PÉRILS CORRÉLATIFS AUX DEVOIRS FAMILIAUX
2. Physiopathologie des fonctions familiales. Notion physiopathologique de l'amour. Homosexualité (types sexuels intermédiaires) .
La physiopathologie de la vie familiale ne peut pas être confondue avec la physiopathologie de la vie collective en général. La famille n'est pas un groupement humain quelconque. Contre Topinion de Spencer, Mercier, Morselli,
Seglas, la famille doit être mise à part des autres collectivités : elle est beaucoup plus naturelle dans son point de départ et a un objectif et une raison d'être bien supérieure : y espèce.
On donne généralement le nom à^ amour à toutes les affections qui se rapportent à l'ensemble des actes psychiques
concernant l'espèce : Vamoitt' (sans épithète) visant l'affection mutu(;lle des deux sexes en vue de la génération ; les amours familiaux visant l'alfection mutuelle des divers membres d'une famille. Gela est suffisant pour séparer l'amour et les amours des autres affections comme
Xamitié.
Boissier de Sauvages définit l'amour « ce^iXe' maladie qui
s'insinue entre les jeunes filles et les jeunes gens, avec
délire au sujet de l'objet aimé et désir honnête de Tunion
intime ». Contre celte opinion, qui est aussi celle de J. Franck, Féré, Pierre Janet et Maurice de Fleury, l'amour n'est pas une maladie. C'est un acte psychique normal^ une passion physiologique si l'on veut : il n'enlève
pas sa responsabilité au sujet qui en est atteint.
C'est même une passion utile (Blocq) et, comme dit
Danville, « une dernière différenciation physiologique de l'instinct de reproduction et même un véritable produit,
progressiste et de perfection, puisqu'il ne se manifeste pas
chez tous les hommes ».
Simplifiant la laborieuse définition de Danville, on peut
4 lire (|ue Tamour est une idée y avec émotion spécifique, de
l'ordre esthétique et affectueux, avec attirance sexuelle.
J'insiste spécialement sur ces deux éléments : Tidée ou
processus intellectuel (Danville) et la spécificité (Hartmann)
4le rémotion constitutive, et je repousse ainsi les conceptions trop étroites de Bain (appétit et charme personnel), Sergi (stimuli de la reproduction et sens du toucher joint à celui de la température), Schopenhauer (manifestation de Tinstinct
sexuel), Delbeuf (besoin inconscient d'engendrer un enfant), Houx (faim sexuelle)...
A l'amour se rattachent des éléments, dits physiologiques, qu'il vaut mieux appeler nonpsy chiques, très bien
étudiés par Joanny Roux. Ces éléments (spécialement les
trouhles vasomoteurs) jouent un grand rôle dans les mani festations de Xa pudeur. Ce sentiment, connexe à Tamour, me paraît être un acte psychique protecteur de l* amour contre les entreprises génératrices qui ne soni pas accom
pagnées d'amour mutuel.
L'amour, vrai et complet, est un acte conscient du psy
chisme entier. Mais il comprend aussi un élément impor tant d'automatisme polygonal, dont certains auteurs (Scho penhauer, Hartmann) ont. exagéré l'importance, mais dont
il serait puéril de nier IVxistence. Plus l'amour est passion, plus il est polygonal, plus il est aveugle.
J'énuinère les amours familiaux : amour conjugal^ amour
mutuel dos fondateurs d'une famille; rniiour pafe?me/ Qou
maternel), filial et fraternel, amour nmtuel des chefs d'une famille et de leurs enfants, normalement incompatible avec le premier et en général avec tout amour sexuel. L'instinct et l'hérédité (innéité, voix du sang) sont certainement le point de départ principal de ces amours. Mais les services rendus dans la vie commune, dans réducation
et la direction de la vie (tuteur, heau-père) peuvent, dans
certains cas, intervenir puissamment dans leur production.
Les tempéram,ents se divisent suivant la force de l'amour
tît suivant la force des amours familiaux.
Il y a d'abord le type fort', systémat'isation absolument
unique (Romeo ou Werther plutôt que don Juan) et équilibration complète des éléments constitutifs de l'amour
normal : il aime corps et àme, de tète et de cœur, « fort
<'omme la mort » ou « plus fort que la mort ».
Types faibles : sujets qui n'aiment pas, ne savent pas ou ne peuvent pas aimer (frigides), n'aiment pas à aimer; et
aussi ceux dont Tamour est déséquilihré, exagéré dans un
de ses éléments et diminué dans d'autres; ainsi, cbez l'un,
prédomine l'élément physique (sensuel), chez un autre l'élément psychique supérieur (amour de tête, amour platonique)
ou l'élément psychique inférieur (capricieux, impulsif,
passionné).
Suivant la prédominance plus ou moins grande de l'élém(;nt volitif, on est timide ou entreprenant. Ces derniers
peuvent arriver à commettre des crimes passionnels.
Il y a aussi les types chastes. Les cliastes, qu'il ne faut pas confondre avec les continents ou abstinents, ne donnent pas satisfaction à leur instinct sexuel sans amour.
Enfin il y a les types physiologiques déviés, soit par la
qualité de l'objet aiiné (prêtre, médecin) soit par l'association de sentiments qui paraissent contradictoires comme la cruauté ou la haine. Ceci est déjà de la pathologie.
Au point de vue des amours familiaux/ àms les types
forts, il faut classer les femmes, les mères ^ et aussi les hommes à la vocation d'éducateurs, ceux qui consacrent leur
vie à gagner le pain et à assurer Tavenir d,e leurs enfants, à nourrir leurs vieux parents... ceux qui, comme le tribun de Bourget, sacrifient leurs idées les plus élevées, morales, politiques et sociales, pour empêcher leur fife de se tuer. Dans les types faibles, sont les nomades, les déracinés
qui fuient le foyer, individualistes, égoïstes. Comme il y a des insociaux, il y a des afamiliauœ.
Grasset. — Devoirs et périls biolj 37
^^g PÉRILS CORRELATIFS
En Pathologie, on étudie successivement : les troubles dej.
actes psychiques relatifs à la vie sexuelle et les troubles des
actes psychiques relatifs à la vie familiale.
Pour ces derniers, Seglas énunière les s'uivants: 1. nnsoganiie niisopédie, inadaptation aux obligations réciproques
de la vie de famille; 2. isolement, fugues et vagabondage,
diminution ou perte des sentiments familiaux, exagération de ces mêmes sentiments, jalousie morbide, UXOricide, libéricide, suicide collectif.
Le premier groupe comprend des troubles hypo et des
troubles para.
Dans les troubles hypo sont Thypesthésie et l aneslhesM^ sexuelles, la misogynie, Tandropbobie, tout Vhypophihsme :
frigidité, impuissance, horreur sexuelle. . .
Les troubles pa?'a comprennent Thyperesthésie sexuelle, les perversions sexuelles et Tinversion sexuelle.
Dans Xhyperesthésie sexuelle on décrit : la précocité et la permanence morbides de Imstinct sexuel, le priapisme
et le satyriasis, la nymphomanie, l'exhibitionnisnu'... à un de-ré moins prononcé, ^obsession amoureuse.
Les peîn)ertis {pnraphilisîne), dans lesquels nous retrouvons les exhibitionnistes, comprennent (Krafl't Ebing): les
fétichistes qui ont besoin d'un objet, étranger à la sphère génitale, les masochistes qui ont besoin d'être humiliés et maltraités par l'objet aimé, les sadiques qui ont besoin de
torturer l'objet aimé.
On peut encore nommer la bestialité, la nécrophilie, la scatophihe... Ces derniers types conduisent aux homosexuels ou invertis (Contrâre Sexualempfindung), uranisme, pédérastie, saphlsme. androgynie...
Les troubles paraphiliques « constituent un des éléments les plus caractéristiques des folies dites héréditaires et dégé-
nératives » ; on les obserAC « dans tous les états d'amoindrissement des facultés mentales, que cet amoindrissement soit congénital (idiotie, surtout imbécillité) ou qu'il soit
acquis (démence sénile, démence paralytique) », chez les
hystériques, plus encore chez les épileptiques. C'est à ce point de vue, continue Arnaud, que Arndt affirme, avec une exagération évidente, que toute anomalie de la vie sexuelle est une manifestation épileplique.
Une série de travaux allemands et anglo-américains, que
Simac a fait péni'lrer en France, envisage cette question de
V homosexualité et de V inversion seœuelle sous un jour tout nouveau.
Pour ces auteurs, les homosexuels et les invertis ne doivent plus être considérés connue des malades, des dégénérés, des psychopathes. Tout au plus sont-ils des anormaux ;
et, connue Viirhow Ta dit, la science de l'anormal est parfaitement distincte <lc la science du pathologique. Au fond, la question de l'homosexualité est devenue une affaire de goiit. d'estlK'licjue : « elle déplaît à la grande majorité et
plaît à inir ])etite minorité. Je ne cix)is pas qu'on puisse
criti(jm'i* cette attitude esthéticjue », dit Havelock Ellis. De
même, pour Westermarck, le principal motif qui a formé « le préjug»' et ce qu'on pourrait appeler avec raison le tabou
dont est frappée Thoniosexualité », c'est: « le sentiment de
la inajorité, adoîinée au penchant hétérosexuel, dit normal OU naturel parce qu'il correspond à la fin de procréation. Le propre de toute majorité est d'opprimer la minorité en
vertu de ce raisonnement sommaire et grégaire, qui est celui des enfants, des primitifs, des foules, que ce qui est étranger et différent est indiscutablement mauvais et réciproquement que le consentement majoritaire — tenu pour.
consenlemeni universel — est la mesure du juste et du
vrai . »
En ivalité, continuent les mêmes auteurs, l'idée du sexe
est plus complexe qu on nr le dit ordinairement. Il y a (juatre groupes de caractère sexuels : « caractères primaires (glandes sexuelles, organes génitaux), caractères secondaires
(compléments physiques du sexe), caractères tertiaires (Finstinct sexuel, ses déterminantes et ses modalités), caractères quaternaires (le sexe psychique ou moral) ». Or, souvent
tous ces caractères ne sont pas de même signe chez le même individu. Les êtres avec les quatre caractères maies ou avec les quatre caractères femelles ne forment pas la totalité de
Fespèce humaine ; tant s'en faut.
Ainsi naît et se justifie l'idée d'un recjne intermédiaire sexuel {type sexuel intermédiaire ; sexe intermédiaire, moijen ou mixte-, sexuelle Zwischenstuffen). « Les homosexuels font partie de cette vaste famille; mais ils nen
sont qu'une classe et non peut-être la plus importante. Ainsi classé, leur être perd ce qu'il a de paradoxal et reçoit son
explication essentielle du fait de son voisinage »...
L'erreur essentielle et fondamentale de cette doctrine, dont l'allure scientilique est séduisante et dangereuse (comme était l'allure scientifique du malthusianisme), réside évidemment dans ce principe initialement posé comme un axiome, que la fin procréatrice de la fonction sexuelle ne repose que sur la décision de la majorité; en réalité, elle repose sur la connaissance scientifique des lois mêmes de la
vie c'est-à-dire sur les données les plus certaines de la Biologie humaine et même de la biologie en général.
Certes l'analyse des caractères sexuels, indiquée ci-dessus, ne me déplail nullement: car je crois — et je l'ai déjà dil plus haut — que la fonction sexuelle est une fonction psfjchogénitale et que les sexes sont aussi différents par leurs
caractères psychiques que par leurs caractères génitaux.
Mais, envisagée dans sa totahté et dans son unité physiologique, la fonction sexuelle reste la fonction de reproduction de l'homme, c'est-à-dire la fonction de défense de fespèce humaine.
Donc, l'être normal est celui chez lequel toutes tes parties
de Tappareil concourent hurmoniquemenl au but de la
fonction. S'il y a dissociation entre les divers éléments cons-
ti tuants de la fonction, l'être est anormal. Si la dissociation et l'anomalie sont assez développées pour que la fonction
soit complètement déviée et détournée de son but naturel,
rhoinine est malade.
Un apj>areil psyciiogénital, qui, dans son fonctionnement, n'aboutit pas à la reproduction, est conqjarableà un appareil
digestif qui ne digère pas ou à un appareil respiratoire qui ne respire pas ; c'est un appareil malade.
Malgré les travaux très intéressants que je viens de citer, je continue à croire que le paraplulisme, l'inversion sexuelle,
rhomosexualité... doivent ligurer encore dans la patliologie
«les fonctions pschiques relatives à la conservation et à . l'accroissement de l'espèce.
Ceci dit pour l'excuse de ceux qui sont entraînés nécessairement à l'iiotnosexualilé, qui n'ont pas la responsabilité de leurs actes. Mais il ne faut pas nier, à côté de ces malades inconscients, l'existence de vicieux conscients, parfaitement responsables de leurs actes et qu'il faut stigmatiser comme
des ennemis de la société, comme des hommes qui ne font pas leur devoir. La manière dont j'ai compris la Biologie
humaine dans tout ce livre me permet, sans sortir du terrain
vraiment et purement scientifique, de condamner comme
immoraux tous ces travaux faits pour réhabiliter en quelque sorte et exalter rhomosexualité.
Une des idées-lois les plus positives de la Bioloj^ie humaine est l'obligation pour notre volonté libn* de poursuivre et de réaliser le mieux possible la finalité biologique de riiomme.
Or, en tète de cette finalité biologique, est indiscutablement
le devoir d'assurer la propagation et la continuité de l'espèce
humaine par la fondation de familles, dans lesquelles les enfants naissent, sont élevés et deviennent à leur lourdes hommes. C'est là le but unique et la seule raison d'être de la fonction sexuelle : considérer la fonction sexuelle sans ce but
et en dehors de cette idée-loi est une faute contre la morale
biologique et constitue un péril grave pour la société...
Je n'insiste pas : malgré tous les raisonnemiMils contraires
♦'t au nom de la Biologie humaine la plus ri-oureustMiienl scientifique, on peut dire que l'homosexuel est toujours un malade ou un vicieux: volontairement ou involonlairement, il ne remplit pas son devoir vis-à-vis de la société, il constitue et crée un péril vérilahle et grave pour la société. Les homosexuels devraient être punis par hi k)i écrite ou
enfermés dans un asile d'aliénés ou au moins de demifous.
3. Moyens moraux de conjurer ou de pallier les périls corrélatifs à l'inobservation des devoirs familiaux.
A la fin du paragraplie précédent, j'ai parlé du péril créé par l'inohservalion d'un devoir familial, iuohservation (jue ne sanctionne aucune loi pénale, au moins en rrauce; c esl l'exemple d'un péril contre lequel on ne peut luller qu'en
proclamaiil et en répandant la stricte obligation morale qui
condamne et doit faire réprouver l'homosexualilé.
Le principe peul s'étendre à tous les devoirs familiaux que j'ai déjà étudiés plus haut (page 34G) : il est uécessaiiv de foruuiler et de faire l)ien connaître à tous la condanmation morale', (pii est le seul moyen de conjurer ou de pallier tous les périls sociaux liés à Tinobservatioii des devons
familiaux.
La foruiulc générale esl celle-ci : sauf exceptions indivi-
1 . L'Académie de Sciences morales a récemment adopté les vœux suivants : «( L'Académie, considérant que la diminution de la natalité ne peut être attribuée seulement à des causes économiques, mais à des causes morales, que les disposiUons prises par la loi risqueraient d'être inefficaces sans une acUon sur les idées et sur les mœurs, émet le vœu : 1» que l'impulsion la plus vive soifc donnée aux œuvres qui ont pour but de préserver la moralité de la jeunesse, la stabilité de la famille, et de faciliter le mariage aux jeunes gens; et que ces œuvres bénéficient de la sollicitude des pouvoirs
publics; 2» que toutes les forces intellectuelles, morales ou religieuses, églises, écoles, sociétés d'éducation populaire, combattent par une propagande éner^àque le tléau social qui menace rexistence même de la naUon » Sur la proposition de MM. Adolplie Carnot et Colson, l'Académie ajoute le
vœu : (( que, dans la revision des lois électorales, il soit attribué un plus grand nombre de suffrages aux chefs de famille qu'aux célibataires ,en tenant compte du nombre des enfants. »
Quelles, tout homme a le devoir de fonder une famille, dans
le sens précisé par la Biologie humaine pour la définition
de la famille humaine. En d'autres termes, il doit : 1" se marier; 2« avoir des enfants; 3'' former et élever ces enfants pour en faire des hommes. Sous ces trois chefs, on peut ranger les grands enseignements moraux qu'on doit répandre
énergiquement partout, au nom de la Biologie humaine ou
de la morale biologique.
A. Le devoir de mariage. — D'abord, sauf exceptions individuelles, tout homme doit fonder une famille et, pour <;ela, se marier. Leclcre délinit bien ce « devoir de mariage » : (( il existe, dit-il, pour l'homme et pour la femme, un devoir de se marier si quelque devoir dune importance spéciale
(kv|uel peut leur èlre inditiué par quelque aptitude leur faisant
une obligation supérieure de renoncer au mariage comme à
un état trop absorbant, contraire à Texercice delà vocation qu'ils jugent vérilahlement la leur) ne les dispense pas de se consacrer tout particulièrement à un être de Tautre sexe et à quelques êtres bumains pouvant naître d'eux ».
C'est donc exceptionnellement que certaines personnes sont dispensées de ce devoir de mariage par un devoir individuel plus élevé comme une vocation religieuse, la nécessité
pour une grande steur de se consacrer à l'éducation de ses frères orphehns... sans parler des inlirmités physiques, qui sont une cause, encore plus évidente, de dispense.
Ce devoir de mariage s'impose comme une loi hiologique
par ce que, en général, l'homme et la femme ont besoin l'un de l'autre, ont besoin de s'associer et de se compléter pour bien remplir leur mission personnelle dans l'évolution
sociale : « chacun a plus ou moins besoin d'être influencé
<le très près par un être de Tautre sexe, pour acquérir à quelque degré la perfection dont notre nature est susceptible : l'homme qui n'est qu'homme et la femme qui n'est que femme sont si prodigieusement incomplets! Lequel l'est le
moins? Il est difficile à un homme de répondre sans s'inspirer d'un amour-propre un peu fat ou d'une galanterie un peu hypocrite. » Ce n'est d'ailleurs pas une question de
degré dans la quantité; mais, comme je Tai déjà dit, c'esl une question de différence dans la qualité.
De plus et surtout, le mariage est obligatoire parce qu'il
est la forme biologique nécessaire de Tassocialion pour la propagation et la continuité de l'espèce humaine. Le mariage, auquel on est ainsi obligé, est donc le mariage tel que le définit la Biologie humaine (voir plus haut, page 32o); ce n'est pas la seule et brutale union sexuelle, ce n'est pas Tunion libre, assimilable au contrat de louage...
En d'autres termes, pour repondre au devoir indiqué plus
haut, le mariage doit être rempli dans certaines « conditions morales », que Malaperl énumère.
Le mariage biologique vrai doit d'abord être un acte libre, c'est-à-dire non seulement consenti, mais voulu et même désiré par l'honnne et la fenune ; ceux-ci doivenl
donc éprouver de l'amour l'un pour l'autre.
J^ai combattu plus haut (page 327) la doctrine qui voudrait
donner l'amour comme seul objectif et comme fin du mariage; la fin du mariage est la fondation de la famille. Mais l'amour est le moyen naturel nécessaire pour que l'union de l'homme et de la femme réponde réellement à cette fin biologique du mariage; étant bien entendu que ce m^t amour ne vise pas « seulement une inclination en quelque sorte
purement physique et dont la vivacité peut être singulièrement éphémère, mais une sympathie profonde, faite de confiance, d'estime, reposant sur une conformité de sentiments et de caractères, seule capable d'unir profondément deux êtres, d'en faire une seule aine en deux corps. Et cela est affaire de volonté autant que de cœur; la passion n'y suffit pas; il y faut aussi la décision ferme et réfléchie, l'enoagement sacré qu'on prend vis-à-vis de soi-même de partager les épreuves de l'existence, de traverser la vie tout
entière en s' appuyant l'un sur l'autre, de fonder une famille à laquelle chacun se consacrera avec plus entier dévouement. Cette acceptation sérieuse et volontaire des devoirs qu im-
pose le mariage, des difficultés et des tristesses que peut
ménager Tavenir, voilà qui empêche runion de Thomme et
de la femme de n'être fondée que sur un sentiment erotique n'intéressant que des éléments superficiels et capricieux de la personnalité ou sur de méprisables considérations d'inlérêt. Se marier pour de l'argent, pour les avantages qu'on pourra retirer de la position sociale, de l'influence de ses l)eaux-parents, c'est le plus honteux marché qu'on puisse
faire, puisqu'il consiste, en dernière analyse, à se vendre
soi-même. »
Cela ne veut pas dire que, dans la conclusion d'un mariage, on ne doive tenir aucun compte des « convenances sociales », des conditions matérielles... Le principe est que
la considération dominante, initiale, doit toujours être la
fondation de la famille; mais tout ce qui aidera à cette fondation dans les meilleures conditions possibles est évidemment intéressant : la dot dont la recherclie est lamentable et
immorale si l'homme veut en tirer des moyens de vivre plus confortablement et plus luxueusement est moralisée si
i'bomme y trouve le moyen de franchir utilement les premières étapes d'une profession active et d'avoir ainsi un
plus grand nombre d'enfants ; il en est de même des « relations » familiales ou sociales qu'il ne faut pas rechercher pour « se pousser » soi-même et comme moyen d'arrivisme personnel, mais qui peuvent être très utiles pour mieux et
plus complètement élever les enfants, dont la naissance et réducation restent le sul but moral du mariage.
B. Le devoir du troisième enfant. — Il est donc évident que méconnaissent la vraie notion du mariage et ne remplissent pas leur devoir ceux qui, en se mariant, se proposent de n'avoir pas d'enfants. Ceci est de toute évidence.
Cette formule n'est pas suffisante; il faut ajouter (ce qui est plus discuté et cependant aussi scientifiquement établi)
que ne reniplissenl qu'iiicoinplèleiiK'nl et insuffisaininenl leur devoir ceux qui, voluiilaireineul et délibérément, n'ont
qu'un enfant — et même ceux qui, dans les mêmes conditions, n'ont et ne désirenl avoir que deux enfants. Ceci ressort très nettement de ce que j'ai diî plus baut de
la dépopulation et est d'une vérité particulièrement douloureuse et pressante pour la France.
Un seul enfant remplace par une seule personne le père el
la mère; ceci est donc manireslement insuffisant. Deux
enfants remplacent exactement les deux fondateurs de la famille, mais ne suffisent pas à compenser les ménages sans enfants et les célibataires et n'enrayent pas par conséquent la dépopulation. C'est ce qu'a très bien montré Leroy-
Beaulieu.
Le nombre moyen des naissances légitimes, « après avoir
été jusqu'aux environs de Tannée 1889, égal ou supérieur à
3 par ménage, est tombé graduellement à 2,18 seulement, soit 218 enfants pour 100 mariages ou 200 mariés. 11 flécliit de plus en plus el tombera, certainement, bientôt au-dessous de 2 naissances par ménage légitime, fort au-dessous même
peut-être. » Et ainsi « on arrivera à cette situation que, pour
iO ménages légitimes c^est-à-dire 20 époux, on ne comptera que 15 enfants, soit io remplaçants pour 20 personnes à
remplacer. De ce train, la population française se réduirait
d'un quart à cbaque génération, soit en un demi-siècle; de moitié et même un peu davantage, en deux générations, soit en moins d'un siècle. »
Sans doute il faut tenir compte des mariages auxquels participent des veufs ou des divorcés, dans lesquels par suite chaque groupe de fondateurs de famille n'est pas de deux
personnes. Mais ceci ne peut infirmer le calcul précédent
que dans une proportion minime : i pour cent; d'autre part
(et ceci aggrave au contraire le péril) il y a les célibataires
(et les ménages sans enfants) à remplacer et le nombre décroissant, que j'ai indiqué plus haut (pages 3oo et 391) des naissances naturelles ne permet pas de trouver là un
ciiitfre de compensation.
« Tout tend donc à prouvcM- (jue, avec les dispositions actuelles des jeunes générations françaises, avec la modernisation en vue des départements de la Bretagne, de la
Vendée et des quelques autres restés jusqu'à Flieure présente
relativement assez féconds, la population française est exposée à se réduire d'un cinquième au moins par demi-siècle et de
deux cinquièmes au moins par siècle ». D'où cette conclusion désolante : « la population française, avec la natalité nouvelle, en prenant les circonstances les moins défavorables, est vouée à une quasi-complète et très rapide disparition, en (juatre ou cinq générations, tout au plus; en l'an 2112 » c'est-à-dire dans deux siècles « il ne resterait quasi plus en
France de Français d'origine ».
Si donc l'on veut éviter « ces deux fléaux, dépopulation et
dénationalisation, (|ui, en l'absence d'une réforme rapide et très profonde dans la mentalité présente, constituent Tinéluctable alternative devant laquelle la France contemporaine se trouve placée », il fauti\iw tout ménage considère comme
un devoir strict A'àxoxv plus de deux enfants.
Cela dit. Leroy-Beaulieu insiste pour qti'on ne fixe pas tiop haut le cbiilre minimum d'enfants demandé à cbaque famille : « il ne faut pas placer l'idéal trop haut de manière
(ju'on le regarde connue inaccessible et qu'on désespère de le réaliser » ; il ne s'agit donc pas, « comme l'essaya Colbert, de pousser les Français à avoir plus de dix enfants ni même sept à huit ; ce seront toujours là des exceptions et les charges en sont très lourdes aux petits et aux moyens ménages ». Il paraît même trop ambitieux de baser ses plans de repopulation sur le quatrième enfant : « jamais on
ne persuadera à la majorité des Français qu'ils doivent avoir
quatre enfants ».
Il semble au contraire tout naturel de dire que « trois enfants sont nécessaires à un ménage, ne serait-ce qu'au point de vue de l'assurance contre les risques ». Leroy- Beaulieu, qui .insiste depuis plus d'un quart de siècle pour
faire adopter cette formule « le troisième enfant par ménage » a rappelé que, au rapport de Montesquieu, les Romains avaient attaché une importance particulière au troisième enfant et il conclut pour la France : « Tidéal à poursuivre,
le but pratique à atteindre, et qui serait suffisant, ce serait que Tensemble des familles françaises consentît à avoir trois enfants; le troisième enfant, voilà ce que Ton doit préconiser le devoir du troisième enfant', c'est-à-dire que le
peuple arrivât à la notion qu'une famille n'est normale que
quand elle compte au moins trois enfants... le troisième
enfant est nécessaire à la famille et à la patrie, à la première non moins qu'à la seconde... Si Ton pouvait répandre en France cette idée de la nécessité du troisième enfant el y gagner la généralité des ménages, si Ton arrivait seule ment à ce résultat modeste que, pour dix mariages, il y eût 25 enfants, la perpétuité de la nation serait alors assurée,
même avec un léger accroissement. Tout doit être mift
en œuvre pour obtenir ce résultat : le troisième enfant par
marna ge. »
C. Le devoir de formation des hommes futurs. — Chaque famille doit former et élever ses enfants et en faire des hommes, capables de remplir à leur tour leurs devoirs
vis-à-vis d'eux-mêmes, vis-à-vis de leur famille passée el
future et vis-à-vis de la société.
Moins encore que pour les paragraphes précédents, il esl
utile d'insister sur le péril social que crée l'inobservation
de cette partie des devoirs familiaux et par suite sur l'importance qu'a l'enseignement moral correspondant.
Comme il s'agit non pas seulement d'avoir des enfants mais de donner des hommes à la société, on a le devoir de
tout faire pour soigner la qualité, physique et psychique, de ces enfants.
Pour cela, il faut d'abord, avant le mariage, pendant toute la durée de la vie consciente, préparer Vhérédité en
remplissant tous les devoirs biologiques vis-à-vis de soimême, en évitant toutes les causes d'amoindrissement de sa vie (maladies évitables, intoxications euphoristiques et habituelles...), en ne se mariant que si on n'a pas de maladie transmissible et avec un conjoint sans maladie transmissible, en développant le plus et le mieux possible et en élevant le plus haut possible son niveau moral (parce que l'hérédité psychique et morale est aussi réelle et nécessite
autant de surveillance que riiérédité pbysique).
Une fois l'enfant né, on doit surveiller et diriger son
développement physique, suivre les lois de l'hygiène infantile, puis élever et instruire Tenfant. La loi écrite peut prescrire l'instruction obligatoire; mais, avant cette loi et en dehors d'elle, les parents sont obligés d'assurer l'instruction de leurs enfants, instruction appropriée aux facultés de l'enfant et au milieu social dans lequel il doit'vivre.
Le pouvoir des parents « sur l'enfant, dit Malapert, leur droit repose précisément sur le devoir qu'ils ont de l'élever
et a pour limite les droits mêmes de l'enfant. Or, élever
l'enfant, ce n'est pas seulement lui fournir ce qui est nécessaire à la conservation de sa vie matérielle, les éléments, les soins dont il a besoin, c'est avant tout lui donner l'éducation. Grave devoir, dont la famille ne saurait sous aucun
prétexte avoir le droit de se libérer et qui exige une perpétuelle surveillance de soi-même, un contrôle de tous les
instants sur ses paroles et sur sa propre conduite, qui
suppose une rare alliance de bonté et de fermefé, de patience,
de délicatesse de cœur et de claire raison, si l'on veut non pas dresser l'enfant par une correction brutale, ou par une faiblesse aveugle, le livrer à l'anarchie de ses tendances, mais préparer, susciter, diriger aussi, selon une méthode