livre du docteur Knowlton dans le même sens « Fruits de la
philosophie ».
Et dans les six dernières années de la vie de Malthus, la propagande en faveur de la nouvelle doctrine est faite par
des circulaires, des livres et des journaux populaires a aux
gens mariés de toute classe, aux femmes en particulier, mais aussi aux ecclésiastiques (clergymen), que Ton prétendait associer, comme patrons, à ce mouvement ». On vantait
ainsi à tous « la nécessité absolue du plan anticonceptionnel » ; le « frein artificiel », quoique « pénible et répugnant » est seul capable de prévenir le « mal suprême » ; la situation du genre humain rend nécessaire cette méthode
qui n'est « pas plus contraire à la nature que la médecine
et la chirurgie » ; et les néomalthusiens de cette période prétendaient « avoir pour eux une société de médecins,
gens de lettres, économistes, membres du Parlement,
d'hommes et de femmes du premier rang au point de vue de la fortune et des titres ».
Le mouvement, assoupi en 1834, reparaît, en 18oi, avec
le livre du docteur Drysdale <( Éléments de science sociale.
Religion physique, sexuelle et natui^elle », traduit en français en 1869 sur la septième édition anglaise, que Ton peut résumer dans cette phrase: « le moyen dont je4)arle — le
seul qui rende la vertu et le progrès possibles — est la
copulation préventive. J'entends par là le coït accompagné
de précautions qui empêchent la fécondation. »
De 1876 à 1878. une nouvelle propa^^ande nc^oinalthu-
sienne est faite par Mrs Besant (« femme écrivain, (rune
certaine notoriété, dont les opinions successives ont parcouru
une g^amme très étendue et qui a fini par verser dansToccu- Itisme ») et Charles Bradlough (député, qui « se déclarait
bruyamment athée et néomalthusien » et annonçait « hautement vivre à l'état d'union lihie avec Annie Besant »), en répandant le livre, cité plus haut, de Knowlton. Ces deux propagandistes furent poursuivis (ainsi que l'éditeur Edward
Truelove) pour atteinte à la morale publique.
De ces publications el de ces propagandes néomalthusiennes Leroy-Beau lien rapproche la forte baisse de la natalité dans la Grande-lketagne: de 35 à 36 pour mille habitants dans la période de 1874 à 1879, hi natalité tombe à
24,4 pour mille en 1911 et 23,9 pom* le deuxième trimestre de 1912; « c'est une chute déplus de 11 pour mille ou di; bien près d'un tiers ; la Grande-Bretagne en est aujourd'hui
à la natalité qu'avait la France dans la période 1882-1886 ».
En 1887. Drvsdale tonde à î^ondres tttc mnlthusinn Lengite, qui déclarait vouloir « user des pi'ogrèsdela science
pour assurer, à tous, les jouissances de l'amour». Déjà.
depuis 1885, existait, dans les Pays-Bas. une ligue néomalthusienne avant pour ohjet : «... la diffusion des connaissances concernant les moyens légaux à l'aide desquels chacun peut empêcher les naissances trop nombreuses, dans le
cas oîi l'arrivée d'un enfani diminue les chances de bonheur
pour les familles et même leur ôte toute possibilité d'une vie digne de l'humanité w; pour atteindre ce but, elle préconise « tous les arrangements possibles pour que des personnes compétentes puissent enseigner aux gens ayant peu de ressources les moyens dont il est question ci-dessus ». Cette ligue a été « sanctionnée comme personne civile » par décret royal du 30 janvier 1895 et elle publie « une petite
MALTHUSIANISME NONSCIENTIFIQUE 385
brochure de 10 pages où sont décrites avec précision les sales pratiques qu'elle recommande». Les Allemands fondent, en Wurtemberg, en 1889, une ligue néomalthusienne
dus sozial harmonische Verein; h Barcelone, est créée, en
1904, la Ltr/a de la ref/eneracioti humana; à Cuba, une
ligue du mènu' genre; à Chicago, paraît un journal malthusien bi-mensuel Lucifer...
En France, le 30 aoiit 1896, la Ligue de la régénéra-
lion humaine est créée à Paris par M. Paul Robin, «ancien «lirecteur de l'orphelinat de Cempuis, emploi dont, continue Bertillon, il fut révoqué par M. Poubelle, préfet de la
Seine, pour divers motifs graves sur lesquels nous pensons
qu'il vaut mieux ne pas insister ». M. Robin reçut assez
vite « radhésion de deux députés, d'un ancien sénateur, M. Naquet (dont l'opinion paraît s'être amendée), de quelques journalistes et de quelques autres personnages notables ». Dans les motifs des statuts, il est dit : « nous considérons comme une grande faute familiale et sociale de mettre au monde des enfants dont la subsistance et Tédu-
calion ne seront pas suffisainment assurées dans le milieu
où ils naissent actuellement. » Dans les « moyens d'action » il y a « ... consultations données par des praticiens dont les adresses seront fournies aux personnes intéressées ».
Cette ligue fut combattue par de nombreux journaux de toutes les opinions; des poursuites furent réclamées, mais jamais entreprises. Les discours néomalthusiens, que M. Robin essaya de prononcer dans diflérents quartiers de Paris,
« soulevaient Tindignation et le dégoût général » et ne
purent pas être achevés. En 1900, le journal La Régénération s'efforce de répandre la doctrine : « ses paroles n'ont qu un seul sens, très net ; c est très clairement qu'il cherche à supprimer la morale traditionnelle pour y substituer la sienne qui est monstrueuse. Une partie au moins des collaborateurs de M. Robin sont des anarchistes ou des malfaiteurs avérés » ; le journal « se déclare à tout moment anti-
Grasset. — Devoirs et périls biol. a5
militariste et antipatriote ». Parmi les moyens de propagande de la ligue, il y a : «... une agence pour unions libres, le cominoiTe d'objets anticonceptionnels... ». La principale brocbure est « la ti'aduction de la brocbure bollandaise sur les moyens à employer pour éviter que l'amour soit fécond». Dans toutes les sections (dans les villes françaises), on peut acheter « le matériel anticonceptionnel »; un individu y esl
charge d' indiquer « la t'at^'On de s\mi servir et de donner des
conseils ». Souvent « le siège de ces sections est eliez un herboriste ou cliez un pharmacien, dont le commerce se trouve ainsi activé ». La police n'empêchait pas les conférences sur cet « ignoble enseignement », même quand le maire de Tourcoing en demandait (1903) l'interdiction au préfet de Lille. Certaines conférences sont « démonstratives avec dessins représentant les organes génitaux des deu> sexes et la façon d'utiliser les appareils anticonceptionnels ».
Ces conférences ont lieu dans les Bourses du travail, les maisons du peuple, les préaux d'école, les mairies, « en un
mot dans des salles qui ont été construites aux frais des contribuables». A la demande du sénateur Piot, le président du Conseil Combes défend pour les conférences les locaux communaux de la Seine; cela ne ralentit pas le mouvement . Dans lesendroits publics on colle des étiquettes : « Dieu (?) bénit les nond)reuses familles, mais ne les nourri! pas. Ayons peu d'enfants. » Les camelots crient et répandent la « Régénération Immaine » qui s'ofiVe à enseigner à l'ouvrière, à la jeune maman « Tari de ne pas avoir d'enfants.
sans se priver d'amour ».
Grâce à la propagande des cabaretiers qui prêchent à tous « au lieu d'avoir des enfants qu'il faudra nourrir, venez
dépenser votre argent à boire dans mon cabaret », où Ton
trouve « au plus bas prix, tout le matériel anticonceptionnel ». le chitfre des naissances s'abaisse d'une manière
effrayante, de 1889 à 1908, dans les grandes villes du
Nord :
MALTHUSIANISME NONSCiENTIFlOUE