Livre L
rer , l'aimer et le servir ; parce qu*alors nous lui prouvons , par ]e sentiment de notre cœur , et notre résolution bien sincère de changer de vie , que nous ne voulons plus appartenir à cette race maudite d'enfans de perdition , qui n'ont de dévotion, ce semble, qu'afin de devenir plus criminels avec plus de sécurité et moins de crainte des jugemens de Dieu ; comme si Marie , la reine des Saints , pouvait jamais se complaire à prêter l'aide de sa protection toute puissante , afin d'autoriser les hommes à vivre dans l'iniquité et à multiplier leurs crimes avec plus d'assurance 1
Ce n'est pas que je veuille dire parlà que ce soit un nouveau crime de prier Marie ou de l'invoquer , lors même que l'on ne serait point encore dans la résolution de changer de vie.
A Dieu ne plaise que je veuille soutenir une semblable doctrine , le pécheur pouvant par-là obtenir, par sa médiation , les grâces d'une conversion plus éloignée ! j'ai seulement voulu dire que jusqu'à ce qu'on soit véritablement converti , on ne saurait être réputé, aux yeux du Ciel, pour un vrai disciple de Marie,
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La seconde manière d'honorer Marie, c'est la prière. Quand je dis la prière , je n'entends point que par-là nous honorions Marie comme la source des grâces ; mais j'entends que nous l'honorions comme la médiatrice et la dépositaire des grâces. Dieu seul étant le principe et la source de tout bien excellent et de tout don parfait, comme le dit Saint - Jacques : Omne datum optimum et omne donum perfectum.
desiirsiim est , descendens à pâtre luminum ( Jac. i , 17).
Nous n honorons pas Marie comme la toute-puissance même ; mais nous l'honorons comme tenant lieu de la toute - puissance , selon l'ordre établi de Dieu ; omnipotentiœ suppleoc : car Dieu , comme nous l'avons dit , a rendu Marie toute-puissante , en lui communiquant sa toute-puissance.
C'est-à-dire que par la prière nous n'honorons pas Marie comme une Divinité , mais comme la mère de Dieu , sancta Dei genitrîjc. De là , quand nous nous adressons à Marie , nous ne disons pas , comme si nous nous
adressions
adressions à la Divinité : Sainte Marie, mère de Dieu , a^^ez pitié de nous; mais nous lui disons : Sainte Marie , mère de Dieu , priez pour nous : Sancta Dei genitrîjc , ora pro iiobis.
Et qui voulons-nous que Marie prie pour nous ! Dieu. Pour quelle fin ?
pour que Dieu ait pitié de nous; pour qu'il daigne nous accorder le pardon de nos péchés ; pour qu il nous favorise de ses grâces ; enfin pour que nous soyons rendus dignes des promesses de Jésus - Christ : Ut digni ejffjciaîîiur promisslonibiis Christi,
Nous parierons plus au long de la prière adressée à Marie, dans le dernier livre où il sera fait mention de la manière de l'invoquer; car la prière est un des moyens les plus puissans pour solliciter et obtenir sa protection , comme elle en est un pour l'honorer. Nous passerons donc de suite au troisième moyen de llionorer.
J'ai ajouté que le troisième moyen par lequel on pouvait honorer Marie , et l'honorer d'une manière qui lui est très-glorieuse , c'est de se faire rece-
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voir dans quelqu'une des confréries ou associations de prières qui ont été établies en son nom ; telles que celles du Saint-Scapulaire , du Saint- Rosaire, de Notre-Dame Auxiliatrice, de Notre- Dame des Sept Douleurs , du Tiers- Ordre , etc.
Pour gaçner les indulgences attacliées à ces sortes de confréries ou associations de prières , il n'est pas nécessaire qu'on se réunisse pour former des congrégations ; il sulîit pour cela qu'on se faisse recevoir dans celle de ces confréries qu'on voudra choisir, et ensuite qu'on remplisse en son particulier les pratiques prescrites à cette fin par notre mère la sainte Église.
Mais reprenons. J'ai dit que cette manière d'honorer Marie lui était trèsglorieuse; et en effet : car ces prières qui viennent se réunir de toutes les parties du monde chrétien dans le secret de la foi, forment, en quelque sorte, par leur réunion, comme différens sons qui produisent , par leurs accords , l'effet d'une agréable , d'une douce et trèsharmonieuse musique , devant le trône de Marie. Ou bien encore cet ensemble de prières , quoique faites séparément ,
Si on ne peut les faire en public, forment entre elles comme des guirlandes et des couronnes composées de plusieurs milliers de fleurs , qui, parleurs couleurs variées à l'infini, offrent devant les cieux le coup d'œil le plus ravissant qui enchante et qui réjouit la cité de Dieu : ou bien, si nous le voulons, c'est encore un parfum précieux, composé de différentes espèces de plantes aromatiques , qui est brûlé devant le trône de Marie ; de Marie , qui le fait remonter jusques à Dieu , comme k sa source ; d'où il résulte l'odeur la plus agréable , la plus douce et la plus exquise , qui est répandue devant le trône du Saint des Saints , par les mains de Marie elle-même.
Je dois ajouter que cette manière d'honorer Marie dans les confréries ou associations de prières établies en 6on honneur , est encore très-avantageuse à ceux qui s'y font recevoir-, car, d'abord, cette réunion excite une émulation réciproque parmi les différens membres qui la composent. Quand on fait attention qu'on se trouve par -là réuni en esprit de foi avec tout ce qu'il y a eu, qu'il y a, et qu'il y aura jamais de plus saint et de glus j^arfait dans
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l'Église de Dieu ; avec tant de corps religieux où se trouvent encore maintenant des âmes élevées jusqu'au troisième ciel ; avec tant de solitaires et tant de Saints inconnus au monde, et dont ce monde n'était pas digne, qui se sanctifient dans les déserts ou ailleurs; avec tant d'ames privilégiées qui pratiquent encore , avec beaucoup de perfection , les vertus méprisées du monde, au milieu du monde lui-même ; en un mot, avec tout ce qu'il y a d'ames saintes et vertueuses ; quand on fait attention , dis-je , quand on réfléchit qu'on se trouve par -là réuni avec tout ce qu'il y a sur la terre de plus élevé dans les voies du salut , et de plus saint dans le ciel , peut-il donc se faire alors qu'on ne se sente aussi-tôt pressé soi-même du désir ardent d'entrer dans quelqu'une de ces confréries , et, y étant reçu , qu'on ne se sente enflammé par une émulation toute céleste , par un zèle tout divin , qui portent réciproquement chacun des membres à devenir parfait \
Ajoutons à tout cela que les prières ainsi réunies ont alors bien plus de poids devant le Ciel, qu'elles ont bien plus de force pour arriver jusques au