‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 52 sur 133 · Livre IL · texte numérisé non relu

Livre IL

Et c est ainsi, mon cher Théophile , que Marie aima son Dieu.

Voyons maintenant si nous trouverons en nous quelque ressemblance avec ce divin modèle.

I.® Et d'abord avons -nous comme Marie , pour notre Dieu , cet amour de préférence ? Hélas ! que viens-je de dire ? Amour de préférence , bon Dieu ! Ne disons - nous pas tous les jours à Jésus par nos péchés , et ne le lui disonsnous pas peut-cire encore au moment 011 je parle , comme autrefois le peuple déicide : Nolumus hiuic regnare super nos. « Nous ne voulons pas que » celui-là règne sur nous. »

2.° S'il est cependant vrai que nous aimions Jésus , Idimons-nous de tout notre cœur , de tout notre esprit, de toute notre ame et de toutes nos forces? Oh ! que de mélanîçe dans nos pauvres cœurs ! Comme les insensés Philistins , nous voudrions peut-être pouvoir placer aussi dans un même temple l'Arche d'alliance et l'idole de Dagon , réunir dans un même cœur Jésus- Christ et le monde , la lumière et les

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ténèbres , la vérité el le mensonge , enfin Dieu et le démon.

ZP Dans notre esprit , combien de pensées vaines qui nous occupent , peut-être même àQ& pensées niauvaises, auxquelles nous donnons un libre cours ! Dans noire ame , combien de souvenirs , combien de méditations , combien de réflexions mondaines , puériles et peut - élre criminelles aussi De toutes nos. farces ; faisons-nous le moindre effort pour prouver à Jésus notre amour? nous dévouons-nous pour lui an moindre sacrifice ? soutenonsnous la moindre épreuve l Hélas ! La moindre contradiction nous déconcerte; l'approche dun revers nous abat et nous décourage; dès qu il s'agit d'entrer dans la lice pour combattre , comme de lâches soldats nous prenons honteusement la fuite , et nous laissons tomber les armes.

4.^ Que nous sommes donc éloignés alors d'aimer Jésus d'un amour de sacrifice ! Que nos sentimens et que notre conduite sont loin de ceux de Marie et des Saints, qui étaient si courageux à suivre Jésus- Christ jusqu'au Calvaire, ainsi qu'il l'a demandé de tous ses vrais disciples , chacun d'eux, selon

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son Évangile , devant porter sa croix tous les jours de sa vie , et le suivre !

5." Encore une fois , que nous sommes loin de ne vouloir jamais être séparés de Jésus-Christ notre Dieu , à quelque prix que ce soit , fallût-il l'accompagner au jardin des Oliviers , pour y boire avec lui le calice des désolations intérieures qu'il y a Lu ; devant les tribunaux, pour y être calomniés , méprisés , condamnés , liagellés , couronnés d'épines; sur le Calvaire , pour y être attachés à une croix , pour y être abreuvés de fiel et de vinaigre , pour y avoir le cœur percé d'une lance , enfin pour y mourir à son exemple !

Et voilà cependant ce qu'a fait Marie , ce qu'ont fait les Apôtres et les Martyrs , ce que feront à jamais tous ceux qui veulent sauver leur ame ; mais voilà ce que nous ne voulons pas faire.

6.^ Nous voulons bien suivre Jésus- Christ sur le Thabor et dans le cénacle, pour y recevoir ses consolations; mais quand il s'agit de souffrir , Jésus- Christ n'a bientôt plus de disciples , ou du moins ils se réduisent à un bien petit nombre.

7.^ Peut-être nous sera-t-il arrivé quelquefois de prendre sérieusement

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notre croix , et de donner à Jésus- Christ 5 en la portant , des preuves de notre amour pendant quelques jours ou quelques momens ; mais cet amour s'est bientôt démenti, par notre faute : le lendemain de notre généreux sacrifice peut-être , nous avons laissé éteindre le feu perpétuel sur l'autel de notre cœur, feu qui brûla toujours avec une nouvelle ardeur dans le cœur de Marie , dans les croix comme dans les consolations.

8.^ D'après tout cela , nous sera-t-il donc permis de demander encore s'il existe quelques rapports entre Marie et nous sur l'amour progressif, qui fait qu'on croît toujours dans la perfection du divin amour; dans cet amour actif, tendre et sentimental , qui fait qu'on ne peut vivre un seul instant dansl'éloignement de l'objet aimé , qu'on n'a plus de repos lorsqu'on la perdu , qu'on le cherche avec ardeur, et qu'on ne donne plus de sommeil à ses paupières, selon l'expression de David, jusqu'à ce qu'on ait pu réussir à le retrouver ? Si dedero sonimiin oculis meis , et palpehris meis dormitationem , et requiem teniporihus meis , donec inveniain locum Domino , tabernacii-' lum Dco Jacob ( Ts. 1 5 1 , 4 > 5,6;.

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9.^ Ou sera- 1- il besoin encore une fois de parler de l'amour constant et durable , qui fait que rien dans tout ce qui est, et dans tout ce qui n'est pas , n'est capable de séparer jusqu'à la mort celui qui aime de l'objet de son amour ; enfin , de cet amour qui fait que non-seulement quelques jours, quelques mois et quelques années sont consacrés au Seigneur , mais tout le cours de la vie , quelque longue qu'elle puisse être?

10.® O Marie ! nous sommes couverts de confusion à la vue de nos infidélités et de nos ingratitudes sans nombre , surtout lorsque nous portons nos regards sur notre conduite passée, que nous réfléchissons sur nos dispositions présentes , et que nous les rapprochons des exemples de perfection que vous nous avez laissés.

1 1." Ah ! il en est temps enfin, que nous cessions d'abuser de la patience de notre Dieu. C'en est fait, nous voulons commencer à l'aimer comme vouslavez aimé vous-même , ô Marie ! Mais aideznous de votre protection , ô mère de miséricorde , vierge toute puissante !

Priez votre divin fils qu'il bénisse nos résolutions , afin que , fortifiés par le

secours de sa sainte grâce , et faisant de notre côlé de généreux efforts pour y correspondre, nous remplissions, autant qui! peut être en nons de le faire , le plus grand comme le plus doux et le plus consolant de tous les préceptes , qui est d'aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre co3ur , de toute notre ame et de toutes nos forces : et s'il ne nous est pas donné de pouvoir le remplir d'une manière aussi parfaite que vous l'avez rempli vous-même , faites que nous puissions du moins atteindre là-dessus le degré de perfection auquel il peut nous être permis d'arriver.

i.° Avant qnc de terminer ce chapitre , nous dirons deux mots sur une autre vertu qui a éclaté dans Marie d'une manière bien spéciale encore ; c'est son abandon entier et sans réserve à la conduite de l'adorable Providence sur elle , dans tous les événemens de sa vie; c'est sa soumission parfaite et constante aux ordres du Ciel.

2.^ Jésus-Christ , son divin fils, sur le modèle de qui elle s'efforça de se former en tout, a enseigné cette vertu ,

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et par ses discours et par ses exemples. Il l'a enseignée par ses discours, lorsqu'il a dit , s adressant à son père céleste : « Que votre volonté se fass© ^ sur la terre comme au ciel. » Autre part : « Je suis venu pour faire la vo- » lonté de celui qui m'a envoyé ; !i> et au jardin des Oliviers , lorsque le calice de sa passion lui fut présenté :

Non mea voluntas , secl tua Jlat. « Mon »père, que votre volonté se fasse, et ï> non la mienne. » 11 enseignera par ses actions ce qu'il a dit dans ses discours, tous les jours de sa vie ; car toute la conduite du Sauveur , durant tout le cours de sa vie mortelle , n'a été qu'une application continuelle à accomplir les ordres de son père, et à soumettre sa volonté à la sienne dans tout ce qu'it a fait , depuis son entrée dans le monde jusqu'au Calvaire ; en sorte qu'il a pu s'écrier , en mourant : Consummatum e^;,«Tout est consommé,» c'est-à-dire, j*ai accompli , ô mon père ! toutes vos volontés sur moi»

3.^ Marie , à l'exemple de son divin fils , qu'elle regardait comme son modèle en toutes choses, s'est appliquée «i son tour à accomplir tous les ordres de Dieu sur elle ; elle s y est soumis»

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dans toutes les circoiislances même les plus pénibles de la vie , et cela aussi sans laisser échapper le moindre murmure , ni faire entendre la moindre plainte.

En efFet , si nous parcourons encore une fois l'histoire de sa vie , il sera facile de nous en convaincre ; il nous sera aisé d'apprendre de ses exemples, comme des exemples du Sauveur, proportion gardée , de quelle manière nous devons pratiquer cette vertu. Je ne parlerai point de sa soumission constante aux ordres du Ciel dans tout ce qui précéda le jour où elle a été choisie pour être la mère de son Dieu ; J'en viendrai de suite aux épreuves auxquelles la divine Providence l'a voulu soumettre après cette époque , et qui sont consignées dans le saint Évangile.

La première , dont il a été déjà question en parlant de son humilité > c'est lorsque Dieu, pour l'éprouver, voulut laisser ignorer à Saint -Joseph le mystère de l'Incarnation , et que Saint-Joseph fut sur le moment de la renvoyer secrètement, ne voulant point l'exposer à être obligée de paraître devant les tribunaux de la terre , ainsi qu'il était d'usage pour toutes celles

hivre IL sS^

d'entre les femmes qui auraient pu attirer sur elles des soupçons touchant les mœurs : Joseph auteni vir ejiis y ciim esset justus et noLiet eam traducere , voliiit occulte dimittere eam (Math. ig).

Il faut avouer que cette épreuve a ^ dû être une des plus dures et des plus fortes que la divine Providence ait pu réserver à Marie.

i Cependant nous ne voyons nulle part qu'elle ait cherché à se justifier auprès de Saint-Joseph, ou qu'elle se soit répandue en murmures contre la Providence; mais elle se soumet humblement , et adore dans le silence les desseins de son Dieu.

4." Bientôt un ordre d'Auguste, qui veut faire le dénombrement de son peuple , arrive , et au moment ou Marie est tout près d'accoucher , il faut qu'elle aille de Nazareth à Bethléem pour se faire inscrire : elle n'a garde encore de se plaindre , parce qu'elle sait que nous devons respecter les Puissances de la terre, toute puissance venant de Dieu , comme l'a dit depuis l'Apôtre Saint Paul; ainsi elle se soumet , et s'achemine paisiblement vers Bethléem.

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Arrivée dans cette ville , elle cherche un asyle , et elle n'en trouve pas ; il y en a pour tons , excepté pour la mère du fils de Dieu : Non erat eis locus in cUversorio ( Luc , :2 , 7 ).

5.^ Le moment où elle doit mettre au monde le fils éternel du Père , le Messie promis , le Rédempteur des hommes, est arrivé 5 rebutée de toutes p'arts , il faudra qu elle aille se réfugier dans une pauvre étable , au milieu de* plus vils animaux.

O Dieu 1 quelle épreuve pour le cœur de la plus tendre des mères, de n'avoir à offrir au Roi de l'éternité , faisant son entrée dans ce monde , qu'une pauvre étable pour logement , qu'une crèche pour berceau , que de vils animaux pour courtisans ; pendant que les riches du monde , que les sujets de ce grand roi seront eux-mêmes logés dans des palais magnifiques , et sous des lambris dorés !

Toutefois Marie ne laissera échapper aucune parole de murmure , ni ne domiera aucun signe de plainte.

6,° Bientôt il faudra que ce divin fils, qui est la sainteté^méme , prenne le signe de pécheur , et qu'il ressente les douleurs de la circoncision ; là .

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Marie entendra , de la bouche du vieillard Simëon , ces paroles prophétiques : « Et le glaive de douleur transj> percera votre ame : » Tiiam ipsius aniniam pertransibit gladiits, Marie adore et se soumet.

7.® A peine Marie vient-elle de sortir de cette dernière épreuve , qu'elle apprend qu'Hérode cherche l'enfant pour le faire mourir. Un ange apparaît eu songe à Saint-Joseph , qui lui dit : <<, Prenez l'enfant et la mère , et » fuyez en Egypte : » Fuge in JEgyptum. Dieu ! quel nouveau genre d'affliction et de peine pour Marie ! Eh quoi ! il faudra qu'elle quitte sa patrie , qu'elle emporte avec elle son tendre nourrisson dans un pays étranger , chez des idolâtres , où elle n'est connue de personne ; et il faudra partir pendant la nuit , entreprendre ce long et pénible voyage dans la saison la plus rigoureuse , sans avoir même le temps de faire aucune espèce de préparatifs ! Accipe puerimi et matrern , et fuge in ^gyptum. Il faudra que le roi fuie devant le sujet; que le fils de Dieu, le Tout-Puissant, cherche à éviter la colère d'un homme ; que celui qui doit un jour juger le monde ,

202 Déi'otion à la S. Vierge, €t qui d'un souffle de sa bouche poursuivra un jour les rois impies avec le reste des médians jusque dans les entrailles de l'enfer , le cède en ce moment à un faible mortel ! enfin, il faudra que le roi de l'éternité , que le créateur de toutes choses paraisse redouter sa créature , et cherche à éviter sa fureur 1 ]V'est-ce pas là encore une bien forte épreuve pour le cœur de Marie ? Mais toujours elle se soumettra en silence aux ordres du Ciel ^ ainsi , elle s'acheminera vers l'Egypte, sans mettre aucun relard à accomplir les volontés du Tout-Puissant, qui viennent d'être intimées par le ministère d'un ange à Saint-Joseph , son époux , pour lui être transmises.

8.° Je ne citerai plus qu'un seul trait , pour prouver combien la soumission de Marie aux ordres de la Providence , dans les choses même les plus pénibles , a été parfait en tout ; ce sera celui du Calvaire. Là, je vous montrerai Marie au pied de la croix , obéissant à la voix du Père céleste , qui demande son propre fils pour lui être immolé ; car le Père céleste , dit un Père de l'Église , n'a point voulu que son fils uniijue , qui était aussi le fils

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unique de Marie , lui fut immolé , sans avoir eu en cela son consentement comme il lui avait été demandé autrefois pour en être la mère : Ut sers^um re diluèrent , comnumem filiuni tradiderimt. ce Us livrèrent, l'un et l'autre , » d'un commun consentement , leur .

^ propre fils , pour racheter celui qui i> était esclave. »

Dieu pouvait- il demander à Marie un sacrifice plus terrible, plus déchirant que celui-là ? celui de sa propre vie ne lui eût-il pas été mille fois préférable ?

9.° Eh quoi ! il faut que Marie consente à ce que le fils de Dieu , son propre fils , le fruit de ses entrailles , soit méprisé , vendu , calomnié , flagellé , couronné d'épines , attaché à une croix , et qu'il expire au milieu des plus cruels supplices \ Quoi donc de plus déchirant pour le cœur d'une mère , telle que Marie ?

Ah ! ne voilà -t-il pas le glaive de douleur dont a voulu parler le saint vieillard Siméon , ce glaive qui devait transpercer son ame , qui la transperce en effet, et qui demeure long- temps enfoncé dans la plaie?

Là, comme dans tous les autres sacrifices qu'elle a déjà faits, cette belle

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ame, cette ame généreuse et héroïque, par-dessus tout se soumet à Dieu ; elle obéit sans se plaindre , elle consent; et son obéissance sera si généreuse et si parfaite, quelle viendra, en quelque sorte elle - même , comme autrefois Abraham, immoler son propre fils de sa main.

Pendant que les rochers se fendent , que les morts sortent de leurs tombeaux, que le soleil perd sa lumière, que le voile du temple se déchire , et que la nature entière est ébranlée , Marie seule paraît inébranlable; on la voit debout près de la croix , tout inondée de ses larmes , qu'occasionnent la vivacité de sa douleur et la profondeur de son amour , offrant généreusement à Dieu son sacrifice : Stahat mater dolorosa juxta crucem lacrjmosa*

Oh ! je vous le demande , mon cher Théophile , a-t-il donc jamais été donné à aucun d'entre les Saints de pouvoir porter aussi loin la soumission et la conformité aux ordres de Dieu?

io.° Je ne vois qu'un exemple qui puisse me donner une idée du mérite de cette soumission en Marie, c'est celui d'Abraham^ que déjà j'ai indiqué.

Dieu

Dieu ordonne au saint Patriarche de conduire son fils unique , qu'il aime , sur la montagne qui lui sera montrée, et là , de le lui offrir en sacrifice.

On voit le saint Patriarche s'avancer vers cette montagne de douleur; Isaac le précède , portant sur ses épaules le bois sur lequel il doit être immolé. Il arrive ; la victime est déjà étendue sur le bûcher ; le pèie des croyans lève la main , et Isaac est sur le point d'être sacrifié , lorsqu'un ange vient de la part de Dieu arrêter son bras.

Quelle force , quelle grandeur d'à me ! quelle promptitude à exécuter les ordres de Dieu ! Mais quelle foi , puisqu'il s'agit de donner la mort à celui qui doit être Je père d'une nombreuse postérité!

J'ai dit quelle grandeur d'ame ! En effet , c'est un père qui immole son fils ujiique, qu'il aime. Dieu s'est même plu à lui rappeler toutes ces circonstances , tous ces motifs si propres à émouvoir sa tendresse paternelle ; cependant quelle promptitude dans son obéissance ! pas un seul instant de délai : dès que Dieu a parlé , il part , il arrive sur la montagne , il attache la victime , il lève le poignard ; et voilà

306 Déi'Otioîi à ici 6*. Vierge, l'image du plus grand et du plus étonnant de tous les sacrifices dont il nous soit parlé dans les Livres de l'ancienne alliance , et en même temps le plus bel exemple de soumission aux ordres de Dieu qu'il soit possible de concevoir.

11.^ Toutefois quelle proportion y a-t-il entre le sacrifice d'Abraham et celui de Marie ? Abraham offre en sacrifice un pur homme , et Marie offre un Dieu. Abraham ne consomme pas le sacrifice ; son fils lui est rendu au moment où il doit être immolé; pendant que le sacrifice de Marie est accepté, est consommé de la manière la plus terrible. Marie , comme Abraham , est pleine de foi , de fermeté, de constance , et d'une manière bien plus étonnante encore que le saint Patriarche ; sa résignation , sa conformité aux ordres de la justice de Dieu , bien que son sacrifice soit infiniment plus rigoureux 5 ne se démentent pas non plus un seul instant.

i2.°Aussi voilà-t-il, dit St- Augustin, la source essentielle des mérites par excelleui^e de la mère de Dieu, le principe et le fondement de la gloire qu'elle a reçue dans le ciel ; car si Dieu l'a

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tant exaltée, dit ce Père, c'est parce qu'elle a accompli en tout la volonté de Dieu , et non parce qu'elle a été la mère de son fils : Hoc in eâ magni" fîcavit Deus , quia fecit voluntatem Patris , non quia caro carneni genuit ( s. Aug. ).

i5.° J'ai dit que cette soumission si généreuse de la part de Marie aux ordres de Dieu , avait été le principe de la gloire qu'elle a reçue dans le ciel : je dois ajouter que cette même soumission a été encore une des principales causes de l'honneur que Dieu a voulu qu'il lui soit rendu sur la terre ; car Dieu a accordé ici-bas à Marie la même récompense qu'il promit à Abraliam ; il lui a tenu le même langage à la suite de son sacrifice , qu'il avait tenu autrefois au père des croyans , si ce n'est dans la parole , du moins dans l'effet : « Je vous bénirai , et en » vous seront bénies toutes les nations » de la terre ; je multiplierai votre rt postérité comme les étoiles du fir- » marnent et comme les grains de » sable qui sont sur le bord de la » mer ; et je le jure par moi-même , » dit le Seigneur , parce que vous » avez obéi à ma voix , et que vous

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» n'avez point épargné votre fils uni-

î> que , à cause de moi (a). »

14.^ Et c'est ainsi que Dieu en a agi envers Marie ; oui , ô Âlarie ! et j'aime à le répéter pour votre gloire : en celui que vous avez porté dans votre sein seront bénies toutes les nations de la terre ; votre postérité se multipliera comme les étoiles du firmament et comme les grains de sable qui sont sur le bord de la mer, parce que vous avez obéi à la voix de Dieu.

i5.° Ainsi nous sera-t-il permis de vous adresser les paroles que le prophète adressait autrefois à l'Église :

Vous verrez , et vous serez comblée de joie; votre cœur sera transporté d'alégresse , quand la multitude des nations A iendra vers vous , quand les habitans de Madian et d'Épha , et tous ceux qui habitent les îles les plus reculées, viendront se ranger autour de vous , vous appelleront leur mère , et vous ofFri-

ont leurs présens , en bénissant le r ^

(a) Per mcmelipsum juravi , dicit Dominiis : quia fccisti hanc rem et non pepercisti filio tuo wiîseniio propter 7ne , benedicani tibi et multiplicabo scnien iuuni slcut stellas cœU et \'elut arcnam quœ est in liltore maris ( Geu. 22 , i6, 17).

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Seigneur ( « ) : car telle sera encore votre gloire sur la terre , ô reine des vertus ! ainsi que l'Esprit Saint vous l'a fait dire à vous-même, en présence de votre cousine Elisabeth ; à cause de votre humble soumission aux ordres du Créateur , toutes les nations de la terre vous appelleront bienheureuse : Ex hoc heatam me dicent omnés generationes.

Mais Saint- Augustin nous l'a dit, ainsi que je viens de le remarquer , que ce sera à cause de votre obéissance entière et parfaite aux ordres de Dieu, que vous serez exaltée , que vous serez élevée en gloire au ciel et sur la terre , mais non pas parce que vous avez été la mère de Dieu : Hoc in ed magnifica^it Deus ^ quia fecit voluntatem Patris , non quia caro carnem genuit ( S. Aug. ),

16.*^ Maintenant, nous arrêtant à quelques réflexions dans ce qui nous

(a) Tune videbis H afflues y et mirabitur et dilatabitur cor tuuni quandb conversa fuerit ad te multitudo maris , fortiludo genliuni vcnerit tibi ; inundatio camelorum operiet te , dromedarii Madian et Epha : onines de Saba ventent^ auruni et thus déférentes , et iaudem Domino annuntiantes ( Isûïe , 60, 5, 6).

ayo Dês^otion a la S* Vierge, concerne particulièrement , mon cher Théophile , je vous dirai , avec Saint- Ambroise : Voulez- vous avoir part à la gloire de Marie ? voulez-vous obtenir une place près de son trône dans les cieux ? Que tant que vous vivrez sur la terre sa vie soit toujours sous vos yeux comme un tableau achevé , pour en tirer des exemples vivans : Sit p^ohls tanquam in imagine descripta vita beatce Mariœ virginis , de qud suma' lis eocempla viva (S. Amb. ).

1 7.^ En vous rappelant toutes les autres vertus de Marie , pour vous efforcer de les mettre en pratique , vous vous rappellerez surtout , et d une manière toute spéciale , sa parfaite soumission à la volonté de Dieu en toutes choses ^ et voici les occasions principales où vous tâcherez surtout de mettre cette vertu en pratique.

Si vous vous trouvez exposé aux jugemens téméraires du monde, faisant en sorte de n'y pas donner lieu , ayez soin , à l'exemple de Marie , de mettre votre cause entre les mains de Dieu , qui saura bien vous rendre justice , quand le temps en sera venu.

La divine Providence a- 1 -elle voulu vous faire naître dans un état de mé-

Lwre IL i']\

diocrité et de pauvreté; ou, après être né dans l'opulence, a-t-elle permis que vous en fussiez dépouillé comme Job ? à l'exemple de la reine des cieux, soumettez - vous , sans murmurer, à vivre dans cet état.

Pensez d'ailleurs que c'est là un trait de ressemblance de plus que le Ciel a voulu vous donner avec le roi de la terre et des cieux, avec Jésus- Christ, le modèle des prédestinés, et avec Marie , sa divine mère.

1 8." Si des accidens imprévus , si des ennemis , si le démon ou la mort, qui sont tout autant de ministres de la justice divine et les instrumens de ses volontés , viennent accabler Job ou Tobie en votre présence , vous enlèvent un parent , un ami , ce qui ne peut jamais arriver alors sans un ordre ou une permission de Dieu , selon cet oracle de l'Esprit Saint, Bona et mala^ vita et mors ^ à Deo sunt^ résignez-vous encore ; et, pénétré de cette autre vérité , que toutes choses concourent à l'avantage de ceux qui aiment Dieu , faites alors, en vue de sa gloire et de vos propres intérêts, faites généreusement tous les sacrifices qu'il vous demande.

272 Déi^otion a la S. Vierge,

Dieu vous enlève-t-il la personne la plus chère que vous ayez au monde , telle qu'un fils unique , un père , un époux \ adorez en silence , et soumettez-vous, comme l'a fait Marie , votre modèle.

ig.^^Alil que nous sommes aveugles , dans les différentes épreuves, dans les divers sacrifices dont notre vie se trouve partagée ! nous nous laissons aller au murmure , au désespoir , et quelquefois même aux injures et aux blasphèmes contre le Ciel et contre Dieu. Par-là qu'avançons - nous ? nous ne changeons rien pour cela à notre position ; nos malheurs ne pèsent pas moins sur nous , et nous perdons tout le mérite de nos souffrances \ je dis plus : loin même alors d'alléger les maux que nous éprouvons , nous les aggravons encore davantage par ces murmures et cette tristesse qui n'est pas selon Dieu ; et , ce qui est plus déplorable encore , par les crimes que nous commettons dans cet état d'irré^ signation , nous perdons notre ame ; et des malheurs du temps nous nous précipitons dans ceux de l'éternité :

tandis que ceux qui se soumettenthum- Llement aux ordres de la justice de

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Dieu 5 goiitent la paix dans les souffrances mêmes ; éiat que les Saints ont jugé préférable à la prospérité , et que Jésus-Ciirist a placé au rang des huit béatitudes , lorsqu'il nous a dit dans son Evangile : Beati qui lugent ; « Heureux c?ux qui pleurent : » tandis , je le répète , que ceux qui se résignent à la volonté de Dieu, expient , par cette acceptation , par cet abandon entre ses mains , les péchés qu'ils ont commis , augmentent leurs mérites pour le Ciel , et deviennent semblables au fils de Dieu , dans son état de souffrance et de soumission en cette vie 5 pour partager un jour sa gloire dans l'autre, comme dit Saint-Paul :

Si tamen compatimur ut et conglonJi~ cemu7\

20.° Ayez donc soin , mon cher Théophile , de vous appliquer à la pratique des vertus , et surtout de celle qui porte à la soumission parfaite aux ordres de Dieu , qui les renferme toutes : et pour y réussir, afin de vous encourager de plus en plus dans ce glorieux combat , ne perdez jamais de vue le modèle que je viens de vous mettre sous les yeux , dans la personne de l'auguste mère de Dieu :

a 74 Dévotion a la 5. Vierge, Sit vobis tanquam in imagine deS' cripta vita beatœ Mariœ virginis , de quâ sumatis exempta vii^'a,

2 1.^ Obtenez- nous cette grâce , Q tendre Marie ! nous vous le demandons pour la gloire de votre divin fils , pour 1 honneur de votre nom , et pour nos intérêts éternels.

Pour la gloire de Jésus-Christ, votre divin fils ; car nous sommes le prix de son sang , et c'est lui rendre gloire que de faire fructifier en nos âmes ce sang précieux qu'il a versé pour nous sur le Calvaire, et dont le mérite est infini.

Pour votre honneur ; puisqu'en pratiquant les vertus dont vous nous oflPrea le modèle , nous devenons vos enfans , vos disciples et vos sujets fidèles, qui nn jour vous formeront une cour nombreuse dans le royaume céleste , pour vous bénir éternellement.

J'ajoute pour nos intérêts éternels ; car ce n'est qu'en devenant vertueux , à votre exemple, que nous pouvons prétendre à l'immortalité bienheureuse.

22.^ Sainte Marie , j'ai donc recours à vous pour vous conjurer de m'obtenir cette grâce pour moi et pour mes frères ; et , afin que ma prière puisse

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parvenir plus sûrement jusqu a vous , je viens vous l'adresser en union avec l'Église, vous disant avec elle : «Sainte » Marie , exemple , modèle achevé de » toutes les vertus , nous vous en » conjurons , aidez -nous de votre as- » sistance auprès de Dieu ; secourez » les misérables enfans d'Eve , aban- ^ donnés ici - bas au milieu de mille }> dangers , de mille pièges , et où » leur salut éternel est dans un péril » perpétuel, jusqu'à ce qu'il plaise au » Dieu tout - puissant de les recevoir «dans le royaume de sa gloire : >> Sancta Maria siicciirre miseris. Sainte Marie , secourez les malheureux enfans d'Adam , afin qu'ils puissent sanctifier leur ame , et espérer de pouvoir vou« bénir éternellement dans les cieux, après avoir chanté la gloire du Dieà qui les a créés , et qui les a rachetés au prix de son sang. Ainsi soit-iL

Fin du Li^re IL

276 Dévotion à la S. Vierge,

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