II. Alcoolisme. — D'innombrables faits démontrent
qu'un des grands facteurs, dans la genèse de la tuberculose,
est ralcoolisme. Il se prépare dès l'enfance, se développe
entre la quinzième et la vingt-cinquième année. Sa marche
est généralement lente ; sa complication la plus fréquente est la tuberculose qui frappe vers quarante ans le buveur, qu'il soit un homme robuste ou un malingre dégénéré. L'abus du vin et des eaux-de-vie est une cause de tuberculose; mais c'est surtout l'absinthisme qui doit être considéré
comme le facteur principal. Il résulte de tout cela que combattre l'alcoolisme, ce serait diminuer de plus de moitié le nombre des tuberculeux... Il est une notion que le médecin devrait avoir constamment à l'esprit: dans la moitié des cas
soumis à son observation, le tuberculeux est un alcooliqia^ et souvent un fils d'alcoolique.
iii'
De tout ce qui précède, il est facile de déduire les prin
cipes qui doivent présider à la prophylaxie et à la théî'a-
peutique sociales de la tuberculose.
A. Au point de vue /)ro/)%/ac/2^Me, j'envisagerai successivement : la préservation de l'appareil respiratoire; la préservation du tube digestif, l'hygiène générale (j'ai déjà parlé plus haut, page 449, delà déclaration obligatoire de la tuber
culose, proposée par beaucoup comme moyen prophylactique, et n'y reviendrai pas).
LUTTE ANTITUBERCULEUSE 473
L'agent de la contagion par les voies respiratoires est incontestablement la poussière qui a été mêlée à des crachats de tuberculose pulmonaire ouverte. « Tombés sur le sol ou
même recueillis sur des linges, ces crachats se dessèchent
sans que la vitalité du microbe qu'ils recèlent soit atteinte. Le maniement et le froissement des linges ou, quand ils sont sur le sol, le piétinement incessant, surtout dans les logis encombrés, en font de la poussière que l'agitation de l'air
ou les vents peuvent porter partout. »
Il faut donc enseigner énergiquement aux personnes, même bien portantes, quil ne faut pas cracher partout, n'importe oîi. Les malade doivent cracher dans des crachoirs,
l>ien nettoyés, aseptisés... Ce sont là des enseignements
d'hygiène courante qu'on ne saurait trop répandre, tout en
ne croyant pas, bien entendu, que la tuberculose sera propliylactiquement vaincue définitivement quand tout le monde crachera, non autour, mais dans des crachoirs propres.
Pour donner plus d'autorité à cet enseignement, on pourra ajouter que ces précautions sont, non illusoires, mais vrai-
liient efficaces et qu'en les généralisant un peu à la manipulation des linges de corps du malade (draps de lit, gilets de llanelle...) on se garantit très utilement contre la contagion
des tuberculeux.
Ceci est important à souligner parce que certaines personnes prétexteraient volontiers ces craintes de la contagion pour ne pas soigner convenablement les tuberculeux de leur famille. A condition d'être propre et dej suivre les règles de l'hygiène (et les conseils de son médecin) chacun, non seulement doit, mais peut soigner des tuberculeux. Gomme le dit
encore Duclaux, le danger de la contagion « décroît rapidement à mesure que la distance augmente et que les contacts
avec le malade sont plus courts. Il y a des gens qui s'inquiètent quand ils apprennent la présence d'un tuberculeux
dans leur maison, qui craignent de le rencontrer dans l'escalier, etc. Ces craintes sont illusoires, et plus illusoires
rn
encore sont celles de voir la maladie traverser la rue. aller
il'un quartier dans un autre, même quand le second est sous
lo vent du premier ». Tout homme a à sa portée immédiat*» (souvent dans son propre nez) des l)acilles suffisants pour le rendre tuberculeux sans avoir besoin de ceux du voisin.
Si la crainte du bacille est le commencement de la sagesse, la pliobie du microbe est le commencement de la folie — <|uand ce n'en est pas le premier symptôme.
Ceci est, non pour infirmer, mais pour confirmer et préciser les recommandations ci-dessus : le nombre des microbes
respires n'étant pas indifférent au danger qu'ils font courir,
il est utile de réduire le plus possible ce nombre des agents pathogènes.
Pour préserver le tube digestif, c'est évidemment sur le lait tjue l'attention doit se concentrer spécialement, soit pour les adultes, soit pour les nourrissons : surveillance des
vaches, épreuve de la tulxMTuline, ébullition du lait toutes les fois qu'on n'en est pas absolument sûr... D'après Duclaux, la mortalité infantile cjui pèse sur les enfants de 0 à
3 ans est due presque en entier à des infections précoces venant par celte voie. La proposition, peut-être un peu exa gérée, expriine un fait, en somme, très vrai.
Enfin, tout ce que j'ai dit et répété sur le nombre des
bacilles tuberculeux journellement mis à notre di^sposition
el sur le rôle capital du terrain pour accueillir ou cond)alln' ce germe de maladie prouve Timportance de V hygiène gmvï'ale personnelle de chacun.
Si on veut éviter la propagation de la tuberculose, il laul certainement diminuer le plus possible le nombre des ini crobes disséminés ; lirais il faut aussi et surtout diminuer le plus possible le nombre des sujets tuberculisables c'est-àdire combattre l'alcoolisme, les habitations insalubres, Tiniinoralité, tout ce qui déprime l'organisme et diminue sa
force de résistance au mal.
Il faut augmenter le plus possible la résistance de riionuue
LUTTE ANTITUBERCULEUSE
bien portant amnt la contamination pour qu'il ne devienne
pas malade et il faut augmenter le plus possible la résistance de l'hoinmedéjà atteint, après \r contamination : et ceci [sert iW transition entre la prophylaxie et la thérapeutique.
B. Au point de vue thérapeutique on a beaucoup discuté cl on discute beaucoup sur différentes questions (qui intéressent toute la société) comme l'isolement dans les hôpitaux, les sanatoriums, les dispensaires... On a cité les
résultats obtenus, notamment en Allemagne, avec les sanatoriums et avec une discipline et une organisation toutes
militaires.
Si je traitais la question au point de vue médical, je
aevrais m'étendre sur les avantages indiscutables des sanatoriums dans certaines circonstances : la cure diététohygiénique donne incontestablement des résultats plus complets
quand elle est suivie dans un bon climat (d'altitude ou marin suivant le cas et suivant la saison) avec une discipline scienliliijue et éclairée, sous la direction d'un médecin spécialisé,
en un mot dans un sanatorium (ou dans un homesanatorium si on peut se l'offrir) que dans la famille, en liberté, sous la direction, un peu intermittente, d'un médecin, comjM'Ient mais très occupé...
Au point de vue social — le seul qui m'occupe ici — la
(juestion se pose tout autrement : pour les tuberculeux pauvres, auxquels la société doit assistance et soin, faut-il créer des sanatoriums et y installer tous les tuberculeux? A cela on ne peut malheureusement faire qu'une réponse : matériellement et en fait, la chose est impossible et irréalisable. Toute discussion est arrêtée par cette question préalable.
On peut et on doit certainement créer des sanatoriums pour les indigents, pour les ouvriers; les associations proi«'ssionnelles comme les sociétés de secours mutuels, doivent
créer des sanatoriums pour leurs membres tuberculeux.
-Mais il ne faut pas penser créer des établissements assez
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