‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 29 sur 133 · Livre L i5i · texte numérisé non relu

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peut appeler riiumidité de l'ame , et finissent par être embrasés du même feu.

Nous servant encore de la même figure , nous pouvons donc nous représenter les prières des âmes ferventes et celles des âmes tièdes , réunies ensemble , comme un amas de bois sec et de bois vert , et le feu du divin amour descendant des cieux pour l'embraser, comme autrefois le sacrifice d'Élie. Si le bois vert était laissé seul , il ne brûlerait pas , ou le feu ne ferait que passer comme il passe au travers d'une baie ou d'une forêt verdoyante , où se trouvent quelques feuilles dessécliéesimais réuni au bois sec, qui s'embrase en un instant, et qui conserve toute l'ardeur de son feu , il brûlera , après s'être réchauffé par cette heureuse union , comme le bois sec lui-même. Brûlant ainsi â son tour, et réunissant ses ardeurs à celles qui résultent de l'embrasement du bois sec , il se fera bientôt du tout un grand feu , qui sera propre à échauffer , à brûler et consumer de plus en plus tout ce qu'il y a même de plus froid et de plus dur. Et tels sont les avantages de ces sortes d'associations , de ces sortes de réunions de prières et de mérites. Je souhaite

t52 Déçotlon a la S. Vierge, donc que mon cher Théophile ne néglige point de mettre en pratique un moyen si propre à nous sanctifier; je souhaite qu'il recueille d'abord pour lui-même tous ces avantages, et ensuite que son zèle le porte à en faire part aux autres. Ainsi soil-il.

Publier les grandeurs de Marie , faire connaître la sublimité de ses vertus , exalter son nom, ses miséricordes , son crédit et sa puissance , soutenir sa cause devant ses ennemis, voilà un quatrième moyen bien propre à honorer la mère de Dieu. Donnez-moi quelqu'un qui aime cette tendre mère, et celui-là sentira ce que je dis , et celui-là n'aura pas besoin d'être exhorté à remplir un devoir d'ailleurs si consolant pour celui qui le remplit ; il s'y portera de lui-même, il étudiera avec zèle, sans autre motif que celui de son amour, toutes les occasions qui lui paraîtront favorables pour raconter les amabilités et les miséricordes de la reine des cieux, pour publier ses glorieux privilèges ; il parlera a temps et a contretemps f il reprendra lorsqu'il y aura

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lieu de reprendre ; il pressera , il éclairera , il instruira , mais loujours avec prudence et avec une douce patience : il fera plus, il priera, il conjurera 5 il tâchera , il s'efforcera même , autant qu'il sera en lui , d'enflammer tous les cœurs d'une sainte et tendre piété envers Marie , qui est appelée par excellence la mère du bel amour, selon que l'Esprit-Saint le lui fait dire à elle-même par la bouche de l'Eglise : Ego mater pulchr ce dilectionis ( Eccli. 24 5 24 ; — et De officio Eccles. ).

J'ai dit plus haut que c'était là un devoir consolant à remplir. En effet y a-t-il rien de plus consolant pour celui qui aime , que de parler , que de s'entretenir fréquemment de l'objet de son amour ; et , dans ce cas , de parler, et de s'entretenir fréquemment de Marie , dont le nom seul réjouit et dilate le cœur , offre à l'oreille une mélodie ravissante , et laisse dans la bouche de celui qui le prononce , une douceur semblable à la douceur du miel ? Oui , il me semble qu'il n'est rien de plus agréable à celui-là , que rien ne lui plaît davantage , que de rencontrer des occasions où il puisse donner à la reine des cieux des preuves de

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son tendre amour ; où il lui soit permis de faire connaure ses grandeurs , d'exalter , de publier des millions de fois , s'il lui est possible , ses charmes, $es vertus , en un mot , tout ce qui la rend digne de nos hommages , de nos respects et de nos affections.

Les Saints, qui connaissaient parleur expérience combien de douceurs l'on goûte daiis le culte de Marie , n'avaient pas besoin qu'on leur fît de longs discours , pour les porter à lui rendre ce tribut dlioniieur ; ils s'y portaient d'eux-mêmes avec toute l'ardeur dont ils étaient capables , soit dans leurs savans écrits, soit dans leurs discours, ou dans leurs entretiens familiers ; partout ils employaient toute l'énergie de leur ame , toute brûlante de ce beau feu , à exalter la mère de Dieu et à publier ses miséricordes.

Et encore de nos jours, est-il besoin de le dire à tous ceux qui ont pour Marie une dévotion solide ? Perdent-ils une seule occasion où ils puissent le faire avec prudence et avec fruit , de parler des titres qui l'élèvent au-dessus de tout ce qu'il y a de grand au ciel et sur la terre , de publier sa bonté pour les pécheurs , sa compassion pour

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les malheureux , sa sollicitude , son zèle à nous secourir tous dans tous nos besoins , lorsque nous avons mis en elle notre confiance, et que nous sommes attentifs à 1 invoquer ?

Si jusques à présent , mon cher Théophile , nous nous étions néghgés sur un devoir aussi important , et tout à la fois aussi doux à remplir , ce qui serait mne preuve que nous n'avons pas encore sincèrement aimé notre auguste Reine , formons aujourd'hui la résolution bien sincère d'imiter là - dessus la conduite des Saints et de tous les vrais serviteurs de Marie ; formons la résolution de partager leur zèle , ce zèle toujours accompagné de douceur, de prudence, et de toutes les vertus telles qu'on les remarqua en eux. Si l'honneur de Marie est attaqué , comme eux , ne souffrons pas qu'on avilisse son nom en notre présence ; ne permettons pas qu'on lui ravisse ses privilèges, qu'on méconnaisse ses grandeurs, ou c[u'on les rabaisse par des blasphèmes et par des calomnies ( blasphèmes et calomnies qui sont ordinairement le fruit de l'ignorance ou des passions ) ; mais ayant eu soin de bien nous instruire nous-mêmes sur ce que l'Évangile , les

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Pères de l'Église cl l'Église elle-même nous enseignent par rapport à Marie, tâclions , avec cliai'ilé , d'éclairer celui qui est daas l'erreur ; et si nous en agissons avec celte di^uceur de zèle qui faisait le caractère dislinctif des Saints , surtout d'un Saint- François de Sales, d'un Saint - Vincent de Paule , ayons confiance que nous amènerons aux vrais principes, touchant l'honneur du à la mère de Dieu , grand nombre de ceux qui ont eu le malheur de s'en écarter. Qui pourrait raconter ici combien de pécheurs , par cette modération qui fut toujours inséparable du véritable zèle , ont été convertis à la vraie foi ; et combien d'ennemis de la plus aimable des mères , qui n'étaient ses ennemis que par prévention , et parce qu'ils ne la connaissaient pas, ont fini par se ranger au nombre de ses disciples , et par devenir les plus zélés défenseurs de son nom? Et voilà , mon cher Théophile , ce que j'appelle le quatrième moyen d'honorer la mère de Dieu.

Il en est plusieurs qui honorent Marie en exaltant ses grandeurs et sa

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puissance , après en avoir ressenti les eflels. Chez ceux-ci, c'est la reconnaissance qui agit, et qui, jointe à la piété, les presse de remplir un devoir qui est devenu pour eux doublement obligatoire. J'aurais là-dessus une foule d'exemples à rapporter; mais, pour ne pas abuser de la patience de mon cher Théophile , je vais me borner à quelques-uns qui nous sont transmis par l'histoire des siècles. Je commence par celui de Phihppe-le-Bel , ou Philippe IV (an i322 ), Quoique ce prince eût de grands reproches à se faire d'ailleurs , il n'a pas laissé de nous donner de grands exemples d'édification , et celui que je vais citer est un de ceux qui marquent le plus en lui.

On rapporte qu'ayant à se défendre contre de puissans ennemis, il se vit au moment d'être vaincu. L'incrédule en pareille occasion, voyant toutes les ressources humaines épuisées , se livre à un désespoir honteux, et, en périssant, se couvre d'opprobre aux yeux de la postérité ; mais ce n'est pas ainsi qu'en agit ce prince rempli de foi :

dans l'extrême danger où il se trouve, il lève les yeux en haut, vers les montagnes d'où nous vient le secours ,

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selon l'expression du prophète-roi, qui a parlé lui - même d'après sa propre expérience : Le^'cwi ociiios meos in montes iindè veniet auxiliiiTn mihi.

Cependant , en élevant ses regards vers les cieux , le roi de France se croit indigne d'adresser par lui-même sa prière au Seigneur ; il s'adresse donc à Marie , à celle qui a reçu le litre de reine et de médiatrice , et qui est appelée terrible dans l'exercice de sa puissance , comme une armée rangée en bataille , terrihilis ut Castro^ rimi acies ordinata, A peine a-t-il fini de prier qu'il se croit exaucé , et il ne s'est point ti'ompé , car il voit au même instant son armée se rallier autour de lui, chaque soldat se montrant un héros. Plein de confiance en celle qui semble lui promettre son assistance , il attaque alors son ennemi avec valeur. L'ennemi , saisi d'une terreur subite , se regarde déjà comme vaincu; après avoir résisté un instant au premier choc , il lâche honteusement le pied , le désordre se met dans ses rangs, il est mis en complète déroute : et dès-lors la victoire est assurée au disciple de Marie.

Ainsi 5 par la protection de la mère

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