‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 18 sur 133 · Livre I · texte numérisé non relu

Livre I

placée à côté de Dagon ; mais le Irait que je veux citer, est trop saillant pour que je me détermine à le laisser sous silence : d'ailleurs ce que je dirai n'aura rien d'opposé à la loi de Dieu ; au contraire, cela viendra à l'appui et à la confirmation d'un des points de cette même loi : voici le trait > je vais le rapporter avec toutes ses circonstances.

Caïus Marcius , surnommé Coriolan , un des plus vaillans guerriers qu'ait eus l'antique Rome , après avoir rendu de grands services à sa patrie , se trouva en butte à une faction : violemment persécuté par quelques rivaux , il voulut se soutenir contre les efforts de ses adversaires , il rendit même pendant quelques temps toutes leurs violences inutiles; mais, quels que fussent son mérite et sa valeur , quelle que fût la justice de sa cause , il ne put réussir à rompre toutes les lances qui étaient dressées contre lui ; il finit par succomber sous le poids de la calomnie et de l'oppression. Exilé par ses concitoyens , par ceux-là mêmes qui avaient eu le plus de part à ses bienfaits ( tant il est vrai que la passion de la jalousie , quand on lui donne

94 Déi^otion à la S. Plerge, un libre cours , étouffe bientôt dans les cœurs tout sentiment de pi lié , de justice et de reconnaissance ) , exilé , dis-je , par ceux-là mêmes qui avaient eu le plus de part à ses bienfails , du milieu des siens d'une manière ignominieuse et perfide , Coriolan forme la résolution de se venger. Pour atteindre son but , et afin de pouvoir plus aisément et plus sûrement exécuter ce projet, il se relire chez les Volsques , nation belliqueuse et ennemie des Romains : il les a bientôt déterminés à prendre les armes , s'ofFrant à êlre leur chef; et, son mérite étant connu , il voit bientôt sous ses étendards une armée formidable.

Dès-lors il s'avance pour déclarer la guerre à son ingrate patrie. Rien ne peut arrêter sa marche triomphante et rapide ; déjà ses nombreuses légions sont sous les murs de Rome , qu'il a résolu de détruire par le fer et par le feu.

Cependant tout le peuple de Rome estsaisid'une grande terreur, ses braves eux mêmes sont glacés d'épouvante; le Sénat ne se pardonne plus les torts qu'il a à se reprocher par rapport à lui ; la frayeur du peuple et du soldat ne font

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encore qu'accroUre la sienne. 11 voit suspendu sur sa lête le fer meurtrier qui doit tirer vengeance de sa perfidie; néanmoins il va tenter tous les moyens qui pourront lui offrir quelque espérance de salut. D'abord il envoie auprès de l'intrépide guerrier des députations nombreuses , composées de ce qu'il y a de plus illustre et de plus influent dans la ville et dans le Sénat ; il ne néglige pas de s'entourer de ses plus proches parens et de ses amis les plus intimes , et de les déterminer à vouloir faire l'office de médiateurs : mais Coriolan n'en tient aucun compte; rien ne peut abattre la fierté de cet invincible guerrier. Après ceux-ci on envoie en députation auprès de lui les Prêtres , les Flamines et autres officiers du temple , tous revêtus de leurs habits pontificaux ; il ne daigne pas même les écouter. 11 ne reste donc plus à Rome qu'une seule ressource , c'est dans sa mère. Volumnia ou Véturie ne refuse pas de se charger d'une commission qui doit lui être bien coûteuse ; car combien vivement n'a -t -elle pas dû ressentir dans son cœur maternel tous les outrages qui ont été faits à son cher fils ! Cependant elle s'avance , accom-

gG Déi^otion à la S, Vierge.

pagnée des clames romaines ses amies, jusques à la tente de Marcius ; là, les cheveux abattus en signe de tristesse , et les yeux inondés de larmes, se servant d'abord de toute l'autorité que lui donne sa qualité de mère , elle le repousse ^ ensuite elle le prie , elle le conjure.

Coriolan ne tarde pas à être vaincu ; les larmes coulent de ses yeux ; la haine est étouffée dans son cœur, et l'épée lui tombe des mains. Il accorde aux prières d'une mère ce que tout ce qu'il y avait de plus distingué dans Rome n'avait pu obtenir. Rome est pardonnée ; celui qui jetait la terreur dans la capitale du monde, est désarmé par les prières d'une femme , par la présence d'une mère qu'il aime tendrement , et de qui il est pareillement aimé. A peine cet objet de ses respects et de sa tendresse a-t-il paru à ses yeux , que sa colère s'est changée tout à coup en des sentimens de douceur, sa haine et sa vengeance en des sentimens de commisération et d'indulgence.

Et voilà ce que peut une mère auprès d'un fils de qui elle est aimée.

Je vous laisse , mon cher Théophile ,

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le soin de faire vous-même Tapplication de cet exemple. Pour vous aider à en tirer tout l'avantage qu'il peut nous offrir en faveur du sujet que nous traitons , il me suffira de vous dire seulement qu'il n'y a jamais eu de fils qui ait eu un amour aussi tendre pour une mère que Jésus envers Marié , et qu'il n'y a jamais eu de mère qui ait eu autant de confiance et d'amour pour un fils que Marie en a eu pour Jésus. J'ajouterai qu'il n'y a jamais eu de fils qui ait eu plus d'égards pour celle qui lui a donné le jour , et qui lui ait donné plus de puissance et de crédit que Jésus ne l'a fait envers Marie.

D'après toutes ces considérations , il vous sera facile de faire 1 application, de tirer les conséquences, et de juger par-là quelle doit être la puissance de l'auguste mère de Dieu dans le ciel,

Je pourrais rapporter encore ici plusieurs autres exemples tirés du profane , en confirmation de la même vérité, tel que celui cité par Homère, lorsqu'il dit , parlant d'Hécube , mère d'Hector , que cette mère vénérable

gB Dévotion a la S. Vierge, n'eut qu'à rappeler à son fils qu elle était sa mère , pour lui faire quitter les armes. Mais qu'est-il besoin d'aller chercher des exemples étrangers ! ne sommes-nous pas tous enfans, et ne pouvons-nous pas tous juger de cela par nous-mêmes l Quel crédit , en effet, n'auraient pas auprès de nous nos mères, si nous nous trouvions tout à coup élevés en dignité et en puissance ? Cependant toute la tendresse , toute l'attention et la condescendance qu'il semble que nous aurions pour elles , ne peuvent entrer en comparaison avec la tendresse et la bonté de Jésus-Christ pour sa divine mère. Celte bonté et cet amour sont si étendus et si immenses dans leur efiicacité et leurs affections , qu'il ne saurait rien lui refuser de ce qu'elle demande ; d'où il résulte que Marie est toute - puissante de la toute-puissance de Dieu même , et que toutes les Puissances de ce bas monde ne sont plus qu'une ombre auprès de la sienne.

ÏL me reste à montrer qu'on ne peut encore établir aucune comparaison ,

sous le rapport de la durée, entre la gloire de la Reine des cieux et celle des Souverains du monde , et rien n'est plus facile à démontrer. Je com^ mence par examiner quelle est la du* rée des Puissances de la terre ; mais à peine ai-je le temps de les apercevoir; des trônes s'élèvent, des Souverains , une couronne sur la tête et un sceptre à la main , y montent pour i*égner; à peine les ai-je aperçus qu'ils disparaissent à mes yeux ; je cherche le potentat qui avait frappé mes regards , il n'y a qu'un instant; je cherche son trône, son sceptre et sa couronne , et je n'en découvre plus même la trace : Transivi et ecce non erat^ et non est im^entus locus ejiis» En effet , Souverains du monde , quelle est votre existence sur la terre ! N'êtes-vous pas , ainsi que le dit un Apôtre , du reste des hommes , semblables à une vapeur légère qui se dissipe au même instant qu'elle commence à paraître ?

f^apor est enim ad mocUcum parens (Jacques , 4 > i5).

Il n'en est pas ainsi de la gloire et de la puissance de Marie dans les cieux , car le Seigneur ne l'a pas seulement comblée de s^s bénédictions

100 Dévotion a la S* Vierge, dont l'effet ne dure qu'un moment , mais il l'a encore comblée de ses bénédictions éternelles : Quoniam dahis euni in benedictionem in seculum seculi ( Ps. 20, 7 ). J'ai déjà observé que tout ce qui était dit des justes en général dans les saintes Ecritures , était plus particulièrement dit de Marie, ne faisant qu'ajouter à l'étendue de sa gloire et de son bonheur , selon l'étendue de ses mérites , la perfection de ses vertus , et l'excellence de ses privilèges ; et c'est des justes en générai que parle ici le prophète. Le même prophète ajoute : << 11 vous a demandé , » Seigneur , votre sainte crainte , la » vie de votre grâce et celle de votre » amour , et vous lui avez accordé des i> jours qui s'étendront dans les siècles » des siècles : » Vitam peiiit à te ^ et tribuisti ei longitudineni diërum in seculum et in seculum seculi ( Ps.

Voila dix -huit siècles que Marie règne 'dans les cieux , qu'elle est reine des anges et des hommes ; sa gloire ne l'a point quittée et ne la quittera jamais. Sa puissance est tou-

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