La dépopulation par défaut de natalité en France
A. Existence et étendue du péril. — Jai parlé jusqu à présent (lu péril social créé parla diminution de la nalalilé
au point de vue (jénéral\ à ce point de vue déjà, la question
est fn*s importante; elle est eapilale pour l'avenir de l'humanité tout entière : la Biolo^j^ic Immaine doit donc lui accorder une large place dans ses études.
Mais l'étude de cette ji;rave question de la dépopulation
par délaut de natalité n'est complète que si on l'envisag*' aussi dans une nation en particulier, comme la France. Le péril pour une nalion nest pas seulenuMit calculé sur les
chiffres généraux de natalité dans le njonde civilisé et sui* les chiflres particuliers à cette nation, pris dune manière absolue; grande est surtout l'importance i^elative de ces chiffres particuliers, par rapport à la natalité dans les autres
nations, voisines ou éloignées, plus ou moins rivales ou tout au moins concurrentes.
En effet, que la population entière du g^lohe croisse trop
OU trop peu, la marche particulière de la natalité en France, comparée à la natalité des autres pays, a une importance absolument de premier ordre : tout l'avenir de notre pays en dépend. En d'autres termes, pour mesurer l'étendue du péril créé en France par la dépopulation due au défaut de
natalité, il ne suffit pas d'appli(juer à la France ce que nous avons dit du monde entier; il faut encore faire une étuile
spéciale de la marche de la natalité en France.
C'est ce que nous allons faire, toujours d'après les livres
de Leroy-Beaulieu et de Bertillon.
Si je choisis la France pour cette étude particulière, c'est d'abord et surtout parce que c'est le pays qui nous intéresse le plus; mais c'est aussi, connue l'a montré Leroy-Beaulieu, parce que c'est le pays « oii 1 on peut le mieux étudier Finiluence de la civilisation sur la natalité et sur la popu-
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lation » et sur lequel Malthus s'est le plus trompé dans ses
|)iwisions en application de sa doctrine.
« La France est la première nation du monde européen parveime à la civilisation, notanmient à la civilisation démocratique... Çà a été la première nation fortement conslituée politiquement, celle où Taisance s'est le plus tôt universellement répandue, où la classe moyenne a été la plus nombreuse, ou l'accès de tous les habitants à toutes les situations a été le plus tôt assuré, ou le sentiment de l'égalité
s'est montré le plus vif; c'est la nation qui s'est le plus tôt
et le plus complètement dégagée des anciennes traditions. » ('/était le pays de choix pour appliquer le principe de Mal- Ihus : on devait s'y plaindre d'un excès de fécondité, être obligé de réagir contre l'accroissement de la natalité, y prêcher la restriction volontaire... Malthus le pensait ainsi d'après ce qu'il savait de la France pendant et après la Ré- Nolution et ses disciples citaient la France à leurs lecteurs
comme exemple pour « suivre les raisonnements de Malthus ».
La France est donc un « critérium de la doctrine de
Malthus », accepté en quelque sorte par Malthus lui-même.
« La France de la fin du xvni* siècle et du commencement du XIX* siècle paraissait à Malthus un argument en faveur de sa doctrine » ; il signalait « les très nombreux mariages
de l'ancienne France, le très grand nombre des enfants dans
notre pays, la très forte proportion de la population enfantine à la population totale, l'intluence prolitique de la petite propriété, etc. » et il en inferait que la population allait s'y
accroître rapidement comme le voulait son Principe de population. Nous allons voir qu'au contraire — et malheureusement pour nous — « la France inflige un démenti flarant au prétendu principe de population de Malthus ».
a. Affaiblissement absolu et relatif du nombre des naissances en France. — Les chiffres publiés par Emile Levas-
seur et complétés par Leroy Beaulieu, qui s'étendent de 1801 à 1912, peuvent être présentés à deux points de vue : natalité par rapport à la population et natalité par rapport aux mariages.
Le cliiffre absolu des naissances a déjà un certain intérêt : « après avoir monté, d'une manière pres(|ue continue de
1801 jusque vers 1826, après être restée quasi stationnaire en moyenne jusque vers 1869 et pendant les années (jui onl immédiatement suivi la g^uerre de 1870-1871, la natalité
baisse sensiblement et constamment à partir de 1878, se relevantà peine légèrement, mais passagèrement , en quelques rares années comme 1893, 1896, mais pour tomber ensuite de nouveau plus bas ». Si en particulier on envisage la décade 1879-1888, qui n'est influencée ni par la guerre de
1870-71 ni par aucune influence exceptionnelle, on voit que
le chiflre absolu des naissances (9922000) « est inférieut
de 701000 à celui de la période 1860-1869, de 446000 à
celui de la période 1831-1810 et de 508000 à celui des
dix années de 1820 à 1829. >>
Plus frappante est la marche des naissances par rapport à la population : naissances par mille habitants. Cette marclie
est résumée dans le tableau suivant :