Notion biologigue (conception familiale) du mariage
La notion biologique du tnariage dëcoule tout naturellement de ce que je viens de dire, dans le précédent chapitre, sur la notion biologique de la famille. Car le mariage, au sens biologique du mot, n'a qu'un objectif et une raison d'être : cest la fondation dune famille telle que nous venons de la définir. La notion biologique du mariage se
ronfond avec la conception familiale du mariage.
La famille — je crois l'avoir montré — est bien la forme
scientifique de la société humaine; les lois biologiques (de la Biologie humaine) veulent que rhomme vive en famille. I/individu ne remplit tous ses devoirs d'homme que s'il ' remplit, non seulement ses devoirs individuels et ses devoirs interindividuels, mais aussi ses devoirs familiaux.
Dans sa préface à Un Divorce, Paul Bourget proclame,
avec Bonald, Balzac, Auguste Comte, « que l'unité sociale
est la famille et non l'individu » ; « la société se compose de familles et non d'individus « ; ce n'est pas là une opinion, c'est un fait; j'ajouterai : c'est un fait biologique. La vie normale de l'homme « suppose qu'il n'est isolé ni
dans le passé, ni dans le présent, ni dans Tavenir. puisqu'il est issu de parents, qu'à Fàge adulte il est lui-nirnie poussé
à se chercher une compagne et que ses enfants devenus des
hommes l'entoureront quand il sera vieux. C'est un lait que ces liens de fils à parents et de parents à enfants ne sont pas créés par une convention. Aucune loi ne les décrète. C'est la nature qui les veut. »
Voilà bien renseignement scientifique et positif de la science de Thomme, de la science de la nature humaine, de la Biologie humaine.
C'est ce fait naturel et biologique que le mariage doil
assurer et organiser.
Le mariage est donc une institution destinée à fonder un«' famille, à assurer aux enfants « une maison paternelle au vrai sens du mot », « la maison», comme di( ïlenrv Bordeaux, à créer et à fixer un foyer...
Le but sientifique et biologique du mariage n'est donc pas Finlérêt individuel et le bonheur particulier et isole des conjoints; par suite, ce n'est pas la considération
de leur bonheur ou de leur malheur qui doil infhier sur la durée et Tindissolubilité du mariage et sur les dilTérents
détails de l'organisation du mariage, dont je reparlerai dans le cours de ce chapitre.
Le seul objectif du mariage biologicjue est la formation et réducation des enfants; c'est leur intérêt seul et par suite, par leur intermédiaire, l'intérêt de Tespèce humaine
dans son évolution, son progrès et son avenir, que biologiquement on doit avoir en ^ue quand on veut discuter les conditions et la réglementation du mariage.
C'est ce que le Code civil indique expressément, en tête des « ObUgations qui naissent du mariage », quand il dil (article 203) : « les époux contractent ensemble, par le fait seul du mariage, l'obligation de nourrir, entretenir e\ élever leurs enfants ». *
Voilà l'article qu'il faudrait inscrire en lettres d'or dans
toutes les mairies et qu'il faudrait lire et commenter à chaque mariage, à la suite de l'article 212 (régulièrement et
légalement lu par TofTicier de Tétat civil) « les époux se
doivent mutuellement fidélité, secours, assistance»; alors même que, suivant le désir d'un illustre littérateur, on ,i]o\i-
\^Yd\iY amour à cette liste des droits et devoirs respectifs des époux.
Dans la notion biologique du mariage, l'amour mutuel d*>s époux est certainement un élément important; mais ce n'est qu'un moyen qui rend plus facile et plus agréable le
chemin par lequel on atteint le vrai but du mariage. De même, rappétit rend facile et agréable notre alimentation quotidienne; mais il serait ridicule de penser que le but de
notre fonction digesti\e est de satisfaire cet appétit.
Au point de vue biologique, le mariage lia quun but et une raison d'être, cent la fondation de la famille avec tous les devoirs que comporte la conception biologique de la famille humaine c'est-à-dire les devoirs de formation
physique et intellectuelle et réducation des enfants.
Les auteurs qui contestent le caractère naturel de ces
liens familiaux qui sont la base de la société humaine et le but du mariage méconnaissent les enseignements de la Biologie humaine.
Auguste Comte a dénoncé les « esprits sophistiques » qui « croient pouvoir transformer au gré de leurs vaines prétentions les principales relations sociales et. regardent
conune factices et arbitraires les liens fondamentaux de la
famille humaine ». En même temps, il a signalé « l'utilité
scientifique d'une comparaison sociologique de l'homme aux autres animaux », pour la découverte des « lois les plus élémentaires de la solidarité fondamentale » ; on reconnaîtra bien l'utilité de cette comparaison, quand les études sociales seront enfin dirigées par l'esprit positif.
C'est une idée très saine de rattacher à la biologie l'étude des liens familiaux, mais à la condition absolue de se
rappeler qu'il s'agit de rhomme et non des animaux, qu'il
faut donc s'adresser à la Biologie humaine et non à la biologie générale; ce qui est bien différent et bien important. Ceci a été compris par les auteurs qui ont suivi les conseils d'Auguste Comte : tout en étudiant les sociétés des animaux inférieurs, ils n'en induisaient des applications aux
sociétés humaines qu'en tenant compte des différences qui séparent l'homme des autres animaux.
Ainsi, Westermarck « proclame que, si nous voulons
trouver l'origine du mariage, nous ne devons pas nous renfermer dans les limites de notre espèce, mais prendre également en considération les animaux inférieurs ». Seulement il montre qu'il y a, à ce point de vue, de grandes
différences entre les invertébrés, les classes inférieures des
vertébrés (le soin des parents pour leur postérité est à peu pi^s inconnu, les rapports des sexes sont éphémères).
les oiseaux, les manmiifères (la mère seule est préoccupée
du bien-être des jeunes, le père n'en a cure)... et il conclut : « flous pouvons poser en principe que la durée de l'union des sexes est déterminée par le devoir des parents; c'est pour l'avantage des jeunes que le mâle, et la femelle continuent h vivre ensemble. Le mariage, c'est-à-dire Tunion durable, est une condition nécessaire du ynaintien de la race humaine. Donc, chez les hommes primitifs, les sexes, selon toute probabilité, ne .se séparaient
pas après la naissance de leur progéniture »
M^"^ Deploige a bien montré que cette idée vraie el utile de rattacher à la biologie la conception du mariage n'a pas été découverte par Auguste Comte et qu'on la trouve
nettement exprimée déjà dans l'œuvre de saint Thomas.
« Qu'est-ce, demande-t-il, qui convient à l'espèce humaine?
Le mariage, c'est-à-dire l'association viable du niari et de la femme, est-il préférable ou non à l'union libre? Il ne
suffît pas de répondre que la fornication constitue une offense
faite à Dieu. 11 s'agit d'examiner quel régime est, dans la
réalité, bon pour l'homme. Voyons donc quelle forme
d'union est réclamée par les besoins de notre espèce. Et, pour le savoir, cherchons à découvrir la loi qui régit les relations sexuelles chez les animaux ». "
En fait, cette étude révèle que, dans la série animale, c( les unions présentent la plus grande variété; leur
durée est très inégale... la forme aussi varie... le résumé de ces faits, ou la loi qui s'en dégage, est que la durée et la forme de l'union sexuelle sont commandées par les besoins
de la progéniture, par les exigences de la perpétuation de l'espèce. Il ne reste donc, pour connaître la loi du mariage, qu'à examiner ce que réclame la formation d'un homme. Or, pour mettre un être liumain en état de se suffire, il faut,
après les soins du prenn'er âge, l'instruire, l'éduquer, le discipliner, tâche de longue haleine, qui nécessite la collaboration du père et de la mère. La conslitution du mariage
humain se trouve dès lors déterminée : ce sera l'union d'un
seul avec une seule et pour toujours » .
C'est exactement la doctrine sur le mariage à laquelle conduit la Biologie humaine contemporaine.
C'est cette même doctrine biologique que, dans sa Préface de Stéphanie, Paul Adam a éloquemment dressée contre la théorie individualiste (dont je parlerai plus loin) du mariage, dans laquelle tout est dominé par l'amour et l'intérêt des conjoints, tout est subordonné au bonheur égoïste des amoureux. L'avenir de la nation, dit-il. dépend de la solution donnée à ce problème.
« A force d'exalter l'amour, l'omnipotence de l'amour, le tout est permis en amour, le triomphe de l'amour contre
l'argent, nos littérateurs classiques et romantiques ont
habitué les générations successives à mépriser ce qui s'oppose,
dans les coutumes et dans les lois latines, à la désastreuse victoire de l'individu et de ses instincts sur les vieux principes de l'organisation nationale. »
En restant dans les limites de ma démonstration, je dirai
« la désastreuse victoire de l'individu et de ses instincts sur les vieux principes de rorganisation bioloyique » c'est-à-dire
de rorganisation scientifique de toute société humaine et par conséquent de la famille qui en est le prototype et le modèle.
Comme conclusion à ce paragraphe, je peux dire que la
notion biologique du mariage (conception familiale du mariage) se résume en ces deux mots : monogamie durabk (réserve faite de la question d'indissolubilité sur laquelle je
reviendrai).