LES GRANDS DEVOIRS BIOLOGIQUES ET LES PÉRILS BIOLOGIQUES CORRÉLATIFS
\. Les idées-lois de la conduite humaine: idées-lois de bien obligatoire, de devoir et de droit ; idées-lois de finalité biologique humaine. — 2. Le devoir biologique : l'élément fixe et l'élément variable de la morale biologique; rélément humain de la sociologie biologique. —3. Les sanctions des devoirs biologiques; périls biologiques corrélatifs à Pinobservation de ces
devoirs. — 4. Classification des devoirs biologiques et des périls corrélatifs ;
les conflits et la hiérarchisation des devoirs biologiques sont des questions scientifiques.
l.Les idées-lois de la conduite humaine: idées-lois de bien
obligatoire, de devoir et de droit; idées-lois de finalité biologique humaine.
Les sciences morales et sociales sont, à proprement parler,
l<*s sciences de la conduite htutnaine', ces derniers mots s'appllquant à l'iionimc, tel que le connaît et Fetudle la Biologie humaine, c'est-à-dire lliomme sociable, vivant en société.
Pour donner à ces sciences une base positive complète et un point de départ suffisant, la Biologie buinaine doit connaître et utiliser tout d'abord les idées-lois de la conduite humaine. Pour noyimer et classer ces idées-lois, il suffît de
se rappeler et d'appliquer l<?s principes développés dans le chapitre précédent sur les idées-lois en général et de diviser les idées-lois de la conduite humaine en deux groupes ; idées-lois universelles, antérieures et supérieures à Texpél'ience, simplement constatées par la Biologie humaine au fond de la conscience de tous les hommes ; et idées-lois géné-
raies, établies et démontrées par la Biologie huniainc, variant ol progressant avec cette science — tanilis (|ue celles <lu premier groupe sont fixes et en quelque sorte éteinelles (ou tout au moins aussi vieilles que Hiommc tui-méme et devant vivre autant que lui).
ï. Id^es/ois fixes de In conduite humaine, km jours seïnblahles à elles-mêmes, ches fous les hommes, en tous temps et en tous lieux, antérikïres à la Biologie humaine,
f/id €71 constate Veristence sans en disrtiter l orif/ine : ces
idérs-lois sont cIk'z tous los lionnnes depuis que 1 homme rxislc, lonl partie de la caractéristique spécilique de l'espèce humaine, font parlie de cette nature humaine unirerselle,
<lont j'iii. part»' plus luiut (page 20).
A l'uiHViMsalilé d*'s piincipes fondaineiilaux de la morale (»'L par suite, de la sociologie) on objecte souvent les variations successives, qutdqueiois très profondes, qu'ont présentées It's sci«Mu«'s morales et sociales aux dilférentes «'poques ef cliez les «lifleients peuples; et on a i)eau j^'U à déveloi)pei' cet aiguiuenl en examinant « les jugements et les sentiments moraux d'un homme non civilisé ou appartenant a une eivilisation autre que celle de noire société: d'un Fuégien. d'un Grec de l'époque homéri(|ue, d'un Hindou, d'un (:hiFU)is. » C'est rargumentation de Lévy iiruhl conlie ce qu'il appelle le secon»! postulat îles morales
théoriques et qu'il formule ainsi : « le contenu <le la consscience morale forme un ensemble harmonieux et orgaivique... La conscience morale de l'homme posséderait une unité organique, une sorte de linalité interne, conq)arahle à
celle des êtres vivants; les commandements qu'elle édicté soutiendraient entre eux des rapports logiquement irréprochables et cette unité harmonique de la conscience morale correspondrait à l'unité systématique de la morale théorique... Tout ce qui apparaît comme moralement obligatoire revêt, ipso facto, le même caractère sacré et semble, par
conséquent, avoir la même origine, faire partie d'un même
ensemble. »
Lévy Bruhl s'elTorce de réfuter ce postulat : « ici encore, dit-il (faisant allusion à son argumentation contre le premier postulat), il faut substituer, à la considération abstraite de l'homme en général, l'analyse positive et précise de Thomme donné dans la réalité vivante d'une société actuelle ou disparue. Aussitôt ses obligations morales, comme ses croyances, ses sentiments, ses représentations laissent voir une corn-
[>lexité extiaordinaire; et rien n'assure plus, a priori, que cette complexité recouvre un ordre logique, ni qu'elle puisse se ramènera quelques principes directeurs... En dépit du sentiment uniforme (jui s'attache à tout le contenu de la conscience, elle est, pour l'analyse sociologiciue, une sorte de <*ongloméral, ou du moins une stratilication irrégulière de pratiques, de prescriptions, d'observances, dont l'âge et la provenance dillèrent extrêmement... Le second postulat
n'est donc pas mieux fondé que le premier. » Pour que les impératifs puissent être élevés à la dignité de loi morale, il faudrait « qu'ils puissent se présenter comme ayant une valeur universelle, pour tous les temps et pour tous les
lieux. »
La Biologie humaine répond à ces diverses objections. D'abord elle établit, comme je l'ai montré plus haut, l'unité <le la nature humaine ; et ensuite, au fond de cette nature
humaine, identique à elle-même dans tous les temps et dans tous les lieux, elle constate l'existence de certaines idées-lois qui régissent la conduite humaine partout et toujours, depuis que 1 homme existe.
Certainement, d'une épo(jue à l'autre ou d'un peuple h l'autre, il y a de très grandes variations sur 1 objet du devoir, sur la détermination de ce qui est bien, de ce que nous sommes obligés de faire ou de ne pas faire... Mais il y
a une chose universelle, commune à tous les hommes de toutes les époques et de tous les lieux : c'est Vidée même du
Villes, établies et démontrées par la Biologie huniaino,
Viiriant et progressant avec cette science — tandis que celles du premier groupe sont fixes et en quelque sorte éternelles (ou tout au moins aussi vieilles que l'homme lui-même et dînant vivre autant que lui).
î. Idf^es-fots fures de fa coiuluite humaine, toujours semblables à elles-mêmes, chez tous les hommes, en tous temps et en tous lieuxy antériéîires à la Blolofjle humaine,
qui en constate reaistence sans en discuter Voriffine : ces idées-lois sont clie/ tous les honnnes depuis cjue riiomme existe, font partie de la caractéristique spécifiqu»' de Tespèce
llUlliainc, font parlir de cette nature liutnaine unlrersellej
dont j'ai, parlé plus luuil (page ^0).
A l'universalité «les principes fondamentaux de la morale (et. par suite, de la sociologie) on objecte souvent les variations successives. (|uel(|uef()is très profondes, qu'ont présentées les sciences moiales et sociales aux diUérentes ép0(|ues et cliez les diflerents peuples; et on a beau j^'U à développer cet argument en examinant « les jugements et
les senlimenls moraux d'un honmie non civilisé ou appartenant a une civilisation autre que celle de notre société: d'un Fuégien. d'un Grec de l'époque homérique, d'un Hindou, d'un Chinois. » C'est rargumenlation de Lévy
Brulil contre ce qu'il appelle le second postulat des morales liiéoriques et (ju'il formule ainsi : «le contenu de la consscience morale forme un ensemble harmonieux et organique... La conscience morale de Thonnne posséderait une
imilé organique, une sorle île linalih' interne, eomparalile à
celle des êtres vivants; les commandements qu'elle édicté soutiendraient entre eux des rapports logiquement irréprorhables et cette unité harmonique de la conscience morale
correspondrait à Tunité systématique de la morale théorique... Tout ce qui apparaît comme moralement obligatoire revêt, ipso facto, le même caractère sacré et semble, par
conséquent, avoir la même origine, faire partie d'un même ensemble. »
Lévy Bruhl s'eflbrce de réfuter ce postulat : « ici encore, dit-il (faisant allusion à son argumentation contre le premier postulat), il faut substituer, à la considération abstraite de
rhomme en général, l'analyse positive et précise de l'homme donné dans la réalité vivante d'une société actuelle ou disparue. Aussitôt ses obligations morales, comme ses croyances, ses sentiments, ses représentations laissent voir une complexité extraordinaire ; et rien n'assure plus, a priori, que cette complexité recouvre un ordre logique, ni qu'elle puisse se ramènera quelques principes directeurs... En dépit du sentiment uniforme qui s'attache à tout le contenu de la conscience, elle est, pour l'analyse sociologique, une sorte de <-ongloinérat, ou du moins une stratitication irrégulière de pratiques, de prescriptions, d'observances, dont l'âge et la
provenance diffèrent extrêmement... Le second postulat
n'est donc pas mieux fondé que le premier. » Pour que les inqjératifs puissent être élevés à la dignité de loi morale, il faudrait « qu'ils puissent se présenter comme ayant une
Videur universelle, pour tous les temps et pour tous les
lieux. »
La Biologie humaine répond à ces diverses objections. D'abord elle établit, comme je l'ai montré plus haut, l'unité
de la nature humaine; et ensuite, au fond de cette nature humaine, identique à elle-même dans tous les temps et dans tous les lieux, elle constate Texistence de certaines idées-lois qui régissent la conduite humaine partout et toujours, depuis que rhomme existe.
Certainement, d'une épo(|ue à l'autre ou d'un peuple à l'autre, il y a de très grandes variations sur l'objet du devoir, sur la détertnination de ce qui est bien, de ce que
nous sommes obligés de faire ou de ne pas faire... Mais il y a une chose universelle, commune à tous les hommes de toutes les époques et de tous les lieux : c'est Vidée même du
bien et du juste, de \ obligation qui s'impose à tous les hommes, du (Jevoir qu ils ont tous de faire le bien et le juste et de ne pas faire le mal et l'injuste.
Il faut, dit Lévy Bruhl, que les impératifs, pour devenir loi morale, « puissent se présenter comme ayant une valeur
universelle, pour tous les temps et pour tous les lieux. Il
faut donc, d'une part, que leur rapport avec la nature humaine prise en général soit évident, de façon que l'obligation énoncée s'impose à tous les hommes qui existent ou
qui existeront jamais (premier postulat). D'autre part, il faut que la loi morale avec toutes ses conséquences — ou, si Ton aime mieux, l'ensemble des lois morales — se présente comme un système organique dont aucune partie ne
dépend de circonstances locales et accidentelles, c'est-à-dire qu'on ne puisse pas montrer la genèse historique et les alluvions successives des obligations, souvent incompatiblesentre elles (second postulat). »
Avec la Biologie humaine, nous comprenons (pour répondre à ce raisonnement de Lévy Bruhl) l'unité de la nature humaine, les idées-lois de bien, de devoir et d'obligation, qui ont une valeur universelle et la série des alluvions successivement apportées par les progrès continus de la Biologie humaine elle-même.
Donc, au milieu des variations incessantes de la morale
pratique, il y a une idée qui ne varie pas, parce que c'est une
caractéristique de l'espèce humaine tout entière, c'est l'idée que certaines choses sont permises, certaines ordonnées, certaines défendues, c'est l'idée-loi de la valeur morale des
actes. Cette idée s'impose à notre volonté libre par sa seule
force propre, sans idée corrélative de sanction nécessaire, de récompense pour le bien et de punition pour le mal, en dehors de toute intervention de la loi écrite, de l'hygiène
OU de la science.
« Nous portons en nous ridée de la justice et la notion du devoir, dit Jules Simon. Il faut renoncer à trouver la
formule du devoir ailleurs que dans la raison elle-même.
11 faut obéir au devoir parce qu'il est le devoir. »
C'est la doctrine développée par Kant : pour lui, dit Malapert, « la morale ne peut se fonder sur de pures données empiriques. De même que la connaissance scientifique n'est
possible que grâce à la présence, dans notre esprit, de formes
ou de lois pures à priori, de la raison théorique qui s'imposent à la matière empirique, de même la possibilité d'une science morale implique quelque donnée pure à priori de la raison
pratique... De même que KanI part de ce fait que la
science existe, de même il part de ce fait que la moralité existe, qu'il y a des jugements moraux dont l'autorité u'a pas plus besoin d'être établie que celle de l'expérience
scientifique, qui doivent donc contenir en eux-mêmes le principe de leur autorité propre. Dès lors, la même analyse, qui nous permet de retrouver, dans l'expérience scientifique, les éléments purs qui en sont la condition nécessaire, nous
permettra aussi de dégager, (Yisoler, dans le jugement moral, Télém^nt pur d'où résulte la faculté même déporter de tels jugements, qui rend possibles la vérité morale en général, la légahté rationnelle de la moralité... L'impératif catégorique est celui qui nous représente l'action comme bonne en elle-même, comme devant être le principe d'une volonté conforme à la raison; cet impératif est un ordre de la moralité. Seul, l'impératif catégorique lie inconditionnellement la volonté; seul, il est absolument nécessaire; seul, il est proprement une loi. »
En finissant ce paragrapbe, il faiit montrer comment à ces idées-lois de bien obligatoire se rattache l'idée de droit.
Pour Leclère, la morale, comme la logique, n'existe que si elle possède un fondement rationnel : c'est l'idée-loi du bien, de l'obligation et du devoir, qui n'est pas une « pure
immanence », mais vraiment une idée-force. L auteur admet aussi ridée du droit spontanément attribuée au bien par la
conscience ; « le devoir, dit-il, est le droit du bien à être accompli par un être pouvant l'accomplir... il y a devoir,
il y a aussitôt devoir, quand l'idée de ce droit du bien est mise en regard de Tidée d'un être comme l'homme. Ce droit, sans lequel 1»^ devoir est inintelligible, mais qui est antérieur au devoir et lié essentiellement au bien (qu'il
dislingue aussi du devoir et caraclérise comme antérieur
logi([uenient au devoir), ce droit est la racine même de
l'idée du devoir, lequel n'est que le droit du bien sur nous. »
La notion même du bien obligatoire et du devoir chez
tous les hommes entraîne, non seulement 1 idée du droit du bien h être accompli mais ïidée du droit de rindividu à accomplir son devoir.
C'est ainsi que l'idée-loi de droit se lie, connue racine et
coinine consé(iueru*o, aux autres idees-lois hxos ri universelles, de la conduite humaine : idées-lois de hieUy A oh libation morale et de devoir.
II. Idées-lois variables de la conduite humaine, acquises et démontrées par la Bioloyic humaine, changeant et progressant avec cette sciertce : ce sont (h's idé'cs-lois. ([ue la science, positive et expérimentale, de Thomme découvre et
précise de plus on plus, (jui par conséquent ne s imposent
aux hommes sous leur forme délinitive qu au lui' et à
mesure du développement de nos connaissances scientili(jues.
L'idée-loi fondamentale de ce groupe est lidée-loi de la
finalité biologique {; c'est une loi biologique générale (s'appliquant à tous les êtres vivants) (jue chacjue individu doit maintenir, conserver, défendre et accroître sa vie propre et la vie de Tespèce. Celte loi générale s'applique à l'honnne
comme à tous les autres aniuiaux et végétaux.
Seulement, à l'homme, cette loi s'adresse dans des conditions particulières qui lui sont propres: d'abord elle se présente à la volonté autonome et libre de l'homme, non
comme une chose inéluctable et mathématiquement néces-
saire, mais comme un devoir obligeant moralement sa raison ; en second lieu, l'espèce humaine ayant des caractères
absolument spécifiques (la distinguant des autres espèces,
même les plus voisines), cette loi biologique apparaît, chez l'homme, avec des caractères tout autres que chez les autres êtres vivants.
Pour établir les devoirs biologiques de Tbomme et par
suite pour fonder réellement une sociologie biologique, il ne faut dcjnc pas nier, connue Durkheim, l'intluence (et par conséquent écarter la recherche) <les causes finales; il faut
au contraire, avtv Joud'roy, chercher et connaître la fin de la société, qui déptMid de la lin de riiomme.
Cette (in de l'homme se spécifie surtout (et se distingue surtout de la tin des autres êtres vivants) par la faculté de
progrès indélini, (|Uê nous avons énoncée plus baut (page
12) connue le deuAième caractère spécifique de riiomme.
L'idée-loi de 11 nali té biologicjue apparaîtdonc chez l'homme >iOus cette forme : riiomme doit conserver, défendre et
acci'oîlre sa propre vie, pliysicjue et psychique, et la vie de l'espèce, c'est-à-dire qu'il doit, non seulement accroître sa vie et la transmettre, mais encore participer à ce mouvement, ascensionnel et continu, de progrès, qui est la loi
même de l'bumanilé.
"2. Le devoir biologique : l'élément fixe et l'élément variable
de la morale biologique ; l'élément humain de la sociologie
biologique.
D'après ce que je viens de dire, on voit ^que je n'admets pas, avec Durkheim, que le sociologue puisse, comme Descartes, débuter par le doute méthodique, écarter systémali- (juement toutes les « pi'énotions » et s interdire remploi de concepts a formés en dehors de la science ». Les idéeslois, dont je viens de montrer l'existence positive et scientifique, sont (au moins celles du premier groupe) des pré-
notions fondées en dehors de la science mais découvertes au fond de la conscience humaine par l'observation scientifique.
« Il faut (lire d'où la morale tire sa force obligatoire et au
nom de qui elle commande. » Durkheim et Lévy Bruhl pensent que celte force vient de la société : « nos obligations nous sont imposées par la pression sociale... La société est
une autorité morale, qui, en se communiquant h certains
préceptes de conduite, qui lui tiennent particulièrement au ca^ur, leur confère un caractère obligatoire ». La société et par suite la sociologie ne peuvent conférer ce caractère
obligatoire tjue si elles partent d'abord des idt'es-lois fondamentales dont jai parlé dans le précédent paragraphe.
C'est de Fensemble et de la combinaison des deux ordres d'idées-lois de la conduite Immaine que ressort la notion du
devoir biolorjique.
La seconde idée-loi (de llnalilé biologi(iue) apparaît à la raison et à la volonté de l'homme comme la principale application d«' la première idée-loi c'est-à-dire comme une
chose bonne, que chaque individu aie devoir et l'obligalion morale de réaliser le plus complètement possible. De là résulte le devoir, obUijatoire pour rindividuy d'obéir auœ lois biologiques (de la Biologie humaine) et spécialement à
la loi de finalité hioloijique humaine pour la eonservation, la défense et raevroissement de la vie de l'homme et de l'espèce humaine.
Ainsi sont constituées 'scientifiquement les deux parties
de la morale et par suite de la sociologie : la partie normative, antérieure et supérieure à la science, mais constatée expérimeidalement par la science chez chacun de nous, et la partie pratique, qui est directement l'objet de la Biologie humaine, qui en procède, qui en suit et utilise tous les progrès. Ainsi sont établis Xélément fixe et Xélément variable de la morale et de la sociologie et par suite toml)ent la plupart des objections fornuilées par divers auteurs contre la tendance contemporaiiie à donner
ime base scientifique (biologique^) aux sciences morales et sociales.
J'ai déjà inoidré (pages 20 et 38) comment ces notions,
déduites de la Biologie humaine, permettent de maintenir les deux postulats (pie Lévy Bruhl combat sur Tunité de la nature humaine et la fixité du contenu de la conscience
morale. ^
Avec ces mêmes notions on peut également répon<li*e à certaines objections présentées par Albert Bayet. « L'art moral, dit cet auteur, ne pourrait exister là où, sous des formes quelconques, l'idée de bien n'existerait pas. La
science ne peut nous donner ime idée de bien scientiiique. » Et, développant cette dernière proposition, il ajoute: « l'existence de l'art moral n'implicpie pas l'existence de l'idée d'obli^^ation ; nous ne pouvons déterminer ce qui doit
être .par ce qui sera : inipossiljilité de transformer les lois positives en lois morales. L'utilitarisme n'est pas plus scientifique qu'une autre doctrine ».
A cela je réponds : la Biologie humaine ne détermine par
elle-même que ce qui est et non ce qui doit être ; elle établit ainsi la science des mœurs. Mais, de plus, elle découvre, dans ce qui est au fond de la conscience humaine, l'idée de
bien obligatoire. El ainsi se constitue, sur cette base biologie jue, la morale complète (science et art) que Ton peut donc appeler morale biologique. 11 en est de même de la sociologie biologique.
Palante distingue d'abord soigneusement la sociologie de
la métaphysique sociale, qui compnmd notamment la question de fin : « révolution des sociétés huniaines a-t-elle un but et quel est ce but?... Faut-il cijdmettre un progrès, au
sens métaphysique et finaliste du mot ou bien révolution
n'est-elle qu'un perpétuel recommencement sans raison et sans but?... Autant de problèmes qui relèvent plutôt de la métaphysique sociale que de la sociologie. » Mais il ajoute
plus loin : « nous n'entendons pas dire par là que nous
éliminions toute téléologie de révolution sociale. L'homme agit toujours vers des buts plus ou moins nettement aperçus. La représentation do ces buts dans la pensée des hommes est un fait aussi réel qu'un autre et il est impossible de ne pas en tenir compte. Dans ce sens tout relatif nous croyons que la téléologie joue un lôle en sociologie. Quand
nous rejetons la considération de la (inalité, nous voulons dire que, selon nous, il est impossible de lixer un but absolu — bien ou perfection — vers lecpiel tendrait Ibumanité... » Ce (jue j'ai dit des deux groupes d'idées-lois de
la conduite humaine irulique la mesure dans laquelle je peux m'associer à ces idées de Palante.
Mais le mtMue auteur écarte <'nsuile « la conception biologique du monde social » ; il condamne, en sociologie, « la Uiéthode dite biolo<ii(|ue (Sclia^ffle, Spencer, Worms), qui a eu un moment — vile disparu —défaveur ». Plus loin, il exiunine la doctrine de Ciiddings, (pn" prend, connue principe généniteur en sociologie « la conscience despèce)). Entend-on par là. dil l^dante, « la conscience d'espi'u'c proprement dite, c'est-à-dire la conscience de ce qu'il y .a de commun à toute rhumanité,.ce principe est trop général et trop vague pour pouvoir expli(|uer la formation
de t(d j^roupenicnl parliculirr ou oelle d<' lollrs lorinrs sociales particulières. » L'idée «l'espèce humaine et do nature humaine imi(pie. détinie et précisée par la Bio^ot-ie humaine, cesse d'être générale et vague et peut très bien
fournir à la soeiolop;^ie le point d«' départ scientificjuo que Ton recherche.
Enlin, dans l'hisloiiciue, Palante dislingue et oppose la phase psychologique et la phase naturaliste (biologique) de
la sociolofiio. de même qu'il dislin«iuo et oppose la méthode psychologique el la uiéthode hiologique... Avec les idées exposées ici d'après les données de la Biolo«j;ie humaine, les deux points de vue, biologi«pie et psychologique, se confoudent ahsolument et n'en font plus (|u'un : la partie
positive et expérimentale de la psychologie n'étant qu'un chapitre de la Biologie humaine...
En somme, la notion du devoir biologique, telle quelle est donnée par la Biologie humaine, répond aux objections tormulées contre la doctrine qui veut donner la biologie
comme base scientifique aux sciences morales et sociales :
elle fonde la morale biologique en lui fournissant à la fois son élément fixe et son élément variable et elle fonde la sociologie en lui donnant son élément liumain.
:i. Les sanctions des devoirs biologiques ; périls biologiques corrélatifs à l'inobservation de ces devoirs.
L'idée de lois et de devoirs appelle l'idée de sanctioiL « Tout fait moral, dit Durkheim, consiste dans une rè"Ie «le conduite sanctionnée. »
('.ela ne veut pas dire que la comiaissance et IVspérance ou la crainte de la sanction constituent Tessence de l'obligation; mais l'idée de sanction complète tout naturellement idée de devoir obligatoire. Cette question des rapports de idée d'obligation avec l'idée de peine ou de recompense mérite de nous arrêter un instant et d'être précisée, une fois pour toutes.
Les lois biologiques, par elles-mêmes, n'obligent que sub pœna, c'est-à-dire qu'elles n'enti'aînent l'obéissance que par la crainte de la peine ou l'espoir de la récompense — quand elles sont réduites à elles-mêmes. C'est ainsi qu'elles se préïientenl chez les animaux.
Tous les éti^i^'s vivants obéissent aux lois biologiques par instinct ancestral: les animaux supérieurs (doués d'un certain degré de psychisme) sont influencés, en plus, par l'espérance ou la j)eur de la sanction : ils ne sont pas indillérents au morceau de sucre et au fouet.
il:!'
Chez riioiiinie, ces deux ordres de mobiles agissent : i'oniine tous les èlres vivants, il défend instinctivement sa
vie ; comme tous les animaux à psychisme, il comprend la punition qu'il évite et la récompense (|Li'il ambilionne. Mais il a, en plus, un troisième mobile d'un ordre tout spécial, humain : c'est l'idée de bien qui l'oblige en dehors de toute
idée do sanction d'un ordre (|uelconque.
Voilà un nouveau poinl, très inqmrtant, sur le(juel la Biologie humaine dillère absolument des autres biologies et sur le(juel on cirerait complèlcmenl si on raisoimait pour l'homuM' comme pour les autres êtres vivants.
Quelle l'orme celle idée de sanction peut-elle donc prendre et prend-elle en fait, quand il s'agit de lois et de devoirs biologi(|ues chez l'honune? Nous distinguerons ces sanctions en trois groupes : sanctions morales, sanctions h'Hfales et sanctions hioloijiques.
1« Il y a d'abord une première sanction intime dans l'état d'esprit, qui suit l'accomplissement d'une action non indillé-
rente moralement : satisfaction si Taction est bonne et juste; malaise, regrctet remords si elle est mauvaise et injuste. — La science constate cela au fond de la conscience par l'observation objective et subjective des hommes.
Et, je le répète, ce n'est pas la constatation répétée de ce sentiment, un grand nond)re de fois, dans l'esprit humain, (|ui entraîne la notion d'obligation morale et de devoir. En se répétant, ce sentinuMit peut révéler à riiounne, dans une
crrlaine mesure, ce qui est bien et ce qui est mal; mais il ne peut pas donner et faire naître l'idée-loi de bien obligatoire, qui est antérieure à toute action et ?i toute expérience personnelles.
Denc, quand on pose la question : quel rôle joue la consi<léiation du remords ou de la satisfaction intime dans le déterminisme de l'acte moral? on peut répondre : cette considération est un mobile puissant qui s'ajoute aux autres pour
faireclioisir par l'homme TaetG bon; mais cette considéra-
tien n'est pas, pour l'homme, le fondement même de l'obligation morale.
En somme celle première sanction des devoirs biologi-
(jues ou sanction morale rentre dans le deuxième groupe de sanctions de Malapert : sanctions qui sont « des conséquences, des effets uormnax, plus ou moins nécessaires, de la conduite morale » et qui ne sont que secondairement « des moyens destinés à obtenir l'obéissance ». De telles sanctions « doivent résulter exclusivement de la bonne ou de la mauvaise conduite, (h' la seule morahté ou immorahté de Fagent ».
Malaperf ajoute : « la vertu porte sa récompense ellenu'me, dans la satisfaction de la conscience, dans le sentiment de sa propre supériorité, dans la joie intime et sereine Aw devoir accompli; le vice traîne à sa suite les douleurs de riuinn'lialion. les angoisses du remords. Elles dernières sanctions sont bien proprement morales, puisqu'elles dérivent, immédiatement et uniquement, du mérite et du démérite de l'agent. »
Ces sanctions morales appartiennent bien aux devoirs biologi(|ii<vs conune aux auti^es. Quand on a aidé son prochain à remplir sa mission dans le monde, quand on a soimême joué son rôle dans le progrès indéfini de l'humanité, (juand on a rempli ses devoirs biologiques, en dehors de toute récompense sociale, on éprouve une satisfaction intime, réelle, de devoir accompli; tandis que, quand on a amoindri, compronns ou rapetissé sa propre vie, ou quand on a aidé msuffîsammeni son prochain ou qu'on a nui à la société et au progivs de la vie sociale, même en dehors de toute punition légale ou de touie autre sanction biologique, on «'prouve ime peine réelle, un regret, un remords indiscutables — même si l'acte fâcheux a entraîné quelque bien matériel immédiat pour son auteur.
2" Il y a ensuite les sanction s VÂ/<2feç.
Pour toute une série de devoirs biologiques, la loi écrite
peut punir ceux qui ne les remplissent pas et récompenser GsASSET. — Devoirs et périls biol. 4
Vj^
DEVOIRS RIOLOGIQUES
ceux qui les remplissent. Telles sont les lois biologiques sur le respect dû à la vie et aux biens de nos semblables, sur la santé publique, la prophylaxie des maladies contagieuses, l'assistance aux malades (mèmc^ inutiles ou dangereux)... « Ce sont les peines fixées par les lois et qui punissent les délits et les crimes d'amendes, de l'emprisonnement, de la nmi ménu', et aussi les réconq)enses (décorations, pensions...) (iiuda société accorde à ceux (lui onl IVinpli consciencieusement etcourageus(Mnenl leur devoir. Ce sont aussi l'estime, la considération, la sympathie ou. au nmtraire, le nu'pris, le déshonneur, qui s'attachent à riiommc' de bien
ou au malhonnête honnne. »
Ces sanctions légales dillèrent «les sanctions morales en plusieurs points, particulièrement en ceci que, dorigine humaine et sociale, les premières sont varial)les dune époque
à Fautre, d'un Heu à un autre, d'une législation à une autre; tandis (lue les sanctions morales sont éternelles et universelles, s'imposent à rhomme de hms h's \v\\\\)s et de tous
les lieux.
De là résulte (jue les sanctions morales ont — OU loul au moins doivent avoir - - une autorité et une influence heau- <oup plus considérables que les sanctions légales; et en cas de conflit, ce sont les premières qui doivent l'emporter chez
un liomme raisonnable, lionnéte et bien équilibré.
Sans cloute, la loi est obligatoire pour tout bon citoyen : nuiis cette loi, écrite par Thonnue, changeant avec les hommes, est forcément inférieure, comme obligation, à la loi
uioiale. qui est une idée-loi fondamentale de l'espèce humaine tout entière, depuis qu'elle existe. La loi écrite nesl ohUifatiùre que tant quelle nesf pas en contra dictioïi avec l(( loi morale. La considération de la saïu'tion légale est
un luohile puissant, (jui iloit s'ineliner tlevanl la considération de la saïution morale, en cas de condil.
:^" 11 V a une série d'autres devoirs blologi(|ues i\uv la loi ne peut pas imposer et dont elle ne peut pas punn* 1 inob-
ET PÉRILS BIOLOGIQUES g,
nervation. Telles sont les lois biologiques de la préparation de l hérédité, la bonne éducation des enfants, l'altruisme
I amour du prochain, la solidarité sociale... Dans ces cas, les
sanctions légales sont inexistantes ou insignifiantes et 'par suite inopérantes.
Sommes-nous réduits alors aux seules sanctions morales'? Non. Il y a encore à^^ sanctions biologiques, constituées par
l^^ périls biologiques auxquels Tinobservation de ces devoirs expose la société et l'individu. Ces périls doivent être présentés à la raison de l'homme (raison qui dirige sa volonté) cornuK^ la rançon ou la pu m' lion sociale de l'inobservation
des devoirs biologiquc^s. Ces périls biologiques corrélatifs à chacun des devoirs biologiques sont des sanctions uU/ùaires saiH'lions qui portent sur Yintérèf de l'individu et de la .s()i'i(''((''.
« Los peupl.-s onl la riclu-ss,-. la .ullure et les inslilulions .|.. ils n.éritenl. c'est-à-.lire qu'ils savent se donner en aceu-
iiu.lantleseflbHsdesgénéiations, en mettant àprolit la loi de la s.,l„larilé... Il y a un rnrrke sorialAoni les sanctions sont la prospénf.'. éoonon,i,,ue, la culluie intellectuelle, la sécur.l.'- Inl.'-rieure et l'expansion dans le monde. Ily a de même «•I I)lus vi.sil.lem..nt, un d/;n^rife social dont les sanctions S.O..I la nnsère éconotniquf, la (l.'gi'-iuwscence tle la race
I'. ennnnalilé, l'inslaLililé politique Ct IWaiblissement SOUS loutes ses formes ».
Par ces sanctions .sociales \m collectives, l'individu est
"llen.l aussi, mais in,ii,v,-tc,„enl et <>n quelque sorlo se-
.......la,ren,enl. Dans le n.éme groupe de Sanctions hiolo-H-
.|".'s. ,1 y en a certaines plus directement et exclusivement MMJ.Mdnelles : ., la hom,,. ou la mauvaise conduite onl des
<llHs heureux ou fùclicux sur lor-ninisme lui^m,W.e • la "•■■■|"--'ance. la réguluriu. ,1e la vie assurent la santé,' de .....n.e<,ue les excès, livrognerie, la débauclie engendrent la .'l<..he, épuisent le corps; abrègent l'existence... »
II "••faut évidemaienl rien exagérer. Il serait ridicule de
vouloir imposer les devoirs biologiques à l'homme, uniquement en lui promettant la santé et le bonheur s'il les remplit bien la maladie et le malheur s'il s'en acquitte mal. Mais
il serait fâcheux - surtout en un temps où les arguments scientifiques sont les plus généralement acceptés - que l'homme ne connut pas très bien et de près les pénis b.olo- <.inues qui menacent les individus et la société quand ,1s ne remplissent pas convenablement les .levoirs biologiques
correspondants. ,., .
Ceci démontre l'imporlance sociale cp.'a 1 eturte, un peu
précise, des devom et phm biologigues, étude à laquelle
ect consacré ce volume.
4 Classification des devoirs biologiques et des périls corrélatifs ; les conflits et la hiérarchisation des devoirs biologiques sont des questions scientifiques.
Les devoirs biologiques sont naturellement hases sur la
connaissance des lois de la vie de l'hommO Ot dOS grailrts
buts de cette vie. La finalité biologiquo de l'homme peut être, à ce point de vue, envisagée sous un triple aspect: vude l'individu, vie de la société, vie de l'espèce.
L'homme doit entretenir, défendre ei accroître sa vie dans ce triple but : il doit entretenir, tléfendre et accroître sa propre vie; il doit entretenir, défendre et accroître la vie sociab" ; il .doit 'entretenir, défendre et accroître la vie de
l'espèce. .
A chacun de ces points de vue. la vie de l'homme doit être toujours envisagée entière, c'est-à-dire à la fois physique et psychique ; car, sans son psychisme, l'homme n'ex.st.pas en tant qu'homme : l'homme est honnne uniquement avec et par son psychisme.
D'après ces principes, on peut classer les devoirs biologi-
niu>s et les périls corrélatifs à l'inobservation de chacun que» 1 1 K^" t' , 1 • 1 !)■ !• • 1 ■
d'eux en quatre grands groupes : 1 . devoirs de 1 individu VIS-
à-vis de sa propre vie; 2. devoirs de l'individu vis-à-vis des autres individus; 3. devoirs de l'individu vis-^-vis de Tespèco (faiiiille liuiiiaiiie); 4. devoirs des individus eu société.
— r II va sans dire que je parle exclusivement des devoirs biologiques et n'ai pas la prétention d'épuiser la liste des <levoirs de rhoninie: il y a notamment, en outre, les devoirs
i'Hvers Dieu, qui n'apparlieiuient pas à la Biologie hutnaine,
•science positive et expérimentale.
Premier groupe : devoirs de rindlvidu vis-à-vis de sa propre vie (morale individuelle). — Le premier devoir biologique qui s'impose à rallention est le respect et FaiTiour
(jiie chaque individu <loit avoir pour sa propre vie; j'entends : de sa vie complète, psycliisme compris, c'est-à-dire le respect et Tamour de son progrès psychique en même temps que de
son développeiueiit physique, la compréhension du rôle actif
4 le chacun dans le développement général de l'espèce et le
progrès de riunnanité, la nécessité du travail individuel...
Les périls corrélatifs à l'inobservation de ces preifïiers de-
voJi's sont nomhreux ot graves. Je citerai : la paresse et
rinsouciance, le mépris de l'hygiène (physique et morale),
le suicide, les intoxications volontaires (alcool, opium, éther, cocaïne)...
Deuxième groupe : devoirs de r individu vis-à-vis des autres individus (morale inter individuelle). — Le deuxième devoir biologique est, pour chaque individu, le respect et l'amour de la vie des autres individus : l'altruisme, la solidarité, la
roopération, le secours à ses semblables (pour les aider à remphr, eux aussi, leurs devoirs individuels)...
Les périls correspondant à linobservalion de ce deuxième devoir comprennent: le mépris de la vie du prochain,
l'homicide, tous les attentats contre la vie, les biens et les droits des autres hommes...
Troisième groupe : devoirs de l'individu vis-à-vis de Vespece (morale familiale). — Le troisième groupe de devoirs biologiques comprend : le respect et Tamour de la
vie de la famille (préparation de rhéréJité, mariage, éduea--
lion des enfants)...
Les périls correspondant à rinobservation de ces devoirs
comprennent : la viciation de l'hérédité, la fausse conception du mariage, la faible natalité, la mortalité infantile, la dépopulation, la mauvaise éducation des enfants, la destruction
delà famille...
Quatrième groupe: devoirs des individus en société (morale sociale, civique et internationale). — Le quatricme groupe de devoirs biologiques comprend : Tassistance sociaU^ aux bien portants et aux malades (même inutiles ou dangereux); la défense vis-à-vis des criminels, des asociaux rt des antisociaux ; l'assistance et la défense vis-à-vis des criminels malades; les devoirs envers la patrie.
Les périls correspondant à l'inobservation de ces devoirs
comprennent : le mépris et laban«lon de lliygiène et d*- la santé publiques, les mauvaises législations contre les criminels malades (irresponsables ou à responsabilité atténuéi')
qui .ne protègent pas la société et n'assistent pas le malade
nocif et insociable, rantipatriotisme, la négation de la morale internationale et la substitution de la force au droit...
Le titre de ce quatrième groupe rie devoirs biologi(|ues
pi-^j^Ve ee qui est d'ailleurs évident — que, quand <»n parle de devoirs et d<* droits, on ne peut viser que les devoirs et les droits des individus, même <piand il s'agit des devoirs
et des droits de la société vis-à-vis des individus (|ui la composent. L'activité vraie réside, toujours et exclusivement, dans l'individu ; quand on parle de Tàme des foules ou des collectivités, quand on parU' de la société comme
d'une personne ayant son unité biologique, on s'exprime ainsi par pure méiapbore, du moins en Biologie bumaim-.
Avant de biologiques
passera Tétude détaillée de ces divers devoirs
et des périls biologiques corrélatifs, j'indique
ET PÉRILS BIOLOGIQUES Sf»
une dernière (juestion qui pourrait être le point de départ de quelques difficultés.
Il peut, dans ceitains cas, y avoir conflit entre divers
devoirs biologicjues, l'bomme peut se trouver embarrassé pour choisir le devoir qu'il doit remplir d(^ préférence. Sur (juelle base peut-on aid<'r l'bomme dans ces délibérations? Couiinent peut-on hiérarchiser les divers devoirs biologicjues ?
« Il se produit, dit Lévy Brubl, à toutes les époques et constamment, des conHits de devoirs, des questions de conscience difficiles, douloureuses, parfois même tragiques et insolubles... (ces conflits) proviennent — et c'est ce qui en fait souvent le caractère aigu — de contradictions inhérentes à la conscitmce elle-même, pressée, déchirée par
des obligations contraires les unes aux autres, qui y
coexistent et (jui s'y combattent. »
J'ai déjà indiqué plus haut (page 50) que les sanctions j^euvent, dans un certain nombre de cas, servir de critères
pour résoudre des conflits entre les devoirs: les sanctions
morales ont une valeur supérieure, à ce point de vue, aux sanctions légales et aux sanctions biologiques.
Quand les devoirs, entre lesquels le conflit surgit et qu'il
faut hiérarchiser, sont tous biologiques, la Biologie humaine
intervient et facilite la solution du problème. On peut dire «|ue, dans la doctrine adoptée et exposée dans ce livre, ces conflits se comprennent très bien ou du moins on en com-
|nvnd l'existence. Je n'ai naturellement pas la prétention I idicuh' (h' prévenir ou de résoudre tous ces conflits par Ics^ lois de la Biologie iumiaine. Mais, giàce à cette doctrine, je liiis de ces conflits — ce qui me paraît un piogrès — des .
(luestioris scicntifigues, qiw Y m éludie et que Ton s'efforce
<le résoudre scienlifiquemenl.
Ces heurts et ces conflits ne se présentent pas en effet sur les idées-lois, supérieures à la Biologie humaine; ils
portent sur les applications de ces idées-lois, c'est-à-dire
sur la partie scientifique Je la morale et de la sociologie. Dès lors, tous les progrès faits dans ce domaine scientifique des sciences morales et sociales, tous les progrès faits en
Biologie humaine faciliteront la solution de ces conllits.
Une doctrine n'est pas stérile quand, sans pouvoir supprimer les difficultés naturelles et inévitables, elle donne une méthode scientifique, positive et expérimentale, pour les
résoudre mieux, plus facilement et plus rapidement, dans
Tavenir.
Un grand exemple, sur lequel on peut mettre à l'épreuve l'exactitude de cette manière de voir (et sur lequel d'ailleurs
nous serons obligés de revenir) est fourni par le conflit, si fréquent et si angoissant dans beaucoup de cas, entre l intérêt individuel et l'intérêt social.
Dans un travail déjà indiqué. Georges Bohn cite une thèse,
présentée à la Sorbonne, «tans laquelle Palante dénonce éner- <nquement le conflit et la lutte perpétuels entre l'individu et la société : « en fait, dit-il, les heurts de l'individu et de la sociétt' sont iiu-essants. Sans doute, la société dure, mais il
en est d'elle connue d'une machine grinçante qui marche par à-coups et au prix de heurts incessants. La tlurée de- la société n'empéciie pas ce fait, non moins incontestable : la résistance de l'individu à la contrainte sociale; sa révolte,
ouverte ou sourde, contre la compression qu'il subit... »
La solution de ce conflit est une question de science; non de science biologique générale, qui conduirait, comme
je rai montré plus haut (page 5), à régoïsme universel et
à l'aggravation di* la lutte sociale; mais de Biologie humaine, qui aidera puissamment à résoudre la question, en montrani qu'une des lois biologiques humaines le plus importantes
est la loi de la solidarité, de la coopération, de l'aide mutuelle et de l'amour de ses semblables.
C'est la science qui résoud aussi la question des rapports du malade contagieux avec la société, en donnant une
formulo, qui, tout eu tenant grand compte de la liberté indi-
viduelle, garantit la société contre l'invasion et la propagation des maladies infectieuses et épidémiques. La question de la criminalité, de la responsabifité, des devoirs de défense
<le la société vis-à-vis des insociables en même temps que fl'assistance vis-à-vis des malades de l'esprit, pervers et dangereux... rentre dans le même groupe, très considérable, des questions, aussi difficiles que graves, dont la Biologie humaine s'occupe et cherche la solution.
On voit que, comme je le disais au début de ce paragraphe, la doctrine développée dans ce livre n'a la prétention ni de prévenir ni de résoudre tous les conflits de la
morale td de la sociologie ; mais elle en fait des questions scientifiques et, ainsi, non seulement elle fournit le moyen de résoudre ou de prévenir certains de ces conflits, mais encore elle permet d'espérer que les progrès incessants de la
Biologie humaine faciliteront de plus en plus la prophylaxie et la thérapeutique de ces conflits.
En résumé, et pour conclure toute cette première partie,
on voit combien il est facile, sur la doctrine proposée de la Biologie humaine étayée par les idées-lois de la conduite bumaine, d'édifler toute une morale et toute une sociologie pratiques constituant tout un code de la vie individuelle et
sociale. Ce qui perm*et de dire, en définitive : toutes les .sciences morales et sociales, ayant et voulant f/arder le caractère scientififjue, sont basées sur la connaissance des loisy devoirs et périls biologiques, tels que les définit et les
caractérise la JJiolof/ie Jiuniaine ; ou : la Biologie humaine, — qui doit être aussi essentiellement distin(/uée de la biologie animale que celle-ci Vest de la biologie végétale, — donne aux sciences morales et sociales une base et un point
de départ, que la biologie générale (comme toute autre science positive et expérimentale) est incapable de leur donner.