‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 30 sur 133 · Livre /. iSg · texte numérisé non relu

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de Dieu , w\\ Souverain déjà vaincu remporte la plus brillante des victoires ; une armée, qui fuyait honteu* sèment , revient pour ramasser les dépouilles de l'ennemi. Philippe ne sera point ingrat envers sa bienfaitrice; on l'entendra publier avec enthousiasme la puissance de la reine des cieux, de qui il fait dépendre tout le succès de cette brillante campagne. Ce n'est point assez pour lui : on le verra dans l'église de Chartres se prosterner au pied d'un autel dédié à la mère de Dieu , pour la conjurer d'avoir pour agréable l'expression de sa reconnaissance; et pour que les générations n'oublient jamais, ainsi que lui, le signalé bienfait quil en a reçu, et qu'après lui les louanges de la mère de Dieu soient à jamais chantées dans celte église, il y laisse, comme un monument éternel, son épée, son casque et son baudrier , et y fait une fondation de messes à perpétuité,

A cet exemple de Philippe-le-Bel nous pouvons joindre celui de Louis XÏIî , dit le Juste. L'an 1610, ce prince, célèbre par sa piété envers Marie, avait

i6o 'Dévotion a la S, Tierce* sans doute ressenti en son particulier les infiueDceo de la toute-puissaate médiation de Marie dans les deux ; il avait sans doute appris à connaître à son tour que ce n'est pas en vain qu'on met en elle sa confiance, et que celui-là est heureux qui a su se mettre sous la protection spéciale de cette auguste reine , parce qu'il s'assure par-là le secours de son assistance auprès du trône de Dieu , et qui! sera défendu par une aussi puissante avocate , quand il sera assailli par les malheurs au jour de l'adversité. Aussi, comme un bon père, regardant tous ses sujets comme ses propres enfans , et voulant les faire jouir comme lui d'un avantage aussi distingué , il met tout le royaume sous sa protection. La consécration en est faite par un édit le beau jour de l'Assomption, jour où l'Eglise célèbre le triomphe de Marie ; et pour que le souvenir d'une époque aussi glorieuse pour la France soit conservée jusqu'au dernier jour du monde , s'il est possible, afin de laisser de cette époque , à jamais mémorable , un monument perpétuel, le religieux prince envoie aux évêques une lettre circulaire , où il les engage d'établir , à la suite des vêpres de ce

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beau jour , une procession dans chacune des églises de leurs diocèses ; mais en mêms temps l'intention du pieux monarque est de fournir par-là à ses peuples une nouvelle occasion de célébrer d'âge en âge , et de la manière la plus solennelle , les grandeurs de la reine des cieux.

La reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIV , confirme cet édit par un nouveau décret ; Louis XV le renou-»

velle par des lettres écrites aux évêques de France en 1708 , et Louis XVIII en i8i4'

En sorte que la France se trouve , de siècle en siècle , consacrée par ses rois à la mère de Dieu , comme à la plus puissante des protectrices.

A ces exemples de nos rois j'ajouterai celui d'un empereur romain , rapporté par Baronius , que voici. En 97 1 , Jean I." , surnommé Zimisçps , eut à soutenir la guerre contre dés ennemis formidables; les Bulgares, les Scythes et les Russes s'étaient ligués contre lui, et étaient venus l'attaqwer avec une armée de 53o,ooo hommes. Ne se

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trouvant pas dans le cas de résister à de si nombreux et de si puissans ennemis , il a recours à la protection toute- puissante de la mère de Dieu :

sous les auspices d'une telle protectrice , plein de confiance , il attaque son ennemi ; en un instant cette armée prodigieuse est battue , mise en complète déroute , et ce monarque remporte la plus brillante des Aictoires. Il ne tarde pas de donner à IMarie des preuves de sa reconnai-.sance pour un aussi signalé bienfait. D'abord , il s'empresse de publier bautcment , en face de tout l'empire , que s'il est victorieux , il le doit à la puissante médiation de la reine des cieux ; et pour que le souvenir d'un événement aussi miraculeux et aussi glorieux à IMarie ne s'efface jamais de l'esprit de ses peuples , il fait un trait de piété des

f)lus marquans et des plus propres à aisser une impression dural)le , par lequel il manifeste sa reconnaissance envers sa bienfaitrice.

A la suite de la victoire , la ville de Constantinople avait envoyé au conquérant un cliar de triomphe; ZiiTJiscès refuse d'y monter , disant que ce n'est point à sa valeur qu'est due

la victoire , mais à Marie. Eu consëqueiice , il fait placer sur le char un tableau représentant la mère de Dieu, le même , dit-on , qui avait été peint par Saint-Luc ; il fait mettre au pied du tableau les riches dépouilles qui avaient été enlevées aux ennemis , et il fait entrer ainsi le char de triomphe dans la ville de Conslanlinople. Quant à lui 5 il se contente de marcher à côté du char triomphal, monté sur \n\ des coursiers qu'on lui avait envoyés , en montrant de la main celle à la^ quelle il savait être redevable de son salut et de celui de l'empire. Peut- on honorer IMarie d'une manière plus solennelle , et tout à la fois plus imposante ? Peut-on céléj^rer d'une manière plus pompeuse et plus magnifique ses grandeurs et sa puissance ?

Heureux si nous a>ions la foi et la piété de tous ces Souverains , d'un empereur romain , de nos rois de France , et de tant d'autres que je pourrais citer encore ! Us ont éprou\é (jue ?tlarie est toute-puissante dans les cieux , et comme eux nous l'éprouvej^ons : secourus, aidés de sa protection puissante , ils ont échap[">é à de très-grands dangers ; comme eux nous

i64 rDéi^otion a la S. Vierge* en serions préservés : ils ont remporté de brillantes victoires , et nous en remporterions de plus brillantes encore , qui seraient de vaincre le monde , de triompher de l'enfer , et de dompter nos passions ; je dis victoires plus brillantes , et je le dis d'après les saints oracles qui ne cessent de nous le révéler , en disant « que l'homme patient » l'emporta sur le courageux , et que » celui qui sait dompter ses passions , » vaut mieux que celui qui prend les i> villes d'assaut : » Melior est patiens *viro forti , et qui dominatiir animo suo , expugnatore iirbium ( Prov. 1 6 ,

Et voilà ce que j'appelle encore un des moyens d'honorer la mère de Dieu, qui consiste, en reconnaissant , par l'expérience qu'on en a faite , ses grandeurs et l'effet de sa puissance , à les publier et à les faire connaître à ses semblables , par le motif de la reconnaissance elle-même, afin qu'étant éclairés, ils apprennent àTaimer, et que l'aimant^ ils s'empressent de l'honorer, en lui rendant le culte qui lui est dû. Ceux-ci, enflammés par leur zèle , par leur reconnaissance et par leur amour , s'empresseront à leur tour de publier les

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miséricordes et les amabilités de leur bienfaitrice et de leur reine , afin de convertir ceux qui viennent après eux : ainsi , à mesure que les premiers quitteront la terre pour aller peupler les cieux , leur place se trouvera remplie par de nouveaux disciples ; et quand ceux-ci seront à leur tour appelés dans la gloire , pour aller recevoir la récompense due à leur piété et à leurs mérites , ayant marché sur les traces de ceux qui les ont précédés , ils auront formé d'autres serviteurs , qui se feront remplacer successivement, jusqu'au jour où l'on verra venir le fils de l'Homme pour juger le monde. Ainsi se perpétuera la gloire de Marie; ainsi Marie aura toujours sur la terre des disciples fidèles ; son culte y sera soutenu sans interruption, ses grandeurs y seront chantées, célébrées; son nom y sera béni , et ses vertus y auront des imitateurs jusqu'au dernier jour du monde.

J'ai dit , en huitième lieu , que s'employer avec zèle à relever la dignité du culte de Marie , était encore une excellente manière de rhoiiorer ;

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j ajouterai inême que celte manière de riionorer n'esi pas uue de celles qui lui procurent le moins de gloire. En effet , n'est -il pas reconnu que tous les hommes aiment ce qui est apparent , et qu'ils se laissent aisément conduire par les sens ? Cela est si vrai, que l'Apôtre Saint-Paul, parlant des secrets de la divine Providence , et de la conduite qu'elle tient pour nous amener à Tintelligence des choses surnaturelles , dit en termes exprès « que » Dieu lui-même, pour nous porter à » là connaissance de ses mvslères , » offre à nos yeux tout ce qui existe » dans la nature entière : » l/wlsibilia eiiini ipslus , à creaturd rnundi ^ per ea qiue facta suiit , iiilellecta cojispi^ ciuntur ( Rom. i , 20 ).

Oui, il faut à l'homme quelque chose qui le fraj)[)e ; il aime le beau , il aime ce qui brille , ce qui éclate, et tout ce qui se présente à lui avec majesté. Le beau et le brillant qui passent , tout pleins de vanité qu'ils sont, lui donnent uwQ idée du beau et du brillant qui ne doivent jamais finir. Ainsi un autel bien orné semble nous dire quelque chose de cette gloire et de cette magnificence qui environnent le Irône de Marie dans

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