Livre
exemples d'Iiumilité qui puissent être comparés à celui-ci \
I.** J'ai ajouté que Marie omettait avec soin toutes les actions d'éclat, qui pouvaient lui attirer de la considération de la part des hommes. En effet, nous voyons bien dans l'Écriture que les Apôtres ont fait des actions éclatantes ; nous y apprenons qu'ils ont chassé les démons , qu'ils ont fait marcher les boiteux , qu'ils ont guéri les malades de toutes sortes de maladies , qu'ils ont ressuscité les morts , enfin que leurs prédications ont été accompagnées partout de toutes sortes de prodiges : Prœdicaverunt ubiquèy Domino coopérante et sermonem confirmante , seqiientibus signis ( Marc , 16 , 20 ).
Cependant nous ne voyons nulle part que Marie ait fait elle-même aucun miracle.
2° Peut- on supposer que Dieu n'eût point accordé alors a Marie le pouvoir de faire des miracles ? Peut-on croire que celle qui était la reine des Apôtres, cul moins de pouvoir alors que
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les Apôtres eux-mêmes : enfin que celle à qui le Dieu de la nature obéissait , n'eût pas reçu le droit de commander à la nature elle-même \ Il me semble que cela ne peut pas se supposer.
Que faut-il donc conclure de là ? Il faut en conclure que la divine Providence a voulu nous montrer dans Marie un modèle achevé de la vertu de l'humilité , et que Marie a secondé làdessus les desseins de Dieu sur elle , en couvrant toutes ses grandes actions , je veux dire toutes ces actions qui tiennent du prodige , et qui attirent de la considération , du voile impénétrable de la modestie , qui les dérobera aux yeux de tous jusqu'au dernier jour du monde. N'est-ce donc pas là , encore une fois , la perfection de l'humilité ?
5.° Oui , 6 Mijrie ! permettez que je le confesse ici dans les transports de mon admiration la plus vive 5 oui, vous avez porté cette vertu d'humilité jusqu'au plus haut degré de perfection où il fût possible à une pure créature d'atteindre; il a été facile de nous en convaincre partout ce que nous ont dit là-dessus la Sainte Ecriture et les Pères de l'Eglise : aussi est-ce par cette vertu, remarque Saint*
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Bernard , que vous avez fait incliner les cieux jusques vers la terre , ou que vous vous êtes élevée vous-même jusqu'à la hauteur des cieux, et que vous avez été choisie pour être la mère du fils de Dieu : Hiimilitate concepit.
Il fallait un abyme d'humilité pour attirer du ciel sur la terre l'abyme des miséricordes ; car il faut un abyme pour attirer un autre ab^^me , selon l'expression du prophète -roi : jébjssus abyssuni im^ocat ; et vous êtes la seule , ô Marie , qui ayez su le creuser cet abyme profond : Humilitate concepit. Voilà donc que vous êtes devenue par-là un modèle de cette vertu si essentielle au phis haut degré de perfection qu'il soit possible de concevoir.
O vous 1 qui avez la noble ambition de vouloir être les disciples de Marie, qui voulez être comptés au nombre de s,ç,s enfans chéris, et qui désirez qu'elle fixe sur vous à jamais ses regards de bienveillance, souvenez-vous donc que vous ne sauriez lui plaire , si vous ne vous efforcez de retracer en vous les exemples d'humilité et de modestie qu'elle vous a laissés : Si Mariam diligitis , si contenditis ci place re ,
258 Dêi^otion a la S* Vierge, œmulamlni niodf-.stlam ejus (S. Bern.j.
Venez donc étudier ses beaux exemples de vertu , afin de vous y conformer. Vous surtout , vier(^es chrétiennes , imitez Marie, 1 honneur et la gloire de votre sexe ; imitez Marie , qui , après vous avoir laissé de si grands et de si touchans exemples de pureté , vous prêche encore la plus profonde humilité : Sit magistta hiimililatls in qud est professio castitatis (S. Amb. ).
!.• Mais, ô Marie ! quels rapports trouvons-nous entre les exemples que vous nous avez laissés et notre conduite ? Hélas ! lorsque nous considérons le nouveau modèle qui vient de nous être offert en vous sur la montagne , après celui de votre fils Jésus-Christ , nous ne saurions soutenir la vue de notre conduite passée , non plus que celle de notre vie présente , tant nous y trouvons d'opposition avec la vôtre.
2.** Vous vouliez être ignorée, ô la plus humble des vierges ! et nous ne cherchons qu'à vouloir paraître , qu'à vouloir nous faire remarquer !
Vous fouliez aux pieds les parures , et nous les recherçhouî) !
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Vous voiliez la beauté de votre face , et nous cherchons à relever et à faire ressortir les attraits de la nôtre , si , sous ce rapport , nous avons reçu quelques faveurs du Ciel !
Vous teniez caches au dedans de vous les dons que vous aviez reçus d'en haut ; et pour ce qui nous concerne , nous ne saurions rien cacher de tout ce qui peut nous attirer l'eslime des hommes ; nous disons tout le bien qui est en nous ; nous avons même l'art hypocrite d'orner , d'embellir , ou d'amplifier ce que nous racontons d'avantageux sur notre compte : bien plus , nous allons peut - être même quelquefois jusqu'à nous attribuer le bien que nous n'avons pas fait , jusqu'à nous vanter des dons , des grâces que nous n'avons jamais reçus , et que nous ne nous étions jamais rendus dignes de recevoir !
Vous rougissiez , vous descendiez dans l'abyme de votre néant, lorsque vous entendiez des paroles de louange.
Pour nous , nous nous complaisons à être loués , nous ne comptons au nombre de nos amis que ceux qui savent nous prodiguer l'encens des louanges , et nous classons au rang
34o Déi^otion a la S» Vierge.
de nos ennemis tous ceux qui nous refusent leurs suffrages , ou qui ont la charité de nous avertir de nos défauts !
Dans nos demeures, il nous faut toujours quelque chose d'apparent et de recherché ; pendant que vous , qui êtes la reine des cieux , faisiez vos délices d'hahiter une maison obscure à Nazareth ; pendant que vous vous soumettiez à loger sous un pauvre toit 5 dans une pauvre étable à Bethléem !
Pour ce qui est des dons reçus , vous rapportiez tout à Dieu comme au principe et à la source de tout bien ; vous vous croyiez indigne d'en être favorisée ; et lorsque tous les aviez reçus , vous vous hâtiez d'en exprimer votre reconnaissance au Seigneur»
Pour nous , nous rapportons tout à nous-mêmes ; et au lieu de rester confus des dons que nous avons reçus, nous murmurons encore contre Dieu de ce que, par notre faute, nous n'en recevons pas de nouveaux et de plus étendus 1 Disons plus : au lieu d'exprimer alors notre reconnaissance pour les premiers bienfaits , nous poussons la méchanceté jusqu'à vouloir augmenter
encore ,