Livre IL
Rebecca aux approches d'Isaac , elle couvre sa face d'un voile épais.
Les ornemens, les parures, si recherchés par les personnes mondaines , étaient en horreur à ses yeux ; elle était vêtue de la manière la plus simple et la plus modeste, cherchant à plaire à celui-là seul , qui seul mérite d'être aimé.
Marie , par son rang, par son titre de mère de Dieu et de reine de Ja terre et des cieux, était digne d'habiter les plus magnifiques palais du monde; que dis-je? il n'en existait pas même qui pussent répondre à la dignité de son rang : mais une demeure obscure , dans un pauvre village appelé [Nazareth , fixe son choix.
3.^ Le moment des miséricordes du Seigneur est - il arrivé , ce moment fortuné pour la race d'Adam , où le fils de Dieu vient s'incarner dans son sein , et habiter parmi nous ? Marie tient ce grand mystère caché ; chose étonnante ! elle n'en parle pas même au confident le plus intime de ses secrets , au fidèle gardien de sa chasteté ! Elle n'avait qu'à dire un mot , elle eût été aussitôt comblée de louanges j et elle ne se fût point exposée
228 Déf'Otion à la S* Vierge.
à être soupçonnée du plus affreux des crimes ; car Joseph , dit l'Evangile , fut sur le point de renvoyer secrètement Marie, à cause des soupçons que 1 état de sa grossesse toute céleste faisait naître en lui : Volens occulte dimittere eam*
Quel sujet de confusion pour Marie !
Quelle humiliation , grand Dieu ! Et il faudra qu'un ange vienne instruire Joseph pour le détromper ! Oh ! peut-on porter plus loin l'amour des humiliations ?
4.** A Bethléem Marie ne trouvera qu'une pauvre étable pour donner le jour au roi des rois , au seigneur des seigneurs , et ce sera toujours par l'effet du silence qne lui inspire son humilité qu'elle sera traitée ainsi; car Marie n'avait qu'à dire une seule parole, et au même instant chacun dans Bethléem se serait empressé d'offrir un asyle à la mère de Dieu.
5.° Si , dans la suite , Marie ouvre la houche pour parJer, ce ne sera encore, comme lorsqu'elle a gardé le silence , qu'afin de s'humilier; car , dit St-Bernard , ce n'est pas seulement par son silence que Marie a pratiqué Ihumilité ; cette vertu a aussi éclaté d'une
ILwre IL 329
manière admirable dans ses discours :
Nec in sold tamen Marlœ taciturnitate coinmendatur huinilitas ^ sed evldentiiis resonat in sernione f S. Bern. j , quoiqu'il soit vrai de dire que Marie a peu parlé pendant sa vie , le silence par lui - même étant ordinairement , dans lame vertueuse, la marque ouïe fruit d'un exercice continuel d'humilité et de modestie.
6.° D'après l'Evangile , remarque le même Saint-Bernard , nous ne découvrons pas que Marie ait parlé plus de quatre fois : In omni teoctu Kvangeliorum , si benè meminerimus , non nisi quater Maria loquens aiiditur ( S. Bern. >, Encore à chaque fois que Marie a pris la parole , elle ne l'a prise qu'afin de s'humilier.
D'abord , Marie a parlé lorsque l'ange vint lui annoncer qu'elle était choisie pour être la mère de son Dieu. Que dit Marie a l'ambassadeur des Gieux ?
Écoutez quelle est sa réponse : « Voici ^) la servante du Seigneur , qu'il me. i> soit fait selon votre parole. » Remarquez : l'ange vient de saluer Marie , en lui disant : « Je vous salue , Marie , » pleine de grâce. » Craignant le moin* dre retour de complaisance sur elle*
2^0 Déi^otlon a la S. P^ierge^ même , elle éloigne aussitôt de sa pensée toat ce qui pourrait fournir le moindre aliment à l'amour-propre , et ne donne pour toute réponse que ces paroles , qui feront l'admiration de tous les siècles : « Voici la servante du » Seigneur : » Ecce ancilia Domini,
En présence de Sainte - Elisabeth ^ sa cousine , lorsqu'elle aura entendu cette digne mère de Jean - Baptiste l'appeler heureuse , et lui dire : « D'où » me vient ce bonheur , que la mère i> de mon Dieu vienne me visiter l »
Vndè hoc mihi ut veniat mater Do^ mini mei ad me î Marie rentrera de Suite dans l'abyme de son néant , et après s'être humiliée devant son Dieu , elle prendra la parole pour s'humilier devant les hommes, ce Vous célébrez, » s'écrie-t-elle , s'adressant à Sainte- ^ Elisabeth , vous célébrez les louan- ^ ges de la mère de Dieu ; pour moi , » mon ame glorifie le Seigneur : » Ta ^ inquit , jnagnificas Tnatrem Domini ; sed magnificat anima mea Dominum* <s Vous assurez qu'au son de ma voix w votre fils a tressailli dans vos entrail- » les ; pour moi, mon esprit ne s'est ré- » joui qu'en Dieu, qui est mon salut : >> în voce meâ filium perhibe s exultasse
Lhre IL iZi
in gâudio , sed exulta^lt spiritus meus in Deo saliitari nwo ( S. Bernard )• « Vous dites qu'on m'appellera heuwreuse. Oui, on m'appellera heureuse , «mais ce ne sera pas à cause de mes » mérites personnels ; ce sera par un » effet de la miséricorde de mon Dieu » sur moi, par un effet de cette misé- » ricorde qui s'est fait connaître de gé- » nération en génération , en comblant » de ses biens tous ceux qui le craignent ; » ou ce sera parce que le Seigneur a fait » attention à la bassesse de sa servante : » Ex hoc heatam me dicent omnes gene^ rationes , quia ancillam humilem et exiguam respexit Deus ( S. Bern. ).
La troisième fois où l'Evangile nous fait remarquer que Marie a parlé , c'est à Jérusalem , lorsque cette tendre mère , après avoir cherché son divin fils pendant trois jours, le trouve enfin dans le temple, assis au milieu des Docteurs , leur expliquant la loi et les prophètes. Avec quelle humilité , avec quelle modestie n'adresset-elle pas la parole k ce cher fils l <{Mon fils , lui dit-elle , pourquoi en f> avez-vous agi ainsi envers nous l nous w n'avons cessé de vous chercher , étant s> inconsolables de vous avoir perdu : »
Et dixlt mater ejiis ad illutn : FUI , qiiid fecisti nohis sic ? Ecce, .... dolentes qucerebamus te ( Luc, 2 , 48 ).
Enfin Marie parla pour la quatrième fois aux noces de Cana , où elle adressa la parole à Jésus, son bienaimé fils , pour lui demander un miracle en faveur des époux : elle lui parla , bien qu'elle prévît la réponse humiliante qui devait lui être faite. L'heure de faire des miracles n'étant pas encore venue pour Jésus-Christ, il lui dit alors : « Femme, qu'y a-t-il entre vous ^ et moi ? » voulant, ce semble, presque avoir l'air par-là de la renier pour sa mère : Quid niihi et tibi est millier^ Nondiim venit hora inea (Joan. 2, 4)»
Ainsi voyons-nous toujours Marie nous donner des leçons d'humilité , soit qu'elle parle, ou qu'elle se réduise au silence.
i,° Marie continuera à nous instruire par ses actions : on la verra embrasser avec ardeur celles surtout qui portent le plus avec elles lempreinte de Ihumilité , pendant qu'elle s'abstiendra de celles qui se montrent avec éclat , et qui donnent de la considération aux yeux des hommes.
Lhre IL 2 55
2P Je dis qu'on verra Marie entreprendre avec ardeur les actions qui portent le plus avec elles l'empreinte de l'humilité , et je me bornerai à en citer une seule , que voici.
Marie après avoir conçu dans ses chastes entrailles le fils du Dieu trèshaut , une bonne œuvre vient s'offrir à sa pensée ; c'est d'aller auprès de sa cousine Elisabeth , pour lui rendre les services que pouvait demander sa position; car Sainte -Elisabeth était alors enceinte depuis six mois de Saint- Jean-Baptiste. La condition de ces deux mères était bien différente : l'une était mère du fils de Dieu , et l'autre n'était que la mère de son précurseur ; la première portait dans son sein le créateur de toutes choses , et la dernière n'avait dans le fruit de ses entrailles qu'une pure créature : enfin celle-là était l'arche AÎvante où reposait le Saint des Saints , celui dont le nom est CELUI QUI EST : Ego sum qui sum :
pendant que celle-ci n'était rien autre chose que la mère de celui q\A dira un jour : <5e suis la voix de celui qui » crie dans le désert. »
Cependant Marie n hésitera poinî de se mettre en marche , aucune diffi-
2^4 Déi^otion a la S. Vierge, culte ne sera capable de l'arrêter. îî s'agit de parcourir un long cliemin , de gravir de hautes montagnes : n'importe, elle saura franchir tous ces obstacles. Je dirai plus : toutes ces considérations feront même qu'elle se hâtera d'exécuter le projet qu'elle a conçu ; car il s'agit pour elle de pratiquer l'humilité avec de grands sacrifices , et c'en est assez pour qu'elle se presse , pour qu'elle vole : Ejcurgens autem .Maria in diebus illis ^ ahiit in montana ciim festinatione , in ci^itatein Jiida ; et intrai^it in domiun Zachariœ^ et salutas^it Elisabeth ( Luc, i , Sg , 40 )•
Quelle admirable leçon , s'écrie ici Saint - Ambroise ! Quel exemple sublime ! Celle qui par son rang , qui par tant et de si glorieux privilèges est élevée au-dessus J.- toute la cour céleste, vient auprès de celle qui lui est infiniment inférieure sous tant de difTérens rapports, et cela afin de l'assister : Superior venit ad inferiorem , ut inferiori adjiwetur.
Ce n'est point assez ; non-seulement elle vient , mais encore elle salue la première celle qui lui est si fort iîiférieure : TV- >/î soliim venit , sed prior salut avit. Où trouyerons-nous donc des