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Le malthusianisme scientifique: exposé de la doctrine

le principe de population.

On donne le nom de malthusianisme à Tensemble des doctrines qui redoutent l'encombrement de la terre par la

pullulation, non réprimée, de Tespke humaine et prêchent la limitation volontaire de la procréation des enfants. Mais

dans ces doctrines, il faut immédiatement faire une distinction essentielle et capitale.

Il y a un malthusianisme scientifique qui est, à proprement parler et exclusivement, la doctrine proposée par Malthus et qui mérite un exposé et une critique scientifiques; — puis, il y a une autre doctrine, immorale et criminelle, que Ton a eu le tort d^ippeler néomalthusianisme, parce que Malthus ne Ta jamais ensei-née à aucun titre, qu'il vaudrait mieux appeler anticonceptionnelle; cette doctrine n'a rien de scientifique et il suffira presque de fexposer pour la juger et la condamner.

Malthus est le premier qui ait donné à sa doctrine fallure et le caractère scientifiques : mais il a eu des précurseurs pour fexposition de f idée.

« Dans l'antiquité, dit Leroy Beaulieu, Platon et Aristote

S'occupèrent de ce problème (de ^encombrement de la terre

par les hommes) et conseillaient des moyens violents pour

obvier à la prolificité. Au xvm« sièch», Montesquieu, Franklin, Arthur Voung, d'autres encoreéniirent, sans trop s'y arrêter, des idées assez analogues à celles (h^ Mallhus ». Les Allemands citent encore comme prémalthusiens Machiavel et

Giovanni Bottero : « d'après ce dernier, la vente des esclaves

en Guinée, le cannibalisme des sauvages, les vols et les brigandages des Arabes, à plus forte raison les migrations des peuples et même la généralité des crimes n'ont pas d'autre cause que f encombrement de f espèce humaine sur

le globe ou sur certains points de celui-ci ». Enfin Taine a montré que « les révolutionnaires français à la fin du xviii» siècle, Collot d'Herbois notamment, quelques années avant l'apparition du livre de Malthus. avaient émis en système

que la.France était trop peuplée et qu'il fallait, pour obtenir

l'universel bonheur, réduire dans des proportions énormes

ie nombre de ses habitants ».

En 4798, un pasteur protestant, âgé de 32 ans, Thomas

Robert Malthus publie un Essai sur le principe de la population, qui a tout de suite un grand retentissement: « il rompait avec les opinions reçues. Il soutenait que les causes auxquelles on attribuait la détresse des classes inférieures et la misère des sociétés humaines n'avaient qu'une action superficielle et étaient fort loin de suffire à expliquer ces

calamités. Le mal était ailleurs; il résidait dans \^ principe

de population », qui était pour lui « \^ tendance qu avait,

suivant lui, chaque groupe humain à multiplier d'une manière plus rapide que les subsistances... C'est à ce principe de population qu'en tout pays on peut faire remonter le malheur des classes laborieuses et f inutilité des efforts faits par les classes supérieures pour soulager leurs souffrances. L'auteur s'attaquait à la charité légale et critiquait

ouvertement k^ poor laws (lois des pauvres) ».

Dans la première édition de cet Essai, il y avait des

passages « empreints d'une énergie et d'une éloquence presque sauvages » comme celui-ci : « un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa fcunille ne peut pas le

nourrir, ou si la société ne peut utiliser son travail, n'a pas

le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture, et il est réellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n'y a pas de couvert mis pour lui.

La nature lui commande de s'en aller et elle ne tarde pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. »

« Des calculs'statistiques venaient à l'appui de ces théories. Étudiant la population des États-Unis, qui offre, en effet,

le meilleur exemple de l'évolution naturelle d'un groupe social dans les conditions les plus favorables, l'auteur du livre concluait: nous pouvons tenir pour certain que, lorsque la population nest arrêtée par aucun obstacle,

elle va rloublant tous les vingt-cinq a?is, et croît de période en période suivant une progression géométrique ». Dans d'autres passages du même livre Malthus parle

du doublement de la population en vingt ans (au lieu de vingt-cinq).

En présence de cet accroissement de la population en progression géoinëlrique il faut mettre l'accroissement des productions de la terre; ceci est plus difficile à déterminer.

Mallhus est du iriuins siir « que cette mesure est tout à tait

différente de celle qui est applicable à Taccroissement do la population ». Un nombre de nulle millions d'hommes doil doubler, par le seul principe de population, dans le nuMue

temps qu'un nombre de mille bonmies ; tandis qu'on « n'obtiendra pas avec la même facilité la nourriture nécessaire pour alimenter l'accroissement du plus grand nombre »

et, en définitive, il se déclare en état de pnitiver, en parlanl

de l'état actuel de la terre iiahilée, que /e.v ?hoi/etis\le siihsis-

tanve, dans les circonstances les plus favorables à Findustriey ne peuvent jamais aufjmenter plus rapidement que selon une progression arithmétique ».

Ces chiffres opposés de progiession géométrique et d«^ progression arithmétique pour la marche de la population et la marche des subsistances étaient de nature à impressionner el iiiipressionnèreni vivement le public: « ils constituèrent ce que Ton a appelé la loi malthusienne du doublement ».

Gomme exeinple d'application de sa loi, Mallhus précisail : « portons à mille millions le nombre des habitants actuels

de la terre : la race humaine croîtrait comme les nombres i, 2, 4, 8, 16, 32, 64, 128. 2o6 ; tandis que les subsistances croîtraient comme ceux-ci: 1, 2, 3, 4, o, 6, 7, 8 et 9. Au

bout de deux siècles, la population s(M\ait aux movens de

subsistance comme 256 est à 9 ; au boul de Jrois siècles, comme 4096 est à 13; et. après deux mille ans, la différence serait inunense el comme incalculable ».

J'avoue que je serais tenté de qualifier, comme le fait Blanqui. cette loi de Malthus : « le théorème de l'accroissement de la population en proportion géométrique tandis

que les subsistances s'accroissent en proportion arithmétique ». Leroy Beaulieu estime que, dans cette interprétation. Blanqui, « juge foi1 superficiel », montre « sa légèreté coutumière ». Car, « jamais Malthus n'a parlé de

l'accroissement de la population en proportion géométrique

tandis que les subsistances s'accroissent en progression arithmétique, proposition qui serait d'une manifeste absurdité. Il a dénoncé la tendance à l'accroissement, ce qui est tout difïé'rent. »

Soit. Mais, dans Tesprit de Malthus, cette tendance à Taccroissement disproportionnée se réaliserait et deviendrait un fait et un accroissement réel, s'il n'y avait pas les freins

généraux (que l'auteur décrit), qui s'opposent à l'accroissement de la population : le frein préventif, « qui agit en empêchant l'accroissement » et le frein répressif, « qui se manifeste par RF destruction, soit graduelle, soit immédiate, des êtres humains en trop ». C'est le premier de ces freins que Malthus prône, quoique les hommes en général aient « beaucoup de répugnance à s'y plier » et que « presque tous le rejettent ». Les freins répressifs sont « les plus actifs en Tétat du monde » actuel ; ce sont les diverses formes du

n\BW\GUT (?7iise?y) : guerres, maladies, privations. « Le frein préventif, à savoir la contrainte ?norale, devrait se substituer aux freins répressifs; c'était la seule solution du problème de la misère. »

Le succès de ce livre fut « immédiat et éclatant ». « Les partis politiques s'emparèrent de la thèse de Malthus ; les conservateurs et même les libéraux, les antisocialistes ou anfiréformistes se Tapproprièrent. Désormais, la cause de

la misère était trouvée; les lois étaient impuissantes à rien faire contre elle; c'était la brutale passion sexuelle à laquelle s'abandonnait le peuple qui était seule responsable des souffrances de la classe inférieure. îl n'y avait qu'à prêcher la contrainte morale, le moral restraint » (continence). Malthus compléta d'ailleurs son Essai, et en donna, en 1803,

une nouvelle édition « plus étendue et plus documentée ».

Le livre fut traduit dans toutes les grandes langues et eut

six éditions du vivant de son auteur. Dans la dernière

(1826), il définit ainsi « le concept du moi'al restraint, contrainte ou plutôt restriction morale : une restriction du mariage par des motifs de prudence avec une conduite strictement morale pendant la période de la restriction ». Une des causes du succès du livre de Malthus et une

excuse pour son auteur sont constituées parM*e tait que

Malthus récrivait à la fin du xvni* siècle c'est-à-dire au rnoiuent de cet accroissement formidable (signalé plus haut) de la population en Angleterre, au moment où « il y avait.

dans les sociétés de l'occident de l'Europe, de puissants stimulants artificiels à la procréation d'êtres humains, les primes indirectes en quelque sorte à la natalité ».

De cette considération découla une école d'adhéients/?rtr-

ûek à la doctrine de 3Ialthus, qui reconnaissent la justesse

de ses raisonnements pour la société humaine, telle qu'elle est à ce moment; mais qui admettent que certaines réformes (pour cliacun, celles qu'il rêve) empêcheraient cet encombrement fâcheux de la planète par la fourmilière humaine,

sans qu'on ait besoin d'avoir recours aux procédés conseillés par Malthus. C'est ainsi que Fourier « croit que, en civilisation, Tencombrement du monde et la misère générale

sont des faits inéluctables; mais il considère que, dans le

régime qu'il piône, c'est-à-dire dans VÉtat sociétaii^ej en Harmonie, le règlement de la population s'effectuera automatiquement et sans restrictions légales » et cela par le jeu

d'une loi qu'il décrit <( en termes assez amphigouriques » sous le nom de « loi naturelle de redressement ou de limitation du principe de la population, loi qui découle de

Taccroissement du bien être »...

Malgré leurs réserves, les auteurs de ce groupe doivent

être considérés comme élèves et adhérents de la. doctrine de Malthus, puisqu'ils la défendent et conseillent de l'appli-

quer jusqu'au jour — peu prochain — où leur propre système triomphera et sera appliqué.

A. La multiplication indéfinie est une loi de biologie générale, non de Biologie humaine. — La première pensée qui vient à Tesprit à la lecture de la doctrine de Malthus est la

notion de son immoralité; et il paraît tout indiqué de la

combattre à cause de cette immoralité et au nom de la morale.

Cette argumentation serait très légitime et nous la reprendrons à la (in de cet exposé : alors même que la vérité scientifique du malthusianisme resterait établie, le conflit de

cette vérité et du devoir familial inverse devrait être tranché

en faveur du devoir familial.

Mais, avant d'arriver à cette solution extrême et pénible,

il convient d'examiner si la vérité scientifique de la doctrine

de Malthus est aussi réellement établie qu'on le dit depuis et après Malthus. La solution morale sera bien plus aisée à maintenir ensuite, si nous parvenons d'abord à réfuter

scientifiquement cette doctrine d'allure scientifique et positive de Malthus (pour la discussion et la réfutation de cette doctrine, je suivrai — comme je l'ai fait pour l'exposé — le livre très clairement documenté de Leroy

Beaulieu).

Puisque nous voulons rester sur le domaine scientifique, nous ne tiendrons par compte de Topinion des « contradicteurs passionnés » de Malthus, d'après lesquels « Malthus

serait presque un monstre ou, du moins, un écrivain, sinon immoral, du moins amoral: nous ne suivrons pas Jules Simon quand il écrivait, en 1890, dans le Temps, à propos d'une afTaire criminelle retentissante : on parle d'avorte-

ment, parlons de Malthus». Nous réservons pour le paragraphe suivant Texposé et la discussion du néomalthusianisme et des pratiques anticonceptionnelles, qui ont pu être

LA PÉPOPULATION

déduits de la doctrine de Malthus mais n^ont jamais été acceptés ou conseillés par cet auteur.

Leroy Beaulieu montre d'abord qu'il est « évident que,

dans rétat actuel du monde, il ne peut pas être question

d'un encombrement prochain du globe par la race humaine.

Des contrées immenses, comme les deux Amériques, surtout celles du centre et du Sud, sont à peine effleurées par l'homme. L\\frique. non seulement dans la région méditerranéenne et dans Ja partie australe, mais presque sur la totalité de sa superficie, ne porte qu'une très infime partie de la populalion quVUe pourrait nourrir; de même, la Russie, la Sihéi'ie. l'Asie centrale: de même encore, les iles

constituant ce que l'on appelait autrefois l'Océanie. S'il y a

des fourmilières humaines comme la Chine et l'ïnde ou même comme la liel-ique et certaines parties de l'Italie, les solitudes hahilables et cultivables sont heaucoup plus vastes... La population du globe pourrait doubler, sinon tripler, à la condition de se déverser sur tous les points de la terre en raison de leurs facultés productives, sans qu'il y eiit

encomhrement. »

Dans toute la fin du xix« siècle, la production a été en excès sur la consommation, Toffre sur la demande; les subsistances et matières diverses destinées aux contrées civilisées ont heaucoup plus rapidement augmenté que la populalion de ces contrées; d'où la crise agricole et connnerciale constatée, due « à l'infériorité de raccroissement delà population des pays civilisés relativement à Taccroissement des denrées diverses à leur usage... A Theure actuelle, cW

plutôt le consommateur qui manque aux denrées, du moins au prix où on peut les produire en Europe, que ce ne sont les denrées qui manquent au consommateur. Cette situation ^tait certainement celle de la période 1880-1905. »

On comprend que Leroy Beaulieu n'ait pas de peine à réfuter « les fantaisies statistiques auxquelles se livrent, sur

le pullulement prochain de respèce humaine» des « hommes

graves » comme Ravenstein et le général du génie Brialmont.

Pour le premier, le monde aura « son plein » comme on dit

vulgairement ou sera au « grand complet )) comme disait

Fourier dans 182 ans ; pour le second, ce résultat du pullulement sera acquis dans 386 ans. Pour les deux, la production maxima de la terre en subsistances deviendrait alors msumsante. — Leroy Beaulieu montre que « tout esprit de critique est absent « de ces travaux, que les réflexions de

ces auteurs « soni purement conjecturales et qu'elles pèchent de tous les côtés ». A coup sûr, « avec une bonne agronomie,... te monde complètement exploité pourrait nourrira

l'aise, sinon les 27 milliards dV:tres humains du général

Brialmont, du moins 7 à 8 milliards d'habitants, soit 4 à ^ fois plus que le nombre actuel des hommes, peut-être

même 10 à 12 milliards, et sans que les nations occidentales fussent obligées de renoncer à la nourriture animale. » -

Cependant il est bien évident que si la population du monde augmentait toujours d'un taux fixe par année il arriverait un moment où cet accroissement dépasserait celui des subsistances. Il est donc nécessaire de discuter, toujours

scientifiquement, I« principe même de population de Malthus, sa loi d'accroissement d'après laquelle la population du

monde doublerait tous les vingt ou vingt-cinq ans.

La théorie de Malthus est tout d'abord basée sur un raisonnement par analogie: l'homme est un être vivant comme

les autres animaux et les végétaux ; or, on sait, en biologie

générale, que la multiplication des êtres vivants à la surface du globe est énorme et indéfinie et que chaque espèce couvrirait bientôt la terre entière si ce mouvement n'était

pas limité et combattu par la prolifération analogue des autres espèces vivantes. La limitation des espèces est le résultat de la lutte pour la vie.

« Si la terre, disait Franklin, était dépourvue de toute

autre plante que le fenouil, il suffirait pour la couvrir de

verdure ; s'il n'y avait pas au monde d'autre peuple que la

nation anglaise, en quelques siècles elle peuplerait le monde ; si des millions de mondes vacants nous étaient accessibles et habitables, ils finiraient par être fécondés par la terre seule. » En effet, « merveilleuse est la fécondité des plantes et des animaux : quelques chèvres, abandonnées dans une lie, finissent par la remplir de leur espèce ; quelques couples de lapins introduits en Australie ont encombré ce vaste

pays de leurs rejetons. Il est hors de doute que quelques couples humains, placés sur un vaste continent, dont l»-

climat, le sol, les productions seraient très propices à leur existence et à leur propagation, créeraient à la longue ui\e.

population considérable, en relation avec les ressources de la contrée ».

Mais ces raisonnements n'auraient de valeur scientifique que si l'homme était assimilable aux autres êtres vivants, si

la science de l'homme était uniquement un chapitre de la biologie générale. Or, tout ce livre est basé sur ce principe

tout opposé que la Biologie humaine est une science positive et expérimentale comme la biologie générale, mais tout à

fait différente de la biologie animale comme de la bioloiiie végétale.

Chez l'homme, la fonction familiale (pour assurer la continuité de l'espèce) n'est pas réduite à la génération, à h. production automatique et nécessaire de nouveaux êtres comme chez les autres espèces vivantes. C'est une fonction complexe (procréation et formation des hommes futurs) qui se présente comme un devoir obligatoire et non comme une nécessité automatique ; en d'autres termes, la volonté autonome et libre de Thomme intervient même dans les parties les plus animales de la génération humaine, comme

je Tai dit plus haut (page 304) et par conséquent on ne peut plus appliquer à son pullulemenl les mêmes règles qu'au fenouil et aux lapins.

En même temps que la volonté, le psychisme tout entier

intervient dans la fonction familiale de Thomme, qui est une l'onction psychosplanclmique. Ce qui n'est chez les animaux '

et les plantes a que l'accomplissement d'un instinct naturel ou d'une force impulsive irrésistible devient dans Fespèce humaine un acte libre, sur lequel la raison, le sentiment ont une prise incontestable»;

L'intervention de la fonclion psychique dans la génération

constitue immédiatement un fr(M*n h la prolifération exagérée. La meilleure preuve en est que. dans Tespèce humaine ellemême, au furet à mesure <jue l'individu « devient plus éclairé, plus instruit, que sa vie est plus diversifiée, que ses distraclions sont plus nombreuses et plus élevées, l'instinct reproductif se trouve en concurrence avec d'autres besoins, d'autres désirs, qui lui font, dans une certaine mesure, con- <-,urrence et lui arrachent la prédominance absolue qu'il possédai! chez des êtres plus simples et moins développés », comme

si la surabondance de la reproduction pouvait être calculée

« en raison inverse de la sensihilité, de l'intelligence et de la Force avec laquelle cluKjue espèce résiste à la destruction. » Leroy Heaulieu accepte cettt? loi que « Télévation générale du niveau intellectuel et la vie plus divei'sifiée du genre humain ont une certaine influence restrictive sur la prolifi-

cité » ; et Herberl Spenc(»r a souleim « qu'il y a une opposition générale entre le phénomène de la procréation et celui qu'il appelle lindividualion c'est-à-dire le développement poussé au plus haut «legré des facultés intellectuelles ». Cette deinière formule est manifestement exagérée et, prise au pied de la h'tlre, fausse. L'homme, -^lans son développement psychique vrai et complet, a et connaît ses devoirs familiaux comme l'imbécile ou le non-civilisé. Seulement il comprend mieux la portée et l'étenciue de ce devoir:

il sait que s'il doit avoir des enfants, il doit aussi les élever.

présider à leur totale et longue formation humaine; il pèse

les «"onditions matérielles et sociales dans lesquelles il se Grasset. — Devoirs et périls biol. 34

trouve et dans lesquelles se trouveront ses enfants ; et de

là sort un jugement réfléchi, raisonné et voulu qui règle la fondation de la nouvelle famille.

Il y a là, dans la nature humaine, un frein normal, régulier, biologique, qui peut être faussé, exagéré et conduire à

des actes fâcheux de restriction volontaire, mais qui, pris en lui-même et maintenu dans ses limites naturelles, est

une loi biologique, une loi de la Biologie humaine. On comprend donc qu'il est impossible de raisonner,

comme Malthus le fait, pour Thomme comme pour les autres animaux et les végétaux ; il est impossible d'admethv ce point de départ et d'appui de la doctrine de Malthus tiré « de Tassimilation de la nature de Thomme avec celle des

animaux et celle des plantes ». Si on connaît et si on comprend la Biologie humaine et ses enseignements, on conclura que cet argument d'analogie biologique de Malthus se retourne au contraire contre lui et contre sa doctrine.

B. La marche de la population dans les nations civilisées modernes contredit le principe de Malthus. — A côté de cet argument d'analogie biologique qui ne tient pas, Malthus invoque également un argument statistique, qui en impose à beaucoup parce qu'il a une allure très positive et paraît à

première vue plus difficile à réfuter. Nous allons voir, toujours en suivant le livre de Leroy-Beaulieu, que cet argument ne vaut pas plus que Tautre.

D'abord il était très difficile à la fin du xvm* siècle de se procurer des renseignements-statistiques exacts: il n'existait ni état civil ni recensements. D'autre part, on ne savait pas, ou on ne savait que mal, interpréter lesclnlfres: on ne connaissait pas « la démographie ou étude des collectivités humaines, de leur composition et de leurs mouvements intérieurs». De ces documents peu précis et mal contrôlés Malthus conclut néanmoins que la population des États- Unis double dans un moindre intervalle qu'un quart de siè-

cle. C'est de ce fait qu'il tire sa loi que « lorsque la popula^ tion nest arrêtée par aucun obstacle, iA\e. va doublant tous les vingt-cinq ans et croît de période en période suivant

une propoil ion géométrique ».

D abord Malthus généralise bien vite et peu scientifiquement: « un nombre de mille millions d'hommes doit doubler

en vingt ans parle seul principe de population, tout comme un nombre de mille hommes». Rien n'est moins prouvé. Théoriquement et toutes choses égales d'ailleurs, on peut parler ainsi ; mais pour un problème aussi compliqué, avec des éléments aussi multiples et divers, on ne peut plus rai-

soimer ainsi. C'est une présomption el rien de plus'.

Dans sa formule, Malthus met d'ailleurs lui-même les

mots que j"ai soulignés: « lorsque la population n'est arrêtée par aucun obstacle». Voilà Télément variable, qui change avec les époques et interdit par conséquent la généralisation.

Nous avons vu plus haut que, de par la Biologie humaine,

il y a, chez tous les hommes, un «obstacle » au pullulement en quelque sorte mathématique des animaux et des végétaux.

Cet élément varie singulièrement avecles époques et par conséquent infirme radicalement le raisonnement de Malthus. En fait, Leroy Beaulieu étudie de près la marche de la population aux États-Unis, sur le terrain choisi par Malthus v\ d'ailleurs très favorable à ses idées; et il montre que les

statistiques sérieuses conduisent à des conclusions exactement inverses de celles de Malthus.

<t Jamais les Élats-Unis, quoi qu'en disent Petty et Mal-

Ihus. n'oni vu leur population doubler, du chef de son

mouvement propre, àixns un espace de vingt-cinq années ». Dans l'interprétation des chiffres bruts de la population il faut naturellemerU tenir compte de T'immigration (qui n'a rien à voir avec la natalité et augmente la population immédiatement et plus lard): « même dans la période de beaucoup la plus favorable des Etats-Unis (de 1790 à 1840), celle qui réunit à peu près les conditions idéales que l'on peut

rêver, raugiuenlalion de la population, si F on tient compte

de rimmigrntion et de son influence, reste assez sensible-

ment'au-dessous de la progression indiquée par Mallhus. »

Après 18i0. le Inou^ennent d'accroissement de la population des Etats- [Inis se ralentit singulièrement, quoique les circonstances soient encore « exceptionnellement favorables » : de 1840 à 1865. « dans Thypothèse où la guerre de Sécession n'aurait pas eu lieu, Faccroissement propre de la population des États-Unis n'eut été. en ces vingt cinq ans, que de 63,7

pour 100; ce qui constitue la p«''riode de doui>l<'nient en une

quarantaine d'années, au lieu des vingt-cinq de Maltiuis. »

Entin, actuellement. « la population des Etats-Unis n'augmente pas à raison de plus de I ou 1 un quait poui' cent pai" an. du chef de son mouvement propre. inmn«^ration déduite ». D'autre part. « la population des Etats-Unis, outre ses conditions naturelles, extraordinairement et passagèrement fiivorablcs. jouit du bénélice de circonstances

artilicicilos et temporaires qm" ne le sont pas moins : elle

dispose, grâce aux envois de I Europe, de beaucoup plus de capitaux quelle n'en produit. Malgré cette situation si anor-

maternent propice, la jjopulation des Etats Unis, par son mouvement propre, ne s'accroît pas à raison de la moitié du taux que Malthus considérait comme le taux naturel : le taux même de cet accroissement n'est guère (jue du tiers

de celui de Malthus et il diminue tous /es jours,. L'observation exacte inflig^e donc à Malthus ini <lémenti flagrant, décisif., la vraie loi de la population pour les peuples d'une haute civilisation est tout à fait inverse » de celle de Malthus. Voilà pour les États-Unis: « on voit que \c principe de

population de Malthus échoue môme pour cette catégorie d'hommes oii il semblerait le plus naturel qu'il se vérifiât ».

Leroy-Beaulieu poursuit ensuite la loi de Malthus sur

d'autres exemples, d'abord sur le pullulement des Français au Canada : il y a eu là « une prolificité extraordinaire ».

En 1763. quand la France céda le Canada à l'Angleterre, le nombre des Canadiens français était de 63000. En 1901, ce nombre sest élevé à 1649371.

« Jamais peut-être aucune population au monde ne s'est

trouvée dans un ensemble de conditions aussi propices à la prolificité et à la prospérité, au sens philosophique et traditionnel du mol... Aucun service militaire, aucune guerre, aucun trouble même civique on civil, sauf d'une façon exceptionnelle et toute transitoire, aucune charge que celles qui sont absolument Indispensables au maintien et au fonctionnement du groupe social. Les capitaux formés dans le vieux monde venaient, sans discontinuité, donner limpulsion au pays et commanditer abondamment la production croissante et la main-d'œuvre qui pouvait pulluler, sans devenir exubérante. >> Si donc un groupe social devait justifier le « Principe de population » de Malthus, c'était celui

des Franco-canadiens.

En tait, je lai dit, laccroissement a été énorme ; les

chilïres de ce groupe sont ceux « qui s'écartent le moins d(^

la célèbre progression géométrique » de Malthus; mais « ils

restent encore considcmhlement au-dessous ». Les personnes de langue française résidant au Canada atteindraientils deux millions, ce serait insuffisant; le doublement par période de 2o ans exigerait qu'ils fussent au nombre de

3 millions; « il s'en faudrait donc d'un tiers environ que le

doublement eût lieu dans la période considérée par Mallhus comme anormale » (cinq périodes et demi de 25 ans).

La République argentine est « le pays du globe, qui, avec les Etats-Unis et le Canada, plus même aujourd'hui que les

Étals-Unis qui sont en train de se transformer en contrée adulte, bénéficie le mieux et de la façon la plus caractérisée du vigoureux essor de la prime jeunesse... Tout se trouve

réuni, à l'heure présente cl depuis presque le deuxième

quartier du xix' siècle, en celle conlrée, pour y favoriser le développement de la population... »

En rapprochant et interprétant les chiffres successifs de la population, en tenant compte des immigrants et de leurs descendants, Leroy-Beauheu montre que la période de doublement est de trente-sept ans environ, moitié plus longue que celle qu'envisageait Maltiuis. « Le principe de population de Malthus ne se vérifie pas dans ce pays merveilleusement doué et servi par toules les circonstances économiques

présentes; il s'en faut même de beaucoup. »

De ces pays neufs, Leroy-Heaulieu passe ensuite à l'étude des autres populations réputées les plus prolifiques et déjà arrivées h un haut état de civilisation; et d'abord de VA7igJeterre,

« Le doublement de la population du Royaume-Uni de la

Grande-Bretagne et de rirlande s'est effectué en un peu

plus de quatre-vingts ans » : 20893;>8i âmes en 1821 et

41458721 en 1901. Dans les quaire-vingts ans de 1831 à à 1911, la population passe de 24028581 à 45309021 : en quatre-vingts ans il manque 3 millions pour avoir le doublement, (c La période de doublement de la population du Royaume-Uni va en s'allongeanl de plus en plus. »

Pour VAliemarpie, la population de l'ernpire a doublé.

en 76 ans, de 181() à 1891 : el de 1891 au 1^'^ déceiiibre 1910,

en vingt années exceptionnellement propices, elle a passé de 49966000 âmes à 64903000. augmenté par suite de 15 millions d'àmes en nouibre rond.

Pour apprécier la /e/^^^/?ce à l'accroissement il faut tenir compte de rémigratiou. Dctns ces conditions. « la population de l'Empire alliMuand a doublé, de 1816 à 1891, en soixante-quinze ans. tandis que, pour la période de 18 il à

1865, la tendance au doul)lemeii[ (même en supposant qu'aucune émigration ne se fut produite) embrasse une période plus longue, soit quatre-vingts à quatre-vingt-cinq ans. » Après la guerre de 1870. de 1872 à 1885, on constate une tendance au doublement en soixante-cinq ou soixante-dix

ans environ et non en vingt-cinq années (or, la prolificité

augmente toujours après les grandes guerres et spécialement après une guerre heureuse). De 1901 à 1909, période prodigieusement prospère, l'accroissement se fait sur un taux, qui laisse supposer un doublement en une cinquantaine d'années (la proportion des décès ayant d'ailleurs, dans cette période, sciisiblemenl diminué par rappori aux années précédentes).

Ainsi, conclut Leroy-Beaulieu, « la tendance au doublement de la populalion dans l'empire d'Allemagne, nous ne

disons pas le doublement effectif qui est différent, exige une

période environ double de celle que Malthus considère comme

normale ».

De même encore, en Belgique, dans ce pays « à développement si rapide, à paix ininterrompue, à faibles impôts, sans

charges militaires oppressives, la lendance à l'accroissement

<le la population, mesurée d'après l'excédent des naissances

sur les décès, exigerait environ quatre-vingts ans pour le doublement... On voit combien on est loin de la loi de doublement en vingt-cinq ans cpie Malthus veut établir; el en admettant » (comme on l'objecte) « que la misère ait en partie comprimé cette tendance, on serait, même en supposant que ce frein répressif n'eut pas existé, infiniment éloigné encore

du doubkiiieni (mi vingt-cinq ans ».

Lcroy-Beaulieu conclut nettement cette partie de son

argumentation.

« Quand on examine une nation civilisée entière, c'està-dire un groupe composite comprenant toutes les diverses situations sociales, on n'en trouve aucune, pas même les

États-Unis d'Amérique, où l'on puisse constater, je ne dis pas le doublement efleclif de la population, par son propre

mouvement, en viiigl-cinq années, mais même une lendance

qui, si elle n'était pas contrariée par la misère, put amener un développement aussi rapide. La tendance à l'augmentation de la population, même chez les peuples civihsés où elle est la plus forte, exigerait pour le doublement une

période double ou triple. D'autre part, l'humanité offre des

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exemples de nations entières et de nombreux groupes sociaux soit absolument stationnaires, soit môme en voie de réduction de population. La doctrine de Malfhiis est, par ces deux côtés, en défaut. »

C. La vraie loi de population est inverse de celle de Malthus. — On peut aller plus loin dans cette discussion scientifique du malthusianisme scientifique et montrer que non seulement les statistiques dans les peuples civilisés modernes contredisent le principe de population de Mallhus, mais qu'encore la marche de la population dans les nations anciennes fait plutôt prévoir, pour le monde, un péril précisément inverse de celui que signale Malthus.

« Une considération plus haute domine la question, dit Leroy-Beaulieu : c'est celle de savoir si la fécondité, que l'on a constatée dans le passé chez des peuples plus ou moins primitifs^ dénués d'aisance ou de richesse, de mouvement intellectuel, d'ambition et de jalousie démocratiques, n'est

pas destinée à se restreindre graduellement, si elle ne s'est

pas déjà sensiblement réduite; si les peuples à population

stationnaire ne sont pas en quelque sorte des précurseurs dans Tensemble des nations civilisées et si cette exception ne finira pas par devenir la règle; si enfin la civilisation, à la longue, n a pas plutôt à redouter les effets de la stérilité, soit naturelle, soit volontaire, que les excès de fécondité. —

Voilà plus de trente années que nous soutenons, quant à

nous, que cette dernière thèse est la vraie et que le danger, pour la civilisation, est précisément à l'opposite de ce que croyait Malthus. Supposons que Malthus, publiant la première édition de son livre en 1798, fut parvenu à convaincre tous les peuples de la civihsation européenne de la nécessité de comprimer Taccroissement de la population et qu'effectivement tous les peuples se fussent mis à avoir une population

strictement stationnaire, comme celle de la France, depuisune dizaine d'années. ,Qu'cn serait-il résulté? La race euro-

péenne n'aurait pas fourni d'émigrants pour la mise en œuvre des contrées neuves, les deux Amériques, les îles du Pacifique, le Nord de l'Asie, une partie de l'Afrique. Toutes

ces contrées seraient restées indéveloppées ; les immenses

richesses qu'elles ont produites et qu'elles ont en grande partie déversées sur le vieux monde n'eussent jamais été créées ; c'eût été pour le vieux monde une déchéance et un appauvrissement. Ou bien tous les pays neufs eussent été mis en valeur, d'une façon beaucoup plus lente il est vrai, par les races asiatiques; c'eût été là pour les peuples de

race européenne, une cause de cruelle et irrémédiable infériorité dans Tavenir. »

Après avoir étudié l'accroissement de la population chez les Asiatiques (Chine, Inde britannique, Japon, Sibérie), Leroy-Beaulieu expose « les besoins du globe en population » et montre que « la moitié au moins de la terre habi-table est très insuffisamment peuplée ». Les « possibilités »

et même les « besoins » du globe comporteraient « le doublement tout au moins, plus vraiseint)lablement même le

triplement » du nombre actuel des humains. « ïl serait à désirer que cette mise en exploitation du globe entier put

s'effectuer assez rapidement, dans le cours de deux siècles par exemple; car elle est génératrice de richesse, dans une proportion plus forte que Taccroissement du nombre des hommes ». D'autre part, si l'immigration des races européennes dans les conti^ées encore insuffisamment peuplées

ne se maintenait pus, « les races européennes manqueraient à leur mission; elles risqueraient d'être un jour subordonnées relativement aux races asiatiques et l'équilibre de force et de puissance entre les uns et les autres risquerait d'être détruit au détriment des races européennes. Le globe a donc des besoins notables en population ; si l'excédent des naissances sur les décès se maintenait en Europe ce qu'il a été

dans le passé, la mise en œuvre et l'exploitation par les

races européennes des contrées du globe situées dans la

zone tempérée et encore insuffisamment peuplées et insuffisamment développées seraient assurées, à Tavantage de riiumanité tout entière... Mais les races européennes conserveront-elles longtemps encore un excédent notable des naissances sur les décès? »

Il est cerlaiii — c'est un poiiil sur lequel je reviendrai

avec plus de détails dans le chapitre suivant — il est certain (|u<î la civilisation croissante et le vieillissement des nations diminuent chez /'lies la natalité. Pour montrer ce fait, Leroy-Iieaulicu cite notannnent l'exemple de la Bel gi(jue, qui est très remarquable et afiparaît comme une application démonstrative « de cette loi générale que, dans une population qui atteint une certaine sonnne d'instruction, de

bien-être, et qui s'est imprégnée des idée démocratiques, la

prolificité diminue ». Des deux po[)ulations <pn* composent la Bel«;i(jue, la \valloîme doit être considérée « comme plus

pénétrée de ce que l'on appelle la civilisation moderne » que la flamande; et, si l'on « considère à part la natalité dans les

diflérentes provinces belges, on voit (|ue le taux en reste assez élevé, tout en fléchissant graduellement, dans les provinces flamandes, et qu'il est devenu très bas, presque aussi

bas qu'en France, dans les provinces walloitnes ».

Ce principe posé. Leroy-Beaulieu reprend toute la marche de la population dans tous les pays d'Europe et l'allure du taux de la natalité depuis quarante ans et il montre ainsi que (( le taux de la natalité est en réduction graduelle sensible, aux époques les plus récentes, dans tous les pays, quasi sans exception, relativement aux périodes antérieures. Si l'on considère les taux moyens de natalité des diflerents pays dans

la période de 1901-1910, on trouve qu'ils sont très inférieurs, dans la généralité des cas relevés, aux taux moyens des périodes antérieures; Tinfériorité est parfois énorme ».

L'auteur accumule les statistiques, interprète les cliifl'res et arrive nettement à cette conclusion : « il ne peut y avoir aucun doute sur la vraie loi de population chez les peuples

civilisés: elle est toute difTérente du principe de Malthus; eUe se traduit par la tendance à une prolificité décroissante; la civilisation, arrivée à un certain degré de bien-être et d'idées ou de sentiments démocratiques achemine vers Tarrêt de raccroissemenl de la population; ce n'est que par une

réduction graduelle du taux des décès que cet accroissement

peut se maintenir; mais il arrive un moment oii cette réduction devient insuffisante. Le danyer des peuples civilisés est beaucoup plus dans la tendance à la décroissance

du taux des naissances que dans celle de t encombrement du monde... En tout cas, il demeure constant, contrairement aux assertions de Malthus, que, dans la période actuelle de la civilisation, les subsistances, produites dans

les contrées civilisées ou qui sont destinées à leurs habitants, te7ic/ent à augmenter beaucoup plus rapidement que bi population de ces contrées; et c'est là la cause principale de la baisse des prix, dont se plaignaient, à la fin du xix^

siècle et dans les premières années du xx* siècle, les agriculteurs des deux inondes. Quand même les pays civilisés européens devraient vivre sur leurs seules ressources, sans , apport de subsistances des contrées lointaines, les simples

progrès de Tagronomie et les incorporations de capitaux au

sol donneraient, à bref délai, un taux de progression des subsistances qui de'passerait largement le taux d'augmenlation du nombre des habitants. »

La réfutation scientilique du malthusianisme scientifique

me paraît définitive et péremptoire : il est interdit à tout homme, qui veut raisonner, d'arguer de la science pour recommander et prêcher la restriction et la diminution

volontaires de la natalité ; le péril social que peut faire Jiaître

r inobservation des devoirs familiaux^ qu'il faut redouter" et tâcher d'éviter en se conformant aux lois de la Biologie humaine, est précisément l'inverse de celui qu'a signalé

Malthus.

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