AVANT-PROPOS
ViBEBUNT eam filiœ Slon , et heatissimaîit prœdicaverunt y et regînce laudaverunt eam,
« Les filles de Sion l'ont vue, elles l'ont appe- » lée très-heureuse , et les reines mêmes ont » célébré ses louanges. »
Cant. 6.
OïON est la figure de l'Église ; les filles de Sion sont tous les enfans de cette même Église : celle dont les louanges sont chantées, et qui est appelée tres-heureuse , est la Reine de la Terre et des Cieux ; c'est la trèspure , la très-sainte et la très-miséricordieuse vierge Marie.
Mais, pendant que les filles de Sion célèbrent les louanges de cette auguste Reine , de toutes parts on entend l'ignorance et l'impiété vomir contre elle des blasphèmes. Un sujet peut-il donc entendre de sang froid déchirer et calomnier son Prince ? le serviteur doit-il garder le silence lorsqu'il voit
2 Dévotion a la S, Vierge,
attaquer la réputation de son maître ?
Un enfant bien né peut -il voir une tendre mère en proie à la fureur des médians, sans employer contre eux tout ce que le Ciel lui a donné de talens et de forces pour la défendre ? Ainsi un chrétien , un vrai catholique , peut>il entendre, sans être saisi d'indignation , toutes les calomnies c[u'on invente tous les jours contre Marie, tous les blasphèmes qu'on vomit contre elle ?
jX'est-il pas 5 ce nouveau chrétien, tout à la fois le serviteur, le sujet et l'enfant de Marie ?
Auguste Reine des Cieux , ma mère et ma Souveraine , le plus faible de vos serviteurs , le plus indigne de vos sujets , et le dernier de vos enfans, ose se présenter devant vous pour vous offrir l'hommage de son trop foible talent et de son sincère dévoûment.
Soutenez ses timides efforts , et faitesle sortir glorieux du combat : Dlgnare me laiidare te , Vlrgo sacrata ; da mihl vlrtutem contra hostes tuos.
Mais vous voulez , ô Marie ! vous qui êtes appelée , par excellence, une vierge pleine de prudence et de bonté , vous voulez que celui qui entre dans la lice pour défendre votre nom , vos
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titres de grandeur , votre gloire et vos vertus , sache éviter tous les excès ; que , marchant dans la voie tracée par la croyance de l'Église catholique , il ne dise ni trop , ni trop peu ; que , poursuivant dans toute l'ardeur de son zèle les erreurs ou les hérésies qui vous font outrage , il conserve pour les errans une vive et tendre charité ; en sorte que , combattant , il combatte pour sauver et non pour perdre , pour édifier et non pour détruire.
Un officier célèbre dans l'hisloire de la Religion , au commencement de sa conversion , peu instruit encore dans le véritable esprit du christianisme , qui est douceur , charité et compassion pour ceux qui errent , s'emporta avec violence contre un ennemi de votre nom , au point que , ne pouvant le faire revenir de son erreur , après l'avoir quitté un instant , saisi d'indignation , il prend son épée pour le poursuivre , dans l'intention de lui donner la mort. Heureusement il ne peut l'atteindre, et conserve ses mains pures du sang de son frère. C'était là un zèle indiscret , un zèle qui n'est pas selon Dieu : il ne tarda pas à le reconnaître , car dejDuis il fut très-
4 Déi^otion à la S. F'ierge, modéré , et fut rempli d'une tendresse compatissante pour tous ceux qu'il s'efforçait de ramener du sein de l'erreur. Cet exemple montre de quoi est capable l'iiomme livré à lui - même , quelque pures que soient d'ailleurs ses intentions.
Obtenez -moi donc , ô très -pieuse vierge Marie ! obtenez-moi auprès de votre divin Fils ce double esprit qui m'est si nécessaire dans l'ouvrage que j'entreprends pour soutenir la gloire de votre nom ; cet esprit de prudence et de charité , sans lequel tous mes efforts deviendraient inutiles , je ne dis point assez , deviendraient même nuisibles.
C'est dans la confiance d'être exaucé que je vais commencer cet essai du faible hommage que jeviens vous offrir; et que je vais entreprendre , en publiant vos privilèges , vos miséricordes et vos vertus , de vous faire connaître à tous ceux qui ne vous connaissent pas , ou qui , vous connaissant , vous déshonorent par leurs blasphèmes ; persuadé qu'à mesure qu'ils apprendront à vous connaître , ils apprendront aussi à vous aimer. En publiant vos privilèges et vos grandeurs , je
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leur prouverai qu'il vous est dû un tribut d'hommage , de respect et d'honneur de la part de toute créature , et je m'efforcerai de les porter à vous le rendre ; en célébrant vos vertus , je montrerai l'obligation indispensable où nous sommes de vous imiter ; et lorsque je raconterai vos miséricordes , je tâcherai de faire naître dans les cœurs de tous ceux qui me liront , des sentimens d'une grande confiance en vous.
La véritable dévotion envers Marie consiste donc dans ces trois points principaux : l'honorer à cause de ses privilèges et de ses grandeurs ; l'imiter dans ses vertus , et l'invoquer parce qu'elle est remplie de miséricorde et de bonté.
Nous allons parler dans cet ouvrage de chacun de ces chefs en particulier.
En parlant des privilèges et des grandeurs de Marie , il sera aisé de montrer que c'est là la base de l'honneur que nous lui devons ; comme il sera aisé de faire sentir l'obligation où nous sommes de l'imiter , en parlant de ses vertus , ainsi que celle où nous sommes de l'invoquer , en publiant ses miséricordes. Ces trois points fon-
6 Dévotion a la 5*. Vierge,
damentaux formeront trois livres, chacun d'eux demandant des détails et des développemens qui lui sont propres.