‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 51 sur 133 · Livre IL · texte numérisé non relu

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ame et toutes les alTections de sou cœur se rapportaient sans cesse \\ Jésus, s'unissaient sans cesse à Jésus, pour ne faire avec lui qu un cœur et qu'une ame.

6.° Marie a aimé Jésus d'un amour de sacrifice ; elle a tout fait , tout entrepris pour lui donner des preuves de son amour : elle a embrassé la pauvreté , elle a entrepris les plus longs et les plus pénibles voyages , elle l'a suivi dans ses courses apostoliques ; en un mot , elle a toujours partagé en tout et partout ses humiliations et ses souffrances , ce qui est un caractère non équivoque du véritable amour ; car aimer quelqu'un dans la prospérité , il n'est rien de si ordinaire , et il est bien difficile de juger si ce n'est pas la fortune , ou l'éclat qui l'environne, que l'on aime alors, plutôt que celui qui est environné de l'une et de l'autre. Mais aimer dans l'humiliation , aimer quelqu'un qui est rebuté , méprisé, abandonné de tous; voilà l'amour véritable ; et tel fut l'amour de Marie pour Jésus.

7.^ Son amour pour Jésus a été un amour ardent , de telle manière qu'elle ne pouvait se résoudre à le perdre un

2^6 Déçotioji à la S, Vierge, instant de vue. A Tâge de douze ans , JésUvS va au temple pour accomplir les ordres du Père céleste ; Marie est inconsolable dès qu'elle se voit privée de sa présence ; elle le demande à tous ceux qu'elle rencontre sur ses pas empressés : c( Filles de Jérusalem , diti> elle , n'auriez -vous point vu vous- )) mêmes celui qu'aime mon ame ? » Elle le cherche de toutes parts avec une ardeur qui n'a point d'exemple ; elle ne peut vivre un instant séparée de celui qui est la vie de son cœur et la lumière de ses yeux. Enfin , après l'avoir cherché pendant trois jours , elle le trouve dans le lemple au milieu des docteurs , explirjuant la loi et les prophètes; là, dès qu'elle l'aperçoit, cet objet de ses plus chères délices, elle ne peut retenir ses plaintes amoureuses : « Mon fils, dit-elle , en s'adres- » sant à Jésus lui-même , pourquoi en » avez - vous agi ainsi envers nous ? » nous étions inconsolables de votre ab- » sence, et nous n'avons cessé de vous » chercher. » N'est-ce pas là le véritable amour ?

8.° Mais j'ajoute que Marie a aimé son Dieu d'un amour non interrompu :

non-seulement elle l'aimait lorsqu'elle

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veillait, je veux dire dans la succession rapide àç,s momens qui partagent nos jours, où elle ne laissait échapper aucun intervalle sans aimer ; mais encore elle l'aimait pendant la nuit , pendant le temps de son sommeil , qui est un temps perdu pour le reste des hommes : car c'est d'elle qu'il est dit au Cantique des cantiques : « Je dors , 9> mais mon cœur veille : » Ego dormio et cor rneum vigilat,

9.*' Dirai-je encore que Marie aimait son Dieu d'un amour progressif , je veux dire d'un amour qui allait toujours croissant. Semblable à un incendie qui a pris au cœur d'une forêt immense , et qui s'avance progressivement jusqu'à ce qu'enfin la forêt soit entièrement consumée \ de même l'amour de Marie pour Dieu s'étendait tous les jours avec une rapidité étonnante , et n'a cessé de s'étendre jusqu à ce qu'enfin il est arrivé au degré de la plus sublime perfeclion que puisse atteindre une pure créature. Oh ne conçoit pas même comment elle pouvait soutenir de si vives ardeurs dans un corps mortel; comment l'amour , qui est fort comme la mort , selon le Jangage de l'Écriture , qui mine , qui

2 48 Dévotion a la S. Vierge, détruit peu à peu les forces physiques, lorsquil reçoit, chaque jour, de nouveaux accroissemens , n'a pas terminé plutôt sa glorieuse carrière. Aussi n'a-t-il fallu rien moins qu'un miracle continuel , nous disent les Pères de 1 Église 5 pour prolonger son existence , surtout depuis la mort de son divin fils 5 et après sa glorieuse ascension , où elle s^en vit séparée jusqu'au jour où elle devait quitter elle-même la vie ; car quels rudes assauts d'amour, quelles étranges violences ne dut pas , en effet, éprouver son tendre cœur, lorsqu'elle se vit condamnée à se voir séparée de lui pour A^s aimées , elle qui n'avait pu souffrir la séparation de trois jours \ Et quelles violences , occasionées par l'incendie de son amour , ne devaitelle pas ressentir encore lorsqu'elle entendait dans le fond de son cœur ces inviiations amoureuses de la part de son Dieu lui-même, qui la pressait de venir s'unir à lui dans sa gloire ; lorsqu'elle entendait , dis- je , ces paroles pressantes et amoureuses \ Vent de Libano , arnica rue a , veni et coronaheris, a Venez , ô vous qui êtes clié- )) rie de votre Dieu , venez des déï) serts du Liban , quittez le monde ,

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» et vous serez couronnée , et vous ^> posséderez celui qui fait l'objet de 5) toutes vos délices. » En effet , ô Marie 5 si j'osais vous le demander k vous-même , comment , sans un prodige perpétuel , pouviez-vous les entendre, ces pressantes 5 ces douces et amoureuses invitations , sans voir se rompre à chaque fois les liens qui retenaient encore , comme malgré elle , votre belle ame unie à son corps l

10.° Mais parlerai-je encore ? Oui , je parlerai; car je l'ai dit , les vertus de Marie sont des abymes sans fond ; et ce sera pour dire que l'amour de Marie a été constant et durable. J'ai déjà dit que Marie aima d'un amour progressif , et qu'il n'y avait eu aucun intervalle dans les instans qui partagèrent ses jours , qui ne fût consacré h l'amour le plus parfait et le plus ardent ; mais je dis maintenant qu'il n'y a point eu d'intervalle non plus entre les jours qui partagèrent sa vie mortelle ; car , à l'exemple de plusieurs , on peut aimer beaucoup pendant des ans , et ensuite se relâcher.

Parmi ceux qui aiment Dieu , on ne saurait en trouver qui n'aient consacré une portion de leur vie au monde > au

sSo Dévotion a la S. Vierge * démon, à eux-mêmes, ou au péché, du moins véniel. Ainsi je dis qu'il ny a pas eu un seul d'entre les mortels qui ait donné toute sa vie et tous les momens de sa vie à son Dieu ; mais Marie a toujours aimé son Dieu , et d'un amour sans partage ; elle l'a aimé dans ses tendres ans , dans l'adolescence , dans rage mûr , et au temps 011 elle a terminé sa glorieuse carrière ; et toujours elle l'a aimé de tout son cœur , de toute son ame et de toutes ses forces ; de telle sorte que , lorsque le jour de sa glorieuse mort fut arrivé , son dernier soupir fut encore un acte du plus ardent et du plus parfait amour.

Et ce fut même cet acte d'amour qui brisa les liens de sa mortalité \ car la mort, saisie de crainte en présence de celle qui avait mis au monde le glorieux vainqueur qui lui avait enlevé son aiguillon , n'osant frapper une victime sur laquelle elle n'avait aucun droit , ce fut l'amour et le plus pur amour, cet amour qui est fort comme la mort , selon l'expression de l'Écriture , dont la jalousie est dure comme l'enfer , dont les lampes sont des lampes ardentes et toutes de flammes, qui sépara sa belle ame de son corps.

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