Livre IL air
s II.
\P Ah ! s'il m'était donné de pou« voir me faire entendre en ce jour de toutes les vierges folles , de toutes ces femmes déliontées et sans pudeur , de ces disciples de l'infâme Vénus , qui servent d'une manière si efficace le prince des démons ; que ne leur dirais-je pas , et que ne ferais-je pas dans l'excès de mon zèle , pour les forcer d'ouvrir les yeux et de changer de conduite \ Je ne voudrais cependant pas commencer par me répandre en reproches et en menaces contre elles ; car peut-être, en prenant cette voie, je ne ferais que les irriter davantage , et alors , semblables à l'aspic , selon l'expression de l'Écriture , elles ferme* raient l'oreille pour ne plus m'entendre ; mais je leur ferais une prière, et je leur demanderais une grâce.
2.° Filles de Babylone,lcur dirais-je, ( car dans cet état le titre de filles de Sion ne saurait leur convenir ) , filles de Babylone , pourquoi voulez -vous encore^ faire la guerre à Jésus-Christ?
Arrachez enfin le bandeau qui couvre vos yeux , et envisagez le Ciel. Lai^sex^
212 Dévotion a la S, Vierge.
vous pénétrer des rayons de la lumière éternelle , et ne méprisez pas ma demande. C'est au noîn de Jésus-Christ lui-même et de son Eglise , que je vous la fais ; c'est au nom des âmes créées à l'image de Dieu , et destinées à posséder Dieu ^ c'est enfin en votre propre nom , au nom de vos intérêts les plus
sacrés.
3.° Ah ! laissez-vous fléchir, je vous en conjure, laissez-vous fléchir : vous laissant guider par des sentimens de pitié et de compassion , que la vue des maux qui sont la suite de vos vanités scandaleuses et de cette guerre ouverte que vous faites à la pudeur, vous pénètre , vous touche et vous convertisse. Ayez pitié , je vous en supplie les larmes aux yeux , ayez pitié des âmes de vos frères ; pourquoi voulezvous les damner ? quel mal en avezvous reçu ? ou si vous voulez absolument vous venger pour quelque outrage que vous en ayez reçu , vengezvous par des peines qui passent , et non par des châtimens éternels.
4.*^ Mais ayez pitié de vous-mêmes , puisque en perdant les âmes de vos frères , vous perdez aussi la vôtre , et que vous vous préparez un enfer
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proportionné au nombre et à l'énormité des crimes que vous aurez commis , ou que vous aurez fait commettre.
5.**/\yez aussi pitié de l'Église , oui , de l'Egiise , votre mère , de qui vous avez déchiré le sein. Ah ! s'il vous était donné d'entendre les cris déchirans dont cette tendre mère fait retentir les déserts, votre cœur pourrait-il ne pas en être attendri jusqu'aux larmes! Une voix s'est fait entendre dans Rama , dit l'Écriture ; des cris déchirans et des transports d'une douleur amère ont rempli les airs et fait retentir les échos. C'est Rachel qui pleure ses enfans , et qui ne veut point recevoir de consolation , parce qu'ils ne sont plus : Rachel plorans fillos suos ^ et noliiit consolari quia non sunt,
6.° Je sais que vous ne pouvez plus retirer de l'enfer ceux que vous y avez précipités ; mais vous pouvez cesser d'augmenter le nombre de ces infortunées victimes.
7.** Ayez pitié, vous le dirais-je encore , ayez pitié de Jésus-Christ , votre sauveur ; oui y ayez pitié de Jésus- Christ , cette victime innocente que vous teuez , par vos scandales , dans
2i4 Dévotion a la S» Vierge.
un état d'immolation perpétuelle ; souvenez-vous de ce Dieu de bonté , qui vous a comblées de tant de bienfaits : vous rendez inutile le prix de sa précieuse mort ; vous lui ravissez des âmes qu'il a rachetées au prix de son sang , et vous renouvelez les horreurs de sa passion à chaque crime que vous commettez , ou que vous faites commettre.
8.^ Si absolument vous persistiez à vouloir lui refuser vous-mêmes votre ame , ah 1 je vous le dirais encore , quoique dans la désolation de vous voir périr , oui , je vous le dirais ; Puisque vous voulez damner cette pauvre ame , contentez-vous du moins de la damner seule , et ne damnez point celle de votre frère ; n'allez pas égorger les brebis du troupeau du céleste pasteur jusques dans le bercail où il les a réunies avec tant de peines et de sacrifices.
9.° Telle est la grâce que je vous demande ; ne puis-je pas concevoir la douce espérance que je serai du moins entendu de quelques-unes d'entre vous?
ne serait-ce que d'une seule, j'en bénirais mon Dieu éternellement.