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Les lois biologiques et les réactions qu'elles provoquent

chez l'homme et chez les animaux.

Quand une science est distincte d'une autre, elle a nécessairement des lois différentes de celles de cette autre

science; les lois de la Biologie humaine sont donc différentes des lois de la biologie générale et plus spécialement de la biologie animale. De plus, les réactions de l'individu vis-à-vis de ces lois sont différentes (juand il s'agit de l'iionniie

et quand il s'agit du reste de l'univers el plus spécialement

quand il s'agit des animaux les plus élevés dans la série et par conséquent le plus voisins de rhomnie.

Dans le monde inanimé, les lois physicocbimiques — les

seules lois naturelles qui le commandent — s'imposent d'une manière absolue et mathématique aux corps bruts. A ces lois se joignent, pour les êtres vivants, les lois biologiques, qui en compliquent le déterminisme, mais qui s'imposent

néanmoins d'une manière absolue à eux, à tous les degrés de Féchelle, depuis l'amibe jusqu'à l'animal le plus perfectionné. Les lois de la génération, de la sélection héréditaire, de

la défense et de la conservation de la vie individuelle, de la construction de l'habitat, de la lutte contre les autres individus soit de la même espèce soit des autres espèces... toutes ces lois sont exécutées, aujourd'hui comme il y a mille ans, depuis que chaque espèce existe et est fixée dans son type, sans qu'aucun individu ni aucune génération apportent à cette exécution une modification quelconque en bien ou en mal, un perfectionnement ou une dérogation.

Les êtres vivants obéissent automatiquement à leur finalité biologique ; ils ne peuvent pas ne pas lui obéir. Ils n'ont, à obéir ainsi, aucun mérite ; ils ne sont ni responsables ni coupables; leur activité personnelle n'intervient pas fondamentalement pour transformer parfois l'obéissance en déso-

ET LES IDÉES-LOIS 2S

béissance ; Tidée du bien en soi et du juste n'existe pas chez eux ; la question de moralité ne se pos5î pas devant eux ;

leurs actes sont moralement indifférents ; on ne peut pas

parler de devoirs d'un genre cjuelconcjue aux animaux ou aux autres êtres vivants, quels qu'ils soient.

On ne conçoit pas un animal — même le plus intelligent

et le plus élevé — agissant contre tous ses goûts et tous ses

intérêts pour réaliser uniquement une chose belle en soi, pour faire uniquement ce qu'il veut...

Chez l'homme, les choses se présentent d'une manière

absolument différente : pour lui, les lois biologiques sont

tout autres et elles se présentent à lui tout autrement -, c'està-dire que les lois biologiques provoquent, chez l'homme, des réactions toutes différentes de celles qu'elles provoquent

dans le reste de Tunivers.

Pour mettre un peu de précision dans cet exposé, il faut distinguer trois catégories dans les lois naturelles qui régissent la vie humaine : lois physicochimiques qui sont

communes à l'homme et à Tunivers tout entier et auxquelles

l'homme réagit comme tous les autres corps de l'univers ; lois biologiques générales, qui sont communes à l'homme et à tous les êtres vivants et auxquelles l'homme réagit

comme tous les autres êtres vivants ; lois biologiques propres qui sont spéciales à Thomme et auxquelles il réagit d'une manière spécifique.

Au premier groupe appartiennent les phénomènes physi-

cochimiques qui sont les mêmes sur le cadavre et sur l'homme vivant : les rayons Rœntgen traversent les muscles et sont arrêtés par les os de Thomme, vivant ou mort ; un courant électrique d'une quantité et d'une qualité données décomposera également Feau sur le cadavre et sur le vivant ; un choc d'une certaine force cassera de la même manière un

fémur vivant ou mort Dans tous ces cas, l'homme obéit

à la loi naturelle, non seulement comme tous les autres êtres

vivants, mais encore comme les corps bruts ou manimes.

Au deuxième groupe appartiennent les phénomènes vitaux qui sont les mêmes chez Thomme et chez tous les êtres vivants (ou au moins chez heaucoup d'autres êtres

vivants et notamment chez les animaux supérieurs) : l'homme naît, croît, se reproduit, décroît et meurt comme tous les autres êtres vivants ; il se défend contre le froid et le chaud comme les autres animaux homœothermes... dans tous ces

cas, les réactions de riioiiinie vis-à-vis des lois biologiques ne diffèrent pas sensiblement des réactions des autres êtres vivants ou d^mtres êtres vivants.

Dans le troisième groupe, — le seul qui nous intéresse vraiment ici — sont les phénomènes humains, spécifiquement humains ; c'est-à-dire les lois biologiques spéciales à riiomme, qui provoquent chez lui des réactions personnelles, dillérentes de celles constatées dans les deux premiers groupes.

Les lois biologiques «le la conduite humaine , qui constituent, à proprement parler, ce troisième groupe, sont tout autres que les lois hiologiques de la conduite des animaux.

La vie sociale humaine nécessite en effet inie participation active de cliacun au progrès psychique indéfini de l'humanité (que nous avons vu être un caractère spécifique

de Tesprce humaiiic) et, pour cela, la préparation de Théir-

dité, une constitution spéciale de la famille, une aide mutuelle, une solidarîlé et une coopération de tous, la protection des bien portants. L'assistance aux malades, alors

même quils sont définitivement inutihsables par la société ou même dangereux pour elle, insociables et criminels...

De plus, et ceci est encore plus important, les lois biologiques se présentent tout autrement chez l'homme et chez

les anifnaiix, pfovoquent, chez l'un et chez les autres, des

réactions absolument distinctes et différentes.

Aux animaux — je l'ai dit — les lois biologiques s'imposent et elles sont exécutées sans discussion; l'animal s'y

conforme automatiquement et nécessairement; il n'a besoin

ET LES IDÉES-LOIS ^ 27

ni de code ni de morale; son instinct suffit à en entraîner Texécution.

Les lois biologiques de la vie humaine sont aussi précises

et aussi certaines que les lois biologiques de la vie des animaux; et cependant les hommes n'obéissent pas à ces lois avec l'unanimité et Texactitude que l'on admire chez tous les animaux : parce que — nous l'avons vu plus haut en parlant de la volonté liumaine — l'honinie discute, raisonne et n'obéit que si ei quand il veut. En d'autres termes, les lois et préceptes de la biologie générale sont obligatoires pour les animaux et pour tous les êtres vivants tandis que les lois de fa Biolof/ie huînaine n entraînent pas, par elles-mêmes, rohligation pour Vhomme.

La réaction personnelle, spontanée, l'affirmation de Tactivité propre, individuelle, l'intervention efficace et opérante

«les neurones psychiques... n'apparaissent pas chez Tanimal (pii suit les lois biologiques de son espèce, tandis qu'elles apparaissent avec grande netteté et grande force chez riiomme qui obéit volontairement aux lois biologiques de son espèce.

C'est là le développement et l'application d'une idée que nous avons vue déjà exposée par Fouillée : « par cela même,

dit-il, la liberté n'est pas sans lois, mais elle a des lois propres, très différentes, par leur nature, des lois pliysiques. Ce sont des lois de finalité intellectuelle, qui permettent au moi de se prendre pour fin et, dans l'acte moral, de prendre en même temps pour fin l'être universel. On n'est pas libre par l'affranchissement des lois de l'intelligence, mais, tout au contraire, par leur entier accomplissement : on n'est pas libre par l'absence de motifs, mais par la présence de

tous les motifs pour ou contre, que dominent, d'une part

l'idée de notre liberté et d'autre part l'idée de la fin universelle. La liberté, terme du développement volontaire, est ainsi la nnotivation par excellence, la motivation complète,

s'étendant aussi loin qu'il est possible, embrassant dans la

pleine lumière un ensemble de fins aussi vaste qu'il est possible, pour les ramener à Tunité du moi. Les stoïciens n'avaient pas tort de placer la liberté idéale dans la plénitude

et l'universalité de l'intelligence ; leur tort fut de ne pas voir que le moi, en se concevant lui-même, arrive à concevoir sa propre indépendance, sa propre liberté, et à la vouloir; qu'ainsi le sujet pensant ne s'absorbe pas entièrement

dans Tobjet. mais se pose au contraire en face de lui sous l'idée do son activité personnelle. Plénitude de la connaissance objective et plénitude de la conscience subjective, tel

est ridéal de la volonté... »

Conclusion : e?i Biolocjie humaine, les lois naturelles et les réactions de l'individu vis-à-vis de ces lois apparaissent

tout autres quen biolo(/ie générale.

3. Nécessité, chez l'homme, d'un autre élément pour transformer les lois biologiques en devoirs obligatoires.

De tout ce qui précède on peut, de plus en plus, conclure que, seule, la Biologie humaine peut donner une base scientifique aux sciences morales et sociales ; puisque,

comme nous venons de le voir dans le dernier parap^raphe, les lois biolof^iques et les réactions de Tindividu en face de ces lois sont spécifiques pour Thomme, seule la Biologie humaine peut étudier et préciser ces lois biologiques et ces

réactions et par conséquent fonder la morale et la sociologie.

Nous pouvons donc considérer comme démonlré que la

Biologie humaine est une base scientifique nécessaire de

la morale et de la sociologie. Est-ce une base scientifique

suffisante pour les sciences morales et sociales ? ou tout au moins à quelle condition celte base scientifique peut-elle être suffisante ?

Il est facile d'énoncer cette condition, plus malaisé de la

remplir.

ET LES IDÈES-LOIS

Pour que la Biologie humaine suffise à fonder les sciences niorales et sociales, il faut qu'elle comprenne, en même

iemps que les lois biologiques humaines, qui sont son objet

propre, les idées de bien, ^'obligation morale et de devoir y sans lesquelles il n'y a aucune possibilité de fonder une morale et par suite une sociologie. Or, il est facile de comprendre qu'une science positive quelconque, la Biologie humaine comme les autres, apte à indiquer et à analyser ce qui est, est incapable de dire et de faire connaître ce qui doit être et d'imposer à Thomme libre ce qu'il doit faire, ce qu'il est

moralement obligé de faire ; elle est incapable d'assujettir

obligatoirement à ses lois la conduite des individus.

Ceci ressort nettement de toutes les explications données plus haut, notamment sur le troisième caractère spécifique de rhomme (la volonté humaine) et sur les réactions humaines aux lois biologiques : l'activité propre et personnelle de ses neurones psychiques, qui donne à l'exercice de la volonté chez l'homme un caractère tout différent de celui

que présente Texercice de la volonté chez les animaux.

La Biologie humaine dit à l'homme : si tu veux vivre vraiment et si tu veux que la société vive et prospère, il faut constituer fortement ton foyer, oublier ton intérêt et Ion plaisir personnels pour ne voir que Fintérêt et l'avenir de l'humanité vis-à-vis de laquelle tu as des devoirs stricts. — A ce discours plein de sagesse et scientifiquement inattaquable l'homme peut répondre et répond souvent : Fespèce humaine et Favenir de Fhumanité, je m^en moque ; la société est mal organisée, je ne veux rien faire pour elle ; je préfère vivre ma vie; elle sera courte, peut-être mêms raccourcie par ma faute; que m'importe, si elle est bonne et réalise mes désirs et mes aspirations de bonheur, si c'est la vie que je rêve...

Donc, les lois biologiques, qui s'imposent par elles-mêmes aux animaux et à tous les êtres vivants, ne peuvent s'imposer à Fhomme que si celui-ci a déjà Fidée de devoir et

ET LES IDÉES-LOIS

(l'obligation morale, que la Biologie humaine — comme loule science positive et expérimentale — est incapable de donner.

Sur ce point, on ne peut contester qu'Albert Bayet raisonne avec une implacable logique.

(( Quand Auguste Comte, dit-il, Rant, les utilitaires mettent l'obligation à la base de leur morale, ils sortent de la science, ils ne font pas de la morale scientifique... Gomment

en effet une science quelconque pourrait-elle doinier naissance à ridée d'obligation morale ? Comment, d'une étude toute spéculative et désintéressée de certains faits et de leurs lois, passerait-on à des prescriptions impératives, sanctionnées par ridée de mérite et de démérite?... Si la science morale avait la moindre prétention normative, elle cesserait, par le seul fait, d'être une science. »

Et ailleurs : « demander à la science un impératif quelconque, c'est lui demander ce qu elle ne saurait nous donner sans cesser d'être la science... La science peut-elle directement, comme elle nous donne une loi positive, nous donner une loi normative, un conseil, un ordre? — il faudrait, pour le lui demander, méconnaître Tesprit même de la recherche scientifique... L'offre (de la science) est terminé, quand elle "nous a fait connaître Tordre réel. Mais elle n'a pas à nous dire : respectez cet ordre ou bouleversez-le. Elle

aiïîrme la loi positive : elle ne peut rédiger une loi impérative... Autre chose est d'observer, d'étudier un fait moral ; autre chose de porter sur ce fait moral un jugement moral, de le proclamer bon ou de le déclarer mauvais... »

Tout cela paraît très vrai et bien déduit et s'applique à toute science positive et expérimentale, h la Biologie humaine comme à la biologie générale et aussi à cette forme nouvelle que Ton veut donner à la morale sous le nom de

« science des mceurs ».

Lévy Bruhl objecte très justement cela à Wundt, qui voudrait mettre la morale au nombre des « sciences normatives ». — La question, dit-il, « est de savoir si ces deux

termes sont compatibles entre eux et s'il existe réellement des sciences normatives... La science fournit simplement une base solide aux applications. » La morale « serait une science

normative précisément par sa partie théorique, serait législative en tant que science. Or, c'est là confondre Teffort pour connaître avec l'effort pour régler l'action : c'est une prétention irréalisable... Une morale, même quand elle veut être

théorique, est toujours normative ; et précisément parce

(|u'elle est toujours normative, elle n'est jamais vraiment Ihéorique. «

Donc, la Biologie humaine, qui peut, bien plus facilement

(|ue toutes les autres sciences —je peux même dire : à Texclusion de toute autre science — être donnée comme base et point de départ aux sciences morales et sociales, se heurte encore à une grande difficulté : eUe est incapable

de donner naissance à l'idée d'obligation et de devoir; et, sans ces idées, il n'y a ni morale ni sociologie possibles, puisque les lois biologiques, obligatoires par elles-mêmes pour les animaux, ne le sont pas pour l'homme.

Comment résoudi^e cette difficulté?

Voici comment la question se pose : la Biologie humaine, science positive et expérimentale, découvre et édicté des lois; mais ces lois ne deviennent pour rhomme des devoirs

obligaton'cs que sM y a, dans 1 homme, Tidée de bien obligatoire, de juste, de devoir... Celte idée ne peut être fournie ni par la Biologie humaine, ni par aucune autre science. Comment s'impose-t-elle néanmoins au biologiste humain, désireux de formuler h l'homme des règles de morale et de sociologie? . •

Cette idée s'impose comme un fait, que le biologiste découvre et constate chez Thomme et dont il est obligé de

tenir compte sans en discuter V origine . — C^est là une doctrine acceptée par un grand nombre de classiques, à la suite de Kant.

« Le sentiment de Tobligation, dit Malapert, consiste dan&.

la conscience d'une certaine nécessité rationnelle, qui s'impose à la volonté. Celle-ci se sent soumise à une autorité, dont les indications s'objectivent sous la forme de règles, de normes ; et c'est ce qu'exprime le terme de loi morale.

D'autre part, le caractère d'irrésistibilité dont nous apparaissent revêtues les prescriptions de la raison nous les fait concevoir comme des commandements auxquels il faut obéir ; et c'est ce qu'exprime le mot devoir.,, »

D'après Kant, la loi morale est k priori. « La volonté étant le pouvoir d'agir sous la représentation de cette loi rationnelle, la volonté s'identifie à la raison dans l'acte moral, elle est là raison pratique même. » La loi, en entrant en

conflit avec nos penchants, « prend la forme d'un commandement, d'un ordre, auquel il faut obéir; elle a pour formule un impératif». — (( L'impératif catégorique est celui qui nous représente Taction comme bonne en elle-mémey comme de vant être le principe d'une volonté conforme à la raison; cet impératif est un ordre de la moralité. Seul, l'impératif catégorique lie inconditionnellement la volonté; seul, il est absolument nécessaire ; seul, il est proprement une loi... Ainsi,

Pêtre raisonnable est tout à la fois législateur et sujet. La législation, à laquelle il est soumis, doit en effet se trouver en lui et jaillir de sa volonté. La raison, qui pose la loi, n'est pas extérieure à la volonté même. L'homme ne peut être

b*é à une loi par le devoir que si cette loi est l'expression

de sa volonté. Le principe fondamental de la moralité se

trouve ainsi être le principe de Y autonomie de la volonté... »

En somme, et sans discuter (ie le répète) l'origine de cette

idée, il faut, admettre (et cela résout la difficulté soulevée plus haut) que la Biologie humaine découvre expérimentalement (par V observation) et par conséquent accepte comme un fait positif ( qui lui est antérieur et supérieur) F idée de

Sien, de jtiste, d'obligation et de devoir, qui est une de ces IDÉES-LOIS de la nature humaine, sur lesquelles nous devons dire quelques mots en général avant de parler plus

ET LES IDÉES-LOIS

spécialement, dans le chapitre suivant, des idées-lois de la conduite huinaiîie, base des sciences morales et sociales.

4. Les idées-lois en général ; leurs rapports avec la Biologie

humaine.

Fouillée a excelleinnient étudié la force des idées et développé la notion de Y idée force.

« Le véritable inlérèt de la psychologie, dit-il, consiste

surtout à rechercher quelle est l'efficacité de la pensée en nous et autour de nous, quelle est la force des idées et de tous les états de conscience qui s'y résument, leur influence sur

l'évolution de l'esprit et sur celle mémo de la nature. Tel est,

j)ar excellence, le problème psychologique. Pour que la conscience, en etrel, ne soit pas réduite dans l'univers au rôle de zéro, deux choses son! nécessaires. La première, c'est

(|ue nos idées el seiilimenis soient des conditions réelles de chaiigemenl interne, conséquemment des facteurs de l'évolution mentah', non desimpies indices d'une évolution ayant lieu sans eux par des causes exclusivement physiques. La

seconde, eVsl (|ue Ion! clian<roniont interne, étant inséparable duncliangeinent externe ou mouvement, puisse avoir (les eflels dans ie inonde extérieur, si bien que les idées, ayant agi intérieuivment, se trouvent avoir du même coup leur expression extérieure avec toutes ses conséquences. C'est en ce sens que les idées peuvent être idées-forces. En d'autres termes, les états mentaux doiv(Mit avoir une efficacité interne et, indivisiblement, externe, en raison de l'unité

lonciere du pliysujue (A du mental. »

Les idées, considéré(\s comme des représentations, ne pourraient, pas agir les unes sur les autres, « pas plus que le portrait de la Joconde n'agit sur le portrait de la Forna-

rina». Les phénomènes mentaux sont, non représentations, nvà\^ actions i}i réactions. « Nous nous plaçons à l'antipode de ceux qui veulent réserver l'intensité aux objets extérieurs,

Grasset. — Devoirs et périls biol. 3

qui vont même jusqu'à prétendre, comme on Ta fait récemment, que les étais mentaux n'ont pas d'intensité ot sont qualité pure... »

Cette doctrine est l'atrirmalion — qui n'est pas pour déplaire au physiologiste et au I)iotogiste lunnain — de l'activité propre des neurones psychiques, activité (|ui s'affirme aussi hien dans la pensée que dans la sensation et le mouvement, la volonté étant précisément l'expression de ce passage actif du neurone, de l'état de pensée rétléchissant sur les sensations, a l'état de pensée s^^xtériorisant par le

mouvement.

En-réservant toujours la ([ueslion de l'essence de l'àme spirituelle derrière et sous tous ces pfiénomènes, on peut et

on doit dire que les idées — et surtout certaines idées — ont une grande puissance (rextériorisation, sont actives, sont des forces ; certaines sont directrices, sont des lois, que la Biologie hunuiinene peut pas négliger et dont elle

doit tenir le plus g^rand compte.

Ces idées-lois sont de d<Hix ordres : les unes universelles et les duivi's f/ en érales.,

Les idées-lois du premier groupe sont universelles et

nécessaires. LaBiologie humaine n'en dé'montrepas, maisen constate l'existence dans l'esprit humain ; ces idées-lois ne sont pas expérimentales d'origine et le hiologiste humain ne discute pas d'ailleurs leur origine : ceci est l'atlaire du

ptiilosophe nu' tapliysicien, qui, par les procédés et les méthodes (jui lui sont propres, discute cette origine (ancestrale, héréditaire, innée...) connue il discute l'origine et l'essence de l'homme.

Le l)i<)logiste liumain, <|ui «Uudie l'espèce \\u\\\i\\wi\ fLrée, se contente de constater l'existence chez tous les hommes^ de ces i<lées-lois ; il découvre cette existence par ses méthodes ordinaires d'ohservation scienlilique ; il a donc

le droit de s'en servir comme d'un fait acquis.-

Un licl exemple de ces idées-lois universelles est fourni

ET LES IDÉES-LOIS 3g

par les idées-lois du raisonnement humain (principe de causalité, de raison suffisante...) qui sont la condition de l'induction connue de la déduction, idées métaphysiques, non expérimentales d'origine (constatées, mais non acquises,' par l'observation), universelles, nécessaires, antérieures et

supérieures à toute science positive et expérimentale, condition de toute science; comme le hiologiste général, comme le physicien ou le chimiste, comme tous les savants, le hiologiste humain doit accepter ces idées-lois comme un

lait découvert chez l'homme, constaté expérimentalement par l'observation de l'homme.

« Les principes directeurs de la connaissance, dit Fouill('e, sont des idé^es-forces, en ce sens qu'ils eiitrent comme fac-

l«'urs essentiels dans toute connaissance et dans toute action. Ce sont les conditions h^s plus générales de la pensée, en [larticulier du raisonnement, par conséquent aussi de la volition, (|ui. enveloppe un syllogisme appélitif et actif. Je

ne puis penser, raisonner, vouloir, agir (ju'ù la condition : i» <h' ne pas nu' contredire en disant (|ir'une même chose est et n'est pas; 2" d'attribuer (par paroles ou par actions) une raison à toute chose. »

Le deuxième r/roitpe comprend <les iclées-fois r/cncrales (pii sont constatées et démontrées par l'expérience, qui s'appliquent, non à l'universalité des êtres et à la nature

cidiére connue les idées-lois du raisonnement humain, mais

à un groupe plus ou moins considérable d'elles COimiK l'ensemble des êtres vivants.

Un bon exenqile des idées-lois de ce groupe est constitué

par les idées-lois de finalité Inolocjique, qui dominent la

biologie tout entière, eest-à-dire la science de tous les êtres vivants: le déterminisme des êtres vivants ditlèrc et se distingue du délenuinisme des corps bruts par cet élément de

complexité plus -rande que Claude Bt'rnard iippflait l'idée

dhectrice delà vie: c'est ridée-loi de la finalité blologiquC .* tous les êtres vivants défendent leur vie et celle de Tespèce

DES IDÉES-LOIS

leur forme et leur type spécifiques contre l'énergie, la matière

et la vie nocives. Cette fonction antixénique est dominée, orientée et dirigée par l'idée-loi de la finalité biologique.

On voit facilement en quoi les idées-lois de ce second groupe diffèr-ent des idées-lois du premier.

Celles-ci sont, non seulemenl universelles et nécessaires,

mais siipéiieures et antérieures à Texpérience, non expérimentales et par conséquent éterm^les et mmiuaôfes. Crdleslà sont au contraire générales et expériuK'nJales el par conséquent variables et perfectibles connue la science qui les

établit.

Les premières constituent, dans les connaissances du biologiste humain, un élément ftJ'e, aussi vieux que l'humanité elle-même. Les d(M'nieres sont au contraire nn élémenl changea nf. — Les pivmières sont constatées comme un fait par la science (jui ignore leur origine et ne s'en préoccupe pas; les secondes sont constatées et démontrées par la science, qui étahlit ainsi à la fois leur existence et leur

origme.

Nous allons voir, dans h' cliapitre suivant, comment ces principes généraux, appliijués aux idées-lois de la conduite

humaine, permettent à la Biologie humaine de fonder complètement les sciences morales et sociales. V

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