PAR DÉFAUT DE NATALITÉ
courbe régulièrement descendante de la natalité s'arrêter
et remonter plus ou moins rapidement à des chiffres beaucoup plus élevés. Leroy Beaulieu donne un exemple bien démonstratif à ce point de vue, qu'il emprunte à Thistoire de TAngleterre à la fin du xvm'' siècle et pendant le XIX* siècle.
Vers la fin du xvi' siècle l'Angleterre proprement dite
avec le pays de Galles comptait un peu moins de 5 millions
d'habitants; à la fin du xvn% elle en avait 6 millions. Donc, elle avait gagné seulement un million ou 20 pour 100 en
cent ans. Si, à ce moment, «un statisticien avait voulu faire
des prévisions sur la population de l'Angleterre deux siècles plus tard c'est-à dire vers 1900, en se fondant sur les résultats des cent dernières années écoulées, il ne Teût pas évaluée à plus de 9 à 10 millions d'habitants au maximum.
Son calcul, établi sur l'expérience antérieure, eut été singulièrement démenti par les faits », puisque, en 1901, cette population était de 32 527 343 âmes: dans le cours du xvni*' siècle, elle s'était accrue de 50 pour 100 et dans
le cours du xix% de 400 pour 100 (au lieu de 20 pour 100 du xvn*' siècle).
Les causes de ce changement dans la marche de la population en Angleterre sont de celles que l'économie politique
analyse et connaît, dont la Biologie humaine peut répandre la connaissance et qui par conséquent peuvent intervenir et
opérer dans le même sens dans d'autres pays. L'étude de la (juestion de la dépopulation a donc un grand intérêt pratique puisqu'elle peut aboutir à des conclusions précises sur les causes et les remèdes de la dépopulation.
De ce que je viens de dire découle une première conclusion, c'est que la question de la dépopulation peut être envisagée à deux points de vue, comme question générale (pour
Ihumanité entière) et comme question particulière (pour notre pays). Le premier point de vue sera seul abordé dans
ce chapitre. Tétude complète de la question pour la France étant réservée pour le chapitre suivant.
Voici comment Leroy Beaulieu formule la question générale, au point de vue scientifique et social général: « le genre humain va-t-il constituer une fourmilière ou bien, quand les pays neufs, les régions vacantes, seront convenablement peuplés et exploités, s'arivlera-t-il à un nombre
réglé dliabitants? Le plus grand bonheur de Thumanité. la plus haute somme de moralité, de paix sociale, de satisfactions intellectuelles et matérielles, concordent^ils avec le premier résultat ou avec le second? »
Nombreuses sont les divergences des réponses faites à
celle grave question: « dans tous les temps, aussi bien
dans rantiquité et au moyen âge qu^à Theure présente, les
opinions ont beaucoup varié sur les bienfaits ou les méfaits
de raccroissement de la population et sur ^avenir de la race humaine: elles varient encore aujourd'hui, non seulement d'un homme à un autre, mais chez le même homme à deux moments différents ou suivant qu^il considère la question
sous tel OU tel aspect. »
La question, ainsi posée, de la dépopulation est une question de morale et de sociologie ou plutôt de morale sociale. C/est une question de sociologie en ce sens que l'avenir de
rhumanité et des sociétés humaines est très intimement lié à cette question ; dans révolution des groupements humains. « la densité croissante ou décroissante des peuples est. comme dit Secretan, un élément, peut-être trop négligé, des
grandes crises historiques ». Comme l'histoire de l'huma-
nité est faite de Thistoire des peuples, cette question de la
densité de la population domine l'histoire de la société humaine tout entière.
Mais c'est aussi, et encore plus, une question de morale.
Tous les développements qui vont suivre montreront, jo pense, que. hors des enseignements de la morale, il n'y a pas de solution vraie et satisfaisante à donner au problème
de la dépopulation. C'est le pro'<^rès ou la décadence de la morale qui règle la marche de la population ou l'invasion de la dépopulation.
Mais si c'est là une question à la fois sociale et morale,
c'est aussi une question scientifique ; c'est exclusivement
sur le terrain scientifique que peut être portée la discussion utilement et pratiquement; et le seul terrain scientitique sur lequel on puisse et on doive porter cette question est
celui de la Biologie humaine.
C'est la Biologie humaine qui doit juger et classer h's partisans et les adversaires de la dépopulation volontaire;
cest en tous cas sur ce seul terrain que nous étudierons
cette question, qui, ainsi délhiie et envisagée, appartient
bien au plan de ce livre.
Une dernière remarque préliminaire est encore nécessaire.
Les causes de la dépopulation sont éminemment multiples,
variées et cotuplexes. Nous ne pourrons nous rendre compte de leur ensemble qu'à la lin du chapitre suivant quand nous
aurons passé en revue joutes les désastreuses conséquences
de l'inobservation des devoirs familiaux. Mais parmi ces éléments causes de la dépopulation et en tète de ces éléments causes, figure la diminution de la natalité ; ce n'est pas la
seule, mais c'est la principale cause, de la dépopulation.
C'est celte cause que Ton envisage presque exclusivement dans la plupart des travaux classiques sur la dépopulation ; c'est la seule que nous envisagerons actuellement dans ce