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Le malthusianisme non-scientifique ou néomalthusianisme

A. Différences et rapports avec le malthusianisme scientifique. — J'ai bien fait reniarquer dans le précédent chapitre — er il est bou qu'on sacbe — que la doctrine de Mal-

Lbus, telle que Malllius Ta pensée el exposée, est une doctrine

scientifique, basée sur des raisonnements el des documents qui ont la prétention d'être scientiliques c'est-à-dire positifs et expérimentaux. Aussi est-ce scientifiquement, en restau I toujours sur le domaine positif el expérimental, que je me suis eiïorcé de discuter et de réfuter ce malthusianisme scientifique. Bien différente est la doctrine dont nous allons

parler, que l'on appelle malthusianisme nonscientifique ou

néonialthusianisnie.

Malthus s'est toujours défendu de prôner les pratiques anticonceptionnelles, qui constituent, en réalité, le fond et Tessence du néomallhusianisme. Leroy Beaulieu cite nolamment cette phrase de V Essai sur le principe de population : « le libertinage, les passions contraires au vcru de la naluiv,

la violation du lil nuptial, en y joignant tous les artilices

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employés pour caciier les suites des liaisons criminelles ou irrégulières, sont des obstacles préventifs qui appartiennent

iiianiieslenient à la classe des vices ». Sous le nom de moral

restraint, il entendait « une abstention (ou ajournement) (hi mariage, par des motifs tirés de la prudence, avec une conduite strictement morale pendant la période de Tabsten-

I ion ».

IVlalthus ne doit donc pas être considéré comme volontairement et cotise iemment responsable du néomallhusianisme : il n'a pas prêché les pratiques anticonceptionnelles

el n'a pas pensé qu'on les déduirait de sa doctrine; mais, en

fait, je crois qu'il a une grosse part de responsabilité dans les doctrines néomalthusiennes de ses successeurs, qui, à un

certain poinl de vue, peuvent se dire ses élèves.

Si Ton admet le principe de Malthus comme vrai et si les freins naturels ne suffisent pas à restreindre suffisamment la natalité envahissante, il faut recommander la restriction volontaire ; et alors la pente est facile vers le néomalthusianisme, surtout dans les milieux oîi Tesprit scienlllique et le frein moral sont facilement mis au second plan. « Il était

naturel, dit Leroy Beaulieu, que la doetiine de Maltbus, du

moment où elle franchissait surtout les cercles scientifiques

pour pénétrer un public plus étendu, eut pour fruit le néomaltbusianisme : le moral restraint, c'est-à-dire la continence, est une verlu trop rare, d'une stricte observance trop pénible pour que des hommes absolument convaincus que

1 accroissement de la population engendre la misère et presque tous les maux sociaux, ne lui cherchassent pas et ne réussissent pas à lui trouver un substitut plus commode et

plus efficace même ». C'est ainsi qu'on peut dire que le néomalthusianisme est « un système théorique et un ensemble de pratiques qui sont une déformation et une numifeste corruption de la doctrine de Maltbus ».

On comprend donc que les néomallhusiens se targuent de cette filiation et se vantent d^étre les disciples de Malthus

' * -'Il

et d'en appliquer et développer simplement les doctrines. Certains même ont pu \v dire et le croire en toute sincérité. C'est ce (|iii est arrivé nolaiiinieut aux préfet» (Allier en 1838, Somme en 1842, etc.), qui. sous Louis-Philippe, ont

conseillé à leurs administrés de limiter le nombre de leurs enfants; au conseil Hiunicipal de Versailles qui, on créanl. en 1852, un prix de tempérance de 1000 francs, prescrivait

(le tenir coinple des aulres qualités doiiiesliques du lauréal

et notanmienl du nombre modéré des enfants ' à l'Académir fran(;aise quand elle décernait un prix Montyon de 3000

francs à un auteur qui développail celle pensée: heureux le

pays où la sa^^esse pul)li([ue et privée se réunissent poui* empêcher (pie la population ne s'accroisse trop vile...

Ce sont là des néomalthusiens inconscients; ils peuveiil servir de trait d'union entre Malthus lui-même et les néomalthusiens conscients.

B. Extension et développement progressifs de la doctrine. —

La propagande uéomalthusienne s'est afiiriiu'e en Angleterre avani la mort de Malthus (183i).

Dès 1818, James Mill (père de John Sluarl Mill) énon(;ail les meilleurs moyens de prévenir Taccroissenient <le la population. En 1821. il reconnnande « la prudence par laquelle

soit les mariages sont coni raclés moins fréquemment, soM souci est pris que les enfants, au delà d'un certain nombre,

n'en soient pas le fruit » et il conclut : « le grand pn^blème pratique est donc de limiter le nomhre des naissances ».

Voilà hien un disciple de Malthus initiateur du néomalthusianisme, que Thomson formule nettement, en 1824, en invoquant « le l'ecours aux artitices piéventifs ».

Vers la même époque, Francis Place enseigne (1822) <jue

« les personnes mariées ne s'exposent à aucun discrédit en recourant à tels moyens de piTCîtution qui, sans être préjudiciables à la sant<'' ni porter atteinte à la délicatesse féminine, préviennent la conception » ; puis (1823) il rédige

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une circulaire aux gens mariés des deux sexes, parmi les

ouvriers et de la classe aisée, dans laquelle il décrit « avec une franche simplicité les moyens^ de prévenir la conception ». On dénonça à YAttorney gênerai cette circulaire « diabolique » ; la plainte n'eut pas d'effet.

Paraissent alors plusieurs livres parmi lesquels il faut citer celui de Robert Date Owen, fils du célèbre industriel

socialiste. Celte Moral Physiology (New- York, 1830) est,

d'après James A. Field, « le traité le plus élaboré qui ait

paru sur le nouveau frein c'est-à-dire sur les pratiques anticonceptionnelles ». — En 1833, paraissait à Boston un

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