ce que je viens de dire dans les paragraphes et chapitres précédents et que j'ai déjà exposée ailleurs.
Comme toutes les familles animales, la famille humaine
a pour raison d'être et pour but la continuation et la perpétuité de l'espèce. Ceci dérive des caractères biologiques com muns à l'homme et aux animaux. Mais il faut aussi tenir compte de la caractéristique biologique propre à rhomme. Dès lors, le but biologique de la famille n'est plus seulement de donner de nouveaux enfants à Tespèce humaine.
La fatnille doit, non seulement faire naître des enfants,
mais les former, les élever, de manière à leur permettre de devenir eux-mêmes des hommes dans toute l'acception du mot, participant à leur tour, activement et personnellement, au progrès psychique de l'humanité.
Les parents doivent à leurs enfants : d'abord une hérédité aussi saine que possible, puis des soins physi(|ues prolongés.
DE LA FAMILLE HUMAINE 32i
enfin et surtout Torientation et la direction de leur forma-
lion psychique, leur éducation dans la force complète (ki mot.
Car il ne faut pas seulement donner à l'enfant de l'homme
la connaissance, aussi complète que possible, des acquisi-
lions intellectuelles faites par les générations antérieures;
il faut, aussi et surtout, donnera Tenfant la plus haute culliire possible, cette culture, qui, comme le disait Boutroux, « en dépit de tous les changements survenus dans nos sociétés et, en particulier, en dépit des progrès inouïs de la
science, demeure la condition de tous les progrès et le but suprême où doivent tendre nos efforts» ; cette culture hu- "niaine, qui, « pour être bien conduite », « doit être à la fois scientifique et littéraire c'est-à-dire, en somme, universelle».
Ceci nous con<luif à la question, difficile et controversée, " .le l'étendue et des limites des devoirs et des droits de In famille pour l'éducation et l'instruction des enfants, — ri à la question, connexe et brillante, de la liberté de l'enseiffuetnent.
Je ne dis certes pas que la famille doive donner, elle seule, toute Tinstruction aux enfants. Mais elle doit choisir
sf's collaborateurs, ses professeurs; elle ne doit pas déléjiuer ses pouvoirs à ces dangereux « anges gardiens », que
Tauleur des (c demi-vierges» a dépeints et stigmatisés — drjà avant la guerre. La famille doit orienter et conduire cette culture, dont elle est responsable biologiquement visà-vis de l'espèce humaine.
Pour cette formation et cette éducation de l'enfant, la lamille a, seule, tous les droits et tous les devoirs.
Certes l'Élat, - que tant de gens voudraient aujourd'hui substituer à la famille dans cette mission — l'État doit
aider, de son mieux, la famille dans cette tache laborieuse et difficile. Mais il ne peut remplacer la famille que dans les ras exceptionnels, où celle-ci est impuissante ou indigne. Dès lors, la liberté de l'enseignement à tous les degrés Hrassft. — Devoirs ot périls biol. 21
apparaît comme une loi biologique fondamentale, l'Etaf
ayant et gardant le droit de contrôle et se réservant la collation des grades nécessaires aux maîtres pour enseigner et
la consécration ofïicielle des études. Je crois que cette liberté doit s'étendre îV renseignement primaire conmie à l'enseignement secondaire et supérieur, parce que Ta me de l'enfant du peuple est aussi respectable que celle de Tenfant du
bourgeois et que les droits du père de famille sur Tëduca-
tîon de ses enfants ne se mesurent pas au chillre des contributions qu'il paie et à la situation sociale où la naissanc»'
Fa placé.
Le rôle de l'État n'est pas eflacé : d'abord il peut et doit prescrire l'obligation de l'instruction, en contrôler les résultats par la collation des diplômes de tous les degrés (primaire, secondaire, supérieur). A la rigueur cela suffirail.
Mais si on veut donner plus de pouvoir h l'Etat, on peut aussi lui donner le droit d'exiger des professeurs libres comme des autres des titres officiels conférés par lui seul.
Malapert développe sur ces questions des idées très voisines de celles que je viens d'exposer.
(( L'État, dit-il, a le droit de protéger l'enfant contre les parents qui lui refuseraient toute instruction » et qui par conséquent ne rempliraient pas leur devoir à son égard;
l'instruction « doit être obligatoire, et, dès lors, l'État doit
assumer la cliarge de fonder et d'entretenir les écoles nécessaires pour que nul enfant ne soit exclu de ce droit qui! a d'être mis intellectuellement en état de poursuivre ses fins
personnelles ».
Puis il aborde le problème de la liberté de Tenseigne ment, « que les conditions historiques dans lesquelles il s'est posé, les passions politiques qui s'en sont emparées,
n ont pas peu contribué à obscurcir ». Il pose d'abord en
principe que « tout enseignement qui s'adresse à des adultes
doit être libre » ; mais « lorsqu'il s'agit d'enfants, la question se complique. L'enfant est incapable de discuter, d'ap-
précier; son esprit critique n'est pas formé, il subit d'une
fayon presque entièrement passive l'empreinte qu'on lui
impose». Ceci est tellement vrai que c'est journellement invoqué par les partisans des deux opinions opposées contro les dangers de la tyrannie d'un côté ou de l'autre.
L'enfant, continue Malapert, « peut être soumis à une <liscip!inc telle qu'elle le rende intellectuellement serf; dès
lors, il n'est pas sans danger pour lui d'être livré à n'importe qu(dles mains; des lors, le droit de contrôle de l'État esi incontestabl(^ si l'État a précisément, comme nous l'avons dit, pour office de protéger le droit même de l'enfant ». Le père de famille a le même office et, au point de vue biologique, avanl l'État.
« La liberté de fonder un ('lablissement d'instruction pour iles mineurs ne peut donc être une sorte de droit naturel,
iippartenanl à tous sans condition et sans limites ». Je ne
<'rois pas que, dans une société bien organisée, il y ait une
seule lib(Tl(' qin* doive être accordée sans condition et sans limites. Toute la question est dans les conditions et les limiles qu'imposera l'État.
D'ailleurs, ajoute judicieusement Malapert, « une objeclion s'offre immédiatement : ce n'est pas au nom du direc- N'ur de l'école, c'est au nom du père de famille, du droit
(|u'il a de donner ou de faire donner à ses enfants l'éducation qu'il juge la meilleure, qu'on va réclamer la liberté d'enseignement. Et cet argument n'est pas si dénué de valeur qu'on le prétend parfois. Nous avons eu déjà occasion de le reniarciiier, voici la part de vérité qu'il contient : s'il
est bien certain (jue l'esprit de l'enfant n'est pas la propriété
(lu père, il est tion moins ceilain que l'État n'a pas le droit de confisquer l'àme de l'enfant. Le devoir de l'État, c'est de
s'opposer à la tyrannie intellectuelle que pourrait exercer le
père; le droit de celui-ci repose également sur son devoir de s'opposer à la tentation que pourrait avoir l'État d'exercer une tyrannie semblable : sans doute, l'enseignement d'État
a émineminent cette vertu d'être avant tout inspiré par un large esprit de rationalisme et de libéralisme, d'être, et df viser expressément à être, un instrument de libération intellectuelle; mais on peut se demander si rétablissement d'un monopole exclusif au profit de l'État ne risquerait pas d'aboutir à l'institution d'un dogmatisme officiel qui serait justement l'opposé de ce qu'on en attend. Le régime de l;i liberté, sous le contrôle de l'État^ à coté d'un enseignemeiil d'État, telle est la solution ([ui nous paraît la plus capable d'assurer la liberté de penser, telle que nous avons essayé
de la définir. »
C'est bien ce que j'ai demandé plus liaut, seulement en
essayant de préciser un peu les mots « contrôle de l'État «.
(jui est peut-être un peu vague et peut permettre à certaines mentalités des applications dangereuses. 11 me paraît très suffisant de donner à l'État la collation des grades donnant droit à l'enseignement, sans permettre aux gou
vernants d'exclure à leur gré, sous prétexte de contrôle, les francs-maçons ou les jésuites, suivant le parti au pouvoir. On voit en tous cas que la Biologie bumaine nous a con
duits scientifiquement à une conception de la famille qui
peut être acceptée par tous les homnics, quelles que soieiil leur religion, leur philosophie et leur politique. Cette conception de la famille est basée sur le but, la fonction de lu société humaine, telle que la définit la science positive et expérimentale de rhonime.
Cette notion de la famille humaine conduit tout natii rellement à la notion biologique du mariacje qui appliquera
et complétera la première et que nous allons préciser daih
le prochain chapitre.