DÉDICATOIRE
L^A dwine "Providence , toujours ad" mirable dans ses desseins , semblant vouloir ni interdire , par la multitude d infirmités quelle ni envoie ^ le péni^ ble exercice des missions , je désire^ rais ardemment , pendant ce repos de^ ^enu nécessaire , pouvoir me rendre encore utile , par la voie de l'impression , à tous ceuoc à qui déjà f aurais pu avoir le bonheur de l'être , soit dans les missions , soit dans les retraites ou instructions isolées , soit enfui dans les tribunaux de la pénitence. C'est à ces personnes principalement que je dédie ce premier essai de mes faibles lumières. Ainsi Lyon , Bordeaux , Tours ^ Angers ^ Nantes , Amiens^ Abbeville ^ Saint-V alery-sur-Somme , Fécamp en Normandie ^ Fontenay-le- Comte dans la Fendée ; et plus tard
Paris , Versailles , Avignon , Nismes, Limoges , Grenoble , Valence , Ro^ mans ^ Saint-Vallier ^ Die ^ et beaU" coup d'autres lieux que je ne nomme pas , qui tous ni ont marqué un vif intérêt dans le temps , et que fai promis de ne jamais oublier à l autel du Seigneur , ne ni auront point , je l'espère , encore entièrement oublié :
ce serait un très-grand bonheur pour moi de pouvoir continuer à m entretenir , par cette voie , avec des âmes md me sont devenues chères pour toujours 5 et compléter en elles , autant que pourraient me le permettre mes faibles moyens , l instruction de leur salut ^ que nous ne faisons guère qu ébaucher dans le court espace dune mission,
IJoîi trouvera sans doute une grande différence entre le style dun écrivain missionnaire et celui dun autre écrivain : le missionnaire ne peut et ne veut même pas se départir du genre de simplicité qui convient à son état; pendant que les autres ^ dun plein vol ^ s élèvent tout à coup et sans peine au-dessus des nuages^ où brille la su* blimité du talent. D'ailleurs il nest
pas donne a tous d'être des aigles ; le plus grand nombre ne peut qu'imiter les oiseauoc destinés à raser la terre , où ceuoc qui ont le regard moins perçant et l'ouïe moins délicate , les voient et entendent leurs cris ou leurs chants sans effort.
Le lecteur rencontrera des inégalités dans ma manière d'écrire , quelquefois même des répétitions : j'oserais presque dire qu'il en doit être ainsi ^ ces sortes d'irrégularités étant comme inséparables du discours improvisé. Le missionnaire , quant au style ^ tâche y autant qu'il est en lui^ de prendre le milieu entre celui qui est élevé et le plus médiocre , afin de pouvoir être entendu de tous. Quelquefois , quoique rarement et presque sans qu'il s'en aperçoive , il se trouvera tout a coup porté à la hauteur du nuage ; mais , semblable a la mère des oiseaux qui , ayant pris son vol, et ne voyant point ses petits à sa suite , se hdte de revenir a eujc ; il redescend aussitôt au milieu de sa famille , ne pouvant jamais consentir à en être séparé , et la il marche pied à pied avec chacun de ses
cher'S en/ans. D'ailleurs , s*il veut sérieusement smwer sou ame , ce mis* sionnaire , il se souvient quil se doit tout à tous pour les gagner tous a Jésus- Christ ; que dès-lors il doit se rapetisser ^ à C exemple d'un prophète , pour se mettre à la portée des petits^ et se faire faible a^^ec les faibles.
Ne voulant rien cacher à mon cher Théophile , je lui dirai donc que je me suis plus occupé de procurer à mes lecteurs la nourriture solide , que des moyens de la présenter. De bons mets^ sentis abondamment sur de l argile , ne valent-ils pas mieux , pour ï homme affamé , que d'autres mets moins succulens et en petite quantité , senns sur des vases d'or / Çu importe quel soit le canal par où Veau découle , pourvu quelle soit pure et saine ï Et pour me sentir d'une autre Jigure , naime-t on pas mieux tirer de ïor d'une bourse grossière , qu'un vil métal de celle qui est dorée / J'ai donc eu à cœur de donner des choses ou des vérités , plutôt que de vains ?nots ; car à quoi sentirait , me suis -je dit , d'envelopper à grands frais sous les dehors d'un style bril-
lant et pompeux , autant quil pour* rait mètre donné de l atteindre , la parole de mon Dieu , toute belle par elle-même , et qui ri a besoin que d être connue pour être aimée ? L' Apôtre Saint-Paul a dit quelque part : « Si » je viens vous parler une langue que » vous ne compreniez pas ( ce qui au- » rait lieu pour la multitude dans le yy style recherché ) , de quelle utilité » serai- ]e auprès de vous ? » Si veiiero ad vos linguis loquens, quid vobis prodero ? Oest donc pour é^nter cet inconvénient dont parle ï Apôtre^ que fai tâché de rendre mon style aussi simple quil iria été possible de le faire ; et de peur d'être tenté, en écrii^ant^ daller perdre mon temps à créer ou embellir des phrases , pour me rendre inintelligible aux trois quarts de ceux qui pourront me lire , fai voulu me mettre dans une sorte d impossibilité de le faire , en composant , sur mes notes recueillies davance , et faisant imprimer , à la fois , trois ouvrages différens dans l espace de quatre mois.
Cependant si ce premier essai pou^ vait être favorablement accueilli par
ceuoc que j ose qualifier du titre d'épmis ; si ce sujet ^ où je traite des grandeurs de celle qui est appelée par excellence la Porte du ciel, pouvait m ouvrir de nouveau la porte des cœurs qui s ouvrirent autrefois aux accens de ma voix , je me hâterais de traiter plus amplement chacun des autres sujets que je leur ai présentés dans les missions , et de leur en offrir Ihommage comme de celui-ci»
Mais ^ encore une fois ^ quel agréable délassement ne sera-ce point pour moi , je ne dis point assez , quel bonheur indicible de pouvoir user ainsi le reste de mes forces à la plus grande gloire de mon Dieu , et au salut plus abondant de mes frères , dont les âmes ont été rachetées au prix du sang de J. C /
Je prie le Seigneur, et Marie , sa sainte mère , de vouloir bénir ce nouvel effort de mon zèle , afn qu'il ne demeure point stérile»
Ainsi soit-iL